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Comp. chap. XIV

DÉPENDANCE ÙV SENTIMKNT. 841

risée pai* rinilueuce de la conscience de soi-même sur ces sentiments, ainsi que nous le montrerons plus loin. Il en est essentiellement de même des sens olfactif et gustatif qui, conformément à la grande multiplicité de leurs qualités, comportent des nuances de sentiments hétérogènes; c'est pourquoi, grâce à la relation subjective des sensations, ces nuances se subordonnent totalement aux catégories du plaisir et du déplaisir. Chez les tons et les couleurs, le ton de sentiment inhérent à la qualité est presque absolument indépendant. Seulement, ici, une faible relation est encore conservée ; car, le caractère sérieux, qui réside dans les tons graves et le noir, se manifeste plutôt comme un sentiment de déplaisir, et le caractère excitant, qui appartient aux sons élevés et au blanc, se traduit plutôt par un sentiment de plaisir. Une relation de ce genre semble encore plus vive, lorsque notre sensorialité apparaît à son degré le plus primitif, que plus tard quand notre conscience est adulte ou développée ; car, chez les enfants et les sauvages, le sentiment, concernant le clair et l'obscur, les tons graves et aigus se manifeste bien plus expressément pat les formes directes du plaisir et du déplaisir. Ce fait, que les qualités de sentiment de ces sens supérieurs s'affranchissent, presque complètement, des oppositions ou contraires du plaisir et du déplaisir sensoriels, les rend justement propres à devenir les éléments de l'effet esthétique. Or, cet effet est absolument incapable de s'accorder avec un sentiment défini de déplaisir sensoriel; et il nécessite, comme facteurs élémentaires, des sentiments, doués des nuances les plus multiples et se mouvant entre des oppositions, qui sont encore renfermées dans le cadre général du plaisir sensoriel simple, ou qui, grâce à certains contrastes, sortent exceptionnellement de ce cadre, afin de renforcer l'effet esthétique. Mais, il est extrêmement remarquable, que ces espèces de formes de sentiments, liées à certaines qualités sensorielles et ne se subordonnant pas simplement aux concepts de plaisir et de déplaisir, se meuvent toujours entre des oppositions ou contraires. Cela prouve, que l'opposition, avec son intermédiaire à travers une situation indifférente de la disposition égale de l'àme, est un attribut appartenant essentiellement au sentiment. Le plaisir et le déplaisir seraient seulement des modali«tés provenant de l'intensité de la sensation, tandis qu'aux qualités se rattacheraient des oppositions d'autre genre, qui parfois offrent une certaine analogie avec le plaisir et le déplaisir, mais ne sont pas, cependant, affectées par ces deux derniers.

rt)N DR SÎÎNTIMKNT DE I.A SKINSATION.

Ou se rendra Diieax compte de la nature de ces oppositions ou contraires, si toutefois Ton réussit à ordonner dans un continuuin les qualités sensorielles ; c'est ce qui a lieu, par conséquent, avec les sensations sonores et les sensations lumineuses. Alors, les oppsoitions de sentiment de ces deux sensations se comportent d'une manière essentiellement différente. Dans la série des tons, qui possède seulement une dimension, il n'y a de possible, qu'une opposition avec un intermédiaire : l'opposition des tons graves et élevés avec leur contraste de sentiment du sérieux et de la gatté ; et, entre eux, les hauteurs moyennes des tons, comme représentant la disposition d une humeur simplement égale. Or, rétendue du sentiment des sensations sonores s^élargit essentiellement grâce au $oh, dans lequel une multiplicité nuancée de tons simples s'unft, ponr

Sont irec de« barmoiiiqnes graves.

Éner^fie considérable de sou.

SoDS irec des harmoniqnes g ruvei et élevés.

Sons avec des harmoniqnes élovéi.

Toiia gr-iveô.

Tous élevés.

.Sons avec des harmoniques graves.

S'jns avoc des harmoniques graves

et élevés.

Faible énergie de son.

Fie. lii.

5»ons arec des harmoniques élevés.

donner une impression unique. Puisque le son se compose de tons, la coloration de sentiment, qui lui est inhérente, doit se résoudre dans les formes simples de sentiment des tons. Voici en quoi consiste, ce qu'il y a de nouveau dans l'effet du son : non seulement la disposition^ liée au ton, est capabie d'être relevée, grâce à l'association des harmoniques graves avec le ton fondamental, mais, en outre, des sentiments nouveaux prennent naissance ; puisque, surtout lors de l'union des harmoniques élevés avec des tons fondamentaux graves, des sentiments élémentaires contrastants peuvent, en se combinant.

DÉPKNDAXCK DC SENTIMENT. 3W

donner lieu à des dispositions particulières. Ainsi se coDstitae une série d'oppositions, qui se croisent et qae la fig. schématique i 22 essaie de représenter. A chacune de ces oppositions de tons et de sons correspondent des contrastes du sentiment, qui, grâce aux degrés intermédiaires^ se rapprochent graduellement d'un point d'indifférence, à travers lequel ils passent de l'un à l'autre. A gauche de la fig., les dispositions sérieuses correspondent aux tons graves et aux timbres ; à droite, les dispositions joyeuses correspondent aux tons élevés; si la force de son est considérable, toutes les dispositions s'allient à un ton de sentiment exalté, énergique, et, à un ton de sentiment amorti, doux, si la force du son est faible. L'esprit conçoit toutes les transitions ou passages possibles entre les rayons composant la fig. iii ; aussi, l'on peut s*iroaginer, que tous les tons de sentiment, déterminés par le timbre, sont ordonnés dans un plan. L'une des dimensions de ce plan contient, conformément au continuum des tons simples, les contrastes de sérieux et degatté avec leurs diverses nuances intermédiaires ; tandis que la deuxième dimension, qui mesure la force des tons partiels, effectue les oppositions ou contraires de 1 énergie et de la douceur. Ces quatre expressions peuvent réellement indiquer les quatre oppositions élémentaires de l'effet musical, en tant que celles-ci sont susceptibles d'être désignées par les mots du langage.

La série des couleurs simples diffère essentiellement de la stîrie des tons. Puisque les sensations colorées forment une ligne revenant sur elle-même, la série des couleurs simples contient aussi deux passages ou transitions du ton de sentiment, bien que chez les couleurs, comme chez les tons^ il existe une seule opposition ou contraire de la disposition de l'âme, opposition qui semble le plus éncrgiquement accusée d'une part dans le jaune, d'autre part dans le bleu. Cette opposition est celle de la vivacité et celle du repos, de la tranquillité. Chose remarquable ! justement chez les couleurs, où cependant le mouvement ou la durée du temps ne contribuent pas, de la même manière que chez les tons, à déterminer le sentiment, nous sommes obligés de recourir à ces désignations empruntées au mouvement. Mais, entre le jaune et le bleu, il existe deux passages : l'un à travers le vert, l'autre à travers les tons colorés rou<geâtres, c'est le rouge proprement dit, le pourpre et le violet. Or, les deux pas* sages ont une importance très-différente pour le sentiment. Dans le rouge et les coaleurs analogues à celle-ci, le mouvement du jaune et le repos du bleu se sont convei-tis en un état d*agUation, d'inquiétude, oscillant entre le mouvement et le repos. Cet intermédiaire entre la bifurcation ou dichotomie est représenté de la façon la plus nette dans les tons colorés rouge-bleuàtre, comme dans le violet. Le vert, au contraire, exprime un équilibre réel. En comparaison du bleu torpide, glacial et du jaune excitant, le vert propage un sentiment de repos satisfait. Voici donc, quelle est pour le ton de sentiment l'importance de ce double passage de la série chromatique : l'un de ces passages, celui à travers la couleur mixte du pourpre, mélange les oppositions et a pour résultat un sentiment dissonant; l'autre, celui à travers le vert simple, transforme les

opposiiioBS 60 an équilibre harmonique. Ainsi, cette double égalisation oa compensation est basée snr ane particularité générale du sentiment, qui se manifeste pleinement, lors de l'effet dessons^ quoiqu*ici elle se comporte d'une antre manière : elle est basée sur l'existence des sentiments dichotomiques on disiomanU. Entre deux oppositions du sentiment, il y a un point d'indifférence ; mais, c'est le propre de certains états de l'Ame, que, chez eux, le sentiment flotte continuellement entre ces deux oppositions. La fixation tranquille an point d'indifférence est un équilibre stable de l'âme ; l'oscillation inquiète entre deux positions, un équilibre instable^ Il n'y a peut-être pas deux oppositions de sentiment, où l'on ne remarque ces sortes d'états d'équilibre instable. Or, les états de ce genre sont principalement liés à ces sensations, qui renferment directement en elles-mêmes les conditions favorables à la production d'un contraste de sentiment. Ainsi, parmi les sons, spédalement ceux, dont le timbre particulier est basé sur la simultanéité des tons fondamentaux

graves et des harmoniques élevés, donnent l'expression à une disposition dichotomique. Il en est de même pour les impressions colorées. Tandis que le vert pur ne contient plus simultanément les couleurs^ entre lesquelles il forme la transition, le violet et la partie a voisinante du pourpre sont nettement mélangés de bleu et de rouge, par conséquent, des couleurs douées de ton de sentiment contrastant. Si alors, nous mettons en parallèle les couleurs simples avec* les tons simples, nous trouvons^ relativement au ton de sentiment qui leur est inhérent, la même différence, qui a été constatée dans la qualité pure des sensations. A la vérité, il existe chez les couleurs, de même que chez les tons, un seul couple d'oppositions ; or, comme entre les membres ou anneaux de cette opposition, deux transitions sont possibles : l'une, qui supprime l'opposition dans un sentiment intermédiaire simple, et l'autre, qui effectue l'opposition grâce à un sentiment contrastant, la série des sentiments simples n'est plus représentée par une ligne droite, mais uniquement par une courbe fermée. Quant à leur importance^ comme dispositions transitoires de l'âme, il sera plus convenable

dans ce cas d'opposer au vert le violet, que le pourpre ; et, d'après cela, le le rouge et le bleu-iadigo, le jaune et le bleu se trouveront opposés l'un à l'autre ; alors, dans cette courbe de la disposition des tons colorés, le pourpre a seulement Timportance d'un rouge, légèrement modifié par le violet. Afin d'indiquer le mode différent de transition du côté supérieur au côté inférieur, choisissons de nouveau une figure qui se rapproche du triangle : la ligne droite de base correspond au passage contrastant à travers le violet, et Tigre, qui remplace le sommet, au passage tranquille à travers le vert (fig. 123). Si, par la pensée, les sentiments, correspondant aux diminutions des degrés de saturation des couleurs jusqu'au blanc, sont ordonnés d'une manière analogue, tous ensemble forment le plan délimité par la courbe chromatique, dans lequel le point du blanc désigne la disposition indifférente, telle qu'elle est produite par la sensation lumineuse simple, qui n*est modifiée ni par l'énergie ou la faiblesse particulières de la lumière, ni par un ton de couleur. Tout autour résident les tons de sentiment, plus mats des couleurs blanchâtres et effectués alors par des transitions plus courtes. Mais aux dispositions, qu'engendrent les couleurs et leurs degrés de saturation, se joignent encore les sentiments^ qui se rattachent aux degrés d'intensité de la lumière. Entre les oppositions du clair et de l'obscur, au milieu desquelles ils se meuvent, il y a seulement vn passage à travers une clarté moyenne, passage qui correspond à la disposition indifférente. Ici donc, les sentiments opposés occupent les extrémités d'une ligne droite. Ainsi, la construction des tons de sentiment des couleurs se présente sous les traits d'une image corporelle, où le clair et l'obscur constituent les deux pôles terminaux. Un simple passage du sentiment à travers un point unique d'indifférence a lieu seulement pour la sensation lumineuse, non accompagnée de tons colorés et figurée par l'axe de cette image corporelle (voir fig. ii5, p. 485). Pour chaque couleur, il y a donc trois transitions de la disposition de l'âme à une couleur de ton de sentiment opposé : le passage harmonique à travers le vert tranquille, le passage contrastant à travers le violet dichotomique et le passage indifférent à travers le blanc impassible. Mais, entre les oppositions de clarté (l'obscur sérieux et la lumière gaie), il n'existe qu'un passage à travers le blanc indifférent, de clarté moyenne. Puisque l'énergie lumineuse des couleurs est susceptible de croître ou de décroître, celles-ci peuvent participer à ces tons de sentiment de la clarté. Or, à mesnre que l'énergie lumineuse augmente on s'abaisse, l'étendue de la variation de la disposition, variation possible dans la série chromatique, diminue, le passage harmonique et le passage contrastant se rapprochent toujours davantage, jusqu'à ce qu'en atteignant le pôle obscur ou le pôle clair de la sensation, le sentiment de la couleur s'efiiEice complètement. Dans le monde des tons et celui des sons, tous les sentiments se meuvent donc entre des contraires opposés l'un à l'autre en droite ligne, de façon que même les sentiments contrastants ne se présentent pas comme intermédiaires, et sont toujours unique^

ment situés à ane extrémité d'une opposition (i). Mais les sensations lumineuses^ seulement le clair et l'obscur, constituent des pôles semblablement opposés, qui sont analogues à l'opposition des tons élevés et des tons graves, puisqu'ils expriment des dispositions à peu près analogues, le sérieux el la galté. Pour le sentiment, les oppositions de l'intensité de la lumière incolore correspondent par conséquent à l'opposition des hauteurs de ton ; en revanche, les disj^sitions, analogues en quelque sorte aux timbres, sont plutôt exprimées par les couleurs simples, ainsi que l'indiquent les noms de « couleur » des sons et de *ton» des couleurs. Ici même, il existe une certaine analogie, puisque la pensée conçoit les tons de sentiment des timbres, comme ceux des couleurs et de leurs degrés de saturation, ordonnés dans un plan, vers le milieu duquel se trouve un point indifférent de disposition impassible ou neutre ; tandis que les plus grandes oppositions du sentiment occupent la périphérie de ce plan. Or, les tons simples ne forment pas ici, comme le clair et l'obscur, une nouvelle dimension, qui s'adjoint à la surface des sons, mais l'axe principal de cette dernière. Car^ le ton simple est ce son, qui est caractérisé par la plus grande gravité ou profondeur des harmoniques concomitants ; cas limitatif, qui est réalisé, quand les harmoniques disparaissent. Eu outre, l'intensité du son doit être prise directement en considération, quant an rôle du sentiment du son. Elle détermine une direction du sentiment, de même que la composition ou nature des tons partiels détermine l'autre direction. L'énergie et la faiblesse de son, la gravité et la hauteur du ton constituent d'abord deux couples principaux d'opposition, qui se portent au chiffre de quatre, si on met ensuite dans une double position les différences principales de la coloration des sons, l'union avec des harmoniques graves ou avec des harmoniques élevés (fig. itt). Supposons les points les plas extrêmes de ces oppositions réunis par une courbe fermée : alors, de chacun des points de cette courbe, de la même manière que de chaque point de la courbe chromatique, une triple progression est possible : en avant et en arrière à la périphérie de la courbe des sons, et vers le milieu indifférent. La place des sentiments contrastants est située dans ces sons, qui unissent des harmoniques élevés et modérément élevés avec une faible énergie de son. Cette position tient à ce que, si l'énergie de son est faible, les tons partiels de son, qui appartiennent aux extrémités opposées de la série des tons, se séparent plus nettement les uns des autres ; cela tient aussi à ce que, si les sons sont énergiques, la force du ton de sentiment triomphe, pour ainsi dire, de l'incertitude du contraste. D'ailleurs, ne l'oublions pas, cette description des sentiments des sons jouit, à un plus haut degré que la description des sentiments des couleurs, d'une importance purement symbolique, parce que la description des sentiments des couleurs se rattache plus directement au système des sensations.

i. A droite en bas, dans la fig. i^î, chez les sons avec des harmoniques élevés et d'une faible énergie.

DÉPENDANCE DU SENTIMENT. t$i7

Évidemment, ces sortes d'analogies du sentiment ne comportent pas la moindre conclasion, touchant la nature physiologique ou même physique des couleurs et des sons. Cependant, la théorie aristotélique des couleurs/ rajeunie par Gœthe, et d'après laquelle les couleurs naîtraient du mélange du clair et de l'obscur dans des proportions diverses, est basée, en majeure partie, sur une confusion de ce genre. Pour notre sentiment, le clair et l'obscur sont effectivement ce qu'il y a de plus simple, et la couleur^ ce qu'il y a de plus composé, car, les sentiments, que la couleur éveille, offrent des transitions ou passages plus multiples à des sentiments décomposition opposée. Cela dépend justement de la forme particulière du continuum des couleurs, forme d'où résulte directement cette triple transition de la disposition des couleurs. (Voir p. 489 et suiv.).

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