THERMO M ET RIE. MALADIES INFECTIEUSES
Mais pourquoi la température s'élève-t-elle aussi facilement chez l'enfant? Pourquoi une légère infection intestinale détermine-t-elle une ascension à 40°? D"où provient cette susceptibilité extraordinaire de la réaction thermique dans lenfance? Répondi'e en invoquant le manque de régulateurs dans les centres thermogéniques, c'est commettre ce qu'en logique on appelle une pétition de principe, dont on fait encore malheureusement tant usage.
La facilité avec laquelle s'élève lachaleur naturelle de l'enfant n'a pas encore appelé suffisamment l'attention des observateurs.
Dans les pays de constitution médicale palustre, les fièvres auxquelles on ne trouve d'autre facteur étiologique manifeste, sont mises sur le compte du protozoaire de Laveran. Quand l'élément typhique domine la nosologie, les fièvres des enfants lui sont attribuées; Llambios adopte cette opinion. On tend aujourd'hui à rendre responsable des hyperlhermies l'auto-infection d'origine intestinale, dont la fréquence a été démontrée par Ghapix, Caillé et Seibert, et encore dernièrement par Vergely, dans ses études sur la gastro-entérite avec acétonurie.
Le facteur contraire — l'inanition — a été accusé par Emmett, HoHT et Cameril, d'exercer une influence pyrétogénique chez les nouveau-nés, tandis que Still admet que ce qu'il appelle pyréxies fonctionnelles de l'enfance, c'est-à-dire — celles qui, par exclusion, sont diagnostiquées et pi'ésentent une extrême irrégularité de courbes tliermiques et de profondes oscillations, — proviennent d'une irritation passagère du cortex cérébral. Cette irritation produit la fièvre par le même mécanisme que dans la paralysie infantile, dans l'épilepsie et dans la chorée.
On a beaucoup parlé de fièvres de dentition et de fièvres de croissance, — (|uand on ne trouvait pas d'autre explication à l'élément pyrétique évident.
Le professeur Kassowitz affirme avec raison que les angines sont une des causes les plus fréquentes de l'élévation thermique dans la première enfance : elles évoluent souvent en silence et très peu de médecins vérifient l'état du pharynx.
Toutes ces observations prouvent la fréquence de l'infection infantile, et permettent de conclure qu'à propos de tout et à propos
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de rien, la température s'élève chez l'enfant, — circonstance qu'il suffît de retenir, — l'explication du processus intime de la facilité de déviation thermiiiue dans le jeune âge n'étant pas encore bien dévoilée à notre investigation.
Hyperpyrexie. — L'hyperpyrexie peut être extrême, principalement dans l'accès pernicieux, dans l'insolation (cas de Lafleuk 42°. 2); dans linfeclion intestinale (42'^,3. Chapin); dans la scarlatine, dans Térysipèle de la face (42°, Lorain) ; dans le rhumatisme cérébral. L'étude de la marche d'autres symptômes peut seule éclaircir l'interprétation de ces énormes élévations thermiques, tolérées parfois d'une façon surprenante par les petits malades.
Hypothermie. — D'un autre côté, l'hypothermie est également plus prononcée que chez l'adulte. Elle est normale chez les enfants nés avant terme, comme il a déjà été dit, tandis que les rachitiques présentent une tendance à la fièvre (Chapin). Roger a vu un nouveau-né, avec œdème, qui avait 22°, et on a sauvé un enfant atteint du choléi'a, et dont la température de la bouche était descendue à 24°.
Le thermomètre baisse dans le sclérème, l'hydrocéphalie, le choléra. La tuberculose peut évoluer insidieusement sans fièvre avant 1 âge de deux ans, constituant la forme généralisée chronique apijrctique de Marfan. Eross a publié un cas de leptoméningite, dans lequel la température a oscillé, du 5*^ au 9"^ jour, entre 38°,8 et 34",8, du 10*^ au 13° jour autour de 35° et a été du 14^ au 16® jour de 32<',7 à 33°,5 ; et un autre de pachyméningite avec broncho-pneumonie, où le thermomètre est descendu jusqu'à 28°, 2, le dernier jour.
En raison de la facilité avec laquelle la température s'élève pendant l'enfance, on a beaucoup parlé, comme nous l'avons vu, de fièvre de dentition dans cette période, et de fièvre de croissance après cinq ans. La première est complètement illusoire, et ne peut être admise en science après les études de différents expérimentateurs (voy. chap. v).
La fièvre de croissance, création de Deschamps, acceptée par
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FoxssAGRivES, RicHAKD et BoucHUT, a été soutenue en nosologie par Bailly. Le syndrome consistait, d'après eux, en élévation thermique, douleur au niveau des épyphyses, croissance consécutive, et dans quelques formes se manifestaient des phénomènes secondaires d'auti-es appareils, bronchite, délire, gargouillements dans la fosse illiaque. Ce type pathologique, sans autonomie, n'a pas résisté aux coups de la critique de Barbillion, dansun excellent ai'ticle. Il a prouvé que les faits groupés sous le nom de fièvre de croissance, sont : ou des formes bénignes d'ostéo-myélite aiguë, ou des fièvres éphémères dues au surmenage ou à d'autres causes. Les douleurs épiphysiaires existent réellement dans un grand nombre d'états fébriles de l'enfance, et la croissance succède rapidement au repos dans beaucoup de maladies, — mais, comme le fait remarquer Barbilliox. on ne saurait baser sur ces deux facteurs une entité nosologique indépendante.
Frisson chez les enfants. — Dans la fièvre de l'enfance, le frisson n'existe pas, du moins dans les premiers temps. 11 est remplacé par des convulsions ou par un état de lividité de la face et des extrémités, avec refroidissement de celles-ci, et, quelquefois, des rougeurs à la face. Les rémissions sont moins fréquentes, de façon que l'on ne remarque pas toujours clairement de grandes différences entre les chiffres du matin et ceux du soir.
A cet égard, les études de A. Villa sont très intéressantes. Des recherches, au nombre de plus de mille, effectuées sur 108 enfants de deux mois à cinq ans, lui ont permis de conclure que l'on rencontre fréquemment chez les enfants sains ou malades apyrétiques, le type inverse de la courbe thei-mique, c'est-à-dire que la température du matin est plus élevée que celle du soir. Ce phénomène est moins accentué chez les enfants fébriles, et chez ceux qui sont en état physiologique on observe assez souvent des oscillations irrégulières, fréquentes etjournalières de la courbe thermique.
Diagnostique de la pyrexie. — Dans le jeune âge, principalement, il peut se faire ({uc le diagnostic reste en suspens et ne soit pas définitivement fixé dès le premier jour de la fièvre. Le
milieu cpidémique, la nature des maladies dont souffre l'enfant, les écarts de régime, la saison, sont des circonstances qui font pencher le jugement de tel ou tel coté. Ainsi, chez un nourrisson, atteint de rhinite et qui présente subitement une température de 40", il y a probabilité de propagation du processus aux voies broncho-pulmonaires. La cei'titude de lexclusion ne peut être assurée que si la fièvre cesse après les premièi-es vingt-quatre heures, attendu que pendant ce temps les signes fournis par l'auscultation ne sont pas toujours bien perceptibles, même dans la congestion pulmonaire, qui peut être centrale. Durant une épidémie de rougeole, un enfant qui éternue, qui a les conjonctives rouges et 38" sera — presque toujours — au commencement de la maladie, tindis que ces mêmes symptômes olTriront, en d'autres circonstances, une faible signification.
La fièvre peut se manifester : a, dans des lésions chirurgicales, dont quelques-unes se confondent avec des maladies internes ; b, dans des exanthèmes ; c. dans des affections des muqueuses; d, dans des maladies qui attaquent de préférence certains viscères, avec ou sans infection générale; e, dans des intoxications sanguines.
A. Lésions chirurgicales. — Les lésions chirurgicales sont, assez souvent, des ostéites, des ostêo-myélites, des phlegmons, — quelquefois profonds et qu'il faudra rechercher — et des abcès. Une périostite pourra, au début, simuler un êrysipèle, de même que l'inflammation du maxillaire inférieur rappelle d'une certaine façon la parotidite, celle-ci peut se confondre également avec la fièvre ganglionnaire de Pfeilfer.
La rougeur des inflammations des os n'est pas la même que celle de linflammation de la peau. La parotidite est plus douloureuse que la périostite du maxillaire: dans celle-ci, la tumeur, plus dure, est parfaitement adhérente à l'os, elle est recouverte de peau luisante et le point le plus douloureux se trouve dans la zone centrale. Le siège de la parotidite normale est dans la glande par.itidi', et la tumeur, comme on le sait, partant de devant le tragus et de dessous le lobe de l'oreille, n'a pas de limites précises du côté de la face et du côté du cou.