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CHAPITRE V

IMPUISSANCES PSYCHIQUES

S0MMA.IHE. — La neurasthénie et les obsessions. — La neurasthénie constitutionnelle. Un exemple montrant le fond neurasthénique mental et somatique, la fatigabilité et les crises surajoutées ; l’obsession sous ses différentes formes, mais très atténuée.

La neurasthénie acquise. — Mêmes symptômes, mais avec obsessions moins fréquentes .

Neurasthénie plutôt somatiqué chez les uns, plutôt mentale chez les autres, ou psychasthénie. Étude plus particulière de cette dernière (constitutionnelle), surtout dans ses paroxysmes.

Obsessions, peurs et autres paroxysmes . — Un exemple d’obsession avec crainte presque permanente. Début par un rêve. — Exemple d’obsession avec crainte des chiens enragés et « délire du toucher», bupeiv^tilions. Paroxysmes graves. Exemple d’obsessions de ne pas pouvoir faire, doute, pseudo-hallucinations visuelles, etc. — Autres exemples d'obsessions diverses ; — Peur des couteaux, avec grand retentissement somatique, avec autres anomalies variées. Peur de descendre un escalier. — Peur du temps, accès d’angoisse. — Peur de no pouvoir s’habiller. — Peur de se jeter par la fenêtre. — Peur par association fortuite. — Peur de mourir. — Recherche angoissante des mots. — Obsessions multiples débutant à trois ans, trucs de défense, superstitions, tics, arriération et débilité mentale, etc. — Le suicide par vérification.

Rappel des cas nombreux étudiés pour leurs éléments à la sémiologie.

Exposé général de la neurasthénie et des obsessions.

Classification générale des obsessions et autres formes de paro xysmos de la psychasthénie .

Lies. —Une observation. L’état mental du tiqueur est constitué par l’infantilisme de la volonté. Rapport avec l’obsession. Variétés du tic.

Impulsions. — Les impulsions liées au seul déséquilibre mental seraient « conscientes », irrésistibles, accompagnées d’angoisse et, une fois accomplies, suivies de soulagement. Il est douteux que la plupart d’entre elles puissent arrivervraiment à l’acte sans complications. Liste des principales impulsions. Les voleurs des grands magasins. Utilité du châtiment pour leur traitement.

.ippendice. — Anomalies d'association, dudifion coforee,- « Photismes ».

Neurasthénie et Obsessions. (1)

(Folie du doute, Délire du toucher. Craintes, « Phobies », Psychasthénie.)

On décrit sous ces noms un ceftain nombre de symptômes assez

ném-oscs^ Paris, 1909. — Hbniiy Meioe, art. iNeurastnenio, chirurgicale, Paris, 1911.

Leç. clin., p. 57. — A.

s, 1902. — P. Janet, Les in La pratiqua mcdico-

NEURASTHÉNIE ET OBSESSIONS

frappants d’un état mental particulier, mais qui n’est rien de plus que ce qu’on appelait délire émotif de Morel, pseudo-monomanie de Delasiauve, état mental des neurasthéniques. Ces symptômes ne sont pas les seuls, il y en a bien d’autres qu’il est assez difficile de classer. Je ne donnerai ici qu’une vue d’ensemble de l’état mental du neurasthénique ; pourtant j’y ajouterai des observations d’obsessions assez singulières qui serviront de type pour toutes les autres, ainsi que pour les innombrables détails « psychasthéniques «qu’il faudrait un volume pour raconter.

Neurasthénie constitutionnelle. — Je commence par celle-ci parce qu’elle est la plus complète.

Début dès l’enfance. — État mental permanent du neurasthénique constitutionnel. — Obsessions indifférentes, obsessions avec crainte, obsessions interrogatives (folie du doute), avec conséquence d’actes (délire du toucher), crises d’angoisse pure, « manies mentales ». — État chronique de la folie du doute, état neurasthénique somatique, — le tout très atténué. Rub..., fonctionnaire, âgé d’une cinquantaine d’années (d).

Névropathie du côté maternel ; la mère a de l’incertitude de la volonté ; elle est très émotive et fatigable, avec de temps en temps des troubles nerveux indéfinissables. Père migraineux et arthritique.

Le malade dans son enfance était délicat et nerveux ; il souffrait de douleurs variées dans les membres infériem-s, dont une assez fixe au talon gauche (topoalgie) qui fut longue à disparaître, hallucinations bypnagogiques de bariolages colorés. Colères fréquentes. Etant au Lycée et étudiant les mathématiques en troisième et en seconde, il se demandait souvent s’il comprenait bien.

11 avait peur de ne pas comprendre, même s’il avait compris. Ce doute persista très atténué jusqu’à la fin des études; ce n’est que plus tard que le malade s’est rendu compte de la nature anormale de ce doute. Par ailleurs, quoique bon élève, il manquait de confiance en lui-même ; pourtant iln'ajamais été timide, mais très renfermé. Dyspepsie nerveuse à l’âge des baccalauréats et des concours. Migraines fréquentes et très violentes. Peu apte aux exercices du corps qui le fatiguaient beaucoup. D’ailleurs intelligent, mais sans grande mémoire, travaille beaucoup et réussit dans sa carrière. Mais, homme cultivé et s’examinant lui-même avec intérêt, il a remarqué qu'il a toujours été craintif, pessimiste, scrupuleux et très émotif. Il ruminait aussi sans cesse certains mots qui l’avaient frappé; il avait par moments de la peine à rassembler ses idées, à les fixer, surtout lorsqu’il calculait (très mauvais calculateur). Il se latiguait très vite et travaillait très lentement. Très préoccupé de certaines douleurs qu’il ressentait parfois dans la mâchoire, il croyait qu’il avait des maladies nerveuses. 11 avait surtout peur du tétanos dont il avait entendu parler.

Tous ces signes se sont surtout accentués à partir de 30 ans, après une crise d’obsession interrogative qui a duré huit jours. En soldant de chez lui il se demandait s’il avait oublié son porte-monnaie et il tâtait sa poche cinq

(t) Bien des détails manquent, à cause des circonstances où j’ai vu ce malade.

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ou six fois en descendant l’escalier. Ily avaitun sentiment désagréable d anxiété concomitant. A cet âge, ayant un assez gros travail à fournir, il remarque qu’il se fatigue facilement, qu’il fait de nombreux lapsus dans ses rédactions, qu’il prend les mots les uns pour les autres en parlant et même qu’il accouple par leur moitié deux mots synonymes, ainsi bavire, pour bateau; il dit jambe pour bras, chaud pour froid, haut pour bas, et réciproquement, etc. Il a la mémoire de l’escalier, mémoire retardée. Quelque temps après, à l’occasion d’un surmenage, crise caractérisée de neurasthénie physique avec insomnie et violentes douleurs. L’état mental à fond d’émotivité, de pessimisme, de rumination, s’accentue avec des troubles dyspeptiques qui reparaissent a plusieurs reprises, avec préoccupations pseudo-hypocondriaques, faiblesse des membres inférieurs, difficulté à marcher, <( plaque sacrée », douleur à la nuque, plus rarement céphalée en casque, insommie, palpitations, bouffées de chaleur, sensations bizarres dans les membres, sur tout le corps, impatiences, crampes, névralgies variées, etc.

Au milieu de tout cela, M. Rub... continue sa carrière avec succès, se soignant intelligemment et arrivant, par une hygiène rigoureuse, à pouvoir produire le travail demandé. Pourtant il y a des périodes où la mmination intellectuelle avec bavardage intériem- augmente, où il a plus de peine à fixer son attention, et cela surtout le matin. Entre 35 et 40 ans, il a noté qu’à plusieurs reprises il a eu des obsessions banales, indifférentes, qu’il a oubliées aujourd’hui, surtout des airs de musique. Il a éprouvé aussi un phénomène curieux, mais très fugitif : un état de satisfaction particulière à aller en omnibus, à entrer dans certaines boutiques. Cette satisfaction qu’il ne s’expliquait pas, ne durait que quelques instants. Ce phénomène n’est apparu que pendant quelques années. 11 se rappelle pourtant une obsession bizarre par association. En entrant au W. C. chez lui, pendant quelque temps une phrase « et en ayant un revolver «lui revenait sans cesse à la mémoire, phrase à laquelle il ne pensait plus du tout le reste de la journée.

Vers la même époque de sa vie, il constate que faisant divers projets pour lui ou des projets d’ordre social auxquels il s’intéresse, il rabâche ces projets sans aboutir à rien de précis; c’est une sorte de rêverie sur ces sujets, sans portée pratique. 11 s’aperçoit de même qu'il aime à lire les catalogues des magasins de nouveautés, même sans avoir rien à y chercher; il y a là une sorte de «manie» de classification, qui va avec ces ruminations de projets imaginaires, et d'autre part avec l’accentuation de la « manie » de ranger chez lui et dans ses occupations professionnelles, ce qui le fait qualifier de vieux maniaque, de méticuleux par ses subordonnés. Depuis le même moment il a aussi une obsession interrogative, qui constitue une « folie du doute » très atténuée s étant installée peu à peu, sans jamais devenir une crise à grand fracas. 11 se pose cette question saugrenue : « est-ce que les femmes vraiment ont un anus? c’est trop dégoûtant de penser cela. » Et alors dehors quand il voit une jolie femme, ou pense à une femme quelconque, il se sent poussé à se représenter les organes génitaux et l’anus de la personne pour vérifier leur existence. Il ne s’est d’ailleurs jamais senti poussé avec ses maîtrèsses (il est célibataire) à opérer de visu cette vérification. En outre, il a une tendance aux obsessions avec crainte et « délire du toucher »; il a très peur du tétanos, comme je l’ai déjà dit, de la syphilis aussi, des microbes en général. Il lui est arrivé parfois

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de prendre le pan de sa redfngote pour toucher le bouton d’une porte, de peur que telle personne qui vient de tousser en passant n’ait souillé le bouton de salive projetée par la toux. Il se lave les mains fréquemment. 11 n’aime pas non plus caresser les chiens qui lui sont inconnus, et il évite de se laisser salir par leur bave, car la rage est aussi pour lui un sujet de préoccupations un peu maladives. Entre temps il a eu, après un travail un peu intense, compliqué ensuite de fatigues physiques, des crises d’angoisse pure sans obsession.

Peu à peu, en prenant de l’âge, il est devenu plus émotif, plus craintif, plus douteur, plus incertain pour un certain nombre de choses, plus méticuleux. Le doute ayant aussi envahi la sphère morale, il est plus scrupuleux qu’autrefois. A plusieurs reprises il a eu de légers accès de doute à propos des travaux de sa fonction, vérifiant trop scrupuleusement ce qu’il a écrit, par exagération de ses responsabilités. Il regarde aussi plusieurs fois si les lettres qu’il va mettre à la poste sont bien cachetées, etc. Ses différentes obsessions ne le gênent d’ailleurs guère, pas plus que son « délire du toucher », car sauf à quelques moments où elles ont eu des velléités de paroxysmes, elles sont très atténuées, permanentes et chroniques. C’est ainsi que depuis un an ou deux il a remarqué un nouveau symptôme très léger et qui s’installe lentement : il s’étonne un peu de voir les hommes et les femmes tels qu’ils sont, avec une tête, des yeux, une bouche, etc.; cela lui semble un peu étrange ; il lui semble qu’il remarque cela pour la premièi’e fois. Ce sentiment de « jamais vu » est très léger et réapparaît fréquemment surtout dans les circonstances où il médite sur la situation de l’Homme dans la nature. Car c’est un esprit cultivé qui aime à se livrer aux considérations philosophiques.

Ce malade nous montre d’une façon très claire l’état du neurasthénique constitutionnel et dans la famille duquel il y a des affections nerveuses névropathiques et neurasthéniques (mère). Dès l’enfance il a le doute, l’incertitude, le manque de confiance en lui, l’émotivité, le scrupule, la crainte de l’avenir. Pourtant il lui manque pour être complet la timidité, le besoin de direction, d’affirmation, d’action; mais il aime un peu trop la vérification, la précision. La mémoire est retardée, il y a de la rumination, du mentisme. Les idées sont lentes à venir, confuses ; l’attention est souvent difficile, instable; il se fatigue vite, etc. La neurasthénie physique avec douleurs variées, troubles dyspeptiques, préoccupations pseudo-hypocondriaques, etc. est constante avec crises paroxystiques sous l’influence de la fatigue, des émotions, etc. Bref, c’est la fatigabilité du système nerveux qui, sentie par le malade, fait le fond somatique de cet état, car la fatigue donne en raccourci l’ensemble symptomatique de la neurasthénie.

Il va sans dire que tout cela s’est accru avec l’âge, surtout la rumination; la tendance aux différentes obsessions, « phobies »,

« manies », a augmenté; mais il y n’a que de rares crises caracté-

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risées, très atténuées, à l’occasion de fatigues, de même que le tond neurasthénique psychique et somatique est en somme peu développé, puisque ce malade a pu toujours travailler et suivre honorahlement sa carrière. Malgré l’atténuation de l’obsession, paroxysme apparu sur ce fond primitif, on en reconnaît pourtant les caractères fondamentaux: involontaire, automatique, reconnue absurde parle malade, étrangère à ses pensées ordinaires. Elle entraîne des réactions qui sont plus apparentes chez d’autres malades et chez lesquels je les ferai remarquer. .4u total, on voit d’une part un état do neurasthénie phvsique et somatique banal et d’autre part une ébauche d’oBsession et de folie du doute, qui peut être considérée comme le côté mental delà neurasthénie, et que pour cette raison on appelle maintenant jos//cAas<Aén/e. Ce côté mental, cette psychasthénie est surtout développée à<m?>\sineur asthénie constitutionnelle.

Neurasthénie acquise. — Cet état neurasthénique fondamental peut se développer à peu près tout pareil après les infections, les émotions répétées, le choc physique ou moral, le chagrin, les privations, etc., surtout, il va sans dire, chez ceux qui sont «prédisposés ». Le paroxysme obsession est beaucoup moins fréquent dans cette neurasthénie acquise.

Dans la suite, je ne m’occuperai guère que de la neurasthénie constitutionnelle où tous les symptômes sont bien développés. Je donnerai de nombreux exemples d’obsessions.

Obsessions et craintes. — L’observation suivante concerne une malade chez laquelle l’état d’obsession réelle est devenue chronique comme chez Rub..., mais bien plus intense, avec des paroxysmes nombreux.

Obsession avec crainte. — État permanent. — Chronicité de l’obsession. — Actes consécutifs. — Bel..., 34 ans, consultation externe de la Sal¬

pêtrière, année 1886 (1).

Père très nerveux, colères, cauchemars, convulsions dans le jeune Age. Mère, rien. Une tante (sœur du père) hystérique. Un cousin (le fils de cette ante), idiot à Ville-Evrard. Le grand-père maternel buvait.

La malade a eu des convulsions à quatre ans au moment d’une variole. Terreurs le soir dans l’obscurité; cauchemars; accès de somnambulisme spontané (?). Peu forte à l’école. Douleurs de tête qui l’abrutissaient une lois réglée (douze ans); à. chaque époque, migraines avec vomissements. Symptômes nerveux bizarres et variés (défaillances, battements de cœur, etc., etc ); a toujours été impressionnable et craintive.

Mariée à vingt ans et demi; trois enfants, un mort de diarrhée à deux mois.

(1) La première partie de cette observation figure dans ma thèse ; Du rôle du rêve dans l’évohtUon du délire, Paris, 1887, p. 44.

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Le dernier mort-né. Une fille de douze ans, délicate, un peu craintive, maux de tête fréquents ; de plus stigmate iridien de Féré. La malade a déliré au premier accouchement.

Il y a quatre ans, elle commençait à être plus émotive et plus craintive, lorsqu’une nuit, elle rêve qu’elle tue son mari et sa fille avec un grand couteau. Le matin elle s’assure que ce n’est pas vrai et elle dit ; «Ah! mon Dieu! si je les avais tués ! » A partir de ce moment elle ne peut plus voir un couteau sans avoir une peur atroce, avec angoisses, presque des défaillances, si on la force à prendre l’instrument tranchant ; elle a peur de faire du mal à quelqu’un, surtout à son mari et à sa fille qu’elle aime beaucoup. Jamais d’impulsion ii prendre les couteaux. Dans la rue, quand elle sort avec sa fille, a peur que les militaires, bouchers, rémouleurs, etc., etc., ne fassentdurnal à son enfant. Elle rêve fréquemment de couteaux; elle s’attache les poignets la nuit de peur de se relever et de chercher un couteau.

Ses craintes se sont étendues; n’embrasse personne de peur de mordre: a peiu' de se noyer dans un bain, a peur de regarder par la fenêtre.

Elle n’aime pas à toucher les plumeaux, souris, chats, etc.

Elle éprouve de l’angoisse quand elle parle îi une personne antipathique : a peur de tout au total.

Hémiatrophie droite légère : iris droit plus étroit et plus foncé que l’autre. Légère hémianesthésie droite au tact, douleur, température. Pas d’achromatopsie. Léger rétrécissement du champ visuel (?). Point hystérogène au sein droit et au sommet du ci-âne (1) ; a une main droite « de beurre ». Pendant qu’elle était enceinte, sorte de vertiges et pseudo-attaques.

10 octobre 1910. — Je revois la malade à la consultation de la Salpêtrière. D. — Depuis que je vous ai vue, êtes- vous revenue?

R. — Oui, chez Monsieur Voisin, à plusieurs reprises.

D. — Eh bien, comment allez-vous?

R. — C’est toujours la même chose. Ainsi je suis contente de voir mes enfants ; mais on ne peut être tranquille ensemble.

D. — Avec votre fils?

R. — Je l’embête tout le temps; il est venu hier, je l’ai embêté toute la journée et toute la nuit, .le le vois blessé. .le lui dis de ne pas me laisser l’approcher. Quand il mange, je lui dis de tout retirer pour ne pas rester chez moi, je vais dans les endroits où il y a beaucoup de monde. Par exemple, j’entrais à la laiterie Maggi, je vis une dame prendre son porte-monnaie et il y avait un marteau : j’ai craint de prendi-e le porte-monnaie et de frapper les gens avec le marteau.

Aussi je n’ose plus rentrer dans les boutiques : je reste une demi-heure â me dire : « Vais-je faire du mal à quelqu’un? » Par exemple, hier j’étais avec mon fils; avant d’entrer îi la boucherie, je lui ai dit de me surveiller en cas qu’il me prenne une idée. De môme pendant la nuit, je lui ai dit de se réveiller s’il m’entendait lever.

D. — Mais que sentez-vous ?

R. — Comme si c’était une autre personne qui regarde dans mes yeux, qui

(t) Ces détails révélent l’influence des idées de Charcot sur l’hystérie, alors prépondérantes à la Salpêtrière.

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me pousse. Il me semble que je n’ai pas les mêmes idées que les autres personnes.

D. — Sentez-vous de l’angoisse?

, R. — Oui, au moment où ça me prend; je sens que cela va venir. Mais

maintenant .

D. — Ça a augmenté ?

R. — Oui ; avant, je soignais mon ménage, mais je n’ai jamais pu manger avec quelqu’un.

D. — Et dans votre jeunesse?

R. — J’étais vernisseuse, je peinais au travail, etj’avais envie de me suicider. Puis, à mon mariage, sans savoir pourquoi, je ne pouvais voir ni hachette, ni couperet, ni couper du bois. C’est après ma fille que ça a commencé. Je me perdais dans la rue, je n’avais plus la tête à moi.

D. — Quel âge aviez-vous?

R. — Vingt et un ans.

J’ai eu une crise il y a trois ans en mettant du pétrole dans la lampe ; j’avais peur de mettre le feu ou de me jeter par la fenêtre. Je suis restée couchée en ne sachant si mon garçon était mon fils ou mon mari. C’est depuis Jeanne Weber que j’ai peur comme cela.

D. — Et votre mémoire?

R. — Je cherche longtemps pour trouver.

D. — Où demeurez- vous?

R. — Rue de P...., 151. Mais je me perds dans ma rue desfois. Et puis, allant faire le marché, j’oublie ce que je viens chercher.

D. — Et la mémoire des noms ?

R. — J’oublie les noms, et je reconnais tout le monde. La nuit je mets ma main droite dans un sac et je l’attache aux bords du lit tellement j’ai peur; c’est comme le jour, j’ai un brassard relié à ma ceinture.

D. — Combien font 5X7?

D. — Répétez deux séries de chiffres.

(Elle les répète.)

D. — Que vous ai-je demandé immédiatement avant?

R. — Je ne me rappelle plus.

D. — Combien font 3 X •!?

D. — Répétez ces deux séries de chiffres .

(Elle les répète bien.)

D. — Et que vous ai-je demandé avant?

R . Une multiplication....

D. — Laquelle?

R. — Je ne me rappelle plus.

D. — Qu’avez-vous pris à midi hier?

R. — Des nouilles.

D. — Et le soir?

R. — Je ne mange qu'une fois par jour.

D. — Toujours?

R. — A moins que je n’aie des restes.

NEURASTHÉNIE ET OBSESSIONS. 5bS

D. — Lisez ceci (un fait divers).

(Elle lit bien.)

D. — Qu’avez- vous lu?

R. — Je ne sais pas, je ne me rappelle plus. Je ne lis jamais les journaux; je ne veux pas les voir.

D. — Lisez ceci (un fait divers).

(Elle rit et comprend; elle explique la signification de la petite histoire.)

D. — Expliquez-moi ces deux proverbes :

« Pierre qui roule n'amasse pas mousse. »

« Au pied du mur on connaît le maçon. »

(Elle, les explique très bien.)

D. — Voulez-vous me remettre les mots à leur place dans ces phrases? (ce sont les phrases suivantes dont les mots ont été écrits au hasard à la suite les uns des autres: Un bon ouvrier a plaisir à faire du bon travail. — Qui quitte sa place la perd.

(Elle n’y arrive pas.)

R. — Quant j’écris à mon fils, je lui demande s’il n’y a pas de bêtises dans mes lettres... Je n’ose pas écrire ii personne à cause de cela.

D. — Et cette gravure.

(Elle explique très bien la signification de la gravure.)

D. — Vous ne voyez pas des couleurs, des lettres colorées en lisant?

R. — Non.

U- — Vous n’avez personne de malade comme vous?

R. — J’ai un cousin à Ville-Evrard, interné. Ma fille est « drôle » et méchante.

D. — En quoi?

R. — Elle a 36 ans, m’a quitté depuis douze ans; mais je me demande comment elle peut tenir une caisse ; elle ' me donnait par semaine et depuis sept semaines elle ne me donne plus rien.

. D. — Vous ne lui avez pas demandé pourquoi?

R. — J’aurais peur qu’elle me batte.

D. — Et votre père ?

R. — Il était nerveux, criait la nuit ; il a mordu l’oreille à ma fille ; il avait de drôles d’idées ; Il était coléreux.

Quand je suis seule, il me semble avoir des couteaux dans mon corps. J’en sens le froid dans le ventre.

D. — Pourquoi auriez-vous des couteaux en vous ?

R. — Je ne sais pas ; ça me gêne, ça me fait peur. J’ai la sensation de couteaux fermés dans le ventre ; des fois j’en sens à la gorge qui m’étouffent. Je voyais l’autre jour un monsieur passer en fiacre, j’ai cru que je lui tirais un coup de révolver; un jour je faisais un paquet, j’ai cru que j’étranglais quelqu’un avec la ficelle.

Signes somatiques : tremblement des mains, nodosités d’Heberden.

i 2 octobre iSiO;

P. — Eh bien, comment cela va-t-il ?

Oh ! hier j’ai eu les ramoneurs ; ils avaient des outils ; je laissais la porte ouverte et ils la refermaient pour éviter les courants d’air : et j’étais obligée de la rouvrir chaque fois pour qu’ils puissent s’en aller si je.

‘ji;4

IMPUISS.^NfiES PSYCHIQPKS.

leur faisais du mal... Et j’ai le côté droit, le bras et la jambe tout drôles.

D. — Vous laissez tomber les objets ?

R. —Oui.

La nuit, ô moitié réveillée, je vois des pendus dans ma chambre, ou je vois mon fils blessé.

D. — Vous ne rêvez plus de couteaux, que vous piquez des gens avec un couteau ?

H. — Moins.

21 octobre t910 :

IC Ce matin je ne voulais pas venir vous déranger, mais j’étais comme chassée de chez moi. Bientôt réveillée, je suis comme poussée par quelqu’un à sortir du lit. Amon idée je voudrais être attachée sur un fauteuil ;je verrais ceux que j’adore voir et je serais contente.

26 octobre 1910. — Elle se lamente, elle dit qu’il lui semble que quelqu'un d’autre en elle la pousse à se faire du mal.

Elle avoue qu’elle est poursuivie par l’idée de suicide depuis six mois.

Je crois toujours tenir dans les mains des choses dangereuses.

<c Si je veux me toucher, il me semble que je me fais du mal.

» Si je me lave les mains, je crois me couper les mains; si je me peigne, je crois que je me coupe le cou ; si je m’arrange, je crois que je m’ouvre le ventre.

« Je n’ai plus de volonté, je ne sais plus rien faire, je ne sais plus me commander. »

Fin 1910. — Elle revient de temps en temps, toujours en proie aux mêmes idées, chercher un peu de réconfort moral auprès du médecin. Elle demande il entrer dans un service d’aliénés, mais son fils s’y oppose.

7 février 1911. — A un des jours où elle est venue chercher un peu d’appui moral, elle raconte qu’elle a des sensations Inexplicables : « ll.me semble que le sol s’enfonce sous moi, que je m’enfonce dans le parquet. »

20 février 1911. — Elle revient; elle dort bien quand elle vient ; mais elle n’ose consulter trop souvent de peur d’abuser du temps du médecin, dit-elle. Hier, son fils, militaire, étant venu passer la journée avec elle, elle s’est attachée tout le temps au fourneau de sa cuisine de peur de lui faire du mal. Elle souhaite d’être morte. Sur ma demande elle m’affirme que depuis son rêve, qui a marqué le début de l’obsession, elle n’a jamais cessé d’être obsédée un seul jour. Il y a eu des hauts et des bas, mais cela a été essentiellement chronique.

Le rêve a été ici le premier signal de l’obsession complète. C’est une petite particularité intéressante que j’avais signalée dans ma thèse. La malade a encore de temps en temps des rêves analogues. Mais l’état fondamental est constitutionnel, et il y a un état analogue du père. L’obsession avec crainte, idée désagréable de se faire du mal, amène des réactions d’angoisse violente et des actes de défense, car elle s’attache les poignets. Mais jamais il n’y a eu même un commencement d’exécution, ce qui est la règle presque invariable. On dit que l’obsession est « consciente »;

NEUHASTIlKNrE ET OBSESSIONS.

sans doute, mais il faut pourtant que la malade croie à son idéecrainte, pour s’attacher le poignet. La reconnaissance delà nature pathologique suhit des oscillations. M"*® Bel... a aussi des sentimmU de dédoublement de la personnalité ; « Comme si c’était une autre personne qui regarde par mes yeux, qui me pousse, dit-elle » ; c'est ce qu’on appelle quelquefois le sentiment de l’automatisme. Des pseudo-hallucinations de la sensibilité générale (des couteaux dans le corps), des sensations bizarres dans la main et la jambe droite, avec maladresse de la main, des sensations généralisées, « comme si elle s’enfoni^ail dans le sol », do l’incapacité à fixer son attention, complètent un ensemble de symptômes qui ont au fond tous la meme signification : elle ne sait plus vouloir. J’ai cherché s’il y avait diminution de la mémoire ou de la perspicacité ; malgré la longue durée de l’affection ces « facultés » sont intactes. Cet état lamentable, très intense et devenu tout de suite chronique avec des hauts et des bas, a entraîné des idées de suicide vagues, mais bien compréhensibles. La malade est devenue incapable d’un travail utile sui vi.

La demoiselle Cou..., qui fait le sujet de l’observation suivante, a une obsession prédominante avec crainte des chiens enragés, accompagnée d’un « délire du toucher ». Ici encore famille tarée et début dans l’enfance. Les détails que je donne me dispensent de commentaires. Je relèverai seulement l’intensité de la crise paroxystique avec obnubilation relative au moment même et l’extension de l’idée obsédante par association de proche en proche. C’est un cas grave.

Début à 10 ans. — Obsession de superstition.— Obsession avec crainte des chiens (rage) et actes consécutifs ( « délire du toucher »}, passage à l’état chronique. — Cou... J., 34 ans, célibataire.

Observation prise, à la Salpêtrière, le vendredi 23 décembre 1898, parle docteur Eugène Bernard Leroy.

Antécédents héréditaires et collatéraux. — Mère nerveuse, s’impatientant facilement. Père bien portant, caractère indifférent, insouciant, apathique, en somme caractère très léger. Une sœur nerveuse. Une sœur morte de tuberculose pulmonaire.

Antécédents personnels. — Née à terme. Pas de convulsions dans l’enfance .

A marché à 14 mois, parlé vers 18 mois. Rougeole à 5 ans. .Tusqu’à l’âge de 10 ans, rien â signaler du côté du système nerveux.

A l’âge de 10 ans, J. C... vit un jour dans la rue un homme frappé d’une attaque d’épilepsie. Elle en fut très émue, et resta quelque peu obsédée par la crainte de la contagion. Quand il lui arrivait de repasser à l’endroit où avait eu lieu l’accident, elle faisait un détour pour éviter de marcher sur l’em-

IMPUISSANCES PSYCHIQUES

placement que le malade avait, pensait-elle, pu contaminer. Arrivait-il qu’elle vit, dans la rue, une personne tomber pour une raison quelconque, elle s’en écartait soigneusement, craignant qu’elle ne fût aussi épileptique.

Cette idée disparut spontanément au bout de dix ou douze mois, mais peu de temps après (à H ou 12 ans) en survint une autre de même genre ;

Etant à la campagne, le père de J. C... amena à la maison un chien qu’elle ne connaissait pas, et qui, disait-on, avait couru en liberté dans le pays pendant quelques jours. — Immédiatement cette idée s’installa dans l esprit de la jeune fille que ce chien avait pu se trouver en contact avec des chiens enragés, et que, s’il ne l’était pas devenu lui-même, du moins devait-il véhiculer des germes contagieux. Elle en conçut dès lors une crainte exagérée et ridicule, évitant soigneusement tout contact avec l’animal, et grimpant au besoin sur les meubles, de peur qu’il ne l’approchât. Dès que le chien eut quitté la maison, elle n’y pensa plus.

Quelques années plus tard, âgée de 14 ou 15 ans, J. C... commença à être assaillie de multitudes de petites obsessions de courte durée, survenant â tous les moments de la journée, et ayant pour thème les événements les plus insignifiants. C’était le plus souvent l’impérieuse nécessité s’imposant â elle de répéter un nombre donné de fois un acte quelconque, par exemple une gamme au piano, et cela dans un but superstitieux.

Souvent l’idée obsédante s’ornait d’une pseudo-justification de forme superstitieuse : « Si je ne répète pas dix fois cette gamme, pensait par exemple la malade, certainement il m’arrivera un grand malheur ! » Elle cédait d’ailleurs toujours à l’obsession, presque sans lutte.

Vers 19 ans, la malade eut des sérieuses préoccupations d’argent ; sans négliger ses occupations antérieures (études musicales et leçons) elle fut obligée de s’occuper des affaires commerciales de son père, fort compliquées, et mal gérées, depuis plusieurs années.

Elle paraît avoir déployé alors beaucoup d’intelligence pratique et de ténacité, et d’autre part, ce surcroît d’activité eut au début un excellent effet sur son état mental : pendant plusieurs années, les idées obsédantes disparurent complètement.

Mais, vers 1889, J. G... veilla, se surmena, et c’est alors que commencèrent à se développer les accidents dont elle se plaint actuellement. Elle avait alors 24 ans.

J. C... avait un chien depuis onze ou douze ans. Elle n’en avait jusqu’alors jamais eu peur à proprement parler, quoiqu’elle ne fût pas sans éprouver à son égard un peu de la répugnance vague que lui causaient tous les chiens quels qu’ils fussent. Vers 1889, ce chien fut atteint d’une dermatose qui le tourmentait fort et le faisait pleurer toute la nuit. Il commença alors â dégoûter J. C..., à cause de sa maladie même, et, plus que jamais, elle s’écarta de lui. Mais surtout, elle commença à penser que par suite de l’énervement que lui causaient ses démangeaisons, puisqu’il gémissait la nuit, il était susceptible de devenir enragé, — qu’il l’était peut-être même déjà sans qu’on s’en aperçût. D’instinctive qu’elle était, sa répugnance devint alors réfléchie, et nettement causée par la crainte de la contagion.

Cette crainte s’étendit bientôt à tous les chiens, la malade faisant de grands détours pour éviter ceux qu’elle aperçevait dans la rue. Cependant elle ne

NEURASTHÉNIE ET OBSESSIONS

redoutait pas la contagion à distance par l’air, mais seulement la contagion par contact, direct ou indirect, et plus spécialement par contact de la bave ou des poils. Si, malgré ses précautions, il lui arrivait d’être frôlée par un chien dans la rue, elle s’empressait de rentrer pour brosser ses vêtements avec soin, et se laver les mains, car elles avaient pu toucher les vêtements. Elle en arriva bientôt à prendre les même précautions lorsqu’elle s’était ti-ouvée en rapport avec des personnes qui avaient un chien, ou quand elle était allée dans une maison où il y avait un chien, n’eût-elle même pas vu l’animal.

L’obsession devint si forte qu’elle renonça à aller dans telle et telle maison, et abandonna par conséquent un certain nombre des leçons qu’elle donnait.

Comme on pouvait s’y attendre, J. C... eut bientôt très peur des puces, ces insectes ayant pu habiter sur des chiens avant de venir sur elle ; quand il lui arrivait d’en être piquée, il fallait qu’elle se lavât de la tête aux pieds.

Le besoin d’accomplir ces actes (lavages, etc...) était, dit J. C..., irrésistible, ou, du moins, tant qu’il n’était pas satisfait, elle était incapable de faire quoi que ce soit ; son attention ne pouvait plus se fixer, elle se sentait le cerveau vide, éprouvait comme une impression de grande fatigue intellectuelle. Elle était soulagée dès que l’acte était accompli, et se trouvait même dans un état de bien-être particulier.

Cet état durait depuis sept ans environ, lorsque la malade se décida à en avertir son entourage. Elle consulta un médecin ; il lui prescrivit un traitement insignifiant qui fut sans influence sur la marche de l’affection.

Diverses petites «manies», diverses petites obsessions auxquelles elle avait toujours été sujette se rattachèrent secondairement à l’idée principale. Par exemple : J. C... était superstitieuse. Le seul malheur qu’elle vint à redouter à la suite du manquement à certaines pratiques, fut la morsure d’un chien enragé. Etant au piano, elle se sentait poussée souvent soit à frapper plusieurs fois de suite une certaine note, soit à refaire un certain nombre de fois une gamme ou un exercice. Ces impulsions s’accompagnèrent de l’idée que si elles n’étaient pas satisfaites, J. C... serait mordue, etc...

Les choses en étaient là l’an dernier (1897) lorsqu’un jour, un chien appartenant à la concierge de l’école où J. C.,., donnait des leçons fit par hasard ses excréments dans te couloir conduisant à la classe. Ce fait insignifiant devint le point de départ de tout un nouveau système obsédant greffé sur le premier.

Toutes les élèves, dit J. C..., durent marcher dans les excréments du chien avant d’entrer en classe, et purent ainsi transporter des germes contagieux.

Partant de là, elle commença par ne plus toucher qu’avec répugnance les objets que les élèves avaient laissé tomber à terre, puis cette répugnance s’étendit à tous les livres de ses élèves (car évidemment ils avaient pu tomber sans qu’ellele vit), puis graduellement à tous les objets qui avaient été touchés par les élèves, et notamment aux boutons de porte.

Quelques jours après, lui vint l’idée que les excréments du chien, desséchés et réduits en poussière, devaient flotter dans l’air de la classe, et depuis, tous les jours elle se lava la tête et les cheveux en rentrant chez elle.

Depuis, elle a dû renoncer à se rendre à l’école, mais l’obsession n’en a pas moins continué à s’étendre. J. G... refuse de fréquenter toutes les personnes qui ont pu l’csplrer Pair de l’école ou transpprter sur eux les pemssières de la salle, les iostitutrioeg, le médecin de l’école?, qu’elle a nbstinémenVTefusé

IMPUISSANCES PSYCHIQUES

d’aller consulter. Puis la répugnance s’est étendue aux lieux fréquentés par de telles personnes : elle refuse de monter dans les tramways du quartier, parce que les institutrices, ayant pu avoir l’occasion d’y monter (ne fût-ce qu’une fois), ont pu les « salir », etc. Enfin, chez elle, craignant que ses propres vêtements n’aient « sali « le siège des cabinets, elle va à la selle le plus rarement possible.

En dehors de tout le système qui s’est ainsi développé, les obsessions qui tourmentaient antérieurement J. G... n’ont pas complètement disparu, mais elles sont passées au second plan, et la malade n’y attache plus guère d’importance.

Sensibilités générale et spéciales, normales.

Réflexes normaux.

Pas de points hystérogènes.

Appareil digestif : Pas autre chose à signaler que la constipation volontaire dont nous avons parlé.

Bien réglée, elle aurait, dit-elle, au moment des règles de petits abcès superficiels sur les membres supérieurs, laissant après leur disparition des taches rouges plus ou moins persistantes (elle nous en montre un à l’avant-bras droit). D’après sa description, il s’agit peut-être de pustules d’acné ou de petits furoncles qui avortent. Ces accidents la préoccupent et l’obsèdent, sans qu’elle y attache d’ailleurs aucune idée spéciale.

Aucun stigmate hystérique. Aucun stigmate physique de dégénérescence. Pas de tics convulsifs ni de mouvements cloniformes. Caractère normal, nous dit-on; beaucoup de patience.

iVars 1899. — Elle vient me consulter à Bicêtre tous les deux ou trois jours environ.

Son état semble petit à petit s’améliorer depuis qu’elle a changé de quartier et qu’elle n’habite plus avec ses parents. La crainte des chiens diminue progressivement. Ses rêves (qu’un chien la poursuivait voulant la mordi’e) n’existent plus. Au contraire elle rêve (20 mars) qu’elle a du plaisir à toucher ses chaussures et ses jupons, ce qu elle n’aurait pas fait autrefois. De [dus, ce mois-ci, au moment des règles, il n’y a plus l’exagération des syinplomesquise manifestait chaque mois. De même, pour la première fois, elle n’a plus d’autres symptômes qui accompagnaient les règles, et cela depuis 1889, et qui consistaient en : Furoncles à la face antérieure des cuisses (mais dont on ne retrouve pas trace), abcès à la vulve, gros comme une noix, et laissant échapper brusquement et sans douleur du pus pur ou du sang pas pur qui lui en imposait pour le début des menstrues.

Diminution des superstitions qui autrefois étaient très marquées : La crainte d’être treize ii table. La crainte du sel renversé. La crainte des coùtcaux en croix. Pas de superstitions personnelles autres.

30 mars 1899.— Depuis quelques jours, substitution par la malade de son idée obsédante du chien par celle du quartier où était l’école, si bien, dit-elle, qu’elle préférerait même toucher un chien que de voir une personne de ce quartier. Elle sent qu’au bout de peu de temps elle prendrait presque sûrement

NEURASTHÉNIE ET OBSESSIONS. 5aD

eu antipathie cette personne, au point de se laver les mains après lui avoir serré la main.

Elle remarque depuis quelque temps qu’elle ne peut plus discuter avec quelqu’un sans grande émotion.

19 avril. — Le quartier de ... est devenu maintenant l’idée obsédante, à l’exclusion de l’idée de chien, si bien qu’habitant avec une dame de ce quartier elle a décidé de changer de maison pour ne plus prendre contact avec elle. A table, l’assiette que cette personne lui passe, comme à sa voisine, est par la malade essuyée discrètement. J. G... fait surtout attention à ce que sa nourriture ne prenne aucun contact avec les parties touchées par la personne obsédante. Etat général plus mauvais. Tendance à revenir à son état ancien. Quand elle est plus énervée, elle fait plus d’extravagances. « Je ne peux pas vivre comme ça, dit la malade, je ne veux plus retomber dans mes idées. Si l'idée de ce quartier me suit, ou si quelqu’un me la rappelle, mes idées recommencent. Je voudrais trois mois n’entendre plus jamais parler du quartier de...; lainaladie me semblerait partie, c’est surtout l’habitude qui me reste.»

29 avril. — Elle est un peu énervée après quelques fatigues : 3 grammes de NaBr. — Nouvelle exagération des idées depuis huit jours; elle craint que ses idées ne la quittent pas, même en déménageant.

7 mai. — Etat très empiré : la malade, qui a déménagé, continue quand même à se laver toute la journée, avant déjeuner, après déjeuner, avant et après dîner. 11 lui semble que ses idées soient bien plus fortes maintenant que la dame du quartier de... n’est jdas en sa présence. Quand elle voit du jaune dans un broc, elle s’imagine qu’un chien s’est frotté ou a pissé dans le broc, de telle sorte qu’elle veut absolument changer de chambre. Extension de son idée depuis quelques jours, au point de ne plus aller chez des amies de peur de les salir.

La malade est très surexcitée d’une fâcherie entre sa mère et sa sœur, non pas parce que fâcherie simple, 'mais parce que cette fâcherie gêne le nettoyage des affaires de la malade. Pendant l’entretien avec le médecin, et où assistent la mère et sœur, on constate une tendance continuelle des trois femmes à élever la voix et â se disputer. Grandes hésitations, anxiétés dans ce qu’elle doit faire, par exemple à propos d’un certificat dont il a fallu discuter les termes pendant au moins vingt minutes.

Userait trop long de continuer tous les détails, .le résume la suite de l'observation. Je conseille à la malade de déménager dans un quartier de la périphérie opposé à l’autre quartier. Elle le fait, et quelques jours après elle revient me voir plus malade que jamais. Elle a une crainte affreuse des personnes qui sortent du chemin de fer de ceinture à la station de Montrouge, car ce chemin de fer a passé à.... La crainte du chien est reparue sous celle du quartier de..., et cette dernière n’est qu’un intermédiaire. L’extension des idées obsédantes est extrême, puisqu’elle craint les personnes qui sortent du train, carie train a pu être contaminé par d’autres qui sont montées à..., après avoir été souillées par le contact d’autres personnes qui auraient pu emporter avec elles de la poussière des excréments du fameux chien, demeuré à Técole.

El alors la malheureuse obsédée passe ses journées et ses nuits à se déshabiller, à laver ses vêtements, ses mains, ses cheveux, mèche par mèche. Elle est exténuée. Je finis par décider la malade à (juilter Paris et aller à la campagne.

IMPUISSANCES PSYCHIQUES

ce qui amène la cessation de la crise obsédante. Quand elle revient au bout de trois mois, elle est mieux, engraissée, reposée, contente. Elle reprend du sei’vice dans une autre école. — A partir de ce moment l’obsession reparaît très atténuée, permettant la vie normale. La malade revient de temps en temps, restant parfois un an sans me consulter. Elle est très améliorée, mais pas guérie. L’obsession est chronique avec quelques paroxysmes. A ces moments de paroxysmes, elle demande des changements d’école et réclame des certilicats, avec des incertitudes et des minuties extrêmes de rédaction qui sont bien d’une aboulique et d’une douteuse. — Enfln, depuis plus de deux ans maintenant (!“'■ décembre i911) je ne l’ai plus revue. — Je dois noter comme complément de renseignements sur sa famille, qu’un jour sa sœur est venue, à part, me demander des nouvelles de la malade. De peur d’être vue par celle-ci, qui ne devait pas venir à Bicètre ce jour-là, elle s’était enveloppé complètement la tête d’un chàle épais qui empêchait de voir quoi que ce fût de sa figure. Ce n’est qu’arrivée dans mon cabinet qu’elle se décida à enlever cette enveloppe supplémentaire qui lui donnait un aspect étrange. Cette sœur était évidemment à peu près aussi malade dans son genre que l’obsédée.

Voici maintenant une autre malade, qui nous montre des obsessions plus abstraites, comme l’indique le sommaire :

Obsession abstraite d’incapacité. — Obsession — crainte d’une phrase à prononcer. — Obsessions pseudo-hallucinatoires visuelles. — Obsessions d’actes à accomplir (1). — Augustine Mis..., 35ans. Anciennement institutrice primaire ; actuellement, fait « le réassortissement dans la couture. » Se présente à la consultation externe de la Salpêtrière le samedi 2 avril 1910, pour des « maux de tête «.

« Le commencement m’était venu il y a dix ans ; c’était en 1900, mais, depuis quelques années, j’avais eu une anémie cérébrale, et je ne pouvais plus m’occuper d’aucun travail sérieux de tête, explique Mis... ».

D. — Plusieurs années déjà avant 1900, vous ne vous sentiez pas tout à fait bien?

R. — Oui, depuis à peu près 1893 ; et même, depuis cette époque, j’avais eu des idées bizarres.

D. — Enfin, comment avait eu lieu le premier début de tout ?

R. — Eh bien, cela m’avait pris . . je faisais ma classe, et en faisant ma

classe, je sentais l’impossibilité intellectuelle défaire ma classe, tout comme quelqu’un qui a mal dans les jambes, qui voudrait marcher et qui ne peut pas. C’était bizarre ; d’autres fois, par moments, il y avait des pensées qui me venaient et qui me disaient ; 11 ne faut pas faire telle chose (par exemple faire cette dictée) parce que, ça, c’est une action, il ne faut pas la « faire ! »

D. — Est-ce que cette idée vous venait à propos de n’importe quoi ?

R. — Oui, et alors, à d’autres moments, il me semblait que j’avais devant moi tout le travail des années que j’avais à vivre ; alors, j’éprouvais une fatigue de tête intolérable.

(1) Observation rédigée par leD' Eugène Beiinabd LEnor.

NEURASTHÉNIE ET OBSESSIONS

D. — Mais, qu’est-ce que c’étaientque ces idées qui vous défendaient défaire certaines choses? Pourquoi ces choses étaient-elles défendues?

. R. — Je les faisais quand même ; ma volonté était la plus forte ; j’ai lutté des mois, et je me suis arrêtée quand j’ai vu que, matériellement, je ne pouvais plus.

D. — Mais est-ce que c’étaient certains actes en particulier qui vous étaient défendus ?

R. — Non : tout ce qui regardait le travail de classe ; pour les travaux manuels, je n’éprouvais rien.

D- — C’était tantôt une chose tantôt une autre ?

R. — Oui : c’étaient des idées . , il me venait toutes sortes de pensées

pour m’empêcher de faire un travailintellectuel, parce que j’avais cette grande fatigue ; tout cela en 1893, 1894.

D. — Où étiez-vous à cette époque ?

R. — J’étais en Normandie, dans l’enseignement, à A... ; il y avait deux ans que j étais dans l’enseignement, c’était la troisième année que j’étais dans l’enseignement.

D. — Vous étiez dans une école communale ?

R. — Dans une école libre. — J’ai cessé au mois de mai 1894, à la fin de

Après je suis restée chez ma tante où je donnais quelques leçons de temps en temps à. des enfants de la ville, mais je ne faisais pas de travail suivi.

D. — Et alors, alliez-vous mieux ?

R. Je ne sentais rien, sauf que je ne pouvais faire aucun travail de tête suivi ; quand j avais enseigné une heure, j’en avais suffisamment.

D. A ce moment, vous n’aviez pas d’idées particulières qui vous préoccupaient ?

R. — Oh non, pas du tout.

D. — Le sommeil était-il bon ?

R. — Oh! j’ai toujours très bien dormi.

D. — Et l’appétit ?

R. — Très bon.

En 1900, j’ai eu le ver solitaire ; on m’a fait suivre un traitement qui me l’a fait rendre; et vers la fin de février 1900, à l’époque de mes règles, je sentais qu’une idée fixe prenait peu à peu possession de mon cerveau; et vers le mois de mars, j’ai souffert épouvantablement dans le derrière de la tête.

D. — Quelle idée fixe s’est donc emparée de vous ?

R. — J’avais à cette époque une affection très pure, très loyale envers quelqu’un, — et quelque chose me poussait à dire que j’étais sa maîtresse.

D. — Etiez-vous fiancée avec cette personne ?

•R. — Non, pas du tout.

D. — Savait-il que vous aviez de l’affection pour lui ?

R’ — Oh oui, mais il ne savait pas que j’avais cette idée.

(Pas de contrariété ni de chagrin de ne pas l’épouser : elle ne pouvait l’épouser pour des raisons de famille et de situation.)

D. — Est-ce que vous le voyiez souvent ?

R. — Oh non; très rarement.

D. — Est-ce que quelqu’une pu supposer que vous étiez sa maîtresse?

562 IMPUISSANCES PSYCHIQUES

R, Non, rien du tout, rien : je ne sais pas comment cette idée m’était venue.

D. Vous aviez cette crainte de le dire, mais vous ne l’avez jamais dit ?

R. — Jamais; — je n’ai jamais perdu la notion des choses, malgré que j’aie eu des moments de fièvre et que je me sentais dans un état de surexcitation épouvantable; et ce qui me fait supposer que c’était une idée de malade, c’est qu’au milieu d’une conversation qui me donnait une fatigue de tête, je me sentais poussée à dire cette idée .

D. Est-ce que cette idée vous venait par crises ?

R. — Non : cette idée-là était permanente, elle ne me quittait pas du tout.

D. — En dehors de cette idée, est-ce que vous aviez tendance à parler de lui, comme malgré vous ?

R. — Non pas du tout.

1). Quand vous étiez seule, est-ce que l’idée vous venait?

R. — Jamais, jamais je ne l’ai dite, — et, alors, pour me rendre compte que je ne la disais pas, je la prononçais (toute seule, alors), pour me dire : Est-ce que vraiment je l’ai dite ? Et comme j’ai beaucoup de mémoii-e, je me disais que j’étais bien certaine de ne pas l’avoir dite.

D. — Était-ce à haute voix que vous disiez cela?

R. — Oh, à haute voix, mais discrètement ! En prononçant les paroles, en constatant en moi l’horreur que j’éprouvais à les prononcer, j’étais sûre de ne pas les avoir dites.

D. — Sans cela vous aviez donc des doutes?

R. — Oui, j’avais des doutes .

Et, cela est si vrai que, même en les prononçant comme cela, je ne terminais pas ma phrase, tellement je sentais l’horreur en moi de dire une chose pareille.

D. — Quand vous aviez envie de le dire malgré vous, sentiez-vous comme quelque chose qui le prononçait en vous?

R. Oui, dans ma tête: je sentais les paroles qui se prononçaient dans ma tête. Je me demandais après... j’étais dominée par la crainte d’avoir dit une chose pareille; et puis, je me disais que si jamais j’avais dit une chose pareille, je me serais écriée après: « Non! Ce n’est pas vrai! » Et, comme je ne me suis jamais écriée cela, je me sentais plus sûre de ne pas avoir dit ce que je ne voulais pas. Et c’était bizarre ; je vivais avec ma mère et mes frères, qt avec eux, je n’étais jamais poussée à dire cette chose en parlant; il n’y avait qu’avec les personnes étrangères.

D. — Comment cela s’est-il terminé ?

R. — Cela a duré quelques années.

R. Et vous n’avez jamais confié cela à personne?

R. — J’écrivais à des médecins dont je voyais les adresses dans les journaux, — et je ne voulais pas dire que c’était moi; je disais que c’était ma fille, en décrivant absolument mon état, et un jour, on m’a répondu qu’il Mlait « calmer en moi l’élément nerveux », et là-dessus on m’avait indiqué un petit traitement très simple. Je l’ai suivi, ce traitement : ça m’a fait du bien et je me suis figurée que mon idée ne devait plus être connue par tout le monde, mais par quelques personnes. En suivant ce traitement pendant deux mois, j’étais beaucoup mieux de la tête; seulement cette idée, au lieu

NEURASTHÉNIE ET OBSESSIONS

4e me figui-er que tout le monde devait la connaître, je me figurais qu’elle ■devait être seulement connue de quelques personnes.

D. - Que voulez-vous dire? Quelle idée devait' être connue de tout le monde, ou de quelques personnes?

R. — Je me figurais qu’il fallait que je le dise.

D. — Vous vous figuriez qu’il vous fallait avouer que vous aviez cette idée ?

R. — Qu’il fallait que je le dise, que j’étais la maîtresse de . ce jeune àomme . •’

D. - Et alors, en présence de qui cette impulsion persistait-elle encore?

R. , De deux ou trois personnes de mon entourage. — Mais personne ne s en est jamais aperçu.

La malade raconte alors qu’elle a été débarrassée de son obsession pendant ■environ un an, après avoir été au bord de la mer, plusieurs fois.

D. — Et le jeune homme, qu’était-il devenu dans tout cela?

R. — Je l’avais vu dans le courant de décembre de la même année, mais à ce moment-là, cette pensée-là ne me venait même plus: je ne ressentais

Pendant ces six mois au bord de la mer (3 mois 1/2 à 6 mois) (3* séjour) tout m agaçait, tout m’ennuyait, et l’idée était revenue. Vers le mois d’octobre, j’ai quitté la mer, j’ai eu l’idée de venir à Paris; dès que j’ai été à Pans, ça s est passe; les occupations, les distractions forcées de la rue, avec tout cela, ça s’est passé; je me demandais même comment j’avais été comme ça; et puis alors, n’est-ce pas, le mal est revenu quelquefois, mais pas à comparer comme force, - toujours sous l’infiuence d’une fatigue intellectuelle ■que je me donne. L’année dernière, c’était revenu du mois de juin au mois d octobre, toujours de la même façon; le mal me revient toujours aussi ■chaque fois que je reviens dans le pays; actuellement, je sens que si j’y il’etournais, ça recorrimencerait.

Maintenant, j’éprouve des douleurs dans la tête, des bourdonnements dans 1 oreille gauche.

D. — Et avez-vous encore des idées pai'ticulières ?

R. - J’ai des idées évidemment bizarres: j’ai des images dont je ne puis pas me debarrasser, j’ai des tableaux d’impureté qui m’obsèdent, je vois des choses mauvaises, par exemple les organes d’un homme.

D. — Comment voyez-vous cela? Nettement, avec détails?

R. — Je ne peux pas dire que je vois beaucoup de détails .

D. — Vous voyez les organes, mais vous ne voyez pas l’homme ?

R. — Non, pas du tout.

D. — Ce sont toujours des organes d’homme, jamais de femme ’i’

R. — Non, du tout.

D- — Quand est-ce que vous voyez cela?

R- — Souvent, dans la journée, — et puis alors, d’autres idées bizarres me viennent.

— Quelles idées bizarres ?

làf',,~ à l’esprit: « Tiens! il faut tâcher de débaucher cet homme-

D' — Est-ce

que cela vous vient à l’esprit quand vous êtes toute seule?

IMPUISSANCES PSYCHIQUES

R. — Oh non! Pas quand je suis toute seule.

D. — Et que faites-vous alors?

R. — Immédiatement je tâche de penser à autre chose: jamais volontairement je ne m’y suis arrêtée; même, jamais je ne regarde ou ne lis rien de mal.

Continuellement, je n’ai affaire qu’à des hommes, et constamment, quand je leur parle dentelle ou galons, ou autre chose, ces idées-là me viennent.

D. — Vous avez de la religion, vous êtes pieuse, sans doute?

R. — Oh oui 1 oui!

D. — Ces idées obscènes ne se présentent-elles pas à vous pendant que vous faites vos prières ?

R. — Oui, quelquefois, mais alors, moins... pourtant, si : par moments, je suis obligée de lutter pour les chasser; mais ce n’est pas continu, c’est de temps en temps.

Comme complément de l’observation je citerai des passages d’une lettre de la malade :

« Docteur,

« Comme complément aux renseignements que vous avez eu la bonté de prendre sur mon cas, j’ajouterai que mon père était scrofuleux et en portait les signes extérieurs par des écrouelles; il est mort vers quarante ans de ce mal; ma mère, elle, était d’une parfaite santé; elle est morte à cinquante-six ans d’un kyste dans le ventre. J’ai hérité de mon père du vice scrofuleux que j’ai dans le sang, sans aucune écrouelle; pendant toute mon enfance et ma jeunesse, j’avais toujours des maux d’yeux, de nez, d’oreilles, des boutons à la figure; les humeurs se portaient toujours à la tête, je me souviens qu’enfant, j’avais quelquefois des idées bizarres ; j’avais une très grande facilité pour l’étude, je l’aimais et je la préférais à toutes les distractions ; vers l’âge de 15 ans, un an environ après ma formation, j’ai cessé d’être réglée pendant quelque mois; alors je souffris beaucoup de l’œil gauche, ensuite de l’œil droit ; je fus quelque temps sans y voir jusqu’au jour où au moyen de remèdes, le médecin fit revenir mes règles. Vers l’âge de 20 ans, pendant que j’enseignais, ayant beaucoup de boutons à la figure, je consultai un docteur qui me prescrivit de me laver avec de l’éther sans d’autre remède interne; au bout de quelque temps je fus prise de l’anémie cérébrale dont je vous ai parlé; ayant été obligée de quitter l’enseignement, pour tâcher de me guérir on me fit suivre une médication de Kneip, consistant en marches dans l’eau, bains de vapeur à la tête, et chemise mouillée ; le traitement ne me lit aucun bien, voyant cela on me conseilla de mettre un vésicatoire au bras gauche qui produisit beaucoup d’effet; il rendit une quantité d’humeurs ressemblant à un liquide blanc; pendant environ 15 jours il en rendit tellement que j’étais obligée de renouveler le bandage trois fois par jour, et pendant que ces humeurs s’écoulaient, je, sentais venir dans mon cerveau des idées bizarres, et ma conviction est que ce sont elles, qui étant toujours portées à la tête, l’ont atteint, déprimé et occasionné cette anémie cérébrale qui me rendait incapable d’aucun travail intellectuel suivi. Vers cette époque, c’est-à-dire en 1894, j’edais devenue scrupuleuse, impressionnable; vers l’année 1899, quand je touchais un objet quelconque, j’avais la tentation de le briser, de le déchirer; ainsi avant de mettre une lettre à la poste, j’avais la tentation de la déchirer, e

NEURASTHÉNIE ET OBSESSIONS

cfici m’est resté, je l’éprouve toujoui’s, je me souviens aussi que lorsque j’éprouvais une colère, je donnais des coups de poing dans les meubles.

« Comme je vous l’ai dit, docteur, ce fut en i900 que je fus prise de la maladie cérébrale dont je vous ai parlé... Depuis la fin de 1903 que je suis à Paris, j’ai été beaucoup mieux, mais le mal est revenu environ trois ou quatre fois, causé par un surmenage ou bien lorsque je i-etournais dansl’endroit oùil m’avait prise la première fois. C’est au mois de juin de l’année dernière qu’a eu lieu la dernière reprise; elle a duré environ jusqu’au mois d’octobre. Depuis octobre 1909, je ne l’éprouve plus, mais depuis quelque temps, j'ai des douleurs dans la tête, par moments dans l’oreille gauche ; aussi par moments mon idée fixe me revient dans le cerveau, mais sans me sentir poussée à la dire; j’y éprouve encore de l’excitation; très souvent dans la journée ces tableaux d’imagination dont je vous ai parlé. Souvent aussi le matin, j’ai sous les yeux une espèce de transpiration; depuis aussi quelques mois, du côté de la vue, quand je suis dehors, je vois comme une sorte de nœud composé de points et, depuis quelques semaines, un petit point hrun qui a l’air de fuir constamment devant moi. Voilà, docteur, tout ce j’éprouve; ayant souffert si longtemps moralement, je voudrais bien guérir, et je compte sur votre honté pour m’aider à y arriver. «

Chez le malade suivant Bea..., la crise obsédante est franchement aiguë et tranchée ; on remanjuera les phénomènes somatiques qui l’accompagnent. On verra aussi que l’automatisme inconscient du malade a toujours été mauvais (calcul difficile, etc.), qu’il y a différents phénomènes névropathiques et une grande émotivité. L’hérédité est mauvaise.

Obsession avec crainte. — Réaction physique. — Obsession occasionnelle avec retentissement génital. — A. Bea..., âgé de 30 ans, plombier, vu. à. la consultation de Bicêtre le 18 janvier 1901.

Renseignements fournis par M®' Bea... le 18 janvier 1901.

Antécédents héréditaires. — Mère hystérique (crises hystériques). Sœur hystérique (sensation de boule). Père atteint de gravelle.

Antécédents personnels. — Il n’aurait jamais eu de maladies dans l’enfance.

A dix-sept ans, première crise de colique néphrétique. Se mai-ie à 24 ans.

A été instruit en pension jusqu’à l’âge de 17 ans. A appris le métier de plombier chez ses parents qui l’exerçaient avant lui. .

Il a fait trois ans de service militaire ; il y aurait contracté des hémorroïdes (?). A 28 ans, deuxième attaque de gravelle. Le 22 décembre 1900, il se fait opérer pour ses hémorroïdes à l’hôpital Necker. Le jour qui a précédé l’opération, il fut contrarié parce que celle-ci avait été remise de vingt-quatre heures. En même temps il avait une certaine appréhension de l’opération et surtout de la chloroformisation. Cette appréhension augmenta quand on remit l’opération de vingt-quatre heures. Les suites de l’opération furent normales ; il se fit panser à l’hôpital, puis chez lui. Mais depuis cette opération il est obsédé par le souvenir de la salle dans laquelle il fut opéré. Il se rappelle continuellement les linges et les compresses pleines de sang, ou les instruT ments de chirurgie qu’il a vus sur les tables.

IMPUISSANCES PSYCHIQUES

En même temps il pense à la salle des malades, à son voisin de lit atteint de cancer d’estomac; il se demande souvent s’il ne pourrait contracter cettemaladie par contagion. ■

11 n’a pas dormi pendant les huit jours qui ont suivi l’opération.

Le 10 janvier 1901 sa femme remarque une tristesse particulièrement accentuée, il manque d’appétit et il avoue à sa femme qu’il est obsédé continuellement par le souvenir de ce qu’il a vu ii l’hôpital. Depuis ce jour-là sesobsessions deviennent plus intenses; il ne peut se remettre au travail.

En même temps apparaissent des craintes obsédantes se rattachant plus ou moins au souvenir de son opération ; il ne veut pas voir de couteau chez lui, il a peur de s’cn servir contre lui et contre sa femme ; il se demande « si ce couteau ne serait pas couvert de sang, si l’on s’en servait pour tuer quelqu’un. » Les rasoirs qu’il voit chez un coiffeur lui donnent les mêmes idées. 11 pensa aussi qu’il pourrait tuer sa femme et le lui dit.

Ces obsessions ne sont pas continuelles; elles surviennent sous forme de crises; elles s’accompagnent de phénomènes somatiques, subjectifs et objectif, variés : plaque douloureuse sur le sommet du crâne et entre les yeux. Plaque douloureuse sur le côté droit du front : cette plaque est en même temps le siège d’une vaso-dilatation très marquée. En même temps il a de l’angoisse précordiale, des douleurs vagues dans les membres. La pupilla serait un peu dilatée.

L’application de compresses humides sur Je crâne calme ces douleurs et diminue en même temps l’angoisse avec l’obsession.

Le sommeil est mauvais depuis le lendemain de l’opération. Bea... est continuellement agité, cependant les idées obsédantes ne surviennent que pendant le jour.

Le 17 janvier 1901, il est obsédé pendant plusieurs heures par la crainte des voleurs qui pourraient entrer chez lui. Les mêmes phénomènes somatiques se produisent alors comme pour les autres obsessions.

Traitement ; repos prolongé au lit. Sulfonal. Psychothérapie quotidienne.

5 février. — Le malade vient consulter tous les deux ou trois jours pendant le mois de janvier. Son état s’améliore lentement ; il a encore quelques troubles somatiques, se plaint de temps en temps de son estomac ou de sa tête.

U a aussi constaté ceci: quand il lit un livre, il s’arrête à la lin d’une phrase,, et la relit un nombre considérable de fois sans la comprendre ; les mots lui apparaissent comme des emblèmes sans valeur, indépendants du sens qu’on leur attache d’ordinaire. Ce phénomène est toujours de courte durée.

Le malade n’a jamais pu apprendre à danser. L’automatisme psychologique est insuffisant : le malade fait difficilement une opération arithmétique ; sa mémoire est souvent insuffisante aussi dans des opérations intellectuelles,, normalement automatiques. De plus, en ce moment, quand il essaye de se souvenir d’un groupe de faits, ou d’une série de faits, il éprouve une grande peine à en rapprocher les éléments, et l’effort qu’il fait réveille l’obsession.

Quand il prend part à une conversation il la suit mal. Il ne garde pas un contact suffisant avec l’idée qui a servi de point de départ et sa femme a remarqué qu’il dit quelquefois une phrase n’ayant qu’un rapport lointain avec le sujet ; il ne peut retenir cette phrase et est comme obligé de l’émettre.

NEURASTHÉNIE ET OBSESSIONS

IA février. — Bea... raconte que dans les premiers temps de son mariage, sa famille ayant essayé de le brouiller avec sa femme et de lui persuader que celle-ci était laide, il se laissa suggestionner sur ce dernier point, se laissa convaincre que sa femme était laide. Sur cette suggestion vint se greffer l’aberration sexuelle suivante :

Au moment d’accomplir le coït, la conviction que sa femme était laide, l’empêchait d’entrer en érection. 11 y arrivait cependant quelquefois en pensant à d’autres femmes qu’il avait eues comme maîtresses, et en les substituant par la pensée à sa femme.

Cette suggestion, qui avait disparu depuis longtemps, est reparue à plusieurs reprises il y a quelques jours.

21 février. — Le malade est retombé dans une crise d’obsessions. Les obsessions vai'iées du début reparaissent (couteau rouge de sang, souvenir de son opération, visions d’objets de pansements). Il se plaint de sensations dans la bouche, froid au palais, de sialorrhée. Constipation.

Mars. — Disparition graduelle de l’obsession.

n juillet 1901. — Le malade, guéri complètement de son obsession, revient consulter pour le phénomène suivant : quand il n’a pas eu de rapports avec sa femme depuis une dizaine de jours, il a une pesanteur très désagréable dans les bourses et alors après le coït les testicules deviennent si douloureux pendant une heure environ qu’il ne pourrait même les toucher.

Septembre 1908. — J’avais perdu de vue ce malade lorsqu’un beau jour, étant loin de Paris, je reçus une lettre éplorée de sa femme, me disant que son mari, victime d’un accident nécessitant une légère opération, réclamait à toute force ma présence, obsédé qu’il était par la crainte de mourir. N’ayant pu naturellement accéder à ce désir, j’appris quelques jours après que l’opération s’était parfaitement passée et qu’il n’y avait pas eu de nouvelles craintes obsédantes.

Les fragments d’observations suivantes concernent des obsessions qui offrent quelques particularités intéressantes.

Obsession avec crainte par association (analogue à la peur des espaces), peur de descendre un escalier.

Mme Bur...,vue une seule fois à la consultation de la Salpêtrière, le 26 mars-

La malade travaille dans une administration où elle fait des écritures. Pour quitter le bureau, il lui faut descendre un escalier qui est large, avec une rainpe d’aspect peu solide, au milieu de ses camarades qui se pressent et se bousculent. Elle a une peine considérable à accomplir cet acte ; elle sent ses. jambes fléchir, et doit faire pour arinver au bout un tel effort, qu’il lui en reste un mal de tête violent. Pendantdoute la journée, elle est angoissée à. l’idée qu’il lui faudra descendre son escalier. Elle se rend compte du caractère pathologique de cette crainte.

Obsessions avec craintes. — Crainte du temps. — Accès d’angoisse pure, avec fausse angine. — Mme Ad..., âgée de 41 ans, confectionneuse, vue à la consultation delà Salpêtrière, le 6 février 1911.

IMPUISSANCES PSYCHIQUES

«II y a sept mois, dit la malade, j’ai eu une fausse angine de poitrine. Depuis j’ai des idées noires. Ça a commencé par des pertes; j’ai été sept mois dans les pertes. J’ai idée de faire du mal à mes enfants. J’ai eu plusieurs crises d’angine. Ça a débuté dans les mains, puis remonté au cœur par le bras. La durée a été d’une journée. J’en ai encore eu une la semaine dernière.

«J’avais peur de donner des coups âmes enfants, si je voyais des morceaux de bois. J’aurais voulu me faire du mal, et j’avais peur de mourir. Ça me cause des crises qui durent une journée entière.»

D. — C’est la première fois que vous avez des idées pareilles?

R. — Non, jamais je n’en avais eu auparavant.

D. — Vous étiez scrupuleuse?

R. — Oui, assez.

«J’ai peur du temps. D’un instant à l’autre, je ne sais si f arriverai à gravir les heures. Je ne sens plus mon cœur dans ma poitrine, il me semble que je n’ai plus de souffle, que je vais.mourir. J’ai peur de devenir folle. C’est depuis dixhuit mois que je suis ainsi.»

Obsession. — Crainte de ne paspouvoir accomplir un acte. — M^'jPer..., âgée de 39 ans, institutrice, vue une fois à la consultation de la Salpêtrière le 21 mai 1910.

La malade n’arrive pas à bien préciser ce qui lui arrive. Ça a commencé brusquement un matin ; au moment de s’habiller, elle a eu peur de ne pouvoir le faire; pourtant elle y arrive, mais toute la journée elle pense à cela poulie lendemain. Le premier accès avait commencé à l’âge de 17 ans et avait duré six ou sept mois. Le second date du mois de novembre. La malade avait des maux de tête; elle sentait des craquements dans la nuque; elle avait de légers bourdonnements d’oreille, elle maigrissait, tout en mangeant bien. Pas d’autres retentissement physique. Pas de sueurs. L’angoisse n’était pas très forte. La malade a continué à être bien réglée.

Obsession avec crainte se répétant régulièrement chaque matin. — Nie... âgée d’une soixantaine d’années.

20 févrierlON. — Elle est obsédée depuis fort longtemps de différentes façons Elle revient consulter pour une nouvelle obsession.

« J’ai maintenant depuis une quinzaine de jours l’idée de me jeter par la fenêtre; ça me prend brusquement le matin; ça me réveille en sursaut, on dirait une crise; j’ai un choc dans l’estomac ; je pense que je suis triste et je veux me suicider : je reste couchée jusqu’à la fin de cette crise, de peur de m’approcher de la fenêtre. La crise dure un quart d’heure. »

« Dans la journée, depuis longtemps, j’ai la sensation que ma figure se ratatine et se glace. Je sens comme un coup dans la nuque.

« Si je porte un parapluie, ça me fatigue et, si j’ai un col haut, le lendemain je ne peux plus remuer la tête parce que ça me fait mal.

« Les douleurs me durent un quart d’heure environ et elles se répètent. »

Ces douleurs viennent depuis qu’on lui donne des douches chaudes à plein jet, au lieu de la pomme d’arrosoir dont on se servait jusqu’alors.

Obsession avec crainte par association fortuite (aboulie systématisée). Nou..., âgée de 23 ans, environ.

. 20 février

Il y a huit mois, à la suite de chagrins, d’ennuis, qui l’avaient fait maigrir

NEURASTHÉNIE ET OBSESSIONS

beaucoup, avec insomnie et cauchemars, un jour qu’elle était dehors, « indisposée », elle s’est trouvée mal.

Il y a quinze jours, elle se trouve mal chez elle. Une troisième fois, dehors, mais elle n’a pas perdu connaissance tout à fait. Enfin une quatrième fois en allant faire son marché.

C’est depuis ces accidents qu’elle a peur de sortir seule. Elle sent une fraîcheur lui monter et qu’elle « s’en va ». Elle ne' sort qu’accompagnée. Elle essayait plutôt de sortir le soir que dans la journée, mais elle revient aussitôt en sueur et « malheureuse de cela ».

Autrefois (il y a huit mois) elle avait des cauchemars quand elle a commencé à avoir des ennuis. Elle n’ose plus sortir depuis sa quatrième syncope ; mais elle avait déjà de la crainte depuis sa première.

Depuis deux mois elle va mieux: ses cauchemars ont disparu. Elle a engraissé. Mais la peur a persisté. Elle sort bien encore avec quelqu’un, même avec son petit garçon, âgé de 4 ans. Mais c’est surtout dans la matinée que cela lui est possible.

On la fait revenir pour lui faire de la « persuasion », pour l’encourager. Elle dit elle-même que cela lui fait du bien et qu’elle se sent plus forte le soir; elle a pu le soir, depuis deux jours, faire quelques pas dehors, mais le matin cela lui est encore impossible. Mais peu à peu le courage et la volonté lui reviennent et elle vient seide un matin m’annoncer sa guérison.

Obsession avec crainte de la mort. — Troubles vaso-moteurs. — Complication de désordre dans la conduite. — Cha..., M. âgé de 29 ans, vu à la consultation de la Salpêtrière, le 24 janvier 1911.

Grand-père paternel suicidé à 72 ans par peur de voir son fils ruiné par une maîtresse. Père probablement peu correct dans sa conduite. La mère n’aurait rien présenté. Frère et sœur du malade, bizarres, s’ennuient partout.

Le malade a uriné au lit jusqu’à 14 ans; cauchemars ten-ifiants jusqu’à 15 ans. Pleuro-pneumonle, fièvre typhoïde dans le jeune âge. Certificat d’études primaires supérieures. Elève à l’école Germain Pilon. Commence à courir les femmes à 16 ans. Il se masturbe aussi beaucoup.

Au régiment (cuirassiers) il a plusieurs maîtresses et à cause d’elles fait des bêtises, il subit 347 jours de prison pour absences illégales. Il tire des carottes au médecin major en se donnant des bronchites artificielles au moyen de lacide sulfureux qu’il respire en brûlant des allumettes devant sa bouche. Suivant le nombre d’allumettes, il gradue ses effets, fait croître ou décroître la bronchite. Nombreux excès d’alcool et sexuels.

Un jour, à l’infirmerie régimentaire, sensation effroyable au récit d’une opération d’appendicite. Egalement au régiment, il se mettait à rougir, « il était cramoisi », sans raison aucune; cela durait souvent toute une journée, et se reproduisait souvent.

En sortant du régiment (1906) va travailler un an chez son oncle comme marbrier. Mais il se sentait mal entrain. Il fait pourtant « la fête » et a trois ou quatre maîtresses à la fois.

Un jour, en 1907, depuis le matin il ressentait comme une angoisse ; en sortant il est pris de l’idée qu’il va mourir; il a une sensation de vide dans lui et autour de lui, une crispation au cœur; on est obligé (de le ramener chez ui. Il reste couché toute la journée avec sensation d’abi-utissement, crainte de devenir fou et des angoisses.

IMPUISSANCES PSYCHIQUES

Depuis ce moment, les crises se reproduisent toutes les semaines, quelquefois deux fois par semaine. Mais, en outre, il a une crainte permanente de la mort, «qui s’exaspère avec les coups qu’il ressent en ce moment au cœur » (palpitations). « Je pense par exemple en ce moment, dit-il, que je vais mouririci, que je ne m’en irai pas. « En tramway, quand cette idée le prend, il est obligé de descendre ; la crise dure environ une demi-heure. On lui a dit qu’alors. il devenait jaune. Il n’a plus de rougeurs depuis deux ans. Après les crises fortes,, il reste pendant trois ou quatre jours fatigué, sans pouvoir retrouver ses idées; il cherche la solitude pour ne pas être pris pour un fou.

Il y a des moments où il a des faiblesses dans les jambes pendant unevingtaine de minutes ; il ne peut pas faire mouvoir ses jambes.

Il devient indifférent à tout. Il a essayé, de travailler, mais ça n’a pu durer et ça le fatiguait. Il fuit d’ailleurs la société et ne demeure plus ù Paris à cause de cela. Il veut guérir, car il arriverait, dit-il, à se tuer.

L’observation qui suit est curieuse. Elle pourrait être baptisée d’un nom grec extraordinaire que personne ne comprendrait.

Folie du doute à l’occasion de la vérification de compteurs à gaz ou la peur du compteur (1). — Rao... contrôleur de compteurs à gaz, âgé de 39 ans, consultation à la Salpêtrière.

D. — Racontez-moi ce que vous éprouvez.

R. — C’est ce qu’on appelle la peur du compteur : c’est une maladie quf existe beaucoup chez nous . .

quand je ne suis pas devant le compteur, je n’ai pas la peur du compteur; il n’y a que lorsque je suis devant. Je fais le relevé du compteur (on lit la différence) et je m’assure de son fonctionnement; c’est la partie la plus conséquente de chez nous. Il y a un tambour, une roulette qui marque les litres et qu’il faut fixer 4 ou 5 minutes; c’est ça plutôt qui fatigue le cerveau, et alors nous sommes obligés d’avoir un bec, de l’allumer pour voir le fonctionnement, et, quand c’est fini, nous sommes obligés de fermer le bec et de mettre la vis en place : il y a trois vis à dévisser. Nous sommes forcés de vérifier si la roulette tourne régulièrement, parce que si le compteur ne fonctionne pas bien, le tamtour tourne par saccades. Je remets une vis en place, je m’assure que je n’ai pas fait d’erreurs et que mes vis sont bien en place ; à ce moment, le vertige me prend, je compte une vis, deux, trois, et puis je ne sais plus ce que je compte; je les compte sans les voir, je les compterais encore deux fois, je ne serais pas plus sûr de moi.

D. — Vous recomptez ainsi plusieurs fois de suite?

R. — Oui, c’est comme une espèce de suggestion qui me prend.

D. — C’est avant de quitter les lieux que le doute vous prend.

R. — Oui, oui, c’est avant; après je n’ai plus peur, ce n’estque vers le compteur même. Je me sauve comme un fou, sans ça je resterais une demi-heure

(1) Cette observation a été communiquée en 1910 à la Société de Psychologie, parle D' Eugène Bernard Leroy. J’en extrais seulement un passage.

NEURASTHÉNIE ET OBSESSIONS. 571

devant le compteur, les yeux fixes, quoi, et je ne peux pas le regarder, c’est impossible .

quand je veux relire mes chiffres, je ne les vois plus; je ne peux pas les retenir dans ma tête, je les vois et je ne peux pas les lire, je les vois dans moi-même et je vois que ce n’est pas ça : j’ai toujours la hantise de me tromper.

Chez nous, on peut hien compter un quart d’employés qui ont comme ça la peur des vis .

L’obsession suivante est constituée par des interrogations multiples portant sur une foule de mots, absents de l’esprit du ma lade : c’est ce qu’on appelle la recherche angoissante des mots ou onotomanie (Charcot et Magnan).

Recherche obsédante des mots. — Vil..., entré le 1“ février 1909, à Bicêtre, à l’âge de 73 ans (1).

Vil... Henri, peintre décorateur, est un vieillard de 73 ans. 11 a toujours travaillé, il a été toujours en bonne santé ; sa fille, qui nous donne ces renseignements, raconte qu’il est resté trente ans avec la même femme, qu’il ne l’a pas épousée parce qu’elle n’était pas libre, et a eu d’elle trois enfants, une fille de 49 ans, et deux fils, l’un de 48, l’autre de 40 ans. Sa femme n’a pas fait de fausses couches, et cet accident n’est survenu à aucun membre de la famille.

Doux, bienveillant, très estimé partout où il passait, anxieux, s’inquiétant facilement pour des événements sans importance, angoissé par le moindre fait, scrupuleux, il craignait de faire du mal aux gens; susceptible, il était froissé lorsqu’un de ses amis, le rencontrant dans la rue, négligeait de le saluer. Vil... est d’autre part et depuis toujours pusillanime; le moindre bobo, la moindre écorchure devait, croyait-il, entraîner les troubles les plus graves, la perte irrémissible du membre effleuré.

Il y a une vingtaine d’années, il rencontre quelqu’un de ses amis qui ne le salue pas. Vil... en conçoit aussitôt un ennui, qui ne tarde pas à être un gros chagrin. Il pleure pendant un mois, cache son inquiétude et sa souffrance à 1 ami qui en est la cause involontaire, ne veut pas lui demander la raison de sa prétendue indifférence, se lamente, est très malheureux, ne présente pas les signes extérieurs de l’angoisse, continue â travailler, ruminant son chagrin, en un état de profonde tristesse. Puis, brusquement, tous les phénomènes disparaissent, il n’est plus inquiet, il n’est plus triste, il ne comprend pas la raison de sa susceptibilité pointilleuse. Il est ou paraît être complètement rétabli.

Six semaines environ avant son entrée à l’hospice, il se dispute avec un ouvrier nommé B... Cette dispute fut assezgraveet il est probable que Vil... avait tort, puisque son contradicteur ne voulut pas, au moment de se séparer, lui donner la main.

Vil... fut extrêmement impressionné de ce refus, il rentra chez lui sombre, inquiet, répondant, quand on l’interrogeait sur la raison de sa tristesse : « B...

(1) Observation rédigée par M. Bernard Desplas, interne du service.

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n’a pas voulu me donner la main; B... m’en veut, qu’ai-je. fait à B...? » Probablement instruit de cet état, l’ouvrier vint le voir et après une conversation amicale, il lui donna spontanément la main, en lui affirmant son entière sympathie. Vil... fut très heureux de ce geste, son inquiétude diminua, mais ce fut pour peu de temps, car il resta triste, toujours préoccupé par cette idée unique : « B... n’a pas voulu me donner la main, B... m’en veut, qu’ai-je fait àB...?v

Quelques jours après cette scène, et on ne peut obtenir de sa fille des indications plus précises. Vil... fut obsédé par la recherche de mots ou de noms.

Ceux-ci étaient variables, presque toujours indifférents; c’étaient les noms d’objets usuels, c’étaient les noms des voisins, d’anciens amis, de camarades d’enfance. C’étaient les noms des conseillers municipaux, des héros de l’histoire romaine, des naturalistes du jardin des Plantes. Cette recherche obsédante de mots s’accompagnait d’inquiétude, d’angoisse, d’accélération respil’atoire, de malaise général; la nuit le malade dormait à peine et encore grâce à des hypnotiques, et fréquemment on le trouvait sur son séant préoccupé douloureusement par la recherche d’un mot.

Le malade n’avait en aucune façon un déficit de mémoire actuelle. L’aventnre avec B... le préoccupait toujours et, comme il avait conscience de son état, il mettait ses souffrances sur le compte des agissements de B... : «Vous voyez bien, disait-il, vous voyez bien, c’est lui qui me tire. »

Il accusait des douleurs dans le bras, des sueurs passagères; on le conduit à la Salpêtrière, le 26 janvier 1909, chez M'. Séglas, qui nous l’envoie le 1« février 1909.

De tenue correcte, d’aspect sympathique. Vil... porte sur son visage les traces de ses préoccupations, il paraît anxieux, angoissé même. Il répond aux questions avec une remarquable précision, son langage indique une culture certaine, il parle avec une recherche peut-être excessive.

«•Ce qui m’ennuie, dit-il, lorsqu’on lui demande la raison de sa peine, c’est l’impossibilité où je suis de donner un nom à des êtres que je me représente et dont je sais l’histoire, ou à des objets que je vois et dont je connais l’utilisation. J’ai la physionomie devant moi, le nom ne me vient pas, je souffre d’une façon épouvantable, je cherche et je reeherche, je eoncentre tous mes moyens à trouver ce nom qui m’échappe. Je suis très malheureux jusqu’à ce que je l’aie trouvé et souvent il m’arrive de ne pas le trouver. Ce qui m’empêche de le trouver, c’est comme une harre au cœur et à la tête. Mon esprit est sans cesse pi'éoccupé; à peine ai-je trouvé un mol, que je dois en chercher un autre, et je me désespère. Cette recherche m’empêche de dormir. Et ces noms ne sont pas importants, c’est ridicule, ils sont sans intérêt, c’est malgré moi. Hier matin, je me suis réveillé en cherchant, je ne sais comment, le nom de mon conseiller municipal. J’ai dû envoyer ma fille chez un voisin pour l’apprendre. Dès que je l’ai entendu, j’ai été satisfait. Je sens toute la puérilité de mes soucis, mais je ne peux m’en affranchir.

« Je dois déclarer que j’ai toujours eu le caractère faible ; quand je souffrais physiquement, j'exagérais, comme à plaisir, ma souffrance.

« Autrefois j’adorais lire, maintenant je n’ai plus le goût, je ne peux plus voir un journal. J’en ai horreur, il me semble que je ne pourrai pas le lire.

NEURASTHÉNIE ET OBSESSIONS

Ma pensée n’est préoccupée que par ces noms, par ces bouts de phrases. Voilà l’état mental dans lequel je suis tombé ».

Le malade n’est pas désorienté, ni dans le temps, ni dans le lieu, ni dans sa personne.

Il est renseigné exactement sur ses amis, ses parents éloignés, ses enfants. Son éducation primaire a été incomplète, il fait des fautes d’orthographe, mais il a dû compléter son instruction au hasard de ses lectures qui ont été nombreuses, variées. Il a une remarquable érudition de petits faits, d’incidents médiocres, il est renseigné sur tous les grands personnages des mondes littéraire, politique et mililaire.

L’examen somatique révèle : un claquement aortique assez marqué, des artères pas très dures. Les poumons normaux.

La bouche est édentée, et il y a sur le bord droit de la langue plusieurs érosions, rouges, superficielles, sans induration notable, peu douloureuses, datant d’après le malade de 25 ans, sans aucune modification, sans adénopathie, et dont la nature est peut-être affirmée par le fait que le malade eut à l’àge de 20 ans la syphilis traduite par un chancre induré, auquel succéda une roséole, traitée pendant six semaines par des pilules de mercure. Il a contaminé sa femme, qui a un premier enfant mort-né. Elle a vécu jusqu’à 69 ans (après avoir subi un traitement prolongé). Quant à lui, il présenta, il y a 25 ans, une lésion linguale, qui, traitée par l’iodure de potassium, rétrocéda.

4 février 1909. — Le malade se lamente, est sur le point de pleurer parce qu’il a perdu des carnets sur lesquels sont inscrits les noms qu’il cherche le plus fréquemment. Ce sont deux carnets de plusieurs centaines de pages chacun où sont écrits sans ordre apparent les noms qu’il cherche le plus fréquemment. Ce sont ceux de personnes appartenant aux classes les plus diverses, ce qui prouve la multiplicité des préoccupations du malade. Voici quelques citations extraites de ces carnets :

Gel..., décorateur de chez Aug... Nous avons été voir les coulisses du théâtre de Belleville où sa petite fille jouait.

Les frères Alfonse (sic) Daudet auteur du Petit Jacques; Fromont jeune et Risler ainé; Voyage de Tartarin de Tarascon; ( Delobel, type d’acteur de Risler aîné).

Stefenson, qui de simple ouvrier est devenu le plus grand génie de l’Angleterre.

La belle Otero, grande couche nue.

M“= Steinhel accusée d’avoir tué son mari et sa mère.

Lange, favorite de Barras dans la Fille de Angot.

Bailly, maire de Paris sous la grande Révolution 1793, etc.

Pour le faire dormir, on est obligé de lui donner des hypnotiques variés.

6 février. — Il demande qu’on lui donne du véronal. Il demande d’autre part à être changé de salle, parce qu’un des malades, qu’il ne veut pas nommer, ehange les premiers mots d’un couplet, dont il ne peut absolument pas retrouver la suite. Il a prié ce camarade de se taire, mais celui-ci ne l’a pas fait.

II demande à changer de salle avec instance, il supplie qu’on le lui promette pour le soulager, il se refuse avec énergie à nommer le camarade, cause de cette nouvelle obsession, en disant que jamais il ne fera cela.

7 février. — Il demande à être rendu à sa fille, car il souffre de ne pas

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avoir la tendresse des siens autour de lui. 11 a écrit à sa fille, le 5 février, pour la prier de lui apporter le nom d’un homme qu’il décrit dans son aspect et dans ses habitudes. Il donne des détails sur son état et il termine sa lettre en priant sa fille de ne donner son adresse à personne. Après la signature on trouve : « Je me rappelle juste le nom, c’est Bez... «

10 février. — Le malade est angoissé, très inquiet, agité, il cherche avec acharnement le nom du général français qui, sous la Révolution, commanda le miracle de saint Janvier à Naples.

M. Chaslin lui dit : a Mais c’est le général Championnet. » Aussitôt, le malade est content, tranquille, son inquiétude et son agitation disparaissent.

16 février. — Il paraît mieux, il se trouve moins obsédé; il s’inquiète pourtant d’un bruit qu’il perçoit et attribue aux allées et venues du personnel ; bientôt il constate la persistance de ce bruit, sans que personne ne passe dans la salle. Il n’a pas de bouchon de cérumen.

Bientôt le malade est amélioré, il a engraissé, sa figure est plus colorée, il est moins obsédé par la recherche des mots ; son état général est très satisfaisant.

Jamais dans les interrogatoires précédents qu’on lui a fait subir (prudents, pour éviter de lui donner le prétexe d’une nouvelle obsession), il n’a traduit d’affaiblissement intellectuel plus marqué que celui de son âge, de perte de mémoire des faits actuels ou passés. Il sait très bien où il se trouve, le genre de malades qui l’entourent, il s’intéresse à eux, et enregistre dans ses carnets leurs noms, leurs caractères et leurs habitudes.

11 s’habille et fait sa toilette seul, il entend très bien la cloche des repas, il mange à part et très lentement, il se comporte convenablement à table.

11 se couche seul et normalement.

Il n’aime pas la société des autres malades, et, sauf son voisin de lit, il les fuit systématiquement, redoutant que dans une conversation il s’agisse de quelqu’un ou de quelque fait dont il ne puisse retrouver le nom ou l’époque.

Il est correct avec les infirmiers et les surveillants, déférent avec les médecins. Il paraît s’intéresser aux personnes qui visitent les autres malades. Il reçoit ses enfants avec affection, il cause agréablement avec eux, pourtant sa sensibilité est exagérée, il pleure facilement. Il reste à l’asile volontairement pour se soigner.

Il se promène dans la cour, sa marche n’a pas de caractère singulier, il lit le journal, mais assez rarement, enfin il est sans cesse occupé de ses cahiers où il recueille tous les noms qui peuvent l’obséder.

Le souci avec lequel il évite les conversations, sa volonté systématique de ne pas lire le journal, enfin la méticuleuse attention avec laquelle il enregistre tous les noms des êtres et des choses qui font partie de son souvenir, montre combien il réagit, et combien il prend des mesures défensives contre l’obsession angoissante de la recherche des mots.

10 mai. — Le malade raconte qu’il y a 35 ans, il a eu une crise neurasthénique qui a duré un mois, pendant laquelle il éprouvait le besoin d’un anéantissement complet. Pourquoi? il ne peut le dire.

De tous les hypnotiques qu’il a essayés, seul le sirop de chloral lui a réussi.

23 mai. — Sort guéri de sa crise obsédante.

NEURASTHÉNIE ET OBSESSIONS

L’observation est intéressante à plusieurs points de vue; d’abord -on voit que malgré l’état mental fondamental invariable, il n’y a eu que peu d’accès : un premier il y a 35 ans, sur la forme duquel nous somnmes peu renseignés, puis, il y a 20 ans, un deuxième avec obsession que l’on peut appeler occasionnelle ; cet ami qui ne le salue pas et à propos duquel il est obsédé par la question de savoir pourquoi il y a eu brouille. Puis à 73 ans, troisième accès analogue, suivi cette fois de la recherche obsédante des mots. Il a guéri parfaitement malgré l’âge avancé.

« Folie du doute avec délire du toucher. » — Neurasthénie somatique. — « Trucs » mentaux. — Ban..., âgé de 29 ans, employé de bureau, consultation à la Salpêtrière, 2 novembre 1911.

Soigné autrefois par M. Jules Voisin, il venait consulter pour des douleurs lombaires qui le prenaient chaque matin de 5 heures à 10 heures. Depuis quelque temps envie subite d’aller à la selle le matin. Folie du doute et délire du toucher. 11 avait crainte de toucher quelque chose de sale qui aurait pénétré en lui et se serait mélangé à son sang. Il sait que c’est absurde. Il se lave les mains avec de l’eau ammoniacale en la versant un nombre déterminé de fois, d’abord 3 fois, puis 6, puis 9. D’autres moments pour combattre le doute, il faisait le geste de passer la main sur l’endroit contaminé et répétait ce geste plusieurs fois, etc.

Ces trucs indiquent la chronicité et sont intéressants à rapprocher des procédés de défense des persécutés et des actes superstitieux de bien des débiles. Cela germe généralement sur un fond de sottise, la même que l’on trouve aux petites pratiques et superstitions des dévotes.

J’ai observé plusieurs enfants qui montrent quelle étendue peuvent acquérir les obsessions dès le jeune âge.

Début à 9 ans. Obsession avec crainte occasionnelle. — « Trucs » mentaux de défense analogues aux procédés superstitieux. — Craintes systématisées, Cl manies », complications de tics, de débilité mentale et d’arriération chez une enfant de 14 ans. — Marguerite Col..., âgée de 13 ans et demi, 2 novembre 1910.

Renseignements fournis par les parents. — Du côté du père, les parents et les frères etsœur seraient scrupuleux et un peu originaux ; le père lui-même est scrupuleux, superstitieux et très religieux. Il a peur du nombre 13. Étant enfant il avait des idées comme celle-ci : « Si je ne rattrape pas ce tramway, je mourrai cette année. » La mère serait indemne, mais pendant qu’elle était enceinte de la malade, elle n’a cessé de pleurer et d’être triste. Elle paraît peu intelligente. A part cela, grossesse et accouchement normaux.

IMPUISSANCES PSYCHIQUES

Trois enfants: l’aîné, né avant terme, mort de méningite; la deuxième, la malade; la troisième, considérée comme très intelligente.

Nourrie au sein, l’enfant a marché à 13 ou 14 mois, a parlé très vite, paraissait intelligente, mais était insupportable, abîmait les meubles, arrachait les bonbons qu’elle voyait aux enfants dans les rues. Rougeole. Coqueluche.

A 9 ans, les religieuses où elle allait en pension lui ayant persuadé que sa mère mourrait si elle n’était pas sage, elle fut obsédée par cette crainte de la mort de sa mère, pendant six mois, une fois sortie de chez les religieuses. Sa mère dit qu’ alors elle montait et descendait plusieurs fois les escaliers pour empêcher cette mort. (L’enfant se trouve sotte actuellement d’avoir fait cela parce que ça n’empêche rien). Elle a dit aussi des paroles spéciales dans le même but, à moins que cela n’aît été pom' chasser l’obsession. C’est ainsi tpi’au milieu de son travail ou de ses paroles, elle intercalait des mots étranges,, par exemple « la mère mic-mac. »

Elle aurait eu ù peu près à la même époque de la coxalgie nerveuse (?)

Elle a toujours eu horreur des vieilles gens, des laids, des personnes sans dents ; elle ne voulait pas embrasser sa grand’mère quand celle-ci n’avait pas son râtelier; elle qualifie de sale tout ce qui lui répugne. Elle se lave fréquemment et a horreur d’une eau un peu trouble. Quand elle va aux W.-C., elle use trois journaux, « parce qu’il n’y a que les fous qui aient le derrière sale. »

Elle enveloppait les sous par crainte de les avaler. Elle a imité à un moment un cousin qui avait un tic. Elle se casse les ongles avec ceux de l’autre main. Elle est amoureuse de ses vieilles affaires. Elle serait obsédée par des gros mots qu’elle dirait quand sa mère n’est pas lâ.

Elle est très religieuse et a très peur de l’enfer.

Une fois à l’école elle est restée quinze jours sans bouger parce qu’on lui a dit que ses oreilles allaient tomber.

Elle a appris à lire et à écrire très difficilement, mais ensuite écrivait continuellement à ses amies.

Elle a eu son certificat d’études à 14 ans.

En ce moment, on l’amène à la consultation parce qu’elle est obsédée par la crainte de l’appendicite; il y a quelque temps elle ne voulait boire que de l’eau bouillie par crainte de la fièvre typhoïde. Elle se retient de manger pour être mince, car elle a horreur des grosses personnes. Elle a perdu 9 kilos (?) depuis trois mois. Elle se lave continuellement les mains. Elle est très minutieuse, et en arrivant dans le service elle s’est fait expliquer en détail comment étaient les carreaux du tablier qu’on allait lui mettre.

Examinée à plusieurs reprises dans le service, elle explique très mal ce qu’elle ressent. C’est une débile qui a une mémoire très bonne, grâce à laquelle elle a pu passer son certificat d’études ; opinion avantageuse d’elle-même et dégoût des autres. Très asymétrique et aspect un peu bizarre. En somme obsessions multiples peu intenses, mais très variables de forme, et chroniques depuis l’âge de 9 ans, avec doute, délire du toucher, trucs de défense, superstitions. 11 faut ajouter que c’est une enfant gâtée, capricieuse, fantasque, ce qui s’accorde bien avec les tics qu’elle a présentés, surajoutés aux obsessions. La mère la retire au bout de quelques jours.

23 février i9l I. — On ramène à la consultation lajeune malade, améliorée, dit la mère; en tous cas elle a engraissé, car elle a recommencé à manger.

NEURASTHÉNIE ET OBSESSIONS

Mais elle continue à vouloir être propre, à se laver les mains à outrance; elle a use dernièrement un savon en deux jours. Elle use une quantité de serviettes, au moment des réglés. Elle a la manie de remettre sa montre à l’heure à chaque horloge qu elle voit. Elle recommence ses prières après en avoir dit une partie, parce qu elle pense que si elle ne les recommençait pas on lui couperaTt les cheveux. E le ne veut pas dire qu’elle a 13 ans, parce qu’elle se3e trop bete pour cet âge; d’ailleurs auparavant elle n’avouait toujours que son 74

?é]Te“eÏÏ treToktef I “n ‘ tourmente-

(elle est très plate). Aujourdhui elle bégaie beaucoup, chose qu’elle ne faisait

^accidentellement auparavant. Comme on lui en kit la remarqué elk ne begaie plus. Elle a apporté, pour la faire voir au médecin, une liste^ écrite hier- »r, PT die, de, e d” . d ,

avoir entendues demander par la maltresse à son école. Elle est très fière de cette preuve de mémoire. Elle n’a d’ailleurs pas gagné, dit la mère, sous le rap-

"’Ïeu; 'dïvaTT'

déwJ à To ^jsuilles. ~ Doute. - « Délire du toucher » ayant

débuté à 12 ans Grosses anomalies de développement somatique -

nn!7 ^ fait normaux. Une sœur de 23 ans bien-

portante. L accouchement fut long et difficile, avant terme : D. est né avec un,

lukions-'^maÏ7“’' 7"'’ r' " ^ P""*® P“« de con-

tmï f ! ï Jit jusqu’à 3 ans. A eu trois fois la rougeole; à la:

troisiemeffiis à 7 ans et demi, il aurait eu des accidents méningés (?).

U. a ete au college et apprenait bien, mais dès l’âge de 12 ans il se lavait

Depuis 1 an et demi il a peur de trouver des aiguilles, des choses coupantes:

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t on aux à V* J® pas assez atten¬

tion aux aiguilles chez nous (son père est tailleur). J’avais peur que ca meperfore les intestins. >, Il ne rêve pas d’aiguilles ni d’épingles, ma^s h en Tt constamment préoccupé. Depuis sept mois, raconte sa mère, il <c se contra-

de VZl Tt dT; f. Tr 1'' T Pl“®

métier H’’ a *'^dle plus, lui qui faisait avec beaucoup d’entrain son er d accordeur dans les fabriques de pianos, parce qu’il trouve main-

que “’iL”:;;.

et En n I V devenu douillet et difficile,,

. depuis quelque temps, il tient sur un carnet registre de ce qu’il a man4

tures 5 nTfflrE'°““^'‘,‘ compte,,; dans ces écri¬

tures H n affirme jamais; il écrit toujoui-s « je crois que.. „

D. — Vous doutez donc toujours?

~ Oui, dans ce que j’écris.

fabriEEk ^ visiter une-

que lïjournal, eTà'peine "‘‘«“Vivement les machines; mais il ne lit plu»

Il a 1". 63 détaillé, paraît-il, et pèse 36 kilos. II a de nombreuses malforma- Chaslin. — Sémiologie.

IMPUISSANCES PSYCHIQUES

tions: front très bombé, inégalité pupillaire marquée (pupille gauche plus petite) ; la voix est bitonale, les membres inférieurs sont bien plus développés que les supérieurs; asymétrie thoracique avec mauvais développement du thorax, scoliose à convexité droite; bassin féminin ; le testicule gauche n’est pas descendu dans les bourses ; poils nombreux sur tout le corps, mais peu sous les aisselles.

N’ayant vu ce jeune homme qu’une fois, il m’a été impossible d’être assuré que ce doute ne pût pas être, comme chez Marg... l’annonce d’une hébéphrénie avec démence rapide (p. 88).

Obsession et tentatives de suicide par vérification. — Enfin, je citerai en passant l’observation d’une jeune fille, M»' X..., atteinte d’obsession du suicide, et probablement avec mélange superstitieux. Un jour elle avait voulu, dit-elle, se tuer en se jetant parla fenêtre; comme sa mère l’avait enfermée, elle tentait depuis par « manie de vérification », de se suicider pour savoir si elle pourrait encore le faire et elle se serrait le cou avec une telle force, à plusieurs reprises, qu’une surveillance étroite devint absolument indispensable, et je dus la faire entrer à la Salpêtrière. C’est ce qu’on peut appeler le suicide par vérification.

J’aurais dû, pour être complet, donner encore ici des observations renfermant d’autres éléments de l’état mental neurasthe'nique, comme ceux que j’ai étudiés à la sémiologie. Comme je me suis déjà longuement étendu sur eux, je renvoie aux passages qui en traitent. Mais ce n’est qu’en tenant compte de cette addition que le résumé suivant donne la physionomie assez complète de l’état psychasthénique.

L’obsession est \ exagération passagère ou chronique pour une ou plusieurs idées d’un état fondamental et permanent M neurasthénie psychique, essentiellement caractérisée par :

L’émotivité et la tendance au pessimisme.

Le piétinement intellectuel.

L’incertitude.

L’irrésolution.

Traduisant la fatigue psychique, accompagnée généralement de neurasthénie somatique plus ou moins accentuée, qui en est le support.

A côté de l’obsession proprement dite, se rencontrent d’autres genres de troubles paroxystiques de la neurasthénie. Mais c’est la .première qui sert de type par sa fréquence beaucoup plus grande.

neurasthénie et obsessions. 57^

II n’ y a d’ailleurs pas de différence absolue entre les différents genres et souvent plusieurs se rencontrent ensemble.

Cet état fondamental ou caractère obsédant peut être constitutionnel c est-a-dire apporté en naissant, acquis sous l’influence de chocs émotionnels, surtout répétés, de fatigues, etc., enfin mixte On remontre très fréquemment dans les ascendants du malade des cas de folie, de psychasthénie, de névropathie, et aussi de ce qu on appelle I arthritisme (celui-ci se combine souvent avec les névropathies, et alors on l’appelle neuro-arthritisme) ; il semble pour 1 obsession que l'hérédité, dans le véritable sens du mot soit souvent en jeu (Voy. l’exemple de la famille A. p. 285)

L obsession, ou paroxysme psychasthénique, peut être provoquée par des causes extérieures ou être pour ainsi dire spon-

Mbté ’ P®'"*

1“ État permanent. — A. État mental de la neurasthénie. — Cet état est essentiellement sujet à des variations d’intensité suivant es moments, et aussi à des nuances suivant que tels ou tels'symptomes prédominent. ■" ^ ^

a) Émotivité. — Timidité.

sufsd de soi et concentration

Pessimisme.

Tendance à grossir les événements, un rien.

Incertitude, doute, scrupule.

Manque de confiance.

^’i^P^ession du réel. — Besoins de direction, d affirmation, de vérification.

exférieiiT"*' passagers d’étrangeté du moi, du corps, du monde

Sentiment passager du déjà vu.

Sentiments d’automatisme.

Sentiment d’incomplétude des opérations mentales.

Diace I intellectuelle ou piétinement sur

ptace. les operations intellectuelles sont interminables.

ralentit ^^^'^"hage extérieur ,• en sens contraire,

nt"„ " " .‘‘■fflculléde I. pensée. Difflcnllé de l'atlenüoâ oierne (« aprosexie ») et externe.

nstabilité de l'attention interne et externe. -Mémoire retar-

e croire mort », pour

ggO IMPUISSANCES PSYCHIQUES.

(/g'e. — C’est un des symptôrçes dont se plaignent le plus les mala- (ies. — Perceptions erronées ; fréquents, mauvais automa¬

tisme; tendance à la répétition d’associations fortuites (surtout désagréables); le malade se « frappe » facilement; tendance à V association par contraste ; tendance aux « manies mentales » ; fatigabilité mentale-, faiblesse irritable, excitabilité mentale, « mentisme » ; confusion « consciente » (« tourbillon des idées »).

c) Indécision, Irrésolution.

B. Neurasthénie somatique. — J’énumère seulement, en insistant sur l’importance de l’anxiété et de l’angoisse précordiale dans la genèse des paroxysmes, les signes physiques très nombreux:

Céphalée, souvent en casque.

Rachialgie (irritation spinale) avec la plaque sacrée ou lombaire fréquentes.

Douleurs diffuses, névralgies variées dans les membres, engourdissements, fourmillements (quelquefois rien que par le poids, des couvertures dans le lit), sensations diverses plus ou moins bizarres, probablement dues à un mauvais fonctionnement des nerfs périphériques (1); douleurs fixes dites Topoalgies de Blocq.

Insomnie à allure variable, accompagnée souvent de secousses, sensations bizarres, polyurie, rêvasseries, cauchemars, etc.

Vertiges avec plus ou moins de titubation, etc.

Réflexes tantôt diminués, tantôt augmentés.

Troubles sensoriels parmi lesquels il faut noter surtout l’asthénopie accommodative, les mouches volantes, le brouillard devant les yeux, les bourdonnements d’oreilles, la sensibilité exagérée aux bruits, la sensibilité au froid, etc.

Troubles digestifs, dilatation de l’estomac, constipation, entérite rnuco-membraneuse, etc.

Troubles circulatoires, palpitation, pseudo-angine de poitrine,, spasmes, dilatation des vaso-moteurs, sensation d’angoisse et d’anxiété.

Troubles génito-urinaires, frigidité, impuissance, excitation anormale, pollutions, polyurie, etc.

Troubles généraux, amaigrissement.

Suivant que le côté somatique ou le mental est plus atteint, on

(1) Je crois en effet que dans la neurasthénie, non seulement le cerveau et la moelle mais aussi les nerfs périphériques sont atteints, car dans certains cas les malades sentent s’cngourdirleurs membres par compression nerveuse avec une facilité anormale. Ce sont en partie ces faHs que des auteurs anglais ont décrits autroieis sous le nom do Night palsies.

NEURASTHÉNIE ET OBSESSIONS

distingue deux formes : la neurasthénie et la neurasthénie mentale ou psychasthénie; dans cette dernière, l’obsession joue ordinairement un grand rôle. Pourtant, on pourrait dire aussi que la pre'pondérance de l’obsession constitue une troisième forme plus particulièrement constitutionnelle.

2« Paroxysmes psychiques. — A. Obsession. — Dans l’obsession, une ou plusieurs idées, de contenu ordinairement désagréable, prennent une importance prépondérante, un relief intense, très rarement avec l’extériorisation hallucinatoire, et s’imposent à l’esprit du malade, pendant un temps anormal, involontairement, automatiquement, senties comme étrangères, en s’accompagnant d’une émotion désagréable, complexe et variable suivant la nature de l’idée et pouvant entraîner des actes corrélatifs. Cette émotion me paraît avoir une triple origine : le contenu de l’idée, suscitant les différentes nuances de la crainte, la peur, le doute; le mécanisme même de l’obsession qui s’accompagne automatiquement d’anxiété ou d’angoisse (celle-ci précède parfois l’apparition de 1 idée); enfin la reconnaissance même de la nature pathologique de l’obsession. Cette reconnaissance n’est pas absolue ni complète pendant toute la durée de la crise. Elle l’est d’autant moins que le contenu de l’obsession est par lui-même plus émotionnant. Au maximum de celle-ci, elle disparaît pour reparaître ensuite. Mais au début, tout au moins, le malade a la sensation d’un corps étranger intellectuel, d’une effraction de sa personnalité intime, et l’on comprend le désordre intellectuel et émotif qu’une pareille constatation peut amener (souvent le malade croit qu’il devient fou), rendant l’analyse personnelle fort difficile pendant la plus grande intensité de la crise, et le travail intellectuel impossible, puisque toute l’attention est concentrée par force sur 1 obsession et toute la volonté employée à lutter contre elle.

11 peut y avoir des actes corrélatifs à l’obsession, mais pas d’impulsion proprement dite (voyez plus loin Impulsions).

hQ côté physique est également atteint; les troubles delà neurasthénie somatique apparaissent ou s’accroissent : céphalées; craquements dans la nuque; brouillard devant les yeux; bourdonnements; palpitations; sensations d’angoisse, précordiale et suivant d autres localisations; vertiges; dérobement des jambes; sueurs froides; sensations bizarres, de fatigue, de faiblesse, «te., etc.

Reactions motrices de l’angoisse quelquefois intenses.

IMPUISSANCES PSYCHIQUES

Insommie, cauchemars, parfois en rapport direct ou indirect avec l’idée obsédante.

11 va sans dire que ces symptômes peuvent être plus ou moins atténués, mélangés d’une façon variable. Ils sont généralement plus intenses le matin, de même que le neurasthénique somatique, le mélancolique sont plus déprimés à cette période de la journée.

Le début peut être brusque ou graduel. La marche d’un accès est généralement rémittente.

La durée très variable, de quelques heures à quelques mois. Parfois difficile à délimiter.

Terminaisons : guérison (de l’accès); passage à l’état chronique; passage à la mélancolie anxieuse (rare); passage à la folie systématique (rare); passage à la démence (rare).

Dans le passage à l’état chronique il y a atténuation notable et accoutumance relative ; mais il peut arriver que le rabâchage intellectuel, le piétinement, l’irrésolution étant prépondérants, le travail intellectuel reste très difficile et le malade, sans être un dément, est hors d’état de s’occuper utilement. Bien entendu il y a des degrés aussi dans cet état chronique.

Cet état chronique peut s’installer à la suite de plusieurs accès ou d’emblée.

Formes de l’obsession. — On a décrit ces formes sous une foule de noms divers, grecs ou pseudo-grecs, qui ne disent absolument rien à l’esprit: les auteurs ont aussi essayé beaucoup de classifications. Elles sont toutes artificielles et inexactes, celle que je vais présenter comme les autres. Je ne citerai que quelques formés principales. Elles tiennent d’ailleurs toutes plus ou moins les unes des autres; elles se présentent rarement isolées et de même forme pendant toute la durée de la vie du malade, mais souvent elles sont changeantes et multiples.

D’abord il faut remarquer que l’obsession peut se présenter sous une des quatre formules suivantes : idée abstraite ; — idée concrète sensorielle ; — idée concrète motrice ; — phrases ou mots sous leurs quatre formes.

1° Le contenu en est indifférent. — L’obsession peut être spontanée; — occasionnelle (c’est-à-dire par persistance d’une association fortuite).

2° Le contenu est désagréable : Obsession-crainte. — Cela n’a rien d’étonnant, vu le « ton fondamental » pessimiste de l’obsédé. Cette « phobie » innombrable a des nuances ;

NEURASTHÉNIE ET OBSESSIONS

-- (a) Craintes hypocondriaques. — Les plus fréquentes sont la : Crainte de la mort;

— de la syphilis ;

— de la rage ;

— de rougir;

— de ne pouvoir marcher;

— de ne pouvoir se lever, etc. ;

— de faire du mal avec des épingles, des couteaux, etc. ;

— de mettre le feu ;

— de toucher (par un mouvement actif surtout) tel ou tel

objet.

ib) Craintes superstitieuses. — Le contenu est superstitieux : par exemple, « si je ne rattrape pas ce tramway, je mourrai ».

(c) Craintes par contraste : par exemple, crainte de blasphémer au milieu de la prière.

id) Le contenu est désagréable par persistance d’association occasionnelle :

Crainte de certains objets inoffensifs ;

— de toucher certains objets;

— des espaces (agoraphobie) ;

— des lieux fermés (claustrophobie) ;

— de la foule;

— de certains animaux, etc.

— de trembler (trémophobie) ;

— de ne pouvoir se tenir debout (staso-basophobie), chez des tabétiques, des ramollis, etc.

Le premier accès est généralement provoqué par la coïncidence d’une émotion désagréable avec la présence de l’objetou de la cause extérieure, qui rappelle ensuite automatiquement la crainte et les phénomènes somatiques associés, certains de ces malades étant toujours sous l’imminence d’une émotion désagréable qui ne demande qu’à « s’accrocher wà quelque chose. Cet état peut être aussi considéré comme « aboulie systématisée ».

3° Folie du doute. — Le contenu comporte une interrogation, qui entraîne le doute : c’est la « folie du doute » , « Grübelsucht » des Allemands. Le contenu peut être :

Banal (la porte est-elle fermée ?) ;

Métaphysique ;

Superstitieux;

■^84 IMPUISSANCES PSYCHIQUES

Moral; c’est le scrupule, bien connu par les prêtres catholiques qui confessent de si nombreux douteurs.

Le doute, état très intellectuel, peut acquérir une intensité qui ■se rapproche tout à fait de l’émotion.

L interrogation entraîne une réponse :

t Langage intérieur.

Soit verbale. | Langage à mi-voix.

( Paroles artificielles (truc mental).

Soit mimique : mouvements de tête approbatifs.

Soit d’acte....

( Artificiel (truc ou superstition).

Le malade recherche avant tout l’affirmation étrangère impérative qui fait cesser ou amoindrit l’accès.

La « folie du doute » a une très grande tendance à la chronicité. Elle implique une bien plus grande participation du « moi ».

Actes corrélatifs aux obsessions. — Ces actes, actes proprement dits ou paroles, peuvent être non seulement liés au doute, comme je viens de le dire, mais aussi à certaines craintes. Quel ^ue soit leur point de départ, ils ont les mêmes caractères, mais avec des nuances qui tiennent à celles de l’émotion, crainte ou ■doute, et alors ils se présentent sous les aspects :

De la vérification ;

Du perfectionnement ;

De la recherche de la symétrie ;

De la superstition, de la conjuration ;

Du symbolisme;

De la défense ; — celui-ci est le plus fréquent, particulièrement le lavage des mains ou de différentes parties du corps.

De la persécution, etc., etc.

Cet acte ou geste se répète aussi longtemps que dure l’obsession.

Il constitue une sorte d’impulsion, une sorte de tic. Le malade cherche souvent à le dissimuler par des artifices.

Il faut noter à ce propos que l’idée obsédante directe d’un acte à accomplir n’entraîne jamais (?) l’acte, sauf complication, donc jamais l’impulsion que redoute tant le malade.

4° Obsession — recherche d’un mot; recherche angoissante du mot, « onotomanie ». — Elle peut porter sur un seul mot ou plusieurs.

Charcot et Magnan avaient étudié aussi sous ce même nom d’onotomanie tous les autres cas où le mot joue un rôle prédominant

NEURASTHÉNIE ET OBSESSIONS

dans Tobsession et l’impulsion. [Effectivement on peut les résumer ainsi :

I 1° Recherche angoissante du mot.

2° Obsession-crainte de prononcer un mot (la l véritable impulsion est très rare, il s’agit

I probablement de tic).

Onotomanie.. < 3“ Crainte superstitieuse du mot.

i.4°Mot préservateur (conjuration), parfois ac- J couplé au précédent.

5° Mot concrété et devenu un corps solide qui \ a été avalé (1).

. L! arithmomanie est un cas particulier de l’onotomanie ; c’est un chiffre qui remplace le mot.

B. Autres formes de paroxysmes. — Peurs et angoisses sans motifs.

Accès de sentiment d’étrangeté du moi, du corps, du monde extérieur.

Accès de sentiment de « déjà vu ».

Accès de sentiment « de présence ». Le malade a le sentiment qu’il y a quelqu’un derrière son dos qui le regarde et même quelquefois que ce quelqu’un va le frapper (très fréquents chez les spirites, mystiques, etc).

Accès de rumination intellectuelle, toutes les idées étant successivement ressassées : c’est en somme l’extension de l’obsession.

Accès de confusion (tourbillon d’idées), très voisin du précédent.

Accès de mentisme avec bavardage intérieur, autrement dit •excitation intellectuelle légère, très voisine également des précédents.

Accès de « vide de la pensée ».

Accès d’irrésolution généralisée ou accès d’aboulie.

Ces accès s’accompagnent souvent de la crainte bien naturelle de devenir fou.

Somatiquement les réactions sont très semblables, sauf quelques nuances, à celles de l’obsession proprement dite.

Diagnostic. — L’état mental neurasthénique peut être confondu

(I) Pour comprendre cela, comparer avec la malade de l’observation p. 550 qui ■sentait des couteaux dans sa gorge et son ventre (p. 553).

586 IMPUISSANCES PSYCaïQüES.

avec les affaiblissements légers prémonitoires des affections

suivantes :

Syphilis cérébrale;

Paralysie générale;

Démence artério-scléreuse ;

Démence sénile.

Ce sont les signes somatiques qui viendront lever le doute ou ceux d’un vrai déficit intellectuel. Parfois le diagnostic est impossible: il faut savoir attendre.

. Le trouble plus intense, la crise d’obsession, peut être confondu avec tous les troubles s’accompagnant d anxiété, d angoisse, de peur ; mais avant tout avec :

La mélancolie anxieuse (distinction par les idées d’auto-accusation, de ruine, de châtiment, etc., marche de 1 affection; commémoratifs).

La folie avec idées d’auto-accusation (l’auto-accusation est réelle, c’est une certitude ; dans l’obsession, c’est bien plus une crainte d’être coupable et par moments il y a reconnaissance de l’inanité de la crainte).

La folie hypocondriaque (dans celle-ci le malade ne doute pas un seul instant, comme dans la psychasthénie où il y a reconnaissance de l’affection.)

Pronostic. — Moins la neurasthénie est constitutionnelle, meilleur est le pronostic.

Le pronostic de l’accès est d’autant meilleur que l’idée est moins émotive et plus occasionnelle. La folie du doute passe facilement à la chronicité.

Le pronostic est meilleur si l’accès s’accompagne d’amaigrissement.

Le début dans l’enfance indique un état constitutionnel.^

Rien ne démontre qu’à la longue, après des accès réitérés, d ne puisse y avoir un certain degré d’affaiblissement intellectuel.

Quant au pronostic de passage à la mélancolie anxieuse, à la folie systématisée, à l’hallucination vraie, ces cas étant rares, nous ne savons encore pas grand chose sur leur mécanisme et sur la possibilité de prévision.

Traitement. — 1° De l’état neurasthénique :

Hygiène avant tout.

Massage.

Hydrothérapie [rarement froide).

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