FOLIES DE JALOUSIE
Ma mère et ma sœur ont un genre de folie ; vous qui êtes médecin aliéniste, vous savez qu’il y a plusieurs espèces de folies; elles ont la monomanie •de l’or.
20 octobre 1909. — u Je veux vous raconter les choses qui me sont arrivées à la Santé, à Sainte-Anne et enfin ici.
« A la Santé, j’avais sur moi une lettre qui gênait beaucoup ma sœur et qui m’aurait été très utile pour mon procès. Or elle a disparu.
« A Sainte-Anne on m’a littéralement assommé ; on m’a donné à boire de l’infusion de gentiane et deux ou trois heures après je me suis endormi d’un sommeil extrêmement lourd ; vous comprenez bien que ce n’est pas naturel ; et puis quand je suis parti, l’infirmier a enfermé le paquet de gentiane sous ■clef dans une armoire, en me regardant : il voulait dire que c’étaient des choses dont il ne faut pas parler.
« Enfin, ici, j’ai voulu prélever de mes matières fécales pour qu’on les analyse et qu’on voie bien que ma sœur et ma mèrem’ont drogué. Le premier jour, pendant que j’étais aux cabinets, il y a un espèce d’ imbécile qui simule très bien l’imbécile — car tous ici jouent très bien leur rôle de fous — qui est venu brusquement tirer la chaîne, de sorte que les matières se sont en allées. Le lendemain j’ai pu prélever des matières qui étaient toutes décomposées avec une odeur chimique et je les ai mises dans un papier dans ma poche. Or, pendant la nuit, les espions que ma sœur a placés ici sont venus triturer ces matières pour qu’on ne puisse plus y trouver de drogue. Car il faut vous dire que je ■suis dans une jésuitière ici ; et le plus drôle, c’est que masœur qui est une librepenseuse, qui n’a môme pas été baptisée, est maintenant dans les mains des ■curés à cause de cette histoire de jeu qu’elle m’a volée. »
Le malade dit qu’il a pu enfin prélever de ses matières fécales et en apporte un échantillon dans un papier pour qu’elles soiént analysées.
/f novembre 1909 :
N’a pas reparlé de ses matières.
Nullement réticent.
Conviction absolue.
13 mars 1910. — Le malade désire monter une salle de jeu à la V'I” : il va écrire au directeur pour savoir dans quelles conditions il pourrait installer cette affaire.
D- — Folie systématisée de jalousie.
Enfin voici une femme qui a présenté une folie de jalousie et de persécution avec interprétations seules, qui ne paraît pas liée à l’alcoolisme.
Folie de jalousie et interprétations seules. — sans profession,
entrée à la Salpêtrière, le l*"’ septembre 1898, à Ifâge de 33 ans, sortie le 30 novembre 1898.
Renseignements fournis par le mari.
Mariés en 1887. Sa femme paraissait plutôt intelligente (ce qui est inexact).
Elle était cuisinière dans une maison bourgeoise. Bien portante alors.
Son père s’était remarié deux fois. Mère morte suite de couches.
7iO FOLIES SYSTÉMATISÉES CHRONIQUES.
Un frère qui, par suite de mauvais traitements, serait devenu bizarre. Un autre frère normal.
Le mari a un frère, bijoutier, marié.
La femme de celui-ci prend parti pour la malade.
Le frère aurait voulu prendre chez lui les- enfants de la malade enj’absence de leur mère, pour qu’ils ne soient pas mis au dépôt; mais ce frère ayant luimême sept enfants, sa proposition n’a pas été acceptée.
Douze ans de bonne entente dans le ménage ; mais la femme avait une tendance à la jalousie. Cinq enfants; pas d’envie durant les grossesses, ni de délire à l’acouchement. Pas d’excitation spéciale au moment des règles.
Ne faisait pas d’excès de boisson. Pas de réveils brusques la nuit.
Quelques crampes nocturnes ; tremblement des mains il y a quatre ou cinq ans.
Tempérament calme, a trop calme » (dit le mari).
Pas spécialement gaie, pas orgueilleuse.
Très réservée, trop réservée au dire du mari. Ne sortait jamais beaucoup. Les enfants sont nés en 1888, 90, 92, 94, 96.
Pas difficiles à élever, mais toujours très bien soignés par la mère.
N’a pas pu nourrir Tavant-dernier (une fille).
Début de la maladie il y a quatre ou cinq ans.
Dans la rue, disait à son mari ; ce Pourquoi cette femme te regarde-t-elle? »
Scènes de jalousie à propos de la blanchisseuse, de la bouchère, etc. et une fois rentrée persistait dans son opinion, faisait une scène.
11 y a quatre ou cinq ans, se plaint de cauchemars, de maux de tète, disait : <c Je crois que je deviens folle » et pleurait en pensant à ses enfants. A cessé bientôt de parler à son mari de ses cauchemars et maux de tête.
Le médecin, appelé quelque temps après le moment des cauchemars (trois mois après?) et uniquement parce qu’elle « déraillait », constate des tremblements chez la malade; celle-ci craignait de laisser tomber les objets, disait avoir mal à la tête. Le médecin la trouve très surexcitée. Elle ne s’est pas alitée.
Reproches habituellement adressés à son mari : avoir des maîtresses, jouer aux courses, etc. Quelquefois convenait après coup que ses paroles étaient sans importance; de même disait avoir adressé à telle personne telle parole sans intention de la blesser, sans sous-entendu, sans arrière-pensée.
La malade accuse son mari de coucher avec la concierge (celle-ci est mariées est âgée de plus de 40 ans, et a un fils de 18 ans). Elle fait une scène à cette concierge, l’accusant de coucher avec tout le monde pour 20 francs. Elle lui jette des pierres du haut de son balcon; dans sa colère brise divers objets dans son propre logement, carreaux, etc., et frappe les murs à coups de marteau. Cette scène a lieu en juillet 1898.
Le mari a été mis trois fois à la porte de ses logements, à cause du bruit que faisait sa femme ; elle accuse toutes les concierges successivement de coucher avec son mari, quoique toutes fussent d’âge plus que mûr.
Elle accuse les autres, personnes de la maison; les hommes sont des « maquereaux ». Elle accuse devant d’autres personnes, et en présence des enfants, son mari d’avoir avec elle des rapports contre nature. Elle a dit à son mari, qu’il violait des enfants.
Elle devient menteuse, aloi’s qu’elle ne l’était pas auparavant.