L^ORGANË DE SENS PERMANENT
la main , tantôt le pied , tantôt le flanc , serviront dlnstruments d'expérience , et chacun , une fois son rôle fini, résilie ses fonctions et les passe à un autre.
Telles sont les particularités que renferme la vie de l'animal rudimentaire , n'ayant pas d'organes différenciés , et ne jouissant que d'une différenciation adventice. Beaucoup d'infusoires , et notamment les monères , ne présentent que ce degré d'animalité.
Nous allons procéder à l'examen du cas le plus compliqué que puisse offrir un organisme doué de la sensibilité simplç: c'est celui que présente l'animal doué d'un organe permanent.
Organisme à organe de sens permanent.
— La sensation est donc due à une action différenciée sur la substance sensible. Jusqu'à présent cette différenciation est adventice, et elle est due à une différenciation extérieure. Supposons que , pour une raison quelconque, un endroit du corps soit plus souvent appelé à servir d'organe de sens adventice, il se transformera en organe de sens permanent y c'est-à-dire qu'il sera doué à titre perpétuel d'une sensibilité plus délicate, et différenciera dans l'être l'action de l'extérieur, même non différenciée. Ainsi, si un point de mon corps était particulièrement sensible à la chaleur, en supposant qu'on élève ou qu'on abaisse la température du bain où je suis plongé , je ressentirais le changement tout d'abord par l'organe , quand bien même le changement aurait été parfaitement uniforme. L'organe permanent est donc une cause subjective de différenciation ; c'est la condition du sens permanent^ c'est-à-dire de la faculté
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de recevoir d^une manière différenciée les çhangementê extérieurs même non différenciés.
Rien de plus facile que de se représenter Tétat physique , psychique et intellectuel de ranimai doué d'un organe permanent: On n'a pour cela qu'à se figurer que les causes extérieures sont toutes ramenées au mouvement de transporté et notre sensibilité à celle de percevoir les chocs. Au surplus, toute action extérieure peut» en dernière analyse , se ramener à un choc. Pour plus de simplicité, qu'on admette encore que la sensibilité soit uniformément répartie sur tout le corps, sauf vers un seul endroit où elle soit plus délicate ; en d'autres termes, imaginons que nous n'ayons que le sens du toucher, et que la sensibilité soit accu-: mulée à l'extrémité d'un bras unique. Il se produira sur tout le reste du corps des organes adventices^ qui avertiront des changements survenant dans Iç mouvement extérieur. Mais quand il s'agira d'ap7 précier plus exactement la nature et l'importance d'un de ces changements , nous disposerons notre organe permanent dans sa direction, et c'est par lui d^ préférence que nous explorerons le milieu ambiant, puisqu'il percevra d'une manière distinctive les plus petites différences. C'est ainsi que, qi^and nous marchons dans l'obscurité, nous mettons les mains en avant ,^ ou nous avançons le pi^d avec précautioii pour étudier le terrain. Uorgane permanent sera Y instrument constant de nos expériences ; et il acquerra à cet égard une aptitude spéciale. Outre donc toutes les propriétés que nous ayons reconnues à l'organe adventice , et qui appartiennent ii plus ïqxX%
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raison à Torgane permanent, il a encore celle de relier, l'expérience actuelle aux expériences passées, il est le lien de l'association, des fixpériçnces.
L'organe adventice^ disions-nous, une fois sa mission terminée» cède la place à d'autres ; mais Torgane permanent, lui, est presque toujours en scène ; il s'exerce , se perfectionne , devient de plus en plus bs^ile, et donne des renseignemeats de plus en plus précis et fidèles. L'organe adventice n'est qu'une sentinelle qui sait crier: Qui -vive! L'organe permanent est un éclaireur qui va en avant, sonde le terrain, va s'assurer de Ja présence d'un butin ou d'un ennemi , et vient rendre compte au. quartier-général du résultat de ses explorations. L'organe permanent est donc encore un instrument de perfectionnement pour l'animal qui en est doué ; il lui permet d* acquérir des connaissances ^ il est l'origine. de ses progrès intellectuels; il est, en dernière, analyse , comme nous le verrons plus tard, la cause première de l'évolution de l'espèce.
, Comment se fait cette transformation de Tadventice en permanent? 11 a été dit plus haut que l'agent extérieur peut être considéré comme animé d'un mouvement vibratoire qui vient contrarier celui des molécules sensibles. Pour qu'il y ait sensation, il faut q}ie celles-ci opposent une certaine résistance avant de céder à l'extérieur ; en d'autres termes , il Êiut qu'elles ne se laissent pas. pénétrer instantanément par lui à la façon du fer doux qui s'aimante immédiatement sous l'action d'un courant électrique. Cette résistance provient d'une certaine inaptitude de la part des molécules à vibrer en harmonie avec
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Textérieur. La résistance vaincue, il y a eu des forces moléculaires, sinon détruites, au moins affaiblies, et, en vertu de la première loi de la sensation , il restera une trace plus ou moins profonde de cet affaiblissement. Sans doute , si cette même activité extérieure ne vient plus agir de nouveau sur ces mêmes molécules , elles tendent à reprendre leur mouvement naturel. Mais les choses se passeront tout autrement si elles subissent à plusieurs reprises cette même action. Dans ce cas, elles perdront peu à peu leur aptitude à reprendre leur mouvement naturel, et s'identifieront de plus en plus avec celui qui leur est imprimé , au point qu'il leur deviendra naturel à son tour et que , plus tard , elles obéiront à la moindre cause qui les mettra en branle.
Résumé. — Telle est la psychophysique des animaux inférieurs. En résumé , l'animal , dans son premier état d'organisme homogène, peut être assimilé à une sphère dont les parois, de texture homogène , renferment une substance élastique qui les tend. Le degré de tension d'une pareille sphère est en proportion de la pression atmosphérique et de la température. Si la pression est locale, comme elle le serait sous l'action d'un doigt, la sphère se déformera, et le point déprimé sera un organe adventice. Mais si l'on suppose que ce point est plus mince ou plus épais que le reste de l'enveloppe , il constituera un organe permanent, qui, en se déprimant ou en ressortant au moindre changement de température ou de pression , en avertira l'animal.
I^ous n'avons plus maintenant qu'une doubla t&che
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à remplir, c'est de montrer par l'analogie que la définition que nous avons donnée de l'organe permanent, s'applique à chacun de nos organes pris isolément, et de' justifier notre théorie sur sa formation par une vue sommaire de l'ensemble des faits généraux.
Fonction des organes de sens. — On peut établir que tout organe de sens rentre dans cette définition, à savoir que c'est un endroit du corps doué d'une sensibilité plus délicate et différenciant, par suite, l'action de l'extérieur sur l'organisme. : A commencer par le sens de température : il ne semble pas que nous ayons un thermorgane, si l'on peut se servir de ce mot; lethermorgane est adventice *. Mais si nous songeons à la pression, outre des organes adventices qui se forment instantanément, comme, par exemple, quand le vent souffle (auquel cas l'organe est l'endroit du corps qui reçoit le vent), nous possédons des organes permanents, tels que la peau des parties saillantes du corps, et notamment celle du dos de la main, où l'on ressent vivement les pressions les plus légères. Aussi, quand nous voulons nous assurer qu'il pleut, nous étendons le dos de la main vers le ciel. Les bouts des doigts jouissent aussi, à cet égard, d'une grande délicatesse de sensibilité , ainai que la paume de la
* Il y aurait peut être une exception à faire pour le bout de la langue. Il saisit, en effet, bien plus vite que le doigt si, par exemple, une boisson est trop chaude. Il est possible et même probable qu'il doit cette faculté à l'habitude que nous avons prise de chauffer nos aliments.
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main : c*est pourquoi , quand nous marchons dans robscurité, nous mettons les mains en avant ou nous avançons le pied avec précaution pour être avertis des obstacles.
Mais, dira-t-on, n'y a-t-il pas des organes de sens , tels que ceux du goût , de l'ouïe , de l'odorat , de la vue, auxquels cette définition ne s'applique pas , attendu que les sens dont ils sont les instru* ments ne semblent, en aucune façon , appartenir au reste du corps?
D'abord , il ressort de ce qui précède que tout changement dans l'intensité de l'action extérieure entraine nécessairement une modification de l'état sensible ; seulement , elle peut ne pas être accom* pagnée d'une sensation distincte , en vertu de l'une des quatre causes énoncées plus haut. Mais on doit admettre que ce changement peut être assez considérable et peut être introduit assez brusquement pour que la modification interne donne lieu à une sensation — si , bien entendu, la modification est différenciée par un oi^ne de sens adv^tice ou permanent.
L'observation confirme , à cet égard , la théorie. Ainsi , quand une lourde charrette ébranle dans sa marche le sol et les maispns , les trépidations sont ressenties par le corps ; si une grosse cloche résonne, la main , en la touchant , sentira les vibrations du métal ; mais ces mêmes vibrations , transmises à l'air ,. ne sont plus perçues que par l'oreille. L'oreille est donc un endroit qui est sensible à des vibrations que le reste du corps ne ressent pas assez vivement. Si Y pendant que je suis dans un bain ^ on y sgouto