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CHAPITRE DEUXIÈME

L'organisme simple.

Organisme homogène. — Nous avons jusqu'à présent étudié la sensibilité d'une manière abstraite dans ses lois : nous allons maintenant la considérer en action, dans ses manifestations chez les êtres sensibles. On doit, pour cela, partir de l'idée de l'être sensible le plus élémentaire qui se puisse concevoir. Cet être élémentaire , c'est l'être homogène , parfaitement sphérique , sans partie différenciée. A proprement parler, l'organisme homogène n'est pas un organisme. Il ne peut avoir d'existence réelle. C'est une pure conception théorique. Si nous supposons cette masse sensible placée dans un mi-

lieu homogène, ou, ce qui revient au même, dans un milieu qui varie d'une manière uniforme coneentriquement autour de cette masse , elle pourra éprouver Un sentiment de tension plus ou moins marqué suivant que l'état du milieu ambiant Téloigne plus ou moins de son équilibre naturel , mais c'est là tout. Elle n'aui^ pas de sensation , car, comme on va bientôt lé voir, elle ne peut ressentir le ehangement, elle ne sent que son éiot présent. Elle n'aura pas de perception tant que le milieu ambiant reste homogène , puisque , quand elle se meut , rien h'est changé autour d'elle. On peut assez bien se rendre compte d'une pareille existence en s'imagînant que toutes les actions extérieures se ramènent à une pression du même genre que la pression atmosphérique, et que notre sensibilité se réduit à la faculté de la ressentir. Nous serions dans ce cas simplement dans un état ou d'indifférence ou de malaise.

Organisme à organe de sens adventice.

— Il n'en est plus de même du moment où le milieu ambiant est hétérogène , et que son centre d'action ne coïncide plus avec le centre de la masse sensible. Car celle-ci sera d'atord modifiée sur le point de sa surface dirigé vers le foyer actif. Pour se représenter la chose , on peut se figurer que la sensibilité soit réduite à la faculté de sentir la chaleur, et que toutes les forces du milieu sont calorifiques. On sera d'abord échauffé du côté tourné vers la source de chaleur. Ce côté sera pendant quelques instants le siège unique de la sensibilité , puisque c'est en lui que se fera , avant tous les

L*OROANE DB fiEKS ABVBNTICE. 199

Siùtt^és, la rupture d'équilibre ; il sera organe ^ mais organe adventice et instantané de .sensation. Et éommé tantôt un lieli , tantôt un autre , sera appelé à remplir cet office , on peut dire en thèse générale que le corps de V animal sei^a un champ perpétuel d'organes instantanés de sensations.

Cest à la condition que la substance isensible soit différenciée qu'il peut y avoir sensation , et par suite Èens; csiv alors l'animal perçoit non plus seulement le présent , mais à la fois le présent , dans l'organe , et le passfé , dans le reste ducoi^ps non encore soumis à Faction du foyer. Il aura plus chaud ou plus froid dans l'organe avant d'éprouver un effet général. Il connaîtra ainsi le signe du changement , c'est-à-dire il saura si la chaleur est en plus ou en moins ; et comme il éprouvera en outre un sentiment inévitable de plaisir et de peine, il saura dans quel sens la température extérieure l'affecte par rapport à la )fK)sitîon de l'équilibre naturel; il se dira il fait tkaud , ou if fait froid ; il pourra porter un jugement plus 6u moins grossier sur la température absolue de l'extérieur; il aura, par conséquent, une sensation dans le sens que nous avons défmi plus haut (p. 189 et suivantes).

L'organe adventice est donc ce qui rend la sensation possible : il est la condition du sens adventice^ c'est-à-dire de la faculté de recevoir d'une manière différenciée les changements extérieurs différenciés.

De plus , l'état de l'organe donnant la mesure du présent pendant que le reste du corps continue à être enseveli dans le passé , la comparaison du présent et du passé est non seulement possible , mais

spontanée et constitutive. Un nouveau changement s'introduisant , il pourra apprécier la température relative des deux termes ; il pourra dire : il fait plus chaud , ou il fait plus froid. Grâce donc à l'organe de sens adventice, l'existence de l'animal constitue un tissu ininterrompu où chaque moment figure relié à celui qui le précède et à celui qui le suit ; l'organe est la chaîne de Y association des impressions , la condition de Y individualité psychique permanente de l'animal.

Ce n'est pas tout : c*est par l'organe que l'animal est averti des changements qui se passent à l'extérieur ; c'est par lui qu'il devinera si ce changement sera agréable ou désagréable ; c'est grâce à lui qu'il pourra fuir ou éviter le danger , avant qu'il soit trop tard , avant que la désorganisation soit générale. C'est ainsi que , si je suis dans un bain , je m'apercevrai à temps , grâce à la formation d'un organe adventice de température, de l'arrivée en excès de l'eau chaude ou de l'eau froide , et que je pourrai fermer le robinet avant que je sois brûlé ou glacé. L'organe est donc un produit dont la fonction est intimement liée à ce que Von nomme ïinstinct de conservation y et qui avertit à temps du plaisir et de la douleur.

Enfin , comme on le voit encore , l'organe est un instrument temporaire ^expérience. Grâce à la confiance que j'ai dans sa formation instantanée, je pourrai, par exemple, si je suis plongé dans des eaux où jaillissent par-ci par-là des sources chaudes ou froides, explorer le milieu où je me trouve et m'arréter à temps dsins une voie dangereuse ; tantôt

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