MOYENNE PHYSIQUE
par 24 heures.
Urée .
ITs^OS
Acide urique .
O.SO à 0.70
Anhydride phosphorique ....
Chlore . .
Volume .
Réaction acide.
Densité .
Albumine .
Glucose .
Pigments biliaires
23 mars. — Sa femme, venue pour avoir des nouvelles, dit que dimanche dernier il faisait des gestes plus rapides que jamais et qu’il prétendait vouloir imiter le kanguroo sans dire pourquoi. Un autre jour, il faisait le geste de jouer au Zanzibar. Il s’intéresse, dit-elle, à la situation de grossesse de sa femme à l’enfant futur, à son nom, à la santé de ses tantes. Il aurait parlé, il y a trois semaines, de la chaise cassée en disant qu’il ne savait pourquoi il l’avait cassée. Elle le trouve mieux, plus animé en sa présence. Il lui a dit que ces gestes étranges étaient dus à la « maladie enfantine. «
f «’■ avril. — G... dit spontanément à son infirmier qu’il lui devrait un fameux cierge quand il serait sorti d’ici.
Sa femme prétend qu’à elle, G... se plaint toujours de souffrir quelque part, fluxion de poitrine, douleurs de jambes, rhumatismes, etc.
On fait venir G.. . avec sa femme et on assiste à leur conversation. Il s’anime évidemment un peu, manifeste de la tendresse pour sa femme, demande spontanément des nouvelles de sa famille, tout en continuant de temps à autre a faire ses gestes. Sa femme lui demandant pourquoi il les fait, il répond : « C’est machinal. » Sur une question de M'”' G...., il affirme manger tout seul maintenant, ce qui est inexact. Celle-ci nous raconte que son mari a dit à une cousine, qui est venue le voir, qu’il se souvenait parfaitement avoir été déjà malade une première fois.
22 avril. — Commence à gâter au lit ou, levé, dans son pantalon. Va dans les W.-C. de la cour et y ramasse des matières fécales. Hier il s’était complètement barbouillé de matières; à la sortie du bain de nettoyage, il s’est agenouillé sans rien dire devant l’infirmier, en se prosternant plusieurs fois.
26 avril. — Pour la première fois il dit : « J’ai un remords qui fera le malheur de ma vie, c’est pour cela qu’il faut que je jeûne. »
3 mai 1909 — 11 demande à sa femme si le 1” mai il n’y avait pas eu de bruit dans la rue.
17 mai. — Réflexes très forts. Inégalité pupillaire avec myosis gauche. Dermographisme faible.
20 mai. — Lettre presque raisonnable de G... à sa femme, sauf qu’il ne mani-
Néant.
CATATONIE.
l'este aucun étonnement d’être à Bicêtre; il donne de ses nouvelles et demande de celles de sa famille d’une façon presque correcte.
f 6 juin . — Nouvelle lettre analogue à celle du 20 mai :
« Ma chère petite femme,
« Comment vas-tu, je commence à m’ennuyer de toi. Mère est venue hier et j’étais un peu content d’avoir de ses nouvelles. Paraît que ça a été dur pour toi et que tu a souffert beaucoup.
• <i L’essentiel est que ça va mieux et que le bébé se porte bien.
<( .le voudrais bien le voir car ça commence à être long.
<c Lui donne tu à téter ou le biberon.
« Je te dirai que ça va un peu plus mieux et que la patience d’attendre de ses nouvelles me fera grand plaisir.
« Les médecins ton ils bien soignée ?
« De mon côté j’ai bien souffert aussi et je crois que je ne suis pas au bout, maintenant que je suis appelé à être papa.
« Ce qu’il faut songer c’est que le baptême ou Son prénon.
« Bien des choses à ta mère et à mon beau-frère pour moi.
« J’espère qu’ils se portent bien tous les quatre.
« Dans l’espoir d’avoir de tes nouvelles le plus tôt possible, je t’embrasse ainsi que ma petite fille.
« Quand ça ira et que je serai auprès de toi, nous irons la faire tirer en portrait.
« Comment va Ch.... et sa femme. Les affaires vont-elles en cette époque de l’année.
« Une poignée de main par moi.
« Bonsoir et réponds moi de suite, car je trouve le temps long,
« Léon G...
« Embrasse bien ma petite fille pour moi, est-elle gentille »
22 juillet. - Mutisme absolu. Négativisme. — Paraît de temps en temps s’intéresser à quelque objet, et alors son masque immobile se revêt d’une légère et fugitive expression. G... est sans chaussettes dans ses souliers. On veut le faire écrire; il demande « la craie et l’ardoise ». Enfin, après bien des gestes et des hésitations, il se décide à prendre le crayon bleu qu’on lui tend ; il écrit des mots incohérents, mal formés, et trace des dessins informes entremêlés de lettres. Ne répond rien aux questions écrites qu’on lui pose. Comme on lui demande depuis combien de temps il est ici, il répond ; « Il y a un temps infini. >>
4 aoiît — On lui annonce avec précaution la mort de sa femme. Il ne paraît en rien ému. Au bout d’un instant il dit : « .Alors, je suis veuf, c’est affreux. » Et c’est tout.
12 septembre. — L’infirmier de la salle rend compte que G..., à deux heures et demie, pendant la visite de sa mère, s’est levé subitement de sa chaise, le regard fixé en avant et a crié deux fois : « Monsieur Courcelle ! » puis a frappé violemment la table à coups de poings. Physionomie courroucée. Au bout d’un instant. G... a repris sa placidité ordinaire.
17 octobre. — Une partie de la matinée grande excitation et agitation; G... se met à courir subitement dans la cour, jetant son paletot qu’il vient d’en-
FOLIES DISCORDANTES
lever sur la tête des malades qu’il rencontre. Pai’oles incohérentes prononcées avec volubilité : « Je tiens la chèvre à Landouski et lui tire la queue; j’ai tué la cHèvi’e, je l’ai dépecée et fait avec des côtelettes de mouton dont nous nous sommes régalés... C’est le petit trou (ferme à moitié la main). Je ne travaille pas, mais je ne suis pas une p...
« Mon père m’a cassé les dents.
« Je fais des peignes avec de la graisse, verts, rouges, bleus.
« J’ai fait dans une queue de poêlon... »
Depuis quelques jom’s, le matin, G... semble avoir de l’excitation parbouffées l’elativement courtes.
28 octobre. — Nouvel examen. — Sensiblement mêmes résultats que précédemment. A noter seulement qu’il unmoment, comme on l’interpelle .-«Monsieur G... ! », il répond par un jeu de mots sur son nom.
Depuis son entrée le malade n’a, en somme, guère varié ; on a noté à diverses reprises la façon dont il se comporte en général à la section. Comme un exemple résumant bien l’ensemble, voici la note du surveillant concernant ces derniers temps :
<c G... ne fait pas sa toilette seul, ne s’habille pas seul. 11 n’entend pas la cloche des repas. On le déshabille et on le couche comme un enfant. Mais il va seul aux W.-C. où il fait des gestes bizarres. 11 ne gâte couché ou levé que de temps en temps. 11 est indifférent à tout ce qui se passe autour de lui, accueille avec indifférence son père et sa mère, leur parle à voix basse de choses banales et incohérentes. Se promène rarement. Se tient le plus souvent dans un coin dans l’attitude Agée déjà décrite et avec les gestes menus et variés des mains. Dans les quelques périodes d’excitation qu’il a présentées, parle à n’importe qui avec véhémence.
« On le fait aller à table. Mange rarement seul, mais lorque cela lui arrive, il reste un temps infini pour manger, s’arrêtant longuement à chaque bouchée, mâchant lentement. II lève la cuiller à hauteur de sa bouche, l’y maintient un certain temps, puis,' après avoir regardé dessous, et fait plusieurs gestes de la main gauche, il la met dans la bouche. Lorsqu’il boit, il lève son gobelet à deux mains comme le calice à la messe, remue les pouces et les index sur le gobelet, puis regarde plusieurs fois dessous.
K II mange souvent avec ses doigts, n’importe ce qu’on lui sert; mais parait préférer ce que sa mère lui apporte.
« Lorsque celle-ci laisse des provisions en dépôt et que l’infirmier les lui offre, il n’y touche pas et ne semble pas les voir, mais dès que le garçon les a replacées dans l’armoire, il profite de l’éloignement de l’infirmier, jette un regard circulaire pour s’assurer qu’on ne le remarque pas et, ayant été chercher les provisions, les avale gloutonnement. »
5 décembre 1909. — Grise convulsive avec secousses généralisées au début de l’accès, localisés ensuite au côté droit. Bave non sanguinolente. Pas de stertor ; le malade revient à lui au bout de dix minutes environ. De petites secousses se montrent à la main droite après la crise, puis s’espacent et cessent complètement.
Il me paraît difficile de voir un plus beau cas de catatonie, sans catalepsie, il est vrai ; mais ces intermittences, dont une a duré
FOLIES niSCORDANTES.
quatorze ans, pendant lesquelles le malade a poursuivi sa carrière et s’est marié, montrent bien d’une part que la « démence précoce » n’est pas une démence dès le début, et d’autre part, comme je l’ai déjà dit, que l’intermittence n’est pas suffisante pour déterminer une forme spéciale de folie. On voit aussi que le négativisme est surtout l’ennui d’être interrogé, comme je l’ai exposé longuement (p. 54). Enfin il faut noter les lettres presque normales de G., alors que ses propos sont tout à fait incohérents. La discordance est donc très étendue. On peut parfois rencontrer l’inverse, les lettres étant plus incohérentes que les paroles.
Remarques générales.
Discordance et folies discordantes. — Chacun des types que j’ai décrits sous le titre général de folie discordante est-il un type à part d’une folie à part ou seulement une forme d’une folie ? Le lien commun entre ces types, la « discordance », est-il suffisant pour n’en faire qu’une folie? — Je pourrais me dispenser de répondre, puisque j’ai assez dit que la clinique seule ne nous permet pas de trancher la question jusqu’à présent et que je ne faisais pas de nosographie. Le mot de type clinique ne préjuge rien.
Quoi qu’il en soit, cliniquement il y a un lien entre ces types; il semble qu’il y ait des formes de passage ; enfin les folies discordantes paraissent se développer très approximativement en trois périodes, de début, d’état et enfin terminale.
C’est surtout Kraepelin qui a réuni sous le nom de « démence précoce » l’Hébéphrénie de Hacker etKahlbaum, la Katatonie de Kahlbaum, la Démence Paranoïde, et qui tend à en faire une entité (bien qu’avec réserves). Il y a rattaché aussi les folies systématisées hallucinatoires, qui pourtant sont assez distinctes cliniquement et dont je les sépare résolument.
La démence dans lesfolies discordantes. — Ce mot de «démence précoce», choisi par Kraepelin, est mauvais, car, ainsi qu’on l'a vu, la démence n’arrive le plus souvent qu’au bout de longues années. Aussi Bleuler emploie-t-il le mot de « Schizophrénie » pour caractériser ces folies et j’ai choisi celui de folies discordantes, le mot discordance correspondant à l’ataxie intra-psychique de Erwin Stransky, à la dysharmonie intra-psychique de ürstein. La démence, même quand ellearrive, ne paraît pas d’ordinaire trèspro-
FOLIES DISCORDANTES
fonde ; elle ressemble assez à celle des folies systématiques où le plus souvent elle manque ou est très partielle. Le « dément précoce » est toujours moins dément qu’il ne paraît. Si démence « précoce» veut dire début de l’affection très tôt, c’est encore mauvais, car, en contraste avec les cas qui débutent à 8 ans (la démence précocissime de S. de Sanctis), il y en a qui débutent tardivement, dans râge mûr ou même la vieillesse, et on a décrit de la «démence précoce tardive », de la catatonie tardive! On peut, pour revenir au syndrome démence, le voir apparaître réellement très tôt et très accentué chez les jeunes gens ; Morel avait déjà signalé ces cas et on pourrait leur réserver le nom de démence précoce qu’ils méritent : cela se voit surtout dans l’hébéphrénie qui serait ainsi la vraie démence précoce, peutêtre la seule. Mais le cas de Lab...H. (p. 685), fou systématique, ((ui est tombé dans une vraie démence juvénile, fait penser deux choses : soit que l’âge de la puberté ou de l’adolescence peut être fatal, tout comme la cinquantaine, quel que soit le type clinique ; soit qu’il faille réunir ensemble, sous le nom de démence précoce véritable de Morel, et l’hébéphrénie et tous les types qui aboutissent à la démence dans la jeunesse. Ici encore je ne peux que signaler cette question difficile.
Rapports avec l’épilepsie. — On a vu l’hébéphrénie de Her... (p. 407) compliquant l’épilepsie. Les accès épileptiformes ont été signalés chez plusieurs de nos malades. Cela éveille l’idée qu’il y a peut-être des relations entre la démence juvénile épileptique et la « démence précoce ». C’est encore un point sur lequel nous ne savons pas grand’chose.
Signification de la discordance. — J’ai déjà dit que les symptômes simulent souvent très promptement la démence : délire incohérent à froid, indifférence, actes bizarres de divers genres, ou bien inactivité complète de l’intelligence avec occupations devenues d’ordre inférieur, stupeur avec attitudes bizarres, actes incohérents, etc., et malgré cela, le plus souvent, aucun signe d’affaiblissement intellectuel proprement dit, même passager, pas de perte de mémoire, pas d’erreurs de jugement. Quelques auteurs admettent pourtant que ces signes indiquent la démence. J’ai déjà parlé de tout cela, je n’y reviens pas. Pour moi, tant qu’il n’y a pas diminution de la mémoire et du jugement, affaiblissement intellectuel, il n’y a pas de démence; et encore faut-il que cet affaiblissement ne soit pas sous la
FOLIES DISCORDANTES
dépendance de la confusion, de la stupidité ou de la dépression. Il faut qu’il soit pur, pour qu’il ait toute sa signification d’affaiblissement intellectuel définitif. Tout ce qu’on peut dire, c’est que ces symptômes incohérents, discordants, indiquent qu’un jour il yauraïrès probablement dans l’évolution de l’affection une période de démence, mais je dis un jour, sans qu’on puisse préciser, puisqu’on voit ces symptômes rétrocéder, disparaître, faire place à une guérison plus ou moins complète, plus ou moins longue. Et ce n’est qu’au bout de longtemps, parfois de plusieurs années (14 ans dans le cas de Geo...), que la rechute se produit et peut être définitive. L’est-elle toujours?
Démence « neuro-épithéliale » et folies discordantes. — Si les types cliniques de ces folies donnent matière à des discussions sans fin à cause de leurs relations, leur délimitation extérieure n’engendre pas moins de querelles que Tonpeutappelerbyzantines, les éléments décisifs manquant et les discussions étant simplement verbales. Je ne veux que faire une lointaine allusion aux rapports et différences qu’il y a entre cette « démence précoce » et cette folie maniaque — dépressive de Kraepelin, à propos desquels disciples et adversaires de ce maître éminent échangent des horions. Heureusement que les travaux anatomo-pathologiques de Klippel et de son école abordent la question parle côté utile (1). Ils décrivent dfins un certain nombre de cas d’bébépbrénie des lésions spéciales portant avant tout sur le tissu noble et qui sont bien distinctes des lésions démentielles ordinaires. Ces premières recherches me paraissent plus importantes que tous les mémoires accumulés en Allemagne et ailleurs pour ou contre la « démence précoce ». La clinique étant jusqu’ici insuffisante (2), c’est à la pathologie à intervenir.
C’est sous le bénéfice de ces remarques que j’aborde l’exposé général des folies discordantes.
Exposé général.
Les folies discordantes ont pour caractère principal commun de présenter nne discordance, une désharmonie entre les symptômes,
(1) Voyez roicellente thèse de Raymond Mallet. La démence neuro-épithéliale, thèse de Paris, 1910-1911 (1911).
(2) Elle suffit pourtant à séparer les folies systématisées des folies discordantes, bien que peut-être il y ait des relations entre celles-là et la folie paranoïde.
FOLIES DISCORDANTES
ceux-ci paraissant indépendants jusqu’à un certain point les uns des autres, et ce avant\&. démence confirmée.
Klippel atrouvé dans certains cas des lésions neuro-épithéliales. Si cette constatation s’étendait à tous les cas et tous les types, il faudrait faire un seul type de tous ceux décrits et le faire rentrer dans la section des troubles mentaux de cause reconnue. Mais nous n’en sommes pas encore là.
Il y a généralement des folies, névroses ou intoxications dans la famille. L’enfance du malade est le plus souvent anorwia/e.
Hébéphrénie et hébéphrénie atténuée;
2° Folie paranoïde ;