‹ Éléments de sémiologie et clinique mentalesChapitre 133 sur 159 · FOLIES DE JALOUSIE · texte numérisé non relu

FOLIES DE JALOUSIE

Elle disait aux enfants ; « N’est-ce pas, vous avez vu votre père se faire... . la q... et se faire lécher le... par la mère Morisot ? » Elle criait du haut du balcon : « Va donc, avec ta q... àp... »

Son mari a voulu l’empoisonner avec du sulfate de cuivre; on a mis de l’ordure sur son paillasson pour l’empoisonner.

On frappait exprès contre sa porte pour la déranger, et tout le monde dans le quartier a entendu.

La concierge avait aussi frappé en balayant.

Elle suit son mari le matin à sa sortie, le rattrape et lui dit : « C’est non », sans vouloir s’expliquer autrement, puis s’en retournait ; et ce, à plusieurs reprises.

Elle mène une fois son mari chez le commissaire, accuse son mari de ne pas nourrir ses enfants, de les maltraiter, etc. Le commissaire remarque que les enfants sont frais et bien tenus, demande si on les. bat, ils répondent oui avec hésitation, la mère intervient et leur commandé de montrer comme une trace de coup un bobo que porte un des enfants.

Le commissaire veut parler au mari en particulier, la femme veut les suivre, sans quoi « ils comploteraient contre lui ». Le commissaire demande si elle est ivre ou folle.

Depuis, elle a écrit au commissaire, mais n’a pas été le retrouver.

Le mari l’amène à la consultation du docteur Dejerine, le 20 mai, pour faiblesse générale. Elle avait maigri, ne dormait plus du tout depuis un an ; elle entre dans le service de l’infirmerie de la Salpêtrière.

Le mari est venu la voir deux fois par semaine ; il est bien reçu d’abord, puis de nouveau injurié. Elle l’accuse de complicité avec la surveillante. Elle lui dit de faire des réparations de bijoux pour la surveillante, qu’il ne connaissait pas encore, et pour l’inArmière; après quoi elle lui reproche d’entretenir les dites personnes.

Septembre, octobre, novembre. — Observée dans le service, M“e Vid... se revèle une grande débile. Elle n’a aucun signe d’alcoolisme. Elle conserve obstinément les mêmes interprétations délirantes indiquées ci-dessus, qu’elle dissimule maladroitement à certains jours, qu’on finit par lui faire avouer à d’autres. Elle accuse en outre son mari de l’avoir empoisonnée avec du sulfate de cuivre qui aurait été mis dans de l’eau d’orge ; cette eau lui aurait brûlé la peau. Elle suppose que c’était du sulfate de cuivre, bien qu’elle n’en ait jamais vu chez elle. Cette eau lui auraitdonné la colique à elle et à ses enfants. Son mari lui ayant apporté du vin ici, elle l’a bu, avoue-t-elle, sans crainte. Elle prétend que son mari avait avec elle des rapports contre nature la nuit, bien qu’elle n’ait jamais rien ressenti et qu’elle ne se soit pas réveillée.

Elle reçoit tantôt bien, tantôt mal, son mari, qui vient la voir régulièrement. Elle se préoccupe beaucoup de ses enfants qui sont au Dépôt. En novembre elle paraîtmoins sûre que son mari l’ait ainsi trompée et, comme elle paraît de plus en plus tourmentée de ne pas voir ses enfants, et de les savoir au Dépôt, je la laisse sortir.

Pendant plusieurs années îi la suite, j’ai reçu de Vid... de nombreuses lettres où elle se plaint de nouveau de son mari ; elle menace de se suicider si cela continue. Dans une de ces lettres elle a accusé aussi la surveillante du- service Rambuteau de l’avoir séquestrée et elle menace de la tuer. Puis ses lettres

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s’espacent; le mari inem't, elle continue à m’écrire pour me tenir au courant de ses faits et gestes; il apparaît qu’elle déménage fréquemment, qu’elle fait un peu tous les métiers. Ces lettres écrites dans un mauvais français (elle est Allemande d’origine) dénotent un décousu complet dans les idées et une faiblesse de jugement dont je crois inutile de donner des exemples.

A côté des délires de persécution, soit purs soit mixtes, décrits jusqu’ici, il y a trois autres sortes de délires plus rares, qui peuvent se montrer à peu près purs chacun, c’est-à-dire avec prédominance d’une espèce d’idée délirante, je veux dire la folie mystique, la folie hypocondriaque et la folie des grandeurs.

E. — Folie systématisée mystique.

Celle-ci, qui s’accompagne toujours d’idées de grandeur appropriées, a, quand elle estbien typique, une marche systématique relativement analogue à celle de la folie de persécution : d’abord l’inquiétude religieuse, puis la période d’état avec hallucinations de la vue surtout, enfin idées de grandeur, prophétisme, fondations de religion, etc. (quelquefois avec des idées de grandeur peu apparentes ou des idées de persécution), enfin période de stéréotypie du délire et rarement affaiblissement intellectuel. L’érotisme est fréquent. Très systématisée ou mal systématisée l’évolution de la folie mystique peut être jalonnée par des périodes de stupeur, d’extase, de rêve plus ou moins cohérent, qui ont une grande influence sur les idées et les actes du malade, car c’est surtout à ces moments qu’il entre plus étroitement en relations avec les personnages divins ou les saints, etc. Bien qu’en règle il y ait toujours des hallucinations visuelles, j’ai pourtant vu chez un paysan débile, un cas, mal systématisé d’ailleurs, où il n’y avait que des hallucinations auditives.

Je rappelle l’observation de Lef..., fou mystique que j’ai déjà cité pages 128etl69, et qui, à l’entrée dans leservice, a présenté une phase de stupeur pendant quelques joui’s. Cela est à noter, car cela est fréquent chez les mystiques ainsi que l’extase. Pendant cette phase il a vu Satan, qu’il décrit fort mal d’ailleurs.

D.— Comment est-il?

R. — Je sais que je reconnaîtrais sa tète, mais pas son âme.

D. — Avait-il une queue, des cornes?

R. — Je le reconnaîtrais; je l’ai vu au coin d’une fenêtre dans cette maison.

D. — Quand?

R. — Hier.

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D. — Il vous a parlé ?

R — Non, c’est une vision que j’ai eue.

Folie mystique et de grandeur chez un débile.

Rob..., employé de chemin de fer, entré à Bicêtre le 6 avril 1904.

Je n’ai pas de renseignements sur les antécédents du malade dont la famille est en province. Je ne sais pas non plus très exactement quel état mental a présenté R... au commencement. Quelque temps avant son entrée, il avait été se jeter sous un train, ainsi qu’il me l’a dit et comme il le décrit un peu autrement dans une des lettres reproduites ci-dessous. L’amputation du bras droit fracassé par la locomotive avait dû être pratiquée.

A Bicêtre, il a été considéré par les uns comme un mélancoliqne (?) et par les autres comme un débile avec hallucinations multiples à, teinte mystique de l’ouïe et de la vue, la sainte Vierge lui étant apparue à plusieurs reprises. Il est possible qu’il ait eu des idées d’auto-accusation, dont on trouve trace dans une lettre, adressée à Pie X, reproduite plus bas. A-t-il eu un début à allure aiguë accompagné de stnpenr plus ou moins marquée, coupée d’agitation, agitation qui a été notée, ou le traumatisme subi a-t-il amené quelque complication de stupidité surajoutée?

Pendant tout le temps que j’ai pu examiner le malade depuis le l»" janvier 1906, il m’est apparn comme un débile très marqué, s’expliquant mal quoiqne ■très prolixe à certains moments et réticent très souvent. Je n’ai pu avoir par •lui d’autres détails que ceux des dernières visions qu’il ait eues et qui paraissent remonter à qnelques mois avant 1906. Il paraît avoir un délire assez mal systématisé, mais qni évolue vers la grandeur multiple, comme on le verra par ses écrits et par ce fait qu’un jour, le 13 mars 1906, il est venu à la visite dans mon cabinet avec un galon sur la manche. Bien qn’il ne veuille pas s’expliquer sur ce galon, ce symbole doit être en rapport avec l’idée qu’il est lord Roberts (le général anglais), car il entend des personnes l’appeler lord Roberts .sans qu’il sache pourquoi. A plusieurs reprises il parle de visions qui paraissent peu nettes. Il prétend pourtant qu’une nuit on a tiré sur lui avec des boulets •rouges dontil a senti le vent et entendu le bruit. J’ai déjà cité ce fait(p. 121). Il mélange Neptune, Titania, déesse des Enfers, avec la Trinité, etc. Mais il ■^revient souvent sur une vision où il a vu écrit sur le mur : « Tu crèveras, condamné à mort, je te donne mon cœur»; il a dessiné sur un papier la disposition de l’apparition qui comprenait le Père, le Fils, le saint Esprit, Dieu l’être Suprême, enfin un cœur vert à part. Je n’ai jamais pu lui faire bien préciser les personnages divins. Enfin il réclame incessamment sa sortie, il écrit aux autorités, il est violent et agressif par moments, avec agitation; il poursuit la surveillante de l’infirmerie de ses déclarations érotiques ; il lui adresse des lettres incandescentes. Il fait aussi quelques dessins symboTiques.

Je donne maintenant textuellement qnelques-uns de ses écrits (de la main gauche) qui le feront mieux connaître.

« Léon-Pierre-Marie Rob..., Hospice de Bicêtre.

« A Sa Sainteté Pie X,

« Sainteté Inoubliée.

« Dans quel but, ce message, j’ignore, cependant ... loin de considérer lareli

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gion catholique, pour ce qu’elle n’est pas, j’ose m’adresser à votre grandeur. Victime de l’Esprit, plutôt de que l’imprudence, à la compagnie de chemins de

fer de . Tout cela à cause, que je ne pouvais me rendre auprès de votre

sainteté confesser une faute dont le poids ne pouvait être supporter, je voudrais savoir ou je dois en venir 1 étant en prison, n’ayant eu comme tribunal: Que le tribunal Céleste, Recevant du ciel, nombre de Visions que Jeanne D’Arc, n’a pas eu Thonneur de recevoir, pour subir la souffrance du bûcher. N’osant continuer, ne pouvant me rendre à Rome, j’ose vous demander un envoyé spécial.

« Recevez Grandeur Toute Puissante, l’hommage de la Justice, dont je me suis acquise.

« Serviteur dévoué. »

Le sieur Léon R..., V" Division, I" Section,

« A Monsieur le Docteur, c< Monsieur le Docteur,

« J’ai l’honneur de vous informé que n’étant pas jaloux de mes semblables, à qui vous avez le pouvoir, quand Dieu le dispose d’accorder un jour de permission par mois ; je me permet de soumettre à vos yeux ce que je suit : Depuis deux ans que je suis transféré de Sainte-Anne, j’ai fait toutes les démarches possibles pour sortir de l’hospice. M. le docteur F..., ayant signé ma sortie, lorsqu’il était encore au service à la V« division, avait trouvé drôle que l'administration; ne m’avait pas remis en liberté. N’ayant subi aucune condamnation, étant le père de deux petits garçons ; tuteur d’un demi-frère et d’une demiesœur demeurant 5, rue P.... XVII® arrondisement. Voyant que mon séjour se prolonge ici en esclavage, j’ose vous adresser cette requête pour qu’une suite favorable me soit donnée.

« Condamné A Mort; par Têü’e suprême : « Secret que je ne devrais confier à personne, mais que je me vois obligé Je vous communiquer, puisque je suis forcé d’en arriver là. » Ayant plustôt cru être envoyé de Dieu à Ricêtre pour ... que pour y subir une séquestration, que je ne veux pas qualifier d’arbitraire, je vous prie de me faire sortir le plus vite que vous pourrez et jugerez nécessaire, ayant des affaires urgentes à régler. J’espère monsieur le docteur, ne pas être forcé d’écrire à un avocat et j’espère que Dieu, me permettra, pas désormais, plus longtemps une injustice à mon égard. »

« Recevez, monsieur le Docteur, mes civilités empressées.

« Bien à vous,

« Ricêtre, 2 mars 1906

« Le sieur Léon R..., Hospice du Kremlin-de-Bicêtre.

« A Monsieur le Directeur du Petit Journal, 61, rue Lafayette.

« Au nom de Dieu être suprême.

« Monsieur le Directeur...

« Au nom du Père, au nom du Fils, au nom du Saint Esprit, ainsi soit-il...

« J’ai l’honneur de solliciter de votre haute bienveillance, l’intervention de votre pouvoir, pour sortir de THospice de Ricêtre, où je suis séquestré illéga-

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lement, depuis trois ans ; c’est-à-dire . depuis le 6 avril 4904 ; jour de mon arrivée à la dite hospice; venant de la clinique Sainte-Anne; où j’avais été conduit, par mon frère et d’où j’avais demander à sortir me trouvant mieux.

« Monsieur le Directeur; en ce qui me concerne... Dieu seul sait tout; mais je suis forcé de revenir sur le passé, pour vous mettre au courant d’une partie de mon existence...

« Monsieur, je vous dirai que je suis le fils de Monsieur Pierre R..., décoré de la Médaille militaire chauffeur de 1" classe; à la compagnie des chemins de ferde ...., martyr du déraillement du train expresse...., accident arrivé dit-

on par excès de vitesse, le . A la mort de mon pauvre père, j’étais âgé de

11 mois, depuis lorsque j’ai eu l’àge de raison; j’ai toujours esenti un étemel chagrin.

« Entré à la compagnie de ...., pour y faire mon avenir, j’eus le malheur de rester veuf, avec deux petits enfants, découragé, séparé de tous, je résolus de mourir, comme mon père : le 7 juin 1904, j’étais considéré par mon chef de dépôt, comme malade, le8,jevoulu reprendre mon service, et je fustrouvémon chef, mais celui-ci pour toute réponse, me dit que je n’étais pas en assez bonne santé ; alors au lieu de sortir, par le concierge, je me dirigeai par la gare de marchandises de ...., mais pour atteindre, cette dite gare, il fallait que je traverse les lignes principales; à ce moment un train de Paris-Saint-Lazare, se dirigeant à Paris-Nord, arrivait à la vitesse de quarante-cinq kilomètres à l’hem’e; en levant les bras vers le ciel et en pensant à Dieu et en disant (comme mon père) je me trouvait planté devant ce cheval de fer, qui me trouvant comme obstacle me donna un coup de fatal.

« J’allais être réduit en miettes quand par un miracle, j’échappai àlamoid j’eus seulement le den-ière de la tête fracassée; la main droite écrasée et des contusions multiples au bas du dos. « J’ai mérité la Croix de la Légion d’honneur», du moins Dieu me l’éclair...

« Je fus ramassé, par quatre ouvriers charrons, du dépôt de locomotives de ...., qui me transportèrent à l’Hôpital Beaujon, où je reçu les soins nécessaires.

« Soigné et amputé du bras droit, à l’Hôpital Beaujon, je restai quatre jours dans le coma; je revins à la vie et renaît à la lumière, de retour à la convalescence, je fus envoyé à Vincennes, je revins à Beaujon, puis chez moi où je demeurai 5, rue P — Mais, me trouvant désorienter, je fus conduit à la clinique Sainte-Anne ; et transféré sur l’Asile de Bicêtre, où je suis actuellement.

«Mon accident arrivait donc le 8 janvier 1904, et j’entrai à l’Asile de Bicêtre le 6 avril de la même année.

« Depuis pour sortir j’ai fait toutes les démarches possibles qui suivent et qui ne sont pas rester sans résultat, mais qui n’ont pas donné suite; à ma seule et unique demande.

« J’ai envoyé ma demande aux Messieurs ci-dessous :

« A Monsieur le Préfet de Police.

« A Monsieur le Préfet de la Seine.

« A Monsieur le Président du Tribunal Civil.

« A Monsieur le Président de la Ligue des droits de l’homme et du citoyen.

« A Monsieur Iq Directeur général de l’Assistance publique.

« A Monsieur le Directeur de l’Hospice de Bicêü-e.

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« A Messieurs les docteurs Aliénistes.

« Une lettre envoyée à Monsieur le Préfet de Police, fut au ministère de l’Intérieur, deux envoyés de celui-ci se déplacèrent et vinrent parlementer avec moi (Monsieur Clémenceau en personne, je crois . )

«Monsieur, je suis âgé de trente ans, père de deux garçons, k chai-ge de ma belle-mère, peu aisée ; madame Vve N..., demeurant à S... (Maine-et-Loire.) tuteur d’un frère et d’une sœur, demeurant dans mes meubles, 5, rue P...; pour ces divers raisons, je désirerai revoir mes enfants et apporter mon concours à les élever . N’étant plus aliéné, mais maintenu quand même par

l’administration de l’Assistance Publique, dont je ne connais pas la raison; je vous serai bien obligé de prendre fait et cause, pour un père de famille, qui serait, très heureux, de retrouver la liberté perdue et jouir après complète guérison de la vie de famille.

«Je n’ai jamais subi de condamnation.

« J’ai envoyé aussi deux requêtes à Monsieur Maître Hemd R..., Avocat, mais je n’ai reçu, aucune réponse, crois que si l’administration générale, ne veut pas céder, un procès serait peut-être possible entre elle et moi, pour le préjudice, qu’elle m’a portée depuis trois grandes années.

« Monsieur, je me demande, serait-ce parce que le Roi de l’Univers, m’a apparu, que je serai interné ; soumettant à mes yeux les écrits mystérieux qui suivent :

«1" Condamné a mort .

«2» Tu CRÈVERAS .

« 3“ Je te donne mon c(®ür .

«Pourtant interné, je sors en rêve, comme roi de l’univers, je veux dire au nom de notre notre Sainte et « Nouvelle Eglise :

« Dieu être suprême

« Dieu père

« Dieu fils

« Dieu s‘ esprit

« Et un cœuR vert très bien représenté.

« Monsieur le directeur du Petit Journal c’est de la main du cœur, que je viens de confier au papier, ce que je viens d’écrire; écrits qui concernent surtout

la Frange . (secrets). J’espère que les choses n’en resteront pas là lorsque

vous aurez pris connaissance de mon humble supplique, je voudrais bien voir un journaliste de votre administration (un lecteur du Petit Journal). Espérant, et comptant sur votre bonté, daignez je vous prie, reçevoir monsieur le Directeur, mes sincères remerciements, mes salutations et l’expression de ma profonde reconnaissance

Votre Tout Dévoué

«Esprit-saint... ex-roi de frange (caché...)

« Pensionnaire. Hospice de Bicêtre, V' division, P= section.

« Colonnes de Bicêtre. Chambre privée, N“ 13.

« Kremlin de Bicêtre.

« Rue du Ki-emlin 78,

« Banlieue de Paris.

« Seine »

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« Paris-Batignolles, 5 rue P..., XVIP Arrt

« Dimanche 16 septembre 1906 <c 1» soir

« Ma chère Amie,

« Mademoiselle, je me permet de confier, au papier ces quelques lignes, car quel que soit la séparation que votre congé veut en m’éloignant de vous que j’aime tant, je ne peu résister au désir de vous écrire. Si, mon cœur a parfois une douleur, assez cruelle que rien ne peut empêcher si ce n’est qu’en pensant à vous, et en vous aimant comme je n’ai jamais aimer que la souffrance s’apaise ; car sachez le si je ne vis que pour vous et par vous ; c’est que cette amour scellée dans tout mon être, sera toujours un amour sincère que rien ne peut surpasser. Puissiez-vous me comprendre. Mademoiselle et apporté à celui qui vous adore le serment du drapeau tricolore septentrional.

« Attendant, mon aimée, en vain le bonheur d’être libre, je reste pour vous mon adorée, un ami unique et sincère au lieu d’un martyr.

K Chouchoutée, quand je suis auprès de vous, il me semble que nos deux cœurs n’en font qu’un. Toute mon amour, chère Miette, s’est portée vers vous, cette amour, si juste qui brise le cœur, apportera sans doute pour soulager ma douleur cruelle et quelquefois jalouse, l’amour et la tendresse que j’attends de vous et avec qui j’aurai voulu partager ma noble existence.

(( Depuis, deux ans que j’ai eu le bonheur de vous voir, pour la premières fois, votre chère image ne m’a pas quitté de l’esprit. Depuis, je vous aime en silence et reste muet et pensif en songeant à l’avenir. Si le honheur, nous avait réunis il y a quelques années, comme nous aurions été heureux, et ce temps écouler ou nous nous sommes rencontrés dans la vie restant serein m’a fait, penser bien souvent au bonheur perdu et aux douceurs de la vie; qui se sont envolées pour ne plus revenir.

« Plaise à Dieu, que l’avenir nous réserve, un bonheur inconnu et nous unisse dans l’autre monde pour une éternité.

« Il y a quelques jours, j’ai demandé la permission àMonsieur G. de descendre vous voir, mais celui-ci n’étant pas prévenu n’a pas pu accéder à mon désii', ni m’accorder cette faveur,

J’espère Chère Miette, que vous m’aimez toujours bien, si par malheur votre aimable personne voulais que vous ne m’aimiez plus, je prierai Dieu afin que vous fussiez assez bonne de me le faire savoir et comprendre, au moins la douleur serait plus vive au moment où je recevrai le message, mais peut-être plus douce vers l’avenir, sur laquelle j’ai basé mes espérances. Bonne santé et bonne fin de congé. Que m’importe le destin puisque je vous aime, à la vie, à la mort . toujours .

« Recevez, mademoiselle, de celui qui vous aime et vous aimera toujours ses. plus tendres baisers.

«c Léon Chouchouté.

a Léon R., pensionnaire, hospice de Bicêtre* « 5® division, l"’® section « 78, Rue du Kremlin, 78 oc Paris.

« (Seine.) »

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Colonnes de Bicôtre, 29 juin 1907 .

(c Cellule N“ 13.

C( Docteur, par la parole et votre audace,

« Vous m’avez blesser d'honneur pour l’Alsace.

« J’ai le droit de me remarier.

« Grâce au code français de Napoléon « Monsieur .

« Je n’ose vous l’éci’ire, monsieur Chaslin,

« 11 faut tous, dans le droit chemin « Faire un métier, vaille que vaille « Ou de l’esprit ou de la main.

« Nous travaillons de l’esprit, vous vivez à notre détriment, ce qui n’est pas permis, ça finira Monsieur l’aliéniste, vous n’abuserez pas toujours des braves gens aussi honnête que vous puissiez l’être. Quoique en deuil, j’ose vous écrire ainsi; ma mère restée Veuve avec mes deux petits enfants a besoin de ma présence, étant peu aisée pour les élever; je n’ai subi aucune condamnation, je suis juste et la bonté même.

Vous me considérez comme aliéné et je ne le suis pas . -Dieu sait tout, la

commission dernière, qui a passer, n’a pas mis opposition à ma sortie, pourquoi me gardez-vous, la force reste k la loi, mais le droit prime la loi : de quel droit m’empêchez-vous de travailler .

— Pourquoi me gardez-vous, c’est l’histoire de me nourrir, pour soigner les aliénés, il y a trois ans que je travaille et je ne suis pas payé, je ne suis pas un fainéant et je n’aime pas rester à rien faire, je veux travailler ou être transférer.

« Je regrette beaucoup monsieur le docteur aliéniste Chaslin, ne trouvez pas drôle d’ête, après toutes les démarches que j’ai faites, d’être condamné à mort par le tribunal de Dieu... Etre Suprême, pour injustice et séquestration arbitraire! Vous êtes inculpé, par N. S. J. C. et le grand S. Léon, patron de la religion catholique. . .

« Monsieur, vous m’avez un peu trop questionné, pour que les choses en reste là sans doute que vous voulez tout savoir, et vous n’en avez pas le droit.

« Je suis père de famille, et vous n’avez pas le droit de me séquestré, l’honnête société, ne permet pas cela ainsi que la loi de 1838, de garder des gens honnêtes, sous les verroux, et de les nourrir à ne rien faire . . .

« N’oubliez pas monsieur, que je suis reconnu, par la préfecture de la Seine pensionnaire à l’asile de Bicôtre. Envoyé de Dieu de la clinique Sainte-Anne. Je vous salue...

« P. S. Monsieur, je vous ferai remarquer, que vous m’avez dit devant Mr les internes, que j’étais amoureux de mademoiselle , N... surveillante à la dite hospice. A DIEU. ESPRIT-SAINT, rien n’est caché, et si Dieu, a daigner nous unir secrètement, je sais pourquoi et cela ne vous regarde nullement, à moins que ce soit votre di’oit. Pour, ces raisons, je demande à monsieur Chaslin à être transféré à Nanterre ou ma sortie immédiate étant placement volontaire.

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«Recevez, Monsieur, mes salutations empressées; au revoir et merci... monsieur Chaslin...

Lord Roberts.

Louis d’or...

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