POUR L'ÉDITION FRANÇAISE
Cédant au désir exprimé par le Traducteur, j'écris ici ces quelques lignes ; mais, je serai d'autant plus bref, que le livre de M. Ribot, La Physique allemande expétimentale, est très-connu du public scientifique français. M. Ribot, qui a enrichi (bereicbert) la psychologie de plusieurs travaux personnels de grande valeur, a fait dans la Psychologie allemande une exposition si remarquable et si claire de cette tendance de Tinvestigation psychologique, appelée chez nous expérimentale, que tout lecteur de son livre sera complètement préparé à comprendre le mien.
Or, sur un seul point, la description de M. Ribot peut, ce me semble, donner lieu à une fausse interprétation. Cet auteur a spécialement mis en relief la tendance expérimentale et lui a fait une très-large place ; aussi, le lecteur français pourrait croire, que cette tendance ou direction est chez nous générale ou même la seule prépondérante. A la vérité, nous pensons, que cet espoir se réalisera à Tavenir, tout en avouant, que présentement il n'en est pas ainsi. En Allemagne, Ton constate diverses directions de la psychologie, qui concordent très-peu au fond ; leurs représentants se rencontrent cependant dans une pensée commune : ils détestent la psychologie expérimentale ou physiologique et sont enclins à considérer l'enseignement des principes, des résultats de celle-ci,
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comme une sorte de blasphème. Ils pensent même à son snjet ce que le constable de Shakespeare dit des voleurs: « Et quant à cette espèce de gens, le moins, que vous pourrez avoir affaire avec eux, ce sera le mieux (1); » par suite, ils s'imaginent, que la psychologie physiologique a Tintention de remplacer la psychologie par une physiologie du cerveau.
Quoique, en France, personne, plus qu'Auguste Comte, n'ait nié l'objet de la psychologie et n'en ait parlé d'une façon si dédaigneuse ou si irrévérencieuse, néanmoins le lecteur français sait bien, que telle n'est point ma prétention; car, l'école psychologique allemande emprunte très-souvent à la physiologie les ressources de l'expérimentation, et les problèmes, qu'elle soumet à l'expérimentation, sont essentiellement psychologiques. Sans doute, la première Section de mon livre parait contredire ce langage, puisque cette partie traite seulement des faits mécanico-physiologiques, qui concernent le système nerveux. Mais, .une exposhion des bases fondamentales physiques de la vie psychique appartient certainement, selon moi, à la psychologie; et, d'autre part, nulle description physiologique du sujet, qui correspondit au but psychologique, de façon qu'elle put simplement y ressortir, ne m'était connue.
Bien des recherches nouvelles des dernières années sont seulement mentionnées dans celte édition, et non décrites en détail. Le lecteur, désireux de connaître à fond ces questions, les trouvera développées dans mes t Philosophische Studien », dont le premier volume a été publié en 1881-1883, et dans les trois première livraisons, actuellement parues, du deuxième volume.
Leipzig, 2i décembre 1884,