‹ Eléments de psychologie physiologiqueChapitre 193 sur 204 · Nablowsky, Bas Gefûhlslehen. Leipzig 1863, p. 13 et suiv · texte numérisé non relu

Nablowsky, Bas Gefûhlslehen. Leipzig 1863, p. 13 et suiv

en ce que certaines sensations sont voulues et que d'autres ne sont pas voulues. Or, nécessairement ces excitations opposées de Tactivité de Taperception, que nous indiquons par les noms de plaisir et de déplaisir, sont antérieures à cette opposition du vouloir et du non-vouloir. Le développement de ces états opposés s'expliquera uniquement par les effets, que les impressions sensorielles exercent sur la conscience et, par suite, sur l'activité de l'aperception. Ces effets se manifestent très-nettement, quand l'énergie des impressions varie. Ce sentiment de déplaisir, surtout la douleur, chasse de la conscience les autres sensations. Au contraire, le sentiment de plaisir est constamment lié à des sensations modérées, qui ne viennent point troubler la marche des autres sensations et qui, par conséquent, élèvent facilement dans la conscience ces sortes de sensations, grâce aux lois de la reproduction. Cependant, le motif du sentiment de déplaisir est, évidemment, plus immédiat; c'est pourquoi, Kant avait très-justement remarqué, que la douleur doit précéder chaque plaisir (1). Le noir, envisagé comme absence de la lumière, arrête toutes les sensations lumineuses. La disposition, à laquelle le noir correspond, est donc analogue au sentiment de déplaisir. Quant aux sons, l'effet des tons graves, effet qui incline vers la disposition sérieuse de l'àme, réside probablement aussi dans l'énergie considérable, que l'excitation peut atteindre chez eux. En réalité, nous n'attribuons aux tons graves leur caract^ de sérieux et de dignité, que si l'énergie des sons est suffisamment imposante; dans le cas contraire, le son est sourd et excite une disposition plus discordante. L'énergie du son exerce un effet direct de supplantation, et motive ainsi une parenté directe avec la sensation de déplaisir. Chez les sons résultants dissonants, la perception des sons est directement troublée ; ^r, par suite des battements, continuellement les tons se supplantent, se repoussent d'une manière réciproque. Evidemment, toutes ces dissertations ont seulement pour but d'expliquer, comment, aux débuts du développement de la conscience, l'effet des sensations sur l'activité de l'aperception peut occasionner des modes opposés de réaction de cette activité. En outre, lors du développement plus avancé des sentiments, la spontanéité du processus de Taperception, spontanéité qui devient toujours plus grande (2), joue un rôle essentiel. Grâce à elle, la qualité immédiate et l'énergie des impressions, qui

i. Voir quatrième section, chap. XVIII.

S. Voir, au sujet dejce processus, le chap. XV.

au commencement déterminaient uniquement le plaisir et le déplaisir, ont leur influence graduellement compensée par ces facteurs» qui ont pour origine le développement de la conscience, c'est-à-dire les expériences antérieures de la vie et la direction individuelle de la conscience de soi-même.

La relation psychologique du sentiment sensoriel avec le processus d'aperception devra déterminer notre manière de concevoir les bases fondamentales physiques de ce processus. L'intensité et la qualité delà sensation dépendent directement des processus d'excitation» déroulés dans les centres sensoriels, et, en second lieu, comme elles sont mesurées d'après leur rapport réciproque, elles dépendent encore de l'activité de l'aperception, qui trouve son expression dans la loi de relation. Mais le ton de sentiment se produit seulement, en tant que nous apercevons les sensations. II doit donc être directement considéré comme étant le côté subjectif ou psychique de ce processus plus central, qui s'ajoute nécessairement à l'excitation sensorielle centrale, quand l'activité de la conscience se tourne vers ce point. L'énergie variable de cette réaction du sentiment devra, au point de vue physiologique» être ramenée aux états mobiles de l'organe d'aperception, qui sont analogues en quelque sorte aux états changeants de l'excitabilité réflexe, produits dans les organes centraux inférieurs.

Ces rapports expliquent au psychologue, comme au physiologiste, que la loi générale de relation, qui domine la perception de l'intensité et de la qualité des sensations, est également valable pour la réaction du sentiment. Cette loi avait été formulée pour les sentiments, bien avant d'être appliquée à ces autres éléments de la sensation. Daniel BemouUi, qui, le premier, appliqua cette loi à des sentiments complexes, la qualifia de c mensura sortis » ; et Laplace, l'interprétant dans le même sens, lui donna la forme d'une loi de relation entre la « fortune physique » et la c fortune morale » (1). Envisagée d'après son importance générale, cette loi est ainsi formulée : LHntensité de la réaction du sentiment augmente proportionnellement aux accroissements relatifs des irritants de sensations (i). D'ailleurs, ici même, il est évident,

i. c. Bernoullf, Comment, acad. scient. Petropolit. t. V, p. 117. — Laplace, Théorie analytique des prohabilités, Paris^ 1847, p. 187, 43S. — Consulter aussi

G^K'log,R + C.

OBIGINE DU SENTIMENT SENSOBIEL. 559

que la loi est susceptible de conserver sa validité, seulement dans des limites étroites ; elle perdra sa validité» surtout si les influences» déjà mentionnées (p. 468) de l'énergie de l'irritant et exercées sur la direction du ton de sentiment» se manifestent.

La théorie da sentiment a toujours formé l'un des chapitres les pins obscurs de la psychologie. Bien qu'ici nous nous occupions seulement du sentiment sensoriel, les opinions, émises au sujet de ce dernier, se rattachent si étroitement au concept général du sentiment, qu'il est permis de discuter brièvement, à cette place, les hypothèses les plus importantes concernant la nature des sentiments. Nous distinguerons trois opinions principales ; mais nous verrons surgir, entre chacune d'elles, un grand nombre d'autres manières de voir, qui s'y relient et en sont les intermédiaires.

Selon la première opinion, le sentiment est une activité particulière de la force de la connaissance. Cette opinion est peut-être la plus ancienne, témoin la tentative d'Aristote de comparer le plaisir et la douleur à une négation et à une affirmation^ et l'essai des stoïciens de ramener raffection (affectas) à la croyance à un bonheur où à un malheur futur ou présent. Dans les temps modernes, cette même opinion a été spécialement représentée par l'empirisme de Locke* et de ses successeurs, d'autre part par la psychologie leibnizienne. Pour Locke (1), le plaisir et la douleur sont des représentations simples, qui se rapportent aux divers états de l'âme : celle-ci est par exemple plus joyeusement disposée, si elle sait, que la possession d'un bien est réalisée, ou si l'obtention prochaine de ce bien est assurée ; elle est triste, quand elle pense à la perte d'un bien, etc. Les psychologues anglais^ James Mill (2), Herbert Spencer (3), Alexandre Bain (4) (ce dernier surtout, qui a fait avec un rare talent d'observation l'histoire naturelle des sentiments) représentent généralement, à cette heure, le point de vue de Locke. Leibniz avait mis le sentiment en relation avec ses essais, qui avaient pour but d'introduire en philosophie le concept de l'infiniment petit. Grâce à des sensations douloureuses infiniment petites, dit-il, nous jouissons de l'avantage du mal, sans en ressentir ses incommodités ; la victoire continuelle, remportée sur ces douleurs, nous procure enfin une pleine sensation de plaisir ; cette- origine, qui provient des représentations infinlments petites, explique en même temps, que le plaisir et la douleur appartiennent aux représentations obscures, confuses (dunkeln) (5). Hegel partageait évidemment ces idées, puisqu'il appelait le sentiment une connaissance confuse (6). Dans le système scolastique de Wolff, l'expression

i. Loeke, Untersuckungen ûber den menscklichen Versiand, livre II, ch. XX.

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