QUALITÉ ET SPECIFICITE DE LA SENSATION
autre nature doive avoir aussi une certaine vivacité pour se détacher nettement sur le fond sensible exprimé par a. C'est ainsi que, si vous êtes absorbé dans l'audition d'un morceau de musique, vous pouvez ne pas vous apercevoir que la salle se refroidit. Si vous ayez mal aux dents , rien ne vous intéresse, ne vous distrait; et, pour employer un exemple trivial , si vous vous brûlez en mangeant une soupe trop chaude, vous ne goûtez plus la soupe. C'est ainsi encore que , si deux de nos doigts sont pinces, nous ne sentons la compression que là où elle est la plus forte. Il n'est donc pas possible, à proprement parler, d'éprouver deux sensations à la fois , fussent-elles de nature différente , car l'attention est toujours attirée par celle qui ressort davantage. Si l'on s'imagine parfois pouvoir, par exemple , voir et entendre à la fois , c'est que l'attention passe d'une sensation à l'autre avec une grande rapidité. Ainsi , au moment où j'écris , j'entçnds un chien aboyer au loin; mais chaque fois que i écoute le chien , je ne regarde plus le papier et réciproquement; et la sensation qui se metàl'arrière-plan sert uniquement de fond sensible pour celle qui est à l'avant-plan.
La seconde condition , c'est qu'il y ait à côté de l'organe (adventice ou permanent) répondante A, un organe, adventice ou permanent, propre à recevoir, d'une manière différenciée , les changements dans les intensités successives de B.
La naissance de ce second oi^ane s'explique de la même façon que celle du premier, ainsi que sa transformation d'adventice en permanent.
218 PSYCHOPHYSIQUS.
La spéolflolté des organes de sens. -^
Il vient d'être montré comment la qualité de l'agent extérieur provoque dans l'organisme la formation d'un organe qui répond à cette qualité. Il reste à faire voir comment l'organe se spécifie de manière à ne plus être capable que de donner une même espèce de sensation, quelle que soit la cause qui vienne l'ébranler. Chacun sait que l'organe visuel fournit toujours des sensations de lumière, soit qu'il éprouve un choc, soit qu'on le presse, qu'on le tiraille ou qu'on l'électrise. C'est au point que, si l'on pouvait souder le nerf acoustique au nerf optique , l'œil verrait le tonnerre et l'oreille entendrait l'éclair. Pour fixer les idées, imaginons qu'une onde ( sonore ) , dont les molécules exécutent mille vibrations à la seconde, vienne frapper l'être sensible. On sait que , pour qu'il y ait sensation , il feut , entre autres conditions, que cette onde rencontre dansl'étre sensible des molécules susceptibles de prendre le même mouvement vibratoire , sans quoi son action se résoudra en interférences. Or, des molécules du corps les unes ont, je suppose, un mouvement naturel de 1000 à la seconde , .les autres de 9S0 et plus , les autres de 700. On voit ce qui va se produire : l'onde va ébranler celles de la première espèce, ne parviendra pas à mettre celles de la dernière espèce en mouvement continu , parce que la vibration commencée sera tout de suite arrêtée par la vibration suivante; enfin les deuxièmes se mettront à vibrer, quoique avec une certaine difficulté, parce que l'opposition qu'elles feront au mouvement extérieur ne sera pas assez forte pour