CHAPITRE II
THERMOMÉTRIE. — MALADIES INFECTIEUSES
II n'}' a certainement plus aujourd'hui de ces praticiens arriérés qui, se fiant à une expérience que le précepte hippocratique fait reconnaître trompeuse, cherchaient à nier l'utilité du thermomètre. Cet instrument est devenu l'auxiliaire indispensable du médecin, et il n'est pas exagéré de dire qu'il a remplacé dans ses mains la lancette, sans laquelle ne se présentait jamais l'homme de l'art à l'époque consécutive à l'enseignement de Broussais.
Valeiir de la thermométrie. — Méconnaître lincontestable importance du thermomètre, ce serait, en elfet, renoncer à toute base dans le domaine de la pathologie du jeune âge. A cette époque de la vie, le pouls s'altère avec une extrême facilité à la moindre émotion, de façon à donner une ti"ès faible idée de la caloriflcation centrale de l'enfant, et la peau se refroidit facilement sur les points découverts, de sorte que, plus qu'ailleurs, l'observation thermique, rigoureusement obtenue, est absolument nécessaire.
On ne saurait avoir confiance dans les sensations obtenues par la palpation du ventre, où la réaction pjrétique se fait remarquer avec la plus grande facilité chez les enfants. A part les cas de grande élévation thermique, dont la manifestation s'impose aussi bien aux praticiens qu'aux ignorants, il est certain que nos sensations tactiles nous permettent rarement daiïirmer le degré de fièvre d'un enfant.
La grande importance du thermomètre ne se borne pas, d'ail-
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leurs, à déterminei' le chiffre initial de la température, mais il sert encore et surtout à signaler le rapport entre ce chiffre et les suivants, ainsi qu'entre ces derniers, selon la marche progressive ou régressive de la maladie.
Façon de prendre la température. — L'application du thermomètre agace les enfants indociles, et le médecin est gêné parles mouvements du petit malade, qui se refuse à conserver l'instrument sous l'aisselle pendant les cinq minutes d'usage. L'emploi du thermomètre d'une minute serait dans ce cas très recommandable, mais il a contre lui son extraordinaire fragilité et son maniement difficile, par suite de laltération fréquente de la colonne de mercure.
Pour éviter ces inconvénients, Filatow a introduit dans la pédiatrie une pratique originale. On ouvre la chemisette de l'enfant, on fait monter le thermomètre ù 43'^, en frictionnant le réservoir avec un morceau de drap, et on applique rapidement l'instrument. Le mercure descend alors au niveau qui indique la chaleur du malade; on compare la hauteur du thermomètre, après une minute d'application, avec le degré de chaleur signalé après deux minutes et l'on établit la moyenne. Si après une minute, le thermomètre marque 39°,o, et 39°3 après deux minutes, on peut affirmer que la température du malade atteint 39'^,4, et si après la seconde minute, le thermomètre n'a pas varié, c'est qu'un résultat exact avait été obtenu dans la première minute.
Température rectale et température axillaire. — De noinbreux pédiatres recommandent de prendre la température rectale dans la première enfance. L'application se fait sans inconvénients pendant les trois premiers mois ; il est alors facile de maintenir le petit malade dans n'importe quelle position, mais même durant cette période, si le malade a les bras potelés, le thermomètre est aussi applicable aux aisselles, ce qui présente un certain avantage. Ainsi, si par un mouvement subit du corps du malade, l'instrument vient à se briser, les conséquences n'en seront pas si fâcheuses que celles que pourrait produire le brisement de cet instrument dans le rectum, et il sera plus facile de distraire l'enfant en se promenant avec lui, tenant le bras sur le
thermomètre placé sous l'aisselle, que si on le lui avait placé au rectum. Cependant, la thcrmométrie rectale a une certaine supériorité. Si l'instrument est introduit à 4 ou 3 centimètres de profondeur, deux minutes sont suffisantes pour obtenir le degré de température, alors que les appareils communs placés sous l'aisselle en exigent au moins cinq. Mais, placé sous l'aisselle, le thermomètre n'exige pas de soins consécutifs, comme lorsqu'il a été introduit dans le rectum, où il peut provoquer des déjections qui troublent lexamen.
Quoi qu'il en soit, il ne faut pas oublier que la température rectale est toujours de 0°,2 à 0°,4 inférieure de celle de l'aisselle (Roger).
La thermométrie locale est difficile chez l'enfant, en conséquence du temps qu'il faut pour la réaliser ; sauf dans les six premiers mois, en raison d'une maladie qui favorise l'immobilité relative, ou après quatre ans, on obtiendra rarement d'un enfant qu'il se maintienne dans une même position pendant quinze à vingt minutes.
Moyenne thermique dans l'enfance. — Comme principe général, on admet que l'enfant a la même température normale que l'adulte, parce que, dans la première enfance, elle accuse une moyenne de 37'^, 1 et dans la seconde de 37o,2. Les nombreuses observations de Kassowitz, lui ont fait trouver, dans la première enfance, les extrêmes de 37°,2 à 37,9. C'est donc souvent une erreur de diagnostiquer la fièvre, simplement par le fait que la température rectale d'un nourrisson s'élève à 37°,y.
Marinescu fait remarquer avec raison, à la suite d'observations, que le facteur individuel doit compter pour beaucoup dans l'appréciation du degré thermique. Tel petit malade qui, phvsiologiquement, a 36"^, 4, aura la fièvre si le thermomètre atteint, par exemple, 37", 5, tandis que la température, dans l'état de santé d'un autre enfant, peut s'élever à 37°, 2.
On voit que dans l'estimation des données que fournit le tracé thermographique, il faut, au moins dans la première enfance, tenir compte de la relativité des phénomènes.
Température àla naissance. — Au moment de naître, l'enfant a une température plus élevée de quelques dizièmcs que la tem-
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pératiu'e axillaire ou vulvaire de la mère, mais égale à celle de l'utérus d'où il procède, d'après les recherches de Schrôder, de Baresprunger et de Parrot, sur l'utérus dans la grossesse.
BoNN'AL a trouvé que la température anale de l'enfant avant la rupture du cordon, est rarement inférieure à 37°, 5, mais peut s'élever à 39°, même dans les accouchements normaux.
La température de la mère est presque toujours inférieure de deux à sept dixièmes à celle du fœtus qui, dans l'abaissement postérieur à la naissance, descend fréquemment à 36°, même à 34°, 7 (Rai-dnitz). La température du nouveau-né s'élève ensuite gi'aduellement, s'abaissant encore un peu, jusqu'à se fixer au chiffre normal. Cependant 37°, 9 ou 38° au quatrième ou cinquième jour indiquent une déviation de l'état normal (Erôss).
Chute du cordon. — Erôss a remarqué, ainsi que Rôsing, un mouvement fébrile, consécutif à la chute du cordon, et l'a attribué à une infection quelquefois mortelle par l'intermédiaire de l'ombilic.
Hermès, pour vérifier ce fait, a étudié cent cas et il a trouvé les chiffres suivants :
Avant la chute. 36°,i à 37°, 4, moyenne 37°;
Le jour de la chute, 36o,3 à 37°,9, moyenne 37°,! ;
Le lendemain, 35°,2 à 37°,7, moyenne 37°,5 ;
Le jour suivant, 36°,8 à 37°6, moyenne 37°,2.
11 faut remarquer que ces observations ont été recueillies dans une clinique obstétricale, où le pansement du cordon est toujours fait avec toutes les précautions antiseptiques et cependant les chiffres de la moyenne montrent toujours une légère élévation.
Ber.xard, considérant, avec raison, que le poids du nouveauné, comme coefficient de sa vigueur, est le puissant facteur des différences individuelles de la température normale, a étudié la question sous ce point de vue, et les résultats qu'il a obtenus méritent d'être consignés ici :
Rapport entre le poids et la température chez le nouveau-né. — Les températures qui oscillent au-dessus de 37°, correspondent au poids de 3.300 grammes et au delà; les moyennes, entre 36° et 37°, au poids de 2.000 à 3.500 grammes; celles qui sont au-
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dessous de 36" ne correspondent jamais ù un poids supéi"ieur à 2.800 grammes.
Ces données s'accordent aACc ce qui s'observe chez les enfants nés avant terme, dont la basse température correspond à un faible poids. Cette hypothermie est telle que chez eux, assez souvent [mais non toujours, comme le croyait Eross). les maladies fébriles évoluent sous forme apyrétique. Berti cite, par exemple, des cas d'érysipèles et de broncho-pneumonies, dans lesquels cette circonstance s'est produite.
Causes de pu rcxies infantiles. — ^ Chez le nourrisson, la température s'élève pour nimporte quelle cause et sans motif apparent. Le cri. l'agitation, le mouvement, un bain chaud (Bernard), font élever la colonne de mercure, quoique faiblement et temporairement. D'un autre côté, un bain froid donné au nou veau-né, fait baisser le thermomètre, et l'exposition à l'air produit le même effet, dans les premiers temps où la tendance au refroidissement est physiologique.
Pour apprécier combien l'excitation influe sur le chiffre thermique de l'enfant, il suffit de connaître les différences thermométriques entre le sommeil et la veille, signalées par Allix. La diminution de la température pendant le sommeil varie entre 0",3 à 0'^.9, suivant Demme, et est d'autant plus grande que les enfants sont plus petits (Vierordt).
Ces observations montrent l'avantage quil y a à profiter du sommeil de l'enfant pour appliquer le thermomètre, ou à le faire quand lenfant est plus calme, après que l'impression causée par l'an'ivée du médecin est dissipée.
Comme l'enseigne Dem.me, toute élévation thermique qui se maintient pendant le sommeil, est un phénomène morbide.
Des causes banales peuvent produire, chez lenfant, de grandes ascensions de la colonne thermométrique, et ces élévations subites, qui se dissipent rapidement, n'offrent pas la gravité exceptionnelle qu'elles présentent chez l'adulte. 11 est même à remarquer que les élévations graduelles imposent quelquefois plus de réserves au prognostic. « Short notice, soon past, long foretold, long last », s'applique autant à la pédiatrie, dit Balu.\NTVNE, qu'à la météorologie.