‹ Éléments de psychophysique générale & specialeChapitre 60 sur 88 · LES ÉTATS D^EQUILIBRE DB LÀ SENSIBILITE · texte numérisé non relu

LES ÉTATS D^EQUILIBRE DB LÀ SENSIBILITE

tion^ est conforme à des faits d'observation joama* lière , mais Texpérience n'en a pas vérifié la formule mathématique. La seconde loi seule , celle de l'intensité , a été établie expérimentalement par Weber, Fechner et moi-même, pour divers ordres de sensations. La troisième loi enfin, celle de la tension, s'appuie aussi sur l'observation et en partie sur les expériences^ seulement ces expériences ne sont pas suffisamment concluantes.

La première loi est fondée sur les notions à'équilibre statique et d'équilibre dynamique. Quand une force sollicite un corps, par exemple, quand une locomotive met en mouvement un. convoi, pendant un certain temps le corps résiste, et,, tant que la résistance dure, on dit qu'il y a équilibre dynamique. Quand la résistance est totalement vaincue, <[uand le corps a fini par obéir complètement à ia force , par conséquent , dans notre exemple , quand le convoi a pris toute la vitesse qu'il est susceptible d'acquérir, alors il y a équilibre statique, et le corps pousse autant qu'il est poussé. En efTet, si l'on ralentit le mouvement de la locomotive, elle recevra un choc.

Il en est de même de l'être sensible sollicité par une force extérieure : il éprouve une sensation tant qu'il y a résistance ou effort de sa part ; il n'en éprouve plus dès qu'il a atteint l'état d'équilibre statique.

Ainsi nous n'éprouvons aucune sensation de chaud ou de froid tant que nous sommes en équilibre avec la température du milieu ambiant. Il ne faut pas entendre ici par équilibre, l'égalité de tem:

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pérature; c'est plutôt un équilibre physiologique, qui a lieu quand la perte de chaleur est devenue constante. Si nous nous plongeons dans un bain, nous pourrons éprouver une première sensation de froid ou de chaud ; mais , sous certaines conditions, nous ne tardons pas à nous accommoder à la température de l'eau , et alors cesse pour nous , à proprement parier, toute sensation. La sensation ne reparaît que si Ton augmente ou diminue la chaleur du liquide. Il s'ensuit donc que la première sensation de chaud ou de froid est toujours la plus vive. C'est ce que tout le monde sait. Il ne faut pas croire non plus que , pour qu'il y ait équilibre , il est nécessaire que la température soit distribuée d'une manière égale et uniforme autour de l'être sensible. Je puis , par exemple, accommoder chacune de mes mains à une température différente; et, en généralisant , si l'on pouvait faire un bain composé de telle sorte que les portions d'eau qui toucheraient les différentes parties de mon corps eussent un degré de chaleur différent mais constant , on conçoit que je puisse m'adapter à un pareil milieu. C'est, du reste , ce qui a lieu actuelleniént dans une certaine mesure , puisque , par l'usage que nous faisons des vêtements , nous avons habitué certaines parties de notre corps à une température plus chaude ou plus froide. Ce qui paraîtra chaud à la figure semblera froid au dos.

Ce que nous venons de dire de la température s'applique à la pression. Si nous ne nous aperce* vohs pas de la pression de l'atmosphère , si nous pouvons nous élever sur une haute montagne ou

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descendre dans un puits de mine , ou au fond de la mer, c'est que nous pouvons nous accommoder plus ou moins à ces pressions si diverses ; seulement , comme il sera dît plus loin , pour nous apercevoir d'une différence, il faut qu'elle soit introduite brusquement ou inégalement.

Après un peu de réflexion on voit que ces considérations s'appliquent aux sens de l'odorat et du goût. Nous nous habituons tellement bien aux odeurs que nous finissons par ne plus les sentir ; c'est ce qui arrive aux chimistes , aux anatomisles, aux pharmaciens. Nous ne goûtons pas les liquides de la bouche quand leur altération dure depuis quelque temps. Un poisson d'eau douce qui entre dans la mer, aura probablement le goût du sel; mais s'il y prolonge son séjour , il finira sans doute par ne plus s'en apercevoir. Il est plus difficile de faire accepter qu'il doit en être ainsi de l'ouïe et de la vue. Or nous n'entendons pas les bruits, même intermittents, auxquels nous sommes habitués. Ainsi étant allé passer quelques jours de vacance dans une maison située à côté d'une cascade, il m'est arrivé , à la fin de mon séjour , de ne pas parvenir, malgré tous mes eflForts , à entendre , une certaine nuit, le bruit de la chute ; je crus qu'elle avait cessé de tomber , et ce n'est qu'en mettant la tète à la fenêtre pour l'apercevoir, que je me convainquis de mon erreur.

Combien de fois nous arriye-t-il , dans le silence de la nuit, de ne plus saisir le tic tac de la pendule, bien que ce soit là un bruit discontinu , et de nous demander si elle n'est pas arrêtée ? Il est à présumer

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que , si nous nous trouvions pendant quelque temps sous rinfluence d*un bruit continu et uniforme , nous finirions par être incapables de nous en apercevoir, môme en y mettant la plus grande attention. Que de bruits se produisent peut-être à nos oreilles et que nous ne pouvons entendre ! C'est ainsi que nous ne nous npercevons pas du bruit d'une ville en pleine activité; mais, si nous allons le matin nous pro^ mener à la campagne dans ses environs, nous enten^ drons parfaitement son réveil.

Quant à l'œil, plusieurs raisons s'opposent à ce qu'il s'accommode jamais à une lumière donnée : sa grande mobilité d'abord , le jeu des paupières et de l'iris ensuite. Mais je ne dout0 pas qu'un œil sans paupière entouré d'une surface d'un éclat uniforme n'aurait de sensation qu'au moment où une différence d'éclat viendrait à se produire.

Bien mieux , si l'œil est immobile , s'il ne peut promener son regard d'un point à un autre, la sur-^ face peut avoir des parties différentes d'éclat ou de couleur, la sensation sera quand même nulle, parce que les divers points de la rétine s'accommoderont^ chacun à sa façon , au genre de lumière qui les affectera. L'œil sera, par rapport à cette surface lumineuse, ce que le corps immobile serait à l'égard d'un bain inégalement chauffé.

Voilà ce qu'il y a à dire pour bien faire saisir le sens de la seconde loi , et ce qu'il faut entendre par l'équilibre statique de la sensibilité , état caractérisé par l'absence de sensation.

L'équilibre naturel et l'équilibré de tension. — La troisième loi , la loi de la tension , a étéi

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eroyoûs-noosiformulée pour la première fois d'une façon , il .est vrai , implicite , dans notre Étude psy^ chophysique. La loi dite d*épuiseiïïent ou de fatigue en-exprime, pour ainsi, dire, le côté psychique. Elle a donc été indiredtemeat l'objet, d'une vériflcation expérimentale. . . .

Cette loi reposae sur la potion de V équilibre naturel , en tant qu'opposé ^àr^^utii^^re de tmsiùn. Nous admettons donc qu'il y a pour, chacun de noâ sens un état d'équilibre qui* lui est naturel,, qui lui convient lé mieux, él vers lequel il tend à revenir quand il en est écarté. < .

Cette notion ne présente rien d'obscur quand il s'agit de la température ^ou de la pression» Il est évident qu'il y a une température et une pression qui nous mettent le plus à l'aise^ et qu^il résulte pour nousun malaise plus ou moins cônsidéraUe quand nous nous, en écartons.. . . . ;

Iln'est pas difitcile non^ptus de faire saisir quand il y a équilibre naturel de. lumière;; c'est quand la lumière fatigue le moins l'œil ^jquâad elle lui est le plus favorable, quand elle lui permet d'apercevoir les plus petîteSf différences. C'est ainsi qu'A, faut une lumière déterminée , celle d'Un ciel bieh pur, pour apercevoir, dans certaines photographies des Alpes les légetS' modelés de la; nieige sur les hautes ctmes. Nous^môme quand nous lisons. ou que nous écrivons le soir, nous jugeons la flamme de la lampe trop vive 'ou trop blafarde; dans le premier cas,: nous éprouvons un dfèt .d'éblouis,sement; dans, le second cas , un effet auquel je donne le nom d^offusquement, .

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S*agit-il de son , les écarts nous apparaissent le mieux dans les tonalités et les intensités moyennes.

Et il en est probablement de même du goût et de l'odorat ; il y a telle composition des liquides qui baignent les muqueuses qui est le plus favorable à leur exercice.

De là résulte cette conséquence qu'un état déterminé du milieu ambiant peut provoquer deux genres de sensations opposées, suivant l'état antérieur. En entrant dans un milieu d'une température donnée, notre impression de chaud ou de froid dépendra de la température du milieu d'où nous sortons; une lumière est faible ou éclatante , suivant le degré de clarté de celle que l'on quitte.

Ainsi encore, quand on passe du silence au bruit, on peut dire que l'on éprouve une sensation positive ; quand le bruit vient à diminuer ou à s'arrêter, on éprouve une sensation négative. C'est, d'un côté, le passage du repos au mouvement ; de l'autre, celui du mouvement au repos.

De même sont opposés les effets qui résultent d'une augmentation ou d'une diminution de pression. Et, bien que la chose présente plus d'obscurité, rien n'empêche d'admettre que l'addition et la soustraction d'une même substance aux liquides de la bouche ou du nez , quand ils ne produisent plus de sensation, amènent deux goûts ou deux odeurs qu'on peut qualifier de contraires.

Lorsque la tension physique est à son maximum, il y a rupture : une barre élastique se casse si on la ploie avec excès; une brique s'écrase si elle est trop chargée ; une corde finit par se rompre si on

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