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LES METHODES

On fait d'abord croître la différence (/ jusqu'à ce qu'elle devienne perceptible ; puis on la fait décroître jusqu'à ce qu'elle cesse de l'être.

La seconde méthode est, pour ainsi dire, une conséquence inévitable de la première. Lorsque la différence des poids est suffisamment petite, il y a erreur possible dans le jugement comparatif que l'on est appelé à porter. On désignera le poids le plus fort , tantôt comme le plus fort , tantôt aussi comme lè plus faible. En un mot, pour chaque couple de poids à comparer, sur un nombre donné de jugements, il y en aura un certain nombre de vrais et un certain nombre de faux. Plus la différence des poids sera considérable, plus le nombre de jugements vrais croîtra aux dépens de celui des jugements faux; ou encore, plus la fraction qui aura pour numérateur les jugements vrais et pour dénominateur le nombre total des jugements, se rapprochera de Tunilé. Soit m un rapport de cette nature obtenu par la comparaison des deux poids A et B. On pourra chercher à déterminer le poids b qui, comparé avec un poids donné a , amène le même rapport m des cas vrais au nombre total des cas , et ainsi de suite. On pose que, pour un rapport donné, la sensibilité est inversement proportionnelle à la différence des poids.

Quant aux cas où le jugement reste indécis, il y a controverse sur le rôle qu'on doit leur donner dans les calculs.

La troisième méthode consiste , étant donné un poids fixe A , à déterminer par le sentiment un poids B qui paraisse lui être égal. En général, le poids B

différera du poids A d'une quantité plus ou moins grande e. Plus cette erreur est considérable , plus on peut regarder la sensibilité comme obtuse. On répète donc cet essai un grand nombre de fois , on ajoute les erreurs négatives et les erreurs positives , abstraction faite des signes , et Ton divise le total par le nombre des essais. On obtient ainsi Terreur moyenne. Orï pose encore une fois que la sensibilité est inversement proportionnelle à e Terreur moyenne.

Ces méthodes sont applicables, on le voit sans peine, aux sensations de lumière, de son ^ de chaleur , etc.

La première fut employée par Delezenne pour déterminer avec quel degré de précision nous pouvons apprécier par la sensibilité les écarts de la pureté des intervalles musicaux. Masson s'en servit pour les sensations lumineuses ; Weber , pour les poids et pour les grandeurs évaluées à Taide du toucher et de la vue; enfin Fechner lui-même , pour la lumière, la température et pour les grandeurs mesurées par Tœil.

Critique des méthodes. — La première méthode est la plus simple , la plus directe et celle qui a le moins besoin du secours du calcul. Elle donne en gros des résultats satisfaisants. C'est assez dire que le manque de précision est son plus grand défaut. Où et quand une différence dans Texcitation extérieure cesse-t-elle d'être perceptible? On voit d'ici quel vaste champ il reste au doute. Nous n'en citerons qu'un exemple.

Supposons , pour fixer les idées , un secteur circulaire de dix degrés , découpé dans un carton blanc

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d'un décimètre de rayon. Imaginons que , sur une étendue de cinq centimètres à partir du bord extérieur, on enlève un degré, de sorte que la partie échancrée du secteur ne présente plus qu'un développement de neuf degrés. Si l'on fait tourner ce secteur rapidement devant un fond noir, on produira deux zones grises dont l'une sera un peu plus blanche. En faisant abstraction de la lumière renvoyée par le fond noir, les deux zones auront des éclats qui seront entre eux comme 9 est à 10.

Supposons maintenant qu'on ait ajouté à l'appareil un autre secteur circulaire dont l'angle soit susceptible de croître d'une manière continue, par exemple, depuis 60 jusqu'à 120 degrés'*, et qui commence par être recouvert partiellement du carton que nous venons de décrire. Les éclats respectifs des deux zones seront d'abord entre eux comme 60 : 61 ; puis comme 61 : 62 ; puis comme 62 : 63 ; jusqu'à ce qu'ils deviennent comme 129 : 130. Naturellement cette différence d'éclat tend à dispa-* raître. Or , une même personne jugera la différence nulle tantôt quand le rapport sera de 70 : 71 ; et tantôt quand il sera de 120 : 121. On voit par là combien il est difficile de déterminer le point d'apparition ou de disparition d'une différence dans les éclats , et comment on est vite conduit à employer la seconde méthode , celles des cas vrais et faux.

Celle-ci , de son côté, exige beaucoup de temps et de patience. II faut , pour que les résultats qu'elle

* Ce résultat s'obtient au moyen de deux secteurs de 60 degrés glissant Tua derrière Tautre.

M PSYCHOPHYSIQUË.

fournit aient une certaine valeur, qu'ils soient bases sur d'innombrables expériences ; et des essais prolongés pendant des mois entiers suffisent à peine pour donner une série satisfaisante de chifiTres.

On peut en dire autant de la méthode des erreurs moyennes.

Cependant c'est toujours à la première que l'on revient, parce qu'elle fournit des résultats faciles à interpréter, et parce qu'elle est presque toujours applicable, tandis qu'il n'en est guère ainsi des deux autres.

La méthode à laquelle nous avons eu recours est différente ; elle se fonde sur les contrastes,

La loi dite de Weber. — Ces méthodes conduisent à des résultats sensiblement concordants. Si nous confondons sous le terme général d'excitation , la cause , quelle qu'elle soit , lumière , son , poids, etc., qui fait que nous éprouvons une sensation déterminée, il ressort des chiffres obtenus une loi remarquable , vraie dans certaines limites, à laquelle Fechner a donné le nom de loi de Weber. En voici la formule :

Tout accroissement constant de la sensation correspond à un accroisseinent d'excitation constamment proportionnel à cette même excitation.

Quelques chiffres nous mettront à même de saisir la signification de ce rapport.

Ainsi, par exemple, la différence de deux poids n'est perceptible que si l'un surpasse l'autre de 1/17. Si je pèse simultanément, 17 grammes et 17.5 grammes, cette différence d'un demi-gramme pourra passer inaperçue. Mais je saisirai à coup sûr ( sup-

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