DÉBILITÉ MENTALE
mière, et même parfois d’une intelligence distraite ou mal informée de certaines choses. La Fontaine, en raison de ses simplicités, était parfois une bête ; mais il n’était jamais un sot. En effet, la sottise est caractérisée par l’absence de jugement, absence qui ne permet pas au sot de se méfier jamais de ses idées. 11 peut y avoir des bêtes parmi les gens d’esprit, mais il n’y a pas de sots. Il peut y avoir des sots parmi les savants; la science ne préserve pas delà
sottise.» .
Si on remplace le mot bêtise par arriération et sottise par débilité mentale, on voit que Littré nous indique bien le diagnostic entre les deux.
Débilité mentale. - Enorme vanité. — Épilepsie. — Rie... était un épileptique débile à accès rares, qui était employé, il y a de nombreuses années, a la bibliothèque des internes de Bicêtre. 11 posait pour le docteur et était toujours coiffé d’une calotte de velours. 11 mettait en ordre les livres, mais il faisait semblant de s’intéresser à leur contenu, il faisait semblant de les lire, et on le surprit un jour plongé dans un traité d’anatomie qu’il tenait à, l’envers 11 avait un ton protecteur impayable envers les autres malades, l’aspect important et affairé, et il faisait la joie de la salle de garde par sa sottise ( npl l ] e et son énorme vanité.
A cette fausseté spéciale du jugement s’allient doncordinairement une vanité énorme et, surtout chez les anormaux des classes inférieures, une exagération de politesse et des p^'étetitions o.\xx. belles manières, parfois une préciosité, un maniérisme qui rappelle celui des déments précoces. J’ai d’ailleurs vu chez un monsieur qui exerçait une profession libérale une débilité mentale évidente, unie à une obséquiosité gênante, qui me paraît très près de 1 exagération de politesse. Une conséquence de la débilité est une crédulité extrême qui rend souvent les débiles le jouet de leurs compagnons de classe ou d’études : je me rappelle un condisciple de ce genre à qui l’on faisait faire des choses invraisemblables, et pourtant ce jeune homme est arrivé à une situation des/plus honorables dans la société parisienne. Beaucoup de ces débiles sont la proie des charlatans, des rebouteurs, des spirites, et constituent certainement une bonne partie des dévots et dévotes (Je distingue expréssément dévot et esprit religieux ; je crois qu on peut être intelligent et religieux, mais pas dévot). Cesont eux aussi qui prennent par contagion mentale les tolies systématisées, surtout de persécution (voyez l’observ. de Ber... H.) et religieuse. Cette crédulité s’exerce non seulement à propos des autres, mais
FAUSSETÉS D’ESPRIT
aussi à propos des propres pensées du débile, qui n’en fait jamais la critique oui’ « auto-critique », suivant une nouvelle expression qui ne veut rien dire de plus. Il n’est pas non plus capable de résister à certaines impulsions qui prennent entièrement possession de son esprit. C’est ainsi que le suicide comme que je l’ai montré (p. 4-3), peut se produire chez lui avec une facilité extrême, on pourrait dire par pure sottise. Je rappelle en même temps comme bel exemple la lettre que le malade Jour. . . (p. 43) écrivit à safemme quandil voulut se jeter à l’eau. Enfin on rencontre fréquemment chez des débiles des folies aiguës et chroniques, ce qui a fait penser que le terrainde la débilité est nécessaire à l’éclosion de la folie. Quelques auteurs décrivent même les folies aiguës sous le nom de délire d’emblée des débiles (voyez au chap. Folies aiguës). Cette question ne sera pleinement résolue que par une connaissance plus approfondie de la débilité, car ce que j’en ai dit n’est qu’une ébauehe de ce que l’on doit attendre d’une étude méthodique et minutieuse.
On sait que lorsque la débilité est très marquée, le délire de la folie qui naît sur un pareil terrain est particulièrement peu cohérent et très «sot» (voyez l’exemple de Ver... N.), si bien que parfois il ressemble à celui que présenterait un paralytique général. Le jeune homme dont je parlais plus haut, débile, et jouet de ses camarades, a fait une fois dans sa vie un accès de folie aiguë des grandeurs qui a été prise, paraît-il, pour de la paralysie générale. Cela montre que la débilité transparaît à travers le délire et qu’il y a utilité à la reconnaître (1).
Exposé général.
La débilité mentale, qui paraît souvent héréditaire, est caractérisée par une fausseté généralisée du jugement, un « manque de jugement », qui atteint surtout les jugements les plus fins dont est capable le débile, suivant son degré d’instruction et de développement intellectuel. C’est ce qu’on appelle littérairement la sottise. Il est difficile de la définir plus précisément.
La débilité, la sottise, se peignent sur la figure de l’anormal. Le masque du débile est caractérisé par l’immobilité absolue ou
(1) Voyez à ce sujet une thèse inspirée par Séglas : Boiron, Contribution à Tétude du diagnostic de la P. G. Le délire des P. G. et des faibles d’esprit, Paris, 1889.
relative des muscles supérieurs de la face. Ils ne sont pas atrophiés (1), mais ne fonctionnent pas ou rarement.
Cette anomalie mentale s’accompagne de : vanité, haute opinion de soi-même ; prétentions diverses, aux belles manières, àl’intelligence, etc. ; crédulité extrême, absence de sens critique pour les pensées d’autrui et les siennes propres.
Elle n’est pas incompatible avec l’activité intellectuelle, une excellente mémoire et un don de la parole parfois remarquable.
Complications fréquentes : les autres formes du déséquilibre mental; l’arriération mentale; l’infantilisme mental (p. 260); l’esprit « hor7ié », forme voisine, que je signale seulement.
Elle est peut-être le terrain indispensable à l’éclosion de certaines folies, avec lesquelles, en fait, elle coexiste souvent.
Elle est congénitale et incurable.
Le diagnostic doit être fait d’abord avec ;
\! arriération mentale qui est très voisine dans ses degrés supérieurs, mais en diffère par ce fait que les erreurs de jugement sont dus à l’ignorance provenant de l’incapacité psychique d’acquérir ou de l’impossibilité sociale de recevoir l’instruction, par l’absence de vanité et l’absence du masque typique du débile.
Les démences : il y a perte de mémoire, diminution du travail intellectuel; les erreurs du jugement dans les cas peu intenses sont partiels et marquent plutôt des oublis ou sont énormes; il y a une autre attitude, une autre mimique, d’autres signes de telle ou telle démence et des signes physiques. Le masque du P. G., qui ressemble à celui du débile, est bien plus complet et se constate ordinairement à un moment où la démence ne peut plus faire de doute.
Les cas où il y a confusion, stupeur légère, peuvent présenter quelques difficultés : rechercher les autres signes de la confusion ou de la stupeur.
Le diagnostic peut être difficile quand il y a à la fois débilité et arriération, débilité et stupeur ou confusion, débilité et démence.
Enfin il faut chercher souvent si derrière un délire il y a débilité mentale. Ce qui aide alors le plus est la constatation du masque du débile. Cette question de la débilité sous-jacente au délire à distinguer de la démence commençante est parfois des plus difficile à résoudre.
Le traitement e&ixmX; on ne fait pas d’un sot un homme d’esprit.
(1) Mon ami, le docteur Huet, a bien voulu examiner électriquement les muscles frontaux de piusieu débiles; il n’y a rien trouvé d^normal.
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