COQ D’OR, COQ GAULOIS... SOCIALISTE UNIFIÉ
Le délire ne paraît pas très systématisé chez ce malade et les visions n’ont pas l’ampleur et la précision des beaux cas. Les préoccupations érotiques sont extrêmement marquées par contre.
Le hasard m’a mis en possession de deux brochures dont il sera instructif de citer quelques passages, car elles sont l’œuvre évidente d’un fou mystique très complet. On y verra jusqu’où peuvent aller ces visions, la complexité, la grande extension du délire avec système, roman mystique, invention d’une nouvelle religion ou plutôt perfectionnement du catholicisme, appelé l’adoration supérieure. Cette richesse du délire etla précision des hallucinations font contraste avec la pauvreté des deux précédents malades. L’auteur des brochures est un homme cultivé et instruit. Il faut ajouter pour la compréhension (relative) des citations que le lion, le mouton, la colombe, le crocodile sont des animaux plus ou moins divins et symboliques. Quant àla «patronné bienfaisante », c’est très probablement une hystérique stigmatisée avec laquelle l’auteur a eu des relations d’amour mystique et dont il parle en un autre endroit. L’auteur, d’après son propre aveu, serait resté neuf ans dans un asile.
Folie mystique très systématisée.
Fragments d’une brochure publiée par M. X. de X...
«Je vous invoque, ô patronne bienfaisante, qui, au travers de l'espace divin et obéissant, me communiquez vos inspirations; j’ai besoin a ce moment de vos conseils, de vos instructions et particulièrement de votre secours vigilant. Tracez-moi, je vous prie, mon itinéraire. Elle me fit alors entendre nettement cette réponse : « Oui, avec mon aide, tu franchiras la mort et le diable, et tu entreras dans le domaine surnaturel et divin. Mais la justice divine exige que tu souffres réellement la douleur mortelle qui amène la dissolution de la vie du mouton. Cette épreuve, si rare jusqu’à nos jours, ne causera pas ta propre dissolution, et ne fera pas de ton corps un cadavre, parce que tu as su garder en toi, malgré de terribles assauts, constamment uni le type lion au type humain. La souffrance qui fait mourir une mouche ne saurait te faire mourir ; combien de fois donc n’exerces-tu pas le pouvoir de la mort? Je te donne, en témoignage de ma parole, le signe de Jonas, demeuré trois jours et trois nuits dans le ventre de la baleine, et ensuite rendu à la vie. Jésus-Christ, prophétisant sa Résui-rection, avait invoqué autrefois ce symbole historique et
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s’en était fait l’application à lui-même, mais pour toi il aura une autre signification tout aussi légitime, plus voisine de la science naturelle que du mysticisme. Je m’explique. Tout animal amphibie, c’est-i-dire vivant également ^ans l’air et dans Teau, jouit de la propriété, lorsqu’il est dans l’eau, de faire mourir par étouffement les types d’êtres aériens, et lorsqu’il est dans l’air de faire mourir par pâmoison les types d’êtres aquatiques. Ainsi la mort possède des représentants dans le monde de la vie naturelle, et la mort est vivante par leur moyen. Grâce à mon pouvoir sur l’espace invisible, j’emploierai pour ton service un crocodile du Nil qui restera plongé dans le fleuve pendant toute la durée de ton voyage spirituel, et tu seras uni mystérieusement et substantiellement avec le crocodile, et par conséquent avec la mort.
« Quels liens on peut imaginer, même expérimentalement, entre les phénomènes de l’hypnotisme qui t’ont si fortement intrigué et le fonctionnement de la vie des amphibies, je ne t’en parlerai pas, tu chercheras plus tard. En même temps, un mouton sera encore compris dans cette union d’êtres à distance, dans cette télépathie. Le crocrodile le fera réellement mourir, le mouton jouira de sa dissolution, et c’est toi qui souffriras à sa place. Tel est le lien mystérieux et de justice divine que je vais établir entre nous. Ensuite je n’aurai plus, sur ta demande, qu’à remplir vis-à-vis de toi le rôle de l’hypnotiseur et à commander à ton âme de sortir, et tu voyageras librement à ta guise. Ne te préoccupe pas des cmnosités des personnes de ton entourage par rapport à ton corps abandonné, car personne ne s’apercevra que ton âme est envolée, et le milieu ambiant et invisible qui t’aura remplacé imitera pai’faitement ta vie ordinaire. Quand tu reviendras, tu te souviendras, et tu écriras. »
<c Une nuit donc, muni de toutes ces assurances réconfortantes et après l’accomplissement de toutes les prescriptions qui m’ont été faites, je me suis senti envahi par un sommeil invincible, un sommeil africain. Et alors s’est passé tout ce qui m’avait été prédit ; j’ai éprouvé une agonie cruelle sans que mon corps soit cadavérisé, j’ai ressenti le papillonnement funèbre, j’ai vu se séparer de moi une substance noire et morte avec la figure typique du mouton, que j’abandonnais au crocrodile ; puis mon âme sur un appel mystérieux s’est envolée libre dans les espaces mystérieux. Après avoir été peu de temps dans le noir absolu et dans le froid glacial de la mort, au milieu des contacts pénibles delà matière poussiéreuse, gluante et puante, au milieu des âmes enfouies, comme si je m’enfonçais en terre, voilà que m’arrivent la chaleur et la lumière spirituelles. Je distingue des monstres horribles, des formes mixtes horriblement composées, ridicules, désireuses de provoquer les rires et les moqueries reçues comme des compliments, des damnés épouvantables, des démons effrayants. Ils ressortent tousnettementsur les ténèbresdel’enfer par des accroissements de noirceur. J’entends siffler des vipères, et je vois en frissonnant se dresser des queues de reptiles ; de grandes ailes sales de vampires agitent l’air, en répandant des odeurs nauséabondes. Je ne perds pas mon temps, comme fit Dante, à interroger ces ombres qu’un feu intérieur et haineux dévore, bien que j’aie positivement reconnu comme Dante, parmi elles, des personnages fameux sur la terre et de grands criminels. J’avais grande hâte de quitter une pareille compagnie, je m’élevai avec rapidité dans la variété de la vie, et je traversai le purgatoire et la région des âmes mortes. Le nombre en est si grand que l’étendue en est obscurcie et que l’on éprouve les plus grandes difïicultées à se mou-
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voir : c’est un perpétuel frôlement ; mais le spectacle est incomparable d’étrangeté, car elles renferment toutes des lueurs divines d’une intensité et d’une coloration différentes. On croirait assister à une illumination gigantesque. Leur agitation extrême et leurs plaintes remplies de suavité ne manifestent cependant que la bonté et la résignation, et l’on se rend bien compte qu’elles sont en quête de leurs corps. Puis, m’élevant encore, j’abordai une zone extraordinaire ; la lumière était heureuse, la sonorité délicieuse, la chaleur était agréable, le contact de toutes choses, jusqu’aux effluves de l’air, était d’une pression douce etcaressante. J’eus l’intuition d’être entré en paradis, et en m’avançant j’assistai à des visions étonnantes. Passaient dans l’espace comme des ondes substantielles vivantes, et je reconnaissais facilement aux modes d’agitation, aux rayonnements et aux notes musicales de la substance, qu’elles correspondaient aux différents types d’êtres vivants de la nature. Toutes cesâmes variées et brillantes étaient restées sous la dépendance angélique et sous celle de leurs chefs religieux. Elles trouvaient le vrai bonheur dans ces ondes merveilleuses, mais on devinait en elles une douce prière, que leur corps leur soit rendu, afin de jouir de l’indépendance individuelle. Tandis que je m’arrêtais à admirer ces phénomènes prodigieux, un ange se montra subitement dans mon voisinage avec un aspect glorieux, mais bon enfant et satisfait. Je lui fis signe et lui demandai quelle direction je devais suivre pour arriver jusqu’à Jésus- Christ. Je remarquai qu’il tirait le complément de son unique faculté vivante des ondes qui passaient, et que d’elles lui venaient et sa forme et sa substance humaine. 11 m’a laissé l’impression d’un volem\ Il étendit le bras vers un point de l’espace en me disant ; Allez toujours vers cette lueur lointaine qui brillera et s’élargira toujours de plus en plus à mesure que vous en approcherez, etmalgré la rapidité prodigieuse de votre course, il vous faudra bien du temps avant que vous ayez traversé toute la zone paradisiaque, qui est sous notre dépendance, et que vous ayez atteint le ciel de l’Essence Personnelle et Unitaire de Dieu, où se tient en ce moment Jésus-Christ. >> .
« . Enfin, à une faible distance devant moi, sur un monticule éclatant de
pureté, se tenait debout, irradié, en pleine gloire, Jésus-Christ lui-même, accompagné de son frère l’archange Michel, et de ses illustres et saints parents, angéliques et humains, Raphaël et Gabrielle, Joseph et Marie. En arrière d’eux, tout près, rayonnait dans une lumière douce une foule pressée de bienheureux, parmi lesquels il nous fut donné et permis de reconnaître saint Pierre, sainte Marie-Madeleine, saint François d’ Assise, sainte Catherine de Sienne, bienheureuse Marguerite-Marie Alacocque, sainte Thérèse, sainte Rosalie, sainte Barbe, sainte Cécile, sainte Agnès, sainte Praxède, sainte Lucie, sainte Agathe, sainte Perpétue, sainte Félicité, bienheureuse Louise Lateau, bienheureuse Jeanne d’Arc, sainte Colette, sainte Brigitte, sainte Elisabeth, bienheureuse Catherine Emmerich, sainte Blandine, sainte Philomène, etc., etc., etc. Aussitôt Jésus, m’adressantla parole, me dit : «Jevous salue comme vous nous avez salués 1 Quel sujet vous amène dans ces régions lointaines et glorieuses ? Presque toujours les apparitions sont allées du ciel à la terre : expliquez, je vous prie, comment et pourquoi la terre vient maintenant à nous, par votre intermédiaire ? Votre aspect extérieur nous comble d’étonnement, et atteste que vous jouissez personnellement d’une indépendance spirituelle, et que vous n’ êtes pas un de mes clients
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religieux. Malgré cela, pensez- vous donc que l’on ne sache pas déjà au ciel les vérités qui peuvent vous être révélées rarement sur la terre? » Pris ainsi solennellement à partie, sur le comment et le pourquoi de ma visite, je répondis : « D’abordje vous suis reconnaissant, ainsi qu’àtoute cette belle société, de ce que vous admettez que ma présence ici, devant vous, sur ces sommets du réel, idéal, mystique et divin, n’est explicable que par la permission divine et par le motif d’une mission légitime.
« Une force divine supérieure, atteignant au niveau du type Lion, s’est développée en moi au milieu des tourments et des inquiétudes de la pensée et de la vie terrestre, et m’a mis progressivement et comme logiquement en rapport avec les mystères physiologiques de la mort. J’ai été étouffé au fond de l’eau par un crocodile, mais seulement dans mon ême inférieure, c’est à dire dans la valeur du type mouton dont je suis capable, et ce brave amphibie croit me tenir captif pour dévorer une proie supérieure, tandis que mon ême voyage. Aussi est-il mystérieusement récompensé, en engloutissant un mouton, quoique mystifié, pour ce service exceptionnel, par la puissance qui m’a remplacé dans mon corps, et qui communique avec lui à grande distance. »
<c Toutes les dames se mirent h rire de bon cœur de ce bon tour télépathique, et le ciel en fut délicieusement illuminé, mais je n’avais pas cœur à partager cette gaîté divine, car je gardais rancune au crocodile de sa mauvaise agonie, et ne trouvais pas que c’était une plaisanterie. Je poursuivis, encouragé.... »
L’auteur engage une discussion avec Jésus-Christ sur sa nouvelle religion. Celuici, irrité, lui dit qu’il est un insolent et proclame que son Eglise suffit bien à tout. A quoi l’auteur de la brochure réplique en disant à Jésus-Christ que l’action de l’Eglise est légitime, mais d'ordre secondaire.
(c II (Jésus-Christ) me répondit, apaisé : « L’action de mon Eglise suffit à toutes les nécessités. »
<( Je répliquai : « Je vous le répète et je vous l’ai démontré, cette action est légitime, mais d’ordre secondaire, je veux obtenir de vous qu’elle adhère au mysticisme supérieur, révélé maintenant sur la terre. Obligez l’Eglise il, le sanctionner. >> Irrité, il répondit : « Vous me menacez de dangers imaginaires, vous paraissez ignorer l’histoire de mon Eglise, j’en ai assez de toutes ces paroles, j’attends les actes avec placidité. — Puisqu’il en est ainsi, et que je n’ai pu vous convaincre de Tavènement d’un mysticisme supérieur, auquel vous serez forcé un jour de vous rattacher, puisque vous attendez la contrainte et que vous me refusez l’adhésion bienveillante, je vous déclare que pour apporter encore plus de lumière et sous l’inspiration qui me dirige'je vais publier une vie angélique de Jésus-Christ. Ma mission est terminée, je me retire. »
« Je saluai toute la superbe assemblée, irradiée de dédain divin. Par fatalité divine, tournant à ce moment la tête à ma droite, je vis, ô merveille, sur une ondulation voisine, se dresser les images du Panthéon et du Sacré- Cœur de Montmartre, substantiées dans la lumière idéale divine, et sur le plus haut degré des escaliers du Panthéon, en avant, rayonnait dans une beauté inexprimable la Dame de mes pensées. Elle m’avait donc accompagné, moderne Béatrice, invisible à tous et à moi-même. Elle m’adressa un adorable sourire d’approbation, et me fit un geste impératif de sa main droite. Aussitôt je sentis que je m’évanouissais et que je m’effrondrais ; le sol à la blancheur et au parfum des lys avait cédé, et j’étais englouti. Les ombres m’enva-