LOCALISATION DES IMPRESSIONS
rapide et plus précise en un endroit déterminé que cet endroit est nécessairement touché plus souvent et par un instrument plus précis : la délicatesse du bout de la langue en est une preuve. De là la faculté localisatrice est surtout accumulée dans les parties qui se touchent elles-mêmes , aux plis et aux faces internes des membres. Nous avons vu plus haut que les faces externes devaient être naturellement plus sensibles à la pression; nous voyons maintenant la raison de la propriété des faces internes. Ainsi le dos de la main sentira des pressions très légères , mais vous ne pourrez désigner avec précision l'endroit touché , tandis que la paume de la main , un peu moins sensible à la pression , vous avertit immédiatement du lieu du contact.
C'est sans doute pour la raison contraire que la faculté localisatrice est à son minimum au dos. Ainsi, quand vous promenez sur le dos deux pointes de compas, elles peuvent être distantes de deux à trois centimètres, sans que la sensation cesse d'être simple.
La localisation est donc un eftet de l'exercice. La finesse du toucher chez l'aveugle vient à l'appui de cette proposition. Il est possible et même probable que c'est le manque d'exercice qui fait que certaines parties de notre corps ont une faculté localisatrice obtuse ; mais , en les exerçant, on peut , aujourd'hui encore et assez rapidement, leur donner de nouvelles aptitudes. Nous avons répété nous-même sur notre avant-bras gauche la fameuse expérience des deux pointes de compas; après un quart-d'heure d'épreuves , il avait beaucoup gagné en faculté loca-
lisatrice, et, chose remarquable , l'autre avant-bras, qui n'avait pourtant pas été l'objet de notre sollicitude , avait progressé en même temps que lui. Volkmann a rassemblé à ce sujet des faits extrêmemeift intéressants qui s'expliquent de cette façon *. Telle est la cause de la répartition sur le corps des cercles de sensation de Weber '.
La faculté de localisation que nous devons au sens du toucher , nous conduit à la localisation des autres organes de sens ; nous savons par elle où sont nos yeux , etc. ; tandis que l'œil , par exemple , ne saurait en aucune façon nous apprendre où est l'oreille. De là nous assimilons à des sensations toute irritation d'une partie des organes du tact soit de la peau, soit des muqueuses ; nous disons la sensation de la soif, parce qu'elle se fait sentir dans l'arrièregorge; la sensation de la faim, qui affecte les organes digestifs ; la sensation vénérienne qui a son siège dans les organes de la génération. La douleur elle-même se localise, et l'on dira une sensation rhumatismale dans le genou. Ce ne sont pas là à proprement parler des sensations ; c'est un plaisir ou. une peine attachée à l'excitation d'un organe du toucher.
Déflnitioxi du moi. — Nous pouvons donc
* Voir les Sitzungsberichte der Leipziger Gesellschafty 1858, p. 38.
■ Voir WuNDT, Grundzûge, etc., p. 472, sqq. Je n*admets donc pas que Texercice ne fasse qulnfluer sur la distribution de la faculté locallsatrlce; je pense, au contraire , qu'il en contient la raison.