‹ Eléments de psychologie physiologiqueChapitre 9 sur 204 · Faculté supérieure du désir · texte numérisé non relu

Faculté supérieure du désir

Vouloir et non-vouloir. Liberté.

Ce système, qui a pour base immédiate la distinction opérée par Leibniz entre la représentation et la tendance, ces deux forces fondamentales des mo* nades, réalisait un progrès essentiel. Il ne bornait pas les facultés du sentiment et du désir à Taffection et au désir sensible ; il leur donnait la même étendue^ qu'à la connaissance, de sorte qu'il n'était plus question d'une différence de valeur éthique. Mais, il est évident que cette séparation des diverses facultés, ainsi réparties dans ces quatre grandes classes, ne laisse la prépondérance à aucun principe systématique et qu'elles sont rangées Tune après l'autre, d'une façon tout-à-fait empirique. L'école de Wolff a maintes fois modifié cette division : tantôt la connaissance et le sentiment étaient appelés les deux facultés capitales, et tantôt le sentiment, en qualité de troisième et moyenne faculté, était ajouté à la connaissance et au désir. Kant a adopté cette dernière classification. Déjà, dans la théorie empirique de l'âme, Wolff s'était efforcé de dériver d'une force fondamentale unique, de la force de représentation, les diverses facultés ; et sa psychologie rationnelle avait été consacrée, en grande partie, à traiter cette rpiestion. A cet égard, ses élèves l'ont encore dépassé sur quelques points. Kant désapprouvait ces tentatives, qui, ayant pour mobile une pure aspiration vers l'unité, voulaient effacer les distinctions établies. Cependant, même chez ce philosophe, la connaissance domine les deux autres forces de l'âme, puisque à chacune d'elles correspond, dans la sphère de la connaissance, une faculté spéciale. La caractéristique de la psychologie de Kant consiste dans ce rapport des trois facultés fondamentales avec les formes de la faculté de connaître. Wolff et les philosophes postérieurs cherchaient à ramener les sources de l'expérience interne à une seule, qu'ils croyaient trouver dans la connaissance ou dans son phénomène principal, la représentation. Kant soutenait, au contraire, que la connaissance, le sentiment et le désir avaient chacun une origine différente. Au dessus de ces trois forces fondamentales plane la faculté de la connaissance, parce qu'elle dicte des lois

1. D'après Wolff, le concept, le jugement et le raisonnement sont les trois opé* rations de l entendement. Ce philosophe ne les ramène donc pas à une faculté

Sarticulière. Il range la raison, en même temps que l'in^enium. Part de découvrir 'observer, etc., parmi les dispositions naturelles de l'eDlendement. Psvcholoaià empirica, Edit* nov. Francof . et Lipsiee 1738*

anx deux autres ; car^ elle engendre les concepts de la nature, aussi bien que le concept de la liberté, qui est la base des préceptes pratiques de la volonté, et, de plus, les jugements de finalité et du goût, qui sont intermédiaires entre les deux autres espèces de concepts. C'est ainsi, que, d'après Kant, l'entendement, pris au sens restreint, est législateur de la faculté de la connaissance ; la raison régit la faculté du désir ; et la faculté du jugement commande au sentiment (1). Entendement, faculté du jugement et raison sont désignés ensemble par le nom d'entendement, pris au sens large (2). D^autre part, Kant adopte la division de la connaissance en une faculté inférieure et supérieure, dont la première embrasse la sensibilité et la seconde, l'entendement ; mais, il rejette l'hypothèse qui n'admet entre elles, qu'une pure différence de degré. La sensibilité est plutôt, pour lui, le côté réceptif de la connaissance et Tentendement, son côté actif (3). Dans son grand ouvrage critique, la sensibilité est donc justement opposée à l'entendement : celui-ci produit de lui-même les concepts |mr«, et, uni à la sensibilité, il engendre les concepts empiriques (4).

De tout ce développement, il faut, évidemment, retenir spécialement les trois éléments suivants : i* la distinction des trois facultés de Tàme ; 2<>la triple division de la faculté supérieure de la connaissance, et 3« le rapport, qu'affecte Ut connaissance avec les trois facultés principales. Le premier élément provient essentiellement de la psychologie de Wolff, les deux autres sont la propriété de Kant. La philosophie primitive avait généralement appelé du nom de raison (Xc^foç) cette fonction de l'esprit, qui par le raisonnement (ratiocinatio) rend compte des principes des choses. Ainsi, dans le sens du néo-platonisme, la raison fut subordonnée à l'entendement (voii;, intellectus), puisque celui-ci contient un savoir direct, tandis que la fonction de conclure indique l'intervention du monde des sens ; ou bien, la raison, parce qu'elle discerne les derniers principes des choses, était mise au-dessus de l'entendement ; tantôt enfin, elle était considérée, comme une forme particulière de l'activité de l'entendement. La philosophie scolastique offre des exemples de ces trois manières de voir. Cette estimation différente de la valeur de la raison provient, évidemment, de l'emploi du mot ratio dans un double sens : i« pour désigner le concept du principe, sur lequel repose une série donnée de vérités particulières ; 2* pour marquer la capacité, que possède la ratiocinatio de conclure des principes à des vérités particulières. Primitivement, la ratio était entendue dans la dernière acception, comme factiUé de conclusiony lorsqu'on la comprenait dans les facultés de l'àme ; mais plus tard, la ratio, prise au premier sens, comme faculté des principes, a été traduite par le même mot et définie par conséquent

i. Kritik der UrtheiUkraft, p. 14 et s. Edition de Rosenkrans. vol. 4. î. Anthrot}Ologie, p 100 et 104. Edit. Ros. vol. 7, deuxième division.

Page 1