TROIS LOIS DE LA SENSATION : PROGRESSION
faits viennent confirmer. On retrouve dans notre langage et nos mœurs actuels la trace du langage et des mœurs de nos ancêtres les Aryas. L'évolution de l'individu et de l'espèce n'a pas d'autre origine *.
Cependant, pour ce qui va suivre, on doit se départir de cette rigueur mathématique absolue. Sans doute le bruit produit par un coup de fusil ne cesse pas, et se prolonge indéfiniment en continuant à s'affaiblir; mais, en se plaçant en dehors de la rigoureuse exactitude , et en appréciant le fait dans son aspect, on peut dire que le bruit cesse, et même après un temps assez court.
Deuxième loi s loi de progression. — A
quelles conditions la sensation est-elle nulle , positive ou négative , et quelles règles déterminent les variations dans son intensité ?
La sensation est nulle quand jp = p' , ou quand la différence dep hp* est nulle ; en effet, dans ce cas,
la quantité log -^ devient log ^^ ou . L'être reste
dans l'état de mouvement marqué par;;; il est en équilibre avec le milieu ambiant. Si p' vient à changer, s'il devient, par exemple, plus grand quep, à ce moment l'être recjoit un choc , et la sensation se produit *. Il résiste au choc, mais, comme on
* Voir dans la Revtce philosophique notre étude sur le Sommeil et les Rêves.
* La sensation n*arrlve pas toigours à la conscience, ainsi qu'il sera montré plus loin, mais que, pour le moment, on ne tient pas compte de cette restriction.
vient de le dire, il cède peu à peu, et il finit, après •un temps plus ou moins long , par obéir complètement à rimpulsion donnée; il atteint, sauf le cas de désorganisation qu'on examinera plus loin , un nouvel état d'équilibre. En d'autres termes, p finit par devenir égal à p', et la sensation par redevenir nulle. Â la sensation vai*iable se substitue un état sensible, en soi susceptible de devenir permanent.
Si, maintenant que la sensation est s' = log ^ = 0,
P nous voulons qu'une nouvelle sensation apparaisse
dans le même sens, il faut que p' devienne plus
grand, soit p"; alors la sensation éprouvée sera :
sf = log i-^ ; et elle finira à son tour par devenir
nulle , lorsque p' aura égalé p".
Si nous posons la condition s = s\ nous devrons
avoir l'égalité — = ^y , ou la proportion :
d'où l'on tire :
p» — p^ : p^ — pss:p^ : p.
C'est là, à proprement parler, l'expression de la loi de Weber, à savoir que les accroissements des excitations, telles qu'il les entend, doivent être toujours dans le même rapport avec l'excitation primitive pour que la sensation croisse de quantités égales.
Exemple : si nous avons d'abord : s = log || =: log I, quand s sera devenu égal à log H = , pour obtenir une nouvelle sensation s' = s , nous devrons
TROIS LOIS DE LA SENSATION : PROaRESSION. ITT
poser : s' == log || = log |. L'excitation , qui était d'abord 36 — 27 = 9, est maintenant 48—36=12, c'est-à-dire plus considérable , et Ton a la proportion 12 : 9 = 26 : 37 , requise par la loi de Weber.
Supposons de nouveau que «' soit devenu nul, parce que 36 est devenu égal à 48; pour avoir une nouvelle sensation s" = 5' = s, ij faudra que «" == log H = log f , ce qui exige une nouvelle excitation 64 — 48 = 16. On voit que les excitations 9, 12, 16 croissent suivant une progression géométrique dont la raison est | ; ce qui est conforme à l'énoncé du Théorème II de notre Étude psychophy^ Bique (p. 45) :
« Pour des accroissements de sensation égaux , les accroissements d'excitation croissent en progression géométrique. La raison de cette progression est e». »
La loi de Weber et celle que nous lui avons substituée sont donc des corollaires renfermés dans la nouvelle formule.
Voilà une première série de sensations que nous appellerons positives ; elles se produisent quand la différence entre la force interne et la force externe est à l'avantage de cette dernière. Les sensations seront appelées négatives dans le cas opposé.
Si , en effet, maintenant que p est devenu p", on suppose que la cause j?" — p' vienne à cesser, un phénomène nouveau , l'inverse du précédent , va se
produire ; la sensation représentée par s =log ^^ = 0,
«)' devient « = log ^ , c'est-à-dire , une quantité né-»
gative.
178 PSYCHOPHYSIQtJK.
C'est la sensation de froid qui succède à celle de chaud — la sensation que fait éprouver une diminution de pression — c'est pour Fœil , la sensation d'obscurité ou mieux d'offusquement qui succède à celle de lumière constante= c'est celle qu'une oreille habituée à un bruit continu au point de ne plus l'entendre, éprouverait lorsqu'il viendrait à cesser *•
Nous pouvons de même , quand p" sera devenu é^^l à jp' et que la sensation sera nulle, introduire une nouvelle sensation négative en faisant p' égal à p ; et nous pouvons continuer dans le même sens en mettant l'excès de force du côté de la cause interne *.
* Ceat par là que s'explique sans doute le sentiment de chaleur qu'on éprouve généralement quelques instants après s'être plongé dans l'eau froide. L'immersion a pour but de refouler le sang vers l'intérieur et de vider les vaisseaux de la périphérie. La peau se met en équilibre avec la température du liquide. Puis, par un effet de réaction, le sang revient dans les vaisseaux, mais sa température paraît extrêmement élevée par rapport à la température momentanée de la peau , et de là vient le sentiment de chaleur, bien que le thermomètre accuse plutôt un abaissement.
* Ce que nous disons ici n'est pas en contradiction avec la critique que nous avons faite des sensations négatives de Fechner, page 20. D'abord la sensation négative, telle que l'entend cet auteur, est produite par une excitation positive; pour nous, elle est le résultat d'une excitation négative. Ensuite les expressions négative et positive sont chez nous conventionnelles ; on peut les renverser sans inconvénient, et elles correspondent à une différence caractéristique entre les phénomènes. Dans Fechner, l'interprétation était imaginée pour sortir d'une difficulté réeUe, et ^n ÎQui ijasurmontable.
TROIS LOIS DE LA SENSATION : TENSION. 17d
Les sensations négatives obéissent à la même loi logarithmique*
Troisième loi s loi de tension» — L*ôtre sen^
sible est donc, ainsi que les autres êtres , doué de la faculté de se mettre en équilibre avec l'extérieur ; mais , chez lui, si l'on pose la condition qu'il reste sensible, qu'il ne soit pas désorganisé, cette far culte d'accommodation a ses bornes dans les deux sens. Il y a , en d'autres termes , un équilibre naturel et un équilibre de tension. La position d'équilibre naturel d'une corde de violon est celle qu'elle prend naturellement sur l'instrument quand elle est abandonnée à elle-même ; si on la maintient écartée de cette position , elle est dans un état d'équilibre de tension. Enfin , si la tension est trop forte, la corde se rompt.
Recherchons la loi de la tension. Comme on vient de le dire , il existe pour la quantité p un maximum et un minimum où la tension est extrême et touche à la rupture ; et la faculté d'accommodation , la flexibilité de l'être sensible est déterminée en étendue par ces valeurs extrêmes de ;?. La tension est nulle,
iw M-u * ^ 1 ^\.j pmin.+»max.
léqudibre est naturel , quand p = ^^ •
A mesure qu'il se produit des excitations soit positives, soit négatives, la tension augmente, la résistance s'accentue, et la flexibilité diminue. Cette tension , cette marche vers la rupture est accompagnée d'un sentiment d'épuisement, de douleur ou de fatigue , pour nous servir d'un mot général. Si iious représentons par T la tension qui accom-»
iSO PSYCHOPHYSIQUË.
pagne Texcitation log -^ , et si A est le maximum
P de tension possible , la formule de la fatigue sera :
La fatigue va en grandissant de plus en plus rapidement à mesure que T devient plus grand, et elle tend vers l'infini quand il approche du maximum. Ce sentiment se mêle tcujours à la sensation. Tantôt il est à peu près masqué par elle , c'est le cas le plus ordinaire; tantôt, quand il devient trop fort , il la masque à son tour ; alors la sensation disparaît pour ainsi dire , et cède la place à la douleur.
On peut , entre certaines" limites , se faire à la tension de même qu'à l'excitation ; la tension prolongée affaiblit le ressort, et elle s'affaiblit à son tour; une corde de violon maintenue trop longtemps hors de sa position naturelle s'allonge. A mesure que l'on s'y accommode , la tension et le sentiment de fatigue qui lui correspond vont en diminuant, et ils finissent par devenir nuls; car la loi de dégradation qui s'applique à la sensation convient aussi à \à tension et à la fatigue. De son côté , la faculté d'accommodation , gardant toujours le môme point extrême , diminue en étendue ; elle était représentée par A ; elle ne l'est plus que par A — T , quantité que" nous représenterons par A'. Ainsi quand on entre dans un bain trop chaud , on éprouve d'abord un sentiment de malaise qui accompagne nécessairement la sensation de température; ce sentiment de malaise ne tarde pas , sous certaines conditions, à disparaître ; mais la faculté de s'accommoder au
*ÏIÔIS LOIS Ï)Ë LÀ SENSÀTiOfï : TENSION. 181
chaud n'en reste pas moins diminuée de l'écart entre l'état naturel et l'état actuel.
C'est ce qu'exprime la formule /*= log -r — =-♦
lorsqu'on y fait A = A — T = A', ce qui implique T = 0. On a dans ce cas :
Pour produire un nouvel accroissement de fetiguô, il faudrait introduire une nouvelle tension T', et l'on aurait :
et de même :
et ainsi de suite.
Il ne serait pas difficile de démontrer, comme plus haut, que, si l'on pose la condition que /'=/^ = /^' = etc., à savoir que les sentiments de fatigue soient égaux , il faut pour cela que T, T' , T", etc., forment une progression géométrique décroissante.
Ce résultat est en conformité avec l'énoncé du Théorème I de notre Étude psychophysique (p. 44) :
a Pour des accroissements de fatigue égaux , les accroissements de dépense décroissent en progression géométrique. »
L'effet contraire se produira , si l'excitation vient à diminuer ou à cesser. Alors on a ;
Le second nombre de cette équation ^st une quantité négative ; il exprime un sentiment contraire à la fatigue ou à la douleur, le sentiment du relâchement ou du plaisir. C'est ce sentiment qu'a éprouvé Socrate quand on lui a enlevé les liens qui serraient ses jambes , et qui lui a inspiré Tallégorie de cette chaîne unique formée de plaisir ou de douleur, de telle sorte que , si on la tire par un des bouts , on amène bientôt et immanquablement à soi l'autre bout. Ces sentiments sont liés intimement à ce que l'on nomme l'instinct de conservation.
Résumé. — Arrivé à ce point, résumons-nous.
Nous avons expliqué ce que nous entendons par équilibre. L'excitation est une rupture d'équilibre, elle produit une impression sur l'animal. Le phénomène interne correspondant à l'impression est la sensation ; c'est donc l'effet sensibleptovenant d'une rupture d'équilibre. La sensation persiste tant que l'équilibre continue à être rompu, et elle cesse dès qu'il est rétabli. L'équilibre s'établit de deux façonâ, par l'augmentation du moinvementinterne (effet de réaction) ou par la diminution du mouvement externe. Les sensations sont positives , au négatives :suivant que c'est la force extca^neoulateme qui l'emporte. La sensation est accompagnée d'un setUiment de malaise ou de bien-être , de fetigue ou» de relâchement, de douleur ou de plaisir, sixivant que l'on se rapproche ou que l'on s'éldigne de là limite de l'épuisement total, ou que. l'on s'éloigne du se rapprpche de la position d'équilibre naturel.
Li'éq[uilibre statique et réquilibre dyna« mique« — La première loi , celle de la dégrada-