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Pour fonder empiriqaement ces théories, Gall et ses successeurs out substitué le crâne au cerveau : la forme du crâne, disaient-ils, devait nous renseigner sur le développement des divers organes. Aussi, l'on s'efforça, autant que possible, de répartir ces organes à la surface du cerveau. Déjà se révèle, ici, avec netteté cette tendance d'accommoder les observations aux opinions préconçues, tendance, qui se répète dans toutes les recherches particulières et enlève toute valeur aux prétendus résultats de ces investigations. Abstraction faite de cela, les idées fondamentales psychologiques et physiologiques des théories phrénologiques, idées véritablement monstrueuses, étaient un dangereux mouvement rétrograde, si on les compare au point de vue lumineux, où Haller s'était placé. Haller pressent déjà le vrai principe, c'est-à-dire que, dans les organes centraux, les organes périphériques du corps doivent être représentés ; mais, selon les phrénologues, le cerveau est un groupe d'organes existants per se, auquel ils supposent des énergies spécifiques extrêmement compliquées. Toutes les fautes de la théorie psychologique des facultés disparaissent, en présence de cette énumération irréfléchie des facultés les plus complexes, dont chacune est attribuée à un filet nerveux particulier ou à un faisceau de filets. Malgré ces faiblesses, étalées au grand jour, le système phrénologique se réjouissait et s'applaudissait d'avoir été l'objet d'une mention considérable dans la littérature scientifique. Ainsi, Yanatomie comparée du système nerveux de Leuret avait eu, évidemment, pour but spécial, de réfuter les théories phrénologiques (1).
Depuis lors, les recherches anatomiques et physiologiques suivirent longtemps des routes séparées. Les anatomistes allemands revinrent généralement aux idées de Haller ; mais, Garus (2) surtout et Burdach, qui a tant enrichi la morphologie du cerveau (3), étaient simultanément influencés par la philosophie naturelle de Schelling. A la même époque, les expérimentateurs français, particulièrement Magendie et Flourens, fondèrent à nouveau la physiologie des parties centrales. Dans les idées, que ces chercheurs émettaient sur le rôle des parties centrales, on ne peut méconnaître une réaction contre les théories phrénologiques. Cette réaction se manifesta d'abord chez Magendie, car ce savant adaptait sévèrement ses explications aux faits observés (4). Après avoir détruit les corps striés, il vit les animaux fuir en avant : il admit alors dans ces organes une force, qui arrêtait le mouvement en avant. Il pratiqua des coupes
1. Leuret, Anat. eompar. d. syst. nerv, 1. 1, — Flourens^ dans son petit livre intitulé : Examen de la phrénologie, Paris 1842, a fait une critique généralement excellente de la phrénologie.
«. C. G. Carus, Versuch einer Darstellung des Nervensvsiemi und insbesondere des Gehims, Leipzig 1814. Plus tard, cet auteur a adopté une opinion phrénologique plus modérée et l'a développée dans plusieurs ouvrages. (Grundzûge einer neuen Cranioskopie. Stuttgart iSii,^ Neuer Atlas der Cranioskopie, %* édit. Leipzig 1864. — Symbolik der mensehL Gestalt, V édit. p. 131,)
3. Burdach, Vom Bau und Leben des Gehims, vol. 111, Leipzig 1826.
4. Magendie, Leçons sur les fonctions du système nerveux. Paris 1839.
dans le cervelet et remarqua chez les animaux une tendance à tomber en arrière : ces parties devaient donc être le siège d'une force, qui poussait en avant. De même, lors des lésions du pédoncule cérébral, il attribuait les mouvements de manège à la suppression d'équilibre de forces opérant la rotation à droite et à gauche. Flourens employa la môme rigueur d'observation, à combiner des notions psychologiques plus claires. Ses recherches eurent principalement pour objet la moelle allongée, les tubercules quadrijumeaux, le cervelet et le cerveau. Selon lui, la moelle allongée était le centre des mouvements cardiaques et respiratoires; les tubercules quadrijumeaux, les organes centraux du sens visuel; le cervelet, le coordinateur des mouvements volontaires; les lobes cérébraux, le siège de l'intelligence et de la volonté (1). Mais il trouva, que ces diverses parties se comportaient, différemment, vis-à-vis des fonctions, qui en dépendent. Pour Flourens, les propriétés centrales de la moelle allongée étaient limitées à un petit espace, « au nœud vital >^ dont la destruction anéantissait instantanément la vie ; au contraire, les centres nerveux supérieurs contribueraient uniformément, par tqutes leurs parties, à la fonction qui leur est assignée. Il en avait conclu, que les troubles, occasionnés par l'ablation partielle des lobes cérébraux, du cervelet ou des tubercules quadrijumeaux, se compensent avec le temps. Il admit, par conséquent, que la plus petite partie de ces organes fonctionne pour l'ensemble, pour le tout. C'est pourquoi, la théorie de Flourens heurtait de front les idées phrénologiques et, en même temps, elle répondait avec assez de fidélité à l'observation. Aussi, cette théorie a-t-elle dominé, jusqu'à ce jour, en physiologie. Mais, évidemment, ici surgissent, de nouveau, des difficultés analogues, sous le rapport psychologique, à celles que l'on rencontre dans la théorie organique des phrénologues. L'intelligence et la volonté sont des facultés complexes. Qu'elles aient leur siège dans chacune des plus petites parties des lobes cérébraux, c'est au fond aussi difficile à comprendre, que de localiser en un certain point la mémoire du langage, le sens des localités, etc. En outre, quel pourrait être le rôle des diverses parties, que la dissection anatomique des hémisphères cérébraux permet de distinguer, si ceux-ci, sous le rapport fonctionnel, se comportent, à peu près comme le foie ? Les anatomistes, qui se livraient à des spéculations sur le rôle des parties cérébrales, furent donc obligés de revenir, la plupart du temps, à l'idée d'une localisation des fonctions intellectuelles (2). Or, les théories, introduites par Flourens dans la science, finirent par être ébranlées, surtout grâce à l'alliance plus intime de l'observation anatomique et physiologique. Les recherches sur la structure élémentaire des organes centraux, et les données de l'observation physiologique et pathologique sur la localisation de certaines sensations et des effets moteurs exercèrent une influence décisive sur
1. Flourens, Rectierches expérim. sur les fond. d. syst. ncrv. 2*édil. Paris 18W.
2. Consulter, par exemple, Arnold, Physiologie^ I, p. 836. — Huschke, Schàdel, HimundSeele, p. 174.
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la solation du problème. Sons ce dernier rapport, ce fut surtout la découverte des bases fondamentales anatomiques de l'aphasie, qui fraya la voie. Toutefois, entre ces résultats et les conséquences de Tablalion partielle des hémisphères, pratiquée selon l'exemple de Flourens, existait une certaine contradiction, puisque le symptôme permanent, observé après cette opération, n'était pas la disparition de quelques fonctions, mais Tafiaiblissement de toutes. C'est pourquoi, tout récemment, Goitz (i) a essayé de renouveler la théorie de Flourens et d'en modifier un peu la forme. Nous avons indiqué précédemment la valeur 'relative de cette tentative, par opposition aux hypothèses de localisation dans un seul côté du cerveau, et montré en même temps, que son exécution conduit nécessairement à admettre une application, beaucoup trop vaste, du principe de suppléance, combattu par Goltz. Or, ce principe ne peut plus se soutenir, si l'on admet ordinairement Ténergie spécifique des éléments nerveux.
I. Voir surtout les raisous données par Goltz, in Archiv de Pnci^er, vol. 20. p. tO et suiv.