‹ Éléments de psychophysique générale & specialeChapitre 81 sur 88 · LE HOÏ · texte numérisé non relu

LE HOÏ

donner du moi la définition suivante : Le moi est pour Vêtre sensible ce qui lui procure toujours une même sensation^ chaque fois que sa volonté est la même.

L'animal regarde comme étant lui, comme faisant partie intégrante de son être , tout ce qui lui procure, du moment où il le veut, une sensation déterminée et attendue. L'huître regarda évidemment comme une portion d'elle-même ses deux valves, et probablement la roche sur laquelle elle s'attache. Supposons un zoophyte qui est fixé sur une pierre dans l'excavation d'un rocher. Chaque fois qu'il étend ses bras, il en touche les parois; celles-ci doivent, à son sens, faire partie de lui-même, et sont pour lui ce que sa coquille est au colimaçon. Le polype qui, chaque fois qu'il sort de sa demeure, voit toujours autour de lui les mêmes objets immobiles, s'identifie avec eux. Ainsi l'enfant qui ne sortirait jamais de son berceau pourrait croire que ce berceau fait partie de son être ; et si nous venions au monde avec des vêtements qui ne nous quitteraient pas, ils nous apparaîtraient comme appartenant à notre personne,' au même titre que les poils, les cheveux, les ongles, l'épiderme. En un mot, l'animal regarde comme n'étant pas différent de lui ce qui lui procure toujours une même sensation chaque fois que sa volonté est la même. Le non-moi , c'est pour lui tout le reste, ce qui agit sur lui sans la participation de sa volonté et malgré sa volonté. C'est la source de l'imprévu, de l'inattendu, des surprises. Il peut se tromper sur son étendue, comme sur celle du moi. Il peut la juger ou moindre ou plus grande

que la réalité. Si, avant toute expérience ultérieure, rhomme avait la possibilité de regarder ce qui se passe en lui , s'il pouvait voir son cœur battre , son sang circuler , certes, il considérerait, au pijemier abord, ces organes comme étant étrangers à son être, parce que leurs mouvements ne sont pas et ne peuvent être voulus. Il finirait néanmoins par les attribuer au moi, à la suite d'une étude plus complète, comme nous venons de le voir.

Pseudo-sensations tactiles. — Tel est

exclusivement le sens du tact ; mais on lui attribue parfois des fonctions qu'il ne remplit pas. on dit , par exemple, qu'il nous donne les notions du dur et du mou, du fluide, du visqueux et du solide, du poli et du raboteux. C'est une erreur qui provient de ce que le tact est un précieux auxiliaire de la motilité. En effet, ses organes par excellence , les doigts ont une forme conique dont le sommet est doué d'une sensibilité exquiâe et sont attachés à l'extrémité d'un levier considérable , le bras ; et par là ils sont éminemment propres à apprécier les moindres efforts. Ainsi nous jugerons qu'une surface est polie ou raboteuse , suivant que la partie saiK lante de nos doigts n'éprouvera pas ou éprouvera des arrêts en se promenant sur cette surface. Nous serons avertis de l'arrêt par la motilité. Nous disons d'un corps qu'il est mou ou dur d'après la vitesse avec laquelle nous le traversons quand nous faisons un effort déterminé ou encore suivant que la pression augmentera indéfiniment ou acquerra un maximum impossible à dépasser. Nous reconnaîtrons si un corps est visqueux ou fluide , par la résistance

Page 1