DEFINITIONS
Comment l'animal a-t-il la notion d'un objet , et quelle espèce de connaissance peut-il en avoir? Comment a-t-il la connaissance de son propre individu? Telles sont les deux questions qui se présentent. La solution jen est renfermée dans l'analyse du sentiment de l'effort , qui est , pour nous , synonyme de conscience ; et, en ordre subsidiaire, on fera voir comment l'état de conscience passe insensiblement à l'état d'inconscience, comment l'intelligence évolue vers l'instinct premièrement et l'automatisme en dernier lieu.
Tel est le cercle de nos recherches. Quoique le sujet soit vaste , on en a élagué tous les développements qui n'étaient pas d'une nécessité absolue. Nous n'avons tracé que des contours, mais nous avons tâché de leur donner le plus de netteté possible.
Définitions de l^impression , de Texcitation, de la sensation, de la perception.
— Commençons par définir les termes qui nous serviront, et par circonscrire notre objet. Rien de plus vague, comme on s'en convaincra par la suite, que la signification accordée au mot sensation. Cette dénomination sert à désigner des phénomènes d'ordres différents ou de nature complexe. Il est donc avant tout indispensable de faire connaître notre dictionnaire pour éviter des confusions inadmissibles dans une œuvre scientifique.
Tout être, animal, végétal, ou minéral, subit l'influence de ce qui l'entoure ; toute altération dans la constitution du milieu ambiant produit en lui une altération correspondante que nous nommons impres^
sion. La cause de Fimpression , nous rappelons excitation.
SiTêtre est sensible, à cette impression organique, au phénomène physique , qui est chez lui tout à fait comparable à celui qui se manifeste dans l'être insensible, répond, au moment où elle s'effectue *, un phénomène psychique, la sensatimiy il ressent en lui la modification qu'il éprouve. Seul, il peut savoir ce qu'est sa sensation ; elle est incommunicable , c'est un phénomène interne ; l'impression , au contraire , peut être connue et appréciée par tous , c'est un phénomène externe.
Si, de plus, l'être est connaissant^ s'il est doué d'intelligence , ce mot étant pris dans le sens le plus étendu qu'il puisse avoir , de manière à s'appliquer aux animaux même inférieurs, il aura des pefxeptions, c'est-à-dire qu'il rapportera sa sensation à une cause , en général , autre que lui , et qu'il attribuera à cette cause une qualité , qui sera celle de lui procurer une sensation déterminée.
Ainsi, quand la température du milieu s'élève, tous les corps deviennent chauds, les êtres sensibles ont chaud; les êtres intelligents se diront: il fait chaud.
Ces définitions , pour le moment provisoires , se préciseront au fur et à mesure qu'on avancera dans cette étude. •
La motilité condition de la perception. —
Entre la sensation et la perception , entre ces deux
* Comme on le vçrra plus tard, cette proposition inci- 40ute est4o toute importance.
MOTHITé. l5l
phéiiômènes au fond si différents , il se fait facile* ment une confusion. Il est bon , par conséquent, d'insister Sur ce point pour bien délimiter ce qu'est là sensation , et éliminer les éléments étrangers qui viennent habituellement en altérer la notion.
Pour que ta perception soit possible, l'animal doit faire dans la sensation qu'il éprouve la part de ce qui émane' de lui, et la part' de ce qui vient de l'extérieur : là sensation est, eh effet, le produit de deux facteurs , l'anitnàl et la cause agissante. Pour , qu'il puisse faire cette analyse , il faut qu'il ait , dans une certaine mesure , la faculté de se donner des Sensations à iui-iiiéihe', de varier, comme dans les expériences de laboratoire, les circonstances où elles se produisent. Pour cela , il suffît que l'animal ait la faculté de se mouvoir (ce terme étant pris dans son seils le plus général), et qu'il ait en même temps le sentiment dé l'effort qu'il déploie quand il se meut; il faut , en un mot , qu'il soit dùué de motilité. ' Un animal qui , chaque fois qu'il ouvre les yeux, voit toujours dans la même situation par rapport à lui les mêtries objets, doit croire qu'ils font partie de son être; Mais si un jour , s'attendant à les voir à la même place , il les trouvé changés de lieu ou d'aspect , et si cela ^est fait indépendamment de sa volonté , H est forcé d'adnîettre que le changement est dû à une cauise autre qtte lui. L'enfant n'entend pas, quand ii le veut, la voix aimée de sa mère, et il en conclut qu'elle est différente deiuî; mais certainement si elle répondait toujours immédiatement à son désir, il devrait croire s'entendre lui-même. Il adonc des perceptions , parce qu'il distingue , dans
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ce qu'il éprouve, des choses qui sont sous sa dépendance et des choses qui n'y sont pas ; et cette distinction il n*a pu la faire que s'il a des choses sous sa dépendance, s'il peut produire certains effets, c'est-à-dire, en termes généraux, s'il peut mouvoir des objets ou se mouvoir — en sentant , bien entendu , qu'il les meut ou se meut.
Il va de soi qu'il faut entendre cette locution se mouvoir dans un sens absolu ; il ne s'agit pas ici uniquement d'un changement de lieu^ mais tout aussi bien d'un changement de forme ou déposition , ou même tout simplement d'un changement moléculaire. Ainsi, de la femelle du ver luisant , quand elle augmente volontairement l'éclat de son corps, on peut affirmer qu'elle se meut , en ce sens qu'elle imprime spontanément un mouvement vibratoire spécial aux molécules de son corps. On voit que la motilité , dans le sens qui lui est ici donné , est à l'activité de l'être ce que la sensibilité est à sa passivité, la face psychique, interne, d'un phénomène physique , externe.
C'est pour conserver aux termes leur plus grande généralité que nous n'avons pas voulu nous servir des expressions assez usitées de sens musculaire , sensations musculaires^ parce qu'elles comportent une signification trop étroite S
La motilité forme à proprement parler le carac^ tëre distinctif de l'animal. Rien n'empêche en effet d'attribuer aux plantes la sensibilité ; certains faits
' Voir, pour plus de détails sur ce sujet, notre P^ycAologie comme science naturelle. Paris, Gei*mer-Bailliôre»