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L'ORIENIPATION ET LE SENS DIRECTEUR

censé connatlre le lieu d'une chose quand on sait comment il faudrait se mouvoir pour s'en rapprocher ou s'en éloigner, ou s'en garer. Peu importe que cette chose existe ou n'existe pas (lumière réfléchie), ou quelle apparaisse là où elle n^est pa3 (lumière réfractée). Cette connaissance ne pourrait se produire sans la formation de l'organe adventice. Si , quand le vent souffle, nous éprouvions un effet général , c'est le hasard seul qui poun^it nous en préserver. Mais comme le vent donne lieu à la formation d'un organe adventice du côté où il souffle, nous devinons d'où il vient , et nous pouvons ou lui tourner le dos , ou interposer entre lui et nous des obstacles qui l'arrêtent.

Li^orlentation adventice et rorlentatlon permanente. — L'organe adventice produit donc chez l'animal une orientation adventice j et il peut en arriver à se créer temporairement des règles sur la manière dont il doit se rapprocher ou s'éloigner de la cause de la sensation. A son défaut, il serait déconcerté et ne pourrait suivre Fobjet ; avec son aide , il peut s'orienter. L'organe le dirige , c'est un pilote qui le guide , qui lui fait éviter les écueils et le conduit au port. Son rôle terminé, l'organe, s'il est adventice , disparaît , et l'expérience momentanément acquise est perdue pour l'avenir.

S'il est permanent , l'orientation de l'animal est permanente , il possède un axe naturel, passant par l'organe et , si l'on veut , le centre de gravité. Dès lors, il possède, à titre perpétuel, une règle et un compas pour apprécier la position , la forme et le mouvement des objets , il peut acquérir une expé-

rience qui lui reste , et il est perfectible en ce sens qu'il peut de plus en plus vite former son jugement sur la position des corps ou sur la route qu!ils suivent.

Le sens directeur et Torgane directeur.

— Appelons directeur l'oi^ane de sens , quel qu'il soit, qui, à un moment donné, guide la motilité. Le jugement sur la forme, la position et le mouvement des objets est d'autant plus exact que , d'un côté , cet organe est plus précis , et que , de l'autre côté , nous savons mieux apprécier les différences d'effort. Un exemple fera saisir notre pensée.

Si nous voulons déterminer la direction du vent , nous pouvons tourner la tête vers le point de l'horizon d'où il semble venir , et , par la position que nous devons prendre, nous' trouvons le lieu d'origine. Mais cette détermination est assez vague, parce que l'organe par lequel nous nous mettons en rapport avec le vent , à savoir la peau du visage , occupe une grande étendue sans présenter des par* ties plus restreintes et notablement plus sensibles. Nous serons mieux servis par la main qui , se trouvant au bout du bras , peut se placer plus nettement encore dans la direction vraie. Tout le monde sait enfin que si l'on expose à l'air un doigt humecté , l'évaporation précisera davantage le point d'origine. Mais à coup sûr , si toute la surface de notre corps était à peu près insensible au mouvement de l'air, et que nous eussions un organe mobile en forme de tube, dont le fond serait seul sensible au vent, nous en déterminerions la direction d'autant plus exactement que le tube serait plus long et plus étroit.

l'orientation bt le sens directeur. 231

Ce que nous disions de la direction peut se dire des distances et des grandeurs et , par conséquent , des formes. Il est clair que les notions de l'animal seront plus ou moins nettes suivant ses aptitudes à apprécier et à comparer les efforts qu'il fait en les parcourant.

Nous nous rendons en effet d'autant mieux compte de la forme d'un objet que nous en suivons les contours avec un instrument plus exact ; par exemple , avec le corps en marchant , ou avec la main , ou avec l'œil , qui , à tous égards , peut être assimilé k ce tube dont nous parlions tantôt. Car on conçoit sans peine qu'il n'est pas nécessaire que l'animal entier se meuve , du moment qu'il a la faculté de mouvoir volontairement son organe autour de luimême. L'organe fait l'ofTice de la main que l'aveugle immobile promène sur le contour des objets qu'il tâte. Ainsi encore , supposé que ma main fût un thermorgane (et elle l'est, à certains égards, quand je la tiens loin de moi) , je pourrais juger par elle de la forme d'une ligne isotherme , ou suivre dans sa route un corps incandescent. De même , l'œil est un organe directeur pour le sens de la motilité; car, par lui, nous pouvons juger de l'orbite d'un corps lumineux, ou parcourir une ligne d'égale lumière *.

Les différents replis de la peau , les bras , les tentacules, les antennes, les oreilles, le nez, l'œil, peuvent servir tour à tour d'organe directeur. La

* Voir notre étude sur iBkFormation de Vespace visuel (Revtiephil, avril 1877).

peau des ailes de la chauve -souris, le nez du chien, Toreille du chat sont pour ces animaux ce qu'est la main pour Faveugle , l'œil pour l'oiseau^ Et le bras que projette la monère n'est qu'un tentacule adventice qui sert à diriger ses mouvements et à la renseigner sur les objets de l'espace qu'elle occupe.

On a vu tantôt que l'organe directeur par excellence serait un point (et non une surface) sensible. Réduit à cette simplicité, l'organe présenterait cependant de grands inconvénients, car, l'objet une fois perdu, il serait difficile de le retrouver. Ainsi, les astronomes qui suivent une étoile avec leur télescope , ne pourraient pas avec cet instrument seul la retrouver si d'aventure ils la perdaient de vue; il faut pour cela qu'ils s'aident d'un chercheur. L'idéal d'un organe est donc une surface considérable dont chaque point ait une sensibilité différente et de plus en plus grande à mesure qu'il se rapproche d'un point central où la sensibilité est à son maximum. C'est le cas pour la peau du corps , comme nous le verrons; c'est aussi le cas pour l'œil, où la tache jaune joue le rôle de ce point central, organe directeur par excellence, et le reste de la rétine, celui de cette surface large où la sensibilité va en se dégradant à partir de la tache jaune d'une façon variée suivant chaque rayon. De sorte qu'un point lumineux frappant la rétine en un endroit déterminé, je sais ce qu'il faut faire pour en amener l'image sur la tache jaune.

Il résulte encore de là que nos instruments de physique et autres sont aussi pour nous des 'organes

l'effort. 233

directeurs artificiels : avec le thermomètre nous pouvons suivre les lignes isothermes ; avec la boussole d'inclinaison et de déclinaison, les lignes magnétiques; avec le pendule , juger de la forme de la Terre, etc.

Toute la théorie de Fintelligence de l'animal est renfermée dans ces remarques. Nous savons mainnant comment il peut acquérir , d'une manière plus ou moins confuse, la notion de l'existence des corpuscules , et de leurs évolutions dans Fespace.

Telle est en germe la connaissance de l'univers. Multipliez les corpuscules, multipliez les sens , l'objet d'un côté sera d'autant plus vaste, l'expérience de l'autre, d'autant plus complète et plus rapide.

De reffort et du sentiment de Teffort. —

Dans ce qui précède, nous avons fait jouer le principal rôle au sentiment de l'effort. Ce sentiment naît à la suite des résistances qui s'opposent au mouvement voulu. L'animal, par exemple, veut fuir ou poursuivre un objet; mais le mouvement ne suit pas immédiatement sa volonté ; il doit pour cela déployer un effort et vaincre certaines résistances qui proviennent d'un arrangement des molécules peu favorable au mouvement. Le mouvement cependant finit par se propager suivant la ligne des molécules , dont la vibration naturelle présente avec lui le moins de divergence ; et , en se propageant , il diminue encore cette divergence. De là il résulte que le même mouvement, quand il est voulu une seconde fois , éprouve moins de résistance , exige moins d'effort ; et à la longue , à force de répétitions, il finit par se faire avec le plus petit effort possible,

avec un effort tellement faible qu'il n*est plus senti. Le .mouvement , d'abord pénible, devient ensuite facile, puis naturel, enfin machinal.

Comment l'enfant apprend-il à lire? Il doit d'abord se pénétrer de la forme des lettres. Dans les premiers temps , il confond les a et les o , les n et les u, les b et les d , les p et les q ; il doit se livrer à beaucoup de comparaisons pour reconnaître leurs caractères distinctifs ; chaque fois qu'il porte un jugement, qu'il dit d'un a que c'est un a et d'un o que c'est un 0, il a dû se raisonner à lui-même le pourquoi de ce jugement. Mais par l'exercice , ce jugement devient de plus en plus rapide , de manière que, ce premier pas fait , on peut procéder avec lui à l'étude des syllabes. Il faut maintenant qu'il apprenne à distinguer na de an , ou de uo , ie de ei ; nouvelles comparaisons , nouveaux raisonnements , nouveaux exercices ; puis ces difficultés sont à leur tour surmontées. .On aborde alors la connaissance des mots, puis des phrases. Que de temps, que d'efforts, que d'études sont nécessaires avant qu'il en arrive à lire couramment ! Il y parvient cependant et , à la fin , il saisit immédiatement le sens d'une phrase par la simple inspection du texte , comme certains joueurs font d'un coup d'œil l'addition des points de cinq ou six dominos étalés devant eux. Arrivé à ce point , il n'a plus même conscience des actes préliminaires par lesquels il doit passer pour avoir l'intelligence de la phrase. Il ne s'aperçoit plus qu'il épelle , qu'il juge de la forme des lettres et de leur position respective dans les syllabes , etc. ; il lui semble qu'il comprend d'emblée ce qu'il lit.

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