‹ Éléments de psychophysique générale & specialeChapitre 61 sur 88 · LE PLAISIR ET LA PEINE · texte numérisé non relu

LE PLAISIR ET LA PEINE

lui attache des poids de plus en plus lourds ; une bouteille éclate si la pression du liquide qu'elle contient devient trop considérable ; une peau de vessie tendue sous laquelle on fait le vide, à un certain moment crève tout à coup. La sensibilité présente des phénomènes semblables. L'animal meurt, ou. tout au moins ses organes des sens sont désorganisés, quand il est soumis à des excitations trop puissantes : la chaleur et la pression ne peuvent croître ni décroître indéfiniment sans compromettre son existence ; la lumière , le bruit, et probablement les saveurs et les odeurs ne peuvent dépasser une certaine limite supérieure sans tuer les organes de la vision , de l'audition , etc.

La force extrérieure non plus ne peut descendre au-dessous d'une certaine limite inférieure sans compromettre la sensibilité. Un animal plongé dans une obscurité absolue deviendra aveugle, ou, sinon lui, ses descendants ; et de même il deviendra sourd si son oreille n'est jamais excitée. Remarquons toutefois à ce sujet que souvent nous pouvons rendre;?', la force externe , aussi grande que nous voulons , mais qu'il ne nous est pas toujours loisible defairep, la force interne , aussi petite que possible. Ceci n'a guère lieu que pour la pression ( atmosphérique ) et la température. Pour les autres activités , la vivacité de l'action physiologique s'y oppose, et ne peut être détruite qu'à la longue.

Le plaisir et la peine. — Il nous reste un dernier point à éclaircir. Nous avons parlé des sensations de chaud et de froid, des sensations d'éblouissement et d'offusquement ; et nous aurions

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pu parler des sensations de lourdeur , de pesanteur que nous éprouvons quand la pression diminue, de celle de légèreté quand elle augmente ; des sensations d*assourdissement quand le bruit est trop fort, et de sourdine (pour nous servir d'un mot analogue à celui d'offusquement) quand le bruit est trop faible; et d'autres, sensations analogues que pourraient éprouver le goût et l'odorat (le bon et le mauvais, le suave et le répugnant). Qui ne voit maintenant que ce ne sontpas là, à proprement parler, des sensations, mais des sentiments qui accompagnent les sensations ? La température nous paraît froide ou chaude, suivant que la différence de température entre l'objet et nous est dans un sens ou dans l'autre. Nous avons le sentiment de l'augmentation ou de la diminution d'éclat soit dans la lumière, soit dans le son, suivant que l'on passe d'une excitation moins forte à une excitation plus forte ou réciproquement. Ces sentiments accompagnent donc les changements que subit notre faculté d'accommodation, et ils sont agréables ou désagréables^ suivant que l'on se rapproche ou que l'on s'éloigne de l'état naturel. Quand on a trop chaud, il est agréable de s'exposer au frais ; et , à l'inverse , quand on a froid, il est agréable de se chauffer. Si la lumière est éblouissante, une diminution de clarté est reçue avec plaisir ; et si , au contraire , on est dans une obscurité fatigante, on aspiré après l'éclat du jour. Le trop de tranquillité nous déplaît parfois autant qu'un bruit assourdissant — avec cette différence toutefois que nous pouvons remédier au silence ; mais certains animaux muets peuvent ne pas

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être dans ce cas. La peine est donc attachée à un certain degré de tension qui engendré lé besoin ou le désir. Le plaisir résulte de là diminution de la tension , de la satisfaction du besoin ou dû désir.

Le sentiment accompagnant toujours là sensation, mais, h la différence de celle-ci , étant de sà nature plus persistant , parce que la tension ne s*aifaiblit qu*à la suite d'une modification îeaïte de l'organisme» il est toujours possible de faire la part de ce qui revient à Tun ou à l'autre. Gétfe distinction n'est pas toujours facile , parce que le langage imparfait amène des confusions contre lesquelles on n'est pas en garde. L'homme , en effet , a d'abord imaginé des mots pour désigner ce qu'il voyait , et quand il a voulu marquer ce qu'il sentait , il a' usé de métaphores. De là vient la pauvreté dé son dictionnaire psychologique. Les mêmes mots lui servent à désigner des choses parfois bien différentes, tiri exemple rendra notre idée saisissable.

Si l'on analyse les divers emplois des mots chaud et froid^ on leur trouvera une grande variété de significations. Quand je ih de deux corps qqe Fun est pins chaud, et qne l'autre est plus ftùid, j'exprime le résultat d'une comparaison, et je fais connaître grossièrement leur températiu^e relative. Si, prenant ma propre éhaleur pour terme de comparaison , je trouve qu'im corps est chaUd ou qtfii est froid ^ j'en évalue par là d'une manière approximative la température absolue. Le cas est un peu différent , mais analogue, quand la chaleur de comparaison est censée connue \ si je dis : le four est trop chaud ou trop froid , tout le monde me comprend : cela équi^

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vaut d*une certaine façon à dire : le four a tel nombre de degrés. Dans tous ces cas , les mots chaud et froid appartiennent, si nous pouvons ainsi nous exprimer, au lexique de la sensation. Mais ils peuvent aussi faire partie du dictionnaire du sentiment. Les phrases : fai chaud, j'ai froid, marquent toujours que les impressions sont ou agréables ou désagréables. Si, en été, je dis de la boisson qu'elle est chaude ou qu'elle est tiède, j'exprime, non un jugement sur le degré de température , mais le sentiment d'un besoin non satisfait. Le cas est analogue si , en entrant dans un appartement , je m'écrie : comme il est froid !

Il en est tout à fait de même des mots obscur et lumineux , fort ou faible, assez, trop ou trop peu, etc., qui tantôt s'appliquent à la mesure des qualités de l'objet ; et tantôt à celle du plaisir et du déplaisir que j'éprouve. Il faut une grande attention pour ne pas se tromper dans l'appréciation de la valeur de ces termes, mais les phénomènes auxquels ils ont rapport n'en sont pas moins essentiellement différents.

Analogies entre les lois de la sensation et certaines lois physiques. — Pour avoir une intelligence complète des lois de la sensation , il est nécessaire de les rapprocher des lois semblables ou analogues régissant la nature physique.

La première loi a pour énoncé : la sensation, du moment où elle apparaît, va en s'affaiblissant et tend à s'annuler.

Cette loi est assimilable à la loi de refroidissement de Newton. La différence de température entre un corps et le milieu où il se trouve décroît avec le

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