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FOLIES D’AUTO- ACCUSATION

D... est un persécuté dangereux, tout comme peut Fètreun persécuté à évolution systématique très halluciné, ou un persécuté à interprétations nombreuses, mais il n’a qu’un délire très limité sans hallucination, reposant sur quelques interprétations. Pour le dire tout de suite, on trouve de ces « idées fixes » aussi bien pour la persécution que pour la jalousie (j’en donne un exemple plus bas), l’hypocondrie, les idées érotiques, etc.

B. — Folies systématisées d’auto-accusation.

On peut aussi rencontrer d’autres types, car leurs variétés sont innombrables. Un des plus curieux est celui X auto-accusation systématisée, indépendant de la mélancolie. Je n’en ai pas d’exemple pur, mais par l’étude du cas mixte que je vais donner, on pourra se faire une idée du premier mutatis rnutandis. Le malade Til..., que j’ai pu observer plusieurs années à Bicêtre, a eu en effet un délire d’auto-accusation accompagné d’émotion triste secondaire qui s’est peu à peu transformé en délire de persécution systématique. En même temps, les sentiments fondamentaux de T..., qui était un scrupuleux et un honnête homme conscient de son honnêteté, se sont peu à peu transformés, ou plutôt un côté de ces sentiments a fini par apparaître plus que l’autre : le remords a fait place au sentiment d’être une victime, etenfin d’être une victime qui saura se venger. On peut comparer utilement cette succession de nuances sentimentales à celles, plus simples, que manifestait le garçon épicier Bor... d’abord persécuté, courbant la tête, puis la relevant avec violence et menaces (p. 697).

Folie d’auto-accusation et de persécution. — Tentatives de suicide au début.

ïil..., , âgé de 53 ans, employé d’octroi, entré à Bicêtre le 29 janvier 1907. (Obs. rédigée parM. R. Mallet, interne du service).

Antécédents héréditaires. — La mère du malade aurait présenté des troubles mentaux et se serait suicidée; on a retrouvé son corps dans une mare.

T... n’a pas connu son père, mort à 30 ans de fièvre typhoïde.

Ses deux sœurs, dont une de mère seulement, sont bien portantes, ainsi que sa fille actuellement âgée de 19 ans.

Antécédents personnels. — T... aurait eu une jeunesse malheureuse, étant maltraité par son heau-père. Sa femme dit qu’il était très gai au début de son mariage : il aimait à chanter, jouait de l’harmonium; mais, très honnête et très scrupuleux, il s’est toujours montré « alarmiste », ainsi que l’appelaient ses camarades, et « se laissait abattre par la plus petite contrariété. » Excès d’aucune sorte. —En 1893, apparition de troubles gastriques qui, par leurs progrès, décident vers la fin de l’année le malade ii aller consulter à Dubois. On

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aurait diagnostiqué une dilatation d’estomac pour laquelle des lavages ont été ordonnés.

A cette époque T... devient triste : il s’imaginait, dit sa femme, avoir des maladies impossibles et se disait hydropique, ajoutant : « Si ça ne va pas, je me jetterai à l’eau. »

11 semble donc qu’à ce moment T... a présenté des préoccupations exagérées, avec tendance au suicide sous l’influence de troubles gastriques réels.

Cet accès, pendant lequel T... n’a d’ailleurs pas quitté son travail, n aurait duré que deux mois environ, au bout desquels il est redevenu normal, son état gastrique étant très amélioré.

Rien à relater jusqu’en 1908. Au cours de cette année T... se plaignit par moments d’avoir la tête vide et de ne plus dormir. 11 mangeait bien néanmoins et vivait normalement.

Le 14 novembre 1906, en rentrant chez lui, se met à pleurer (pour la première fois) à cause d’une affaire de lie de vin sur laquelle il revient quelques jours après. Le 22 novembre, T... rentre chez lui le soir, disant à sa femme qu’il a mal fait son service et qu’il craint d’avoir laissé passer en octroi pour du vin trouble de la lie de vin, très taxée, paraît-il. Dès lors T... n’cst plus le même : il ne mange plus, ne dort plus, se plaint toujours detie tatiguc devient triste, sans cesse préoccupé de cette lie de vin. A tel point que le 15 décembre il va, sur le conseil de sa femme, trouver un inspecteur pour lui présenter sa demande de mise à la retraite. L’entrevue terminée, T... regagne son poste, lorsqu’il entend derrière lui la voix d’un brigadier disant : « Eh bien! vous en avez de l’aplomb de demander votre retraite ! » « Je me sms re tourné et je n’ai vu personne, mais j’ai bien entendu la voix », a-t-il dit le jour môme à sa femme, qui, par la suite, a su que la réflexion avait été faite effectivement, mais en riant, par un brigadier ami de son mari. Préoccupé par ces paroles, T... se couche le soir sans manger, s’endort, mais se réveille brusquement au milieu de la nuit; sa femme le ü’ouve la face congestionnée, s’agitant, disant qu’il étouffe, qu’il ne peut plus respirer, qu’il est tout étourdi. Le lendemain un médecin, appelé, parle de « congestion à la tête » et fait poser des sangsues derrière les oreilles. Le malade reste alité, des idées de suicide lui viennent à l’esprit, suivies de tentatives; il se lève et veut se jeter par la fenêtre; il se frappe la tête contre le marbre de sa table de nuit; enfin, deux jours après, le 18 décembre, il se donne des coups de ciseaux sur le ventre et sur la jambe. Le médecin craint une complication péritonéale et dirige le malade sur la Pitié, où il ne reste que vingt-quatre heures, ramené chez lui par un neveu, médecin, qui avait été prévenu.

C’est alors que se passe un fait qui prendra une importance capitale dans le délire du malade. T. . . , étant alité, reçoit la visite d’un employé deson administration qui lui apporte trois bulletins à signer, bulletins dits de décompte, destinés à lui permettre de toucher 218 fr. 50 qu’on lui devait. ï... signe les trois bulletins, en blanc, comme on le lui demandait, et l’employé se retire. A ce moment un cousin, qui avait assisté à l’entrevue, s’écrie en riant, au dire même de M"' T... « C’est égal, si c’est possible de signer en blanc! » Malencontreuse réflexion qui plonge T... dans le regret de ce qu’il vient de faire, regret qui deviendra un remords. D’ailleurs, deux jours après, la fille du malade touche les 218 francs en échange des bulletins en question. Mais les blessures ne

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