‹ Éléments de psychophysique générale & specialeChapitre 22 sur 88 · SENSATION DE LUMIERE. — 1^^ EXPERIENCES · texte numérisé non relu

SENSATION DE LUMIERE. — 1^^ EXPERIENCES

nombres très exacts, mais peu concluants. Nous nous attachions donc à commencer alternatiyemeojt par des nombres beaucoup au-dessous ou beaucoup au-dessus, et . à augmenter ou diminuer graduellement et lentement jusqu*à ce que l'observateur se montrât satisfait. De là , le temps considérable que prenait chaque expérience. Il fallait mettre Fappa* reil en mouvement , inviter ensuite Fobservateur à regarder. S'il répondait soit trop fort! soit trop faible!^ on arrêtait l'appareil, on modifiait l'anneau en conséquence, et l'on recommençait. On comprend qu'il arrivait parfois qu'un quart d'heure s'écoulât avant de recevoir une réponse catégorique.

Quelquefois, après deux ou trois tâtonnements, l'observateur se déclarait satisfait. Mais il n'en était pas toujours ainsi. Il arrivait aussi que telle teinte, trouvée d'abord trop forte, était jugée, un instant après, trop faible. Cela provenait évidemment de la distraction ou de la fatigue » et les chiffres fournis devaient alors être considérés comme infidèles. Si l'on eût suspendu l'expérience pour la reprendre ensuite avec le même observateur, était«Qn sûr d'avoir, dans cette seconde épreuve, la mètne lumière, la même disposition? Avait-ôn la certitude que les mêmes inconvénients ne se reproduiraient pas ? D'ailleurs il y a aussi des limites à la complaisance , même quand un intérêt scientifique est en jeu. C'est par là que nous avons été contraint de faire figurer dans certains de nos tableaux des nombres obtenus dans des circonstances défavorables.

Mentionnons une circonstance propre à troubler la précision de ces expériences. Celles-ci prennent

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en elles-mêmes un temps assez long, quelquefois plusieurs heures , et en ce long laps de temps toutes les conditions de lumière ont changé. Le soleil a baissé ; il a tourné et la lumière réfléchie a varié de position et de qualité ; ou bien le temps s'éclaircit ou s'assombrit, et la fin de l'opération n'a pas lieu dans les mêmes conditions que le commencement.

Voilà pourquoi nous disions tantôt que ce premier tableau est le plus décisif que nous ayons à présenter. •En effet , sauf des variations inévitables , ces cinq séries de quatorze expériences faites avec le même observateur, dans des conditions de lumière à peu près identiques , ont marché d'une Jaçon sensiblement régulière , c'est à dire que l'observateur n'a pas accusé de fatigue et n'a pas émis de jugements contradictoires.

Inutile d'expliquer la signification de la seconde et de la troisième colonne verticale. Les quatrième et cinquième colonnes donnent les valeurs de l'anneau intérieur, calculée pour c=Va> valeur moyenne * et c=0,12, moyenne des valeurs minimum. Ces valeurs de c sont exprimées en fraction de degrés. Nous dirons plus loin par quelles expériences nous avons déterminé cette valeur de c, que, d'abord, nous croyions être une constante , et que nous avons tout lieu de croire être une variable.

Les cinq colonnes suivantes contiennent les nombres obtenus expérimentalement; la dernière

* Fechner, dans son ouvrage In Sachen derPsychophysihy page 185, a justifié, mieux que je ne le faisais dans mon mémoire , le choix de cette valeur moyenne.

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colonne, le nombre moyen. Les trois colonnes qui précèdent celles-ci , nous donnent les extrêmes et leurs moyennes. Les chiffres de la dernière colonne coïncident d'une façon remarquable avec les chiffres théoriques. Six d'entre eux sont compris entre les deux nombres théoriques. Il y a deux exceptions notables à cette règle , ce sont la 5® et la 13« moyenne , le chiffre 247,8 au lieu de 236 k 239,9; et le chififre 130 au lieu de 120,3 à 120,08.

Discussion. — Discutons la première exception.

L'avant-dernière colonne nous donne pour chiffre moyen entre le maximum et le minimum le nombre 274, qui s'écarte plus notablement encore du chiffre théorique. Ceci nous prouve que le maximum 316 est dû à une circonstance exceptionnelle, soit fatigue, soit distraction, soit jugement précipité. Suivant les règles ordinaires , ce nombre doit être mis en dehors des calculs. Si nous l'écartons , nous trouvons pour moyenne le nombre 230,75, et pour moyenne entre le minimum 222 et le maximum 241 , le nombre 232,8. Ces deux moyennes se rapprochent sensiblement de la moyenne théorique , surtout si l'on observe que nous avons écarté un nombre maximum. Car, si nous retranchons encore un nombre minimum , et si nous ne tenons compte que des trois expériences 241 , 238 et 222 , on obtient pour moyenne le nombre 233,7 , qui se rapproche encore davantage de la moyenne théorique.

On voit par cet exemple à quoi sert l'avant-dernière colonne, la colonne des moyennes entre le maximum et le minimum. Elle permet de vérifier si

l'une ou Tautre expérience n'est pas à rejeter comme suspecte. Car, sitôt qu'un nombre isolé s'écarte beaucoup de cette moyenne, on doit attribuer ce résultat exceptionnel à des influences perturbatrices inconnues.

Ce n'est pas le cas pour l'expérience 13. La moyenne 131,5 ne s'écarte pas beaucoup de la moyenne 130. De plus , le maximum 147 est fortifié par le second maximum 144. Il est vrai que , si l'on retranchait ce maximum 147, on arriverait tout de suite au nombre 125,7, comme moyenne. Mais ici nous ne sommes pas en droit de le faire. Nous ferons remarquer cependant que des cinq nombres amenés trois se rapprochent beaucoup de la moyenne théorique, l'un étant un peu au-dessus, et deux un peu audessous, et que leur moyenne est 119,7. Nous pouvons donc en conclure que ce résultat ne compromet pas non plus le principe.

Nous ferons une dernière remarque, et cela à propos de la première ligne horizontale. Si l'on en excepte la cinquième ligne horizontale d'où nous avions éliminé le maximum 316 remplacé par le maximum 241 , cette première ligne est la seule qui présente un aussi grand écart entre le maximum et le minimum. Cela s'explique sans peine. C'est la première expérience de la série; l'œil est directement encore sous l'influence des excitations multiples auxquelles 41 était soumis un instant auparavant; le jugement n'est pas non plus si attentif, il est plus superficiel, si nous pouvons nous servir de cette expression. Nous verrons dans les expériences qui suivront cette même particularité du premier jugement s'accentuer presque partout.

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