‹ Éléments de sémiologie et clinique mentalesChapitre 24 sur 159 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

SojiMAiKE. — Instinct de conservation. — Faim et soif. — Gloutonnerie dos idiots et déments, faim exagérée des détraqués, etc. Absence de faim (anorexie) dans les affections aiguës; refus d’aliments chez les déments précoces, dans l’hystérie, etc. Perversion de la faim chez les idiots et déments. Envies des femmes enceintes. Passion de la boisson, l’ivrognerie, l’alcoolisme. Dipsomanie: probablement n’existe pas isolée. Un cas pou net de dipsomanie et de fugue chez un intermittent.

Propreté corporelle élémentaire.

Instinct général de conservation. — Actes de défense. Renvoi aux idées de persécution.

Auto-mutilations. — Dans l’idiotie, la démence, l’épilepsie, la folie mystique, etc., dans l'hystérie et le déséquilibre mental, chez les pervertis sexuels.

Plaisir de la douleur, « algophilie ».

Suicide. — Exemples nombreux tirés de presque tous les types cliniques. Fréquence chez l’enfant; dans l’alcoolisme, l’épilepsie. Causes psychologiques différentes suivant le type clinique. L'obsession « consciente » du suicide n’aboutit pas ordinairement.

Hérédité de la tendance au suicide.

Contagion .

Suicide et meurtre. Suicide détourné.

Persistance de la tendance au suicide. Ruses du malade.

Tentatives enfantines de suicide.

Simulation du suicide.

Instinct de reproduction. — Érotisme, salacité : vieillards, -déments, idiots, intermittents, etc.

Onanisme.

Impuissance et frigidité.

Outrages à la pudeur. Exhibitionnisme surtout dans la P. G. Perte de la pudeur dans la P. G. chez la femme. Utilité pour le diagnostic.

Perversions sexuelles. Onanisme. Pédérastie. Tribadisme. Inversion congénitale.

Sadisme. Masochisme. Fétichisme. Platonisme.

Instinct de la propriété. — Avarice. Prodigalité. Kleptomanie. Vol : le P. G. ; le voleur de profession.

Chiffonnage. Passions des collections.

Sentiments exprimés par l’activité journalière. — Suractivité presque normale au début de la P. G., rare. Diminution, paresse: chez les enfants, craindre la démence précoce. Perversions do cette activité.

Vagabondage.

Fugues. — Nombreux exemples tirés de presque tous les types cliniques. Fugue chez l’enfant. Songer à la mauvaise éducation et à la mauvaise famille. Causes

différentes de ces fugues suivant les types et dans un même type. La fugue non pathologique. Réunion de la fugue et du suicide, du crime.

Souvenir de la fugue. — Très important coinme diagnostic. Importance médicolégale de la fugue. La désertion des militaires. La simulation.

Valeur sémiologique. — Suivant l’âge, bien qu’elle se rencontre partout, on doit songer avant tout à tel ou tel type clinique.

Sentiments familiaux.

Nostalgie.

Sentiments suscités par les rapports avec autrui, la société. — Très importants pour le diagnostic. Tableau des principaux d’entre eux avec leur valeur sémiologique la plus fréquente.

Remarque sur la vanité du mégalomane.

Remarques sur les sentiments d’opposition et do « négativisme ». Ils paraissent être tous des nuances d’un même sentiment fondamental ; motifs variés correspondant aux nuances, procédés variés pour manifester cette « humeur négative ». Exemples chez les fous discordants. Le langage évasif et à côté, le mutisme, les gestes, la mimique « fermée » et de mauvaise humeur.

Sentiments en rapport avec l'abstrait et l’idéal. — Sentiments religieux. Mysticisme et folie religieuse, fanatiques, etc.

Sentiments politiques et moraux.

Sentiments liés à la littérature, à l’art, à la science.

Je suis obligé de changer un peu le mode d’exposition pour ce ■chapitre. Les instincts, les sentiments et les passions sont très nombreux et nuancés, du moins pour les deux dernières catégories de tendances ; si tous ont leur place dans la symptomatologie des allcctions mentales, quelques-uns seulement ont une importance diagnostique suffisante pour que je les montre en action, comme je l’ai fait jusqu’ici, par les observations mêmes des malades, et encore ont-ils une importance bien plutôt pratique que sémiologique.

Je dois aussi faire une remarque : si on a raison de dire que l’on juge avant tout les sentiments par les actes, il ne faut pas non plus négliger les renseignements donnés sur ces sentiments par la mimique et le langage, bien qu’ici la mimique ne joue qu’un rôle effacé.

Instinct de conservation. — Falm, Soif. —L’imbécile Fra..., quand il peut ■saisir un morceau de pain, le fourre tout entier dans sa bouche. On est obligé de le lui extraire de force, car il va s’étouffer.

Bou...H., dément ramolli, est mort étouffé, malgré un Iraitement d’urgence (trachéotomie), par suite d’engouement consécutif â l’absorption d’un morceau de pain.

La pénétration d’aliments dans l’appareil respiratoire peut amener aussi seulement une broncho-pneumonie, comme l’on sait. Cette voracité a donc son importance chez les idiots, et aussi

SÉMIOLOGIE.

chez les paralytiques généraux, chez les déments en général. — La « boulimie v ou augmentation de l’appétit, est fréquente chez un certain nombre de déséquilibrés et de déments. L absenee de faim ou « anorexie » est d’une grande importance pratique chez les mélancoliques et confus ; il nelautpasla prendre pour le re/ws d'aliments, « sitiophobie )),qui peut tenir à des idées délirantes, à des idées fixes hystériques, au négativisme ( Voyez p. 54), et qui a aussi une grande importance au point de vue du traitement. L'alimentation forcée ou l’isolement s’impose souvent. Les perversions de cet instinct sont aussi pratiquement iinportantes. De nombreux idiots, déments, paralytiques, mangent n’importe quoi, des ordures, des matières fécales (les leurs ou celles des autres), et boivent leur urine. 11 faut donc les surveiller.

Je rappelle seulement les envies des femmes enceintes.

Quant à la pass 'ion de la boisson, à l’ivrognerie, elle a son importance dans la genèse de l’ivresse alcoolique et je renvoie au chapitre Alcoolisme.

Dipsom.-inie. — On a décrit comme existant à part une impulsion irrésistible à boire, surtout de l’alcool, qui représenterait une e.xplosion intermittente de passion pervertie pour la boisson. Il est probable que cela ne se rencontre qu’à titre de symptôme lié à la folie intermittente ou à la folie maniaque-mélancolique, ou encore peut-être à l’épilepsie. Voici un fragment d’observation où cette dipsomanie semble un des symptômes d’une folie circulaire peu développée. Je donne cette observation sous réserve, n’ayant vu le malade qu’une fois. On pourrait aussi se demander si cela ne serait pas tout simplement de l’alcoolisme chronique?

Hui..., 36 ans, vu îi la consultation de la Salpêtrière le t i mars 1910.

Le début remonterait à trois ans. Brusquement, le malade avait ressenU comme une secousse électrique dans le bras et la jambe gauches, puis serait tombé à la renverse, comme s’il avait -une syncope, mais sans pourtant perdre complètement connaissance; il a alors été soigné à Beaujon, chez M. Troisier, où on lui a fait une ponction lombaire qui n’aurait pas donné do résultats : il est resté quinze jours il Beaujon sans qu’on lui ait fait de iraitement spécial. Puis il a passé trois mois dans un asile de convalescents.

Depuis, le malade s’est remis il faire des excès de boisson (vin blanc). Il en faisait d’ailleurs depuis une quinzaine d’années.

Actuellement il se plaint d’une grande dépression avec, en même temps, de l’énervement et de l’agilation pour la moindre cause.

Dans ses antécédents, on relève des convulsions avec paralysie du côté gauche à onze mois ; puis une crise de chorée ii onze ans, de rhuma-

tismc articulaire il seize ans, à la suite duquel il a été repris d’une atteinte légère de choi-ée. ,

A parlé et marché de bonne heure. Vers six ou sept ans, d a eu une période dans laquelle il urinait parfois au lit.

Rétrécissement milral.

Tentative de suicide en 1904. 11 s’est jeté du haut du pont Baudin et s est cassé la jambe, un bras et quelques côtes. Il se rappelle très bien les détails

de cette tentative. . r u i

Actuelloraent il présente des périodes de deux ou trois jours pu il lait la noce et boit, coupées par des périodes de dix à quinze jours do calme. Pendant les périodes où il boit, il est excité, ne dort pas et n’a peur de rien. Dans les i)ériodes où il ne boit pas, il est déprimé et a peur de tout.

En 1903, il est parti de chez lui sans raison, parce qu’il faisait beau ; il est allé droit devant lui jusqu’il Roanne où il est arrivé au bout de dix jours.

Entre temps, il s’est arrêté une journée à Nevers et a passé son temps a

boire. Quand il est parti, il était dans une période de boisson.

R, — Comment avez-vous fait ?

R. — J’ai suivi le canal de l’Ourq et pris le canal de la Loire.

R. Alors vous n’aviez pas l’idée d’aller il Roanne ?

R. — Non, j’ai suivi le canal; il m’a conduit à Roanne, lii il sest arrêté.

Le malade n’est jamais ivre à proprement parler.

Propreté corporelle élément.aire. — Cet instinct est diminue ou aboli chez les idiots, imbéciles, déments do tout ordre. Chez un homme fait, la négligence des soins élémentaires se produisant sans cause doit toujours faire rechercher une affection mentale, surtout la paralysie générale.

Instinct général de conservation. — Actes de défense. — Particulièrement chez les persécutés il y a des actes de défense reliés aux idées délirantes dont la manifestation est parfois une grande ressource pour le diagnostic. J’en parle plus loin.

Automdtilation. — Elle SC rencontre dans l’idiotie, les démences, à froid ou sous l’influence delà colère, dans 1 épilepsie par colère, chez les mystiques sous l’influence d’idées délirantes, dans la folie discordante parfois, plus rarement dans les délires de cause externe. Très rare est l’auto-mutilation hystérique ou du déséquilibré (cas exceptionnel de Dieulafoy). Certains pervertis sexuels s infligent des sévices à eux-mêmes pour augmenterou se procurer la jouissance sexuelle (Voyez plus bas aux Perversions sexuelles).

Plaisir de la douleur (Algophilie). — Quelque chose de très, voisin de cette perversion sexuelle est le plaisir de la douleur que recherchent quelques détraqués. Ainsi certains morphinomanes prennent un plaisir spécial à la piqûre même de la seringue.

SÉMIOLOGIE.

Perte de l'instinct de conservation. — Suicide.

G'estle plus important des troubles de cet instinct.

L’alcoolique Ba.r... entre avec de l’albumine dans l’urine, du subictère, di tremblement des mains. Il n’a pas de troubles hallucinatoires actuels ; mais il avoue qu’il a fait deux tentatives de suicide avant d’entrer. 11 a voulu se jeter dans la Bièvre ; voici comment. Ce jour-là, il va chez l’épiciôre du coin : il saisit le couteau pointu à couper le pain ; l’épicièrc lui disant de laisser là ce couteau, il répond qu’il y a trois hommes qui le guettent à la porte pour l’assassiner, et il lui dit qu’il no la reverra plus. Il sort et va en courant pour se jeter dans la Bièvre. On arrive juste à temps pour l’empêcher. Le même soir, à huit heures, il se déshabille à moitié et il sort se jeter dans le puits* de sa cour, d’où on l’a retiré à grand peine. 11 a fini par avouer ces tentatives après de nombreuses réticences. Il a des idées de persécution et de jalousie; il a fui sous l’influence de la peur et, comme Gribouille, a voulu se tuer de peur d’être assassiné.

L'épileptique Roug... a quelquefois des paroxysmes psychiques, mais, sauf le dernier, toujours inoffensifs. Un jour qu’il était chez ses parents, il a été pris d’un accès psychique avec agitation et excitation: s’emparant d’un rasoir, il s’est couvert de mille blessures qui amenèrent la mort immédiate. Je n’ai pu avoir d’autres renseignements.

Chez d’autres epileptiques en proie à des visions terrifiantes, à une angoisse extrême ou à une colère aveugle, on peut voir l’instinct de conservation céder à ta peur, à la douleur ou à la colère. Dans ce dernier cas, le malade tourne sa rage contre luimême.

Lq paralytique général Hou..., avec idées d’auto-accusation, et le P. G. Tou..., avec idées hypocondriaques font tous deux des tentatives de suicide.

Il ne faut pas confondre ces tentatives avec les accidents qui arrivent au P. G., parce qu’il ne se rend plus un compte exact de ses forces et qu’il se croit capable de tout.

Thu... estunhomme de soixante-deux ans, ayant de la débilité mentale avec affaiblissement mental probablement artério-scléreux; depuis six ou sept ans, sa famille constate que cette intelligence baisse, bien qu’il n’ait jamais fait d’excès de boisson. 11 y a trois ans, il a perdu de l’argent. C’est alors (ju’il a commencé à délirer ; il croyait que tout le monde le poursuivait et qu’on l’accusait d’un meurtre célèbre à Bois-Colombes (c’est un assassinat réel qui a occupé les journaux il y a quelques années). 11 ne dort plus; il refuse de manger, il se persuade qu’il a commis le crime et tente de se tuer. Dans le service il reste constamment couché; dès que quelqu’un passe auprès de son lit, il se met à geindre, à se défendre d’avoir tué la veuve Tussaud ; pourtant on

va l’envoyer au bagne. « Quel malheur, un si brave homme aller au hagne ! et ma pauvre femme ! » 11 pleure de temps en temps — son niveau mental est affaibli. — 11 continue à ruminer ses projets de suicide. Effectivement une nuit, il va aux W. G. Le veilleur le regarde de loin et le croit en train d’ui'iner. 11 s’était pendu, les pieds touchant le sol.

Chez (les idiots et des imbéciles ou arriérés, on voit aussi des accès de colère amener des tentatives de suicide.

Jour... est un débile de vingt-six ans, nominalement employé de commerce, mais en réalité bon à rien, né à huit mois, ayant marché, parlé, fait scs dents en retard, et ayant eu des convulsions à dix-huit mois. 11 a une instruction très médiocre, bien qu’il ait une belle écriture et de l’orthographe. 11 est toujours sombre, soucieux, très religieux. 11 s’est marié, il y quelques mois, bien que sa mère le trouvât trop chétif ; il ne pèse effectivement que quarante-six kilogs et a été réforimi. Sans qu’il puisse dire pourquoi, il a eu, il y a quelques jours (six jours avant son entrée à Bicêtre), « un moment de découragement, d’ennui ». 11 part de chez lui, errant dans les rues, mais couchant à l’hôtel, et enfin, au bout de quatre jours, il va pour se jeter dans la Seine ; le courage lui m-anque au dernier moment. « Je n'avais aucun motif, dit-il, je suis marié depuis trois mois, je suis très heureux depuis mon mariage. » Pas d’alcool, pas d’obsession proprement dite, on pourrait presque dire rien ipie la sottise. Voici d’ailleurs la lettre qu’il écrivait à sa femme en quittant le domicile conjugal :

« Oh! chère petite Louise, douce mignonne épouse et compagne. Oh! toi « que je désirais toujours tenir par la main et mener au ciel par le soutien de « la vertu.

« Oh! toi, chère petite mimi chérie pour qui j’ai tant pleuré et souffert, « lorsque dans tes mains sera cette carte, hélas ! mon pauvre corps reposera <( sur les dalles de la Morgue, tandis que mon âme, pauvre âme, souffrira dans « les atroces horribles d’une torture environnée des plus fortes flammes de « l’enfer. Oh ! aie toujours confiance en ta sainte religion et dans la sainte « communion bien souvent sans cesse ; oublie-moi vite et sois heureuse ou « seule ou avec un autre chéri. J-;--”

Gou... est un de ces nombreux déséquilibrés instables, comme il y en a tant, changeant de ville et d’emploi à chaque inslant. 11 a eu peut-être (â la suite d’excès de boisson) une crise épileptiforme, et il cherche souvent dans le vin et les alcools un remède aux ennuis que lui cause sa situation souvent précaire due au manque de travail : il s’avoue lui-même alcoolique. 11 a lait plusieurs tentatives de suicide, s’est tiré un coup de revolver, a pris du laudanum, etc. Enfin il s’est placé lui-même une fois dans les asiles. Cette fois-ci, il redemande son internement, hanté de nouveau par V obsession du suicide. Voici comment il raconte la tentative où il a usé du revolver : « 11 me semblait qu’il y avait des barres de fer qui me traversaient le cerveau ; alors je me suis dit : tu vas quitter la terre, tu seras soulagé ; j’ai résisté d'abord, mais j’ai fini par me tirer le coup de revolver... Ces idées me venaient quand une contrariété venait. Je luttais : tu ne le feras pas! C’est une guerre que je me faisais à moi-même.... Quand j’avais lutté comme cela, je restais un moment, puis ça reprenait de plus belle.... Je n’étais plus moi et je me disais : c est pas

44 SÉMIOLOGIE.

possible, tu as été hypnotisé ; et j’avais tellement d’angoisse que je souffrais plus de la tête que du mal que je pouvais avoir... Je la travaillais tellement cette idée quejc ne savais plus où j’en étais.... C’est l’angoisse qui ma fait prendre le train, je me fuyais, je ne savais plus où étaient mes idées ; je me fuyais moi-même . J’ai bien fait de me faire enfermer. »

Chez beaucoup d’enfants déséquilibrés, et mal élevés souvent, il y a des tendances au suicide, analogues, pour la futilité des causes alléguées, au suicide de Jour...

La mélancolique Vir... (dont le père, un oncle et une tante du côté maternel se sont suicidés) a tenté au début de son affection de boire de la teinture d’iode et de l’eau de cuivre. Elle dit à, sa fille qu’elle a fait cette tentative par suite de la répugnance qu’elle a à vivre avec ses enfants. Quelque temps après, la surveillance exercée sur elle par sa famille s’étant relâchée, elle s asphyxie. Elle reste deux heures sans connaissance. Enfin, elle a tenté d’avaler des épingles. Elle a des idées d’auto-accusation, elle a souhaité que son mari meure, elle est bien coupable, elle n’aime plus ses enfants, elle a été mauvaise épouse, elle est mauvaise mère, etc.

Bor... est un persécuté débile ii qui on fait croire tout ce que l’on veut. 11 s est imaginé que ses camarades lui en voulaient, il les entend mal parler de lui, l’injurier, il ne sait pourquoi ; il pleure et se lamente en disant qu’il est honnête homme et incapable d’êli’C un pédéraste, comme on le lui reproche. Il dialogue avec un malade du service, mort depuis longtemps, qu’il entend la nuit et le jour lui dire les pires injm’es. Au début, il était attristé, comme je l’ai dit, et il a tenté de se suicîîler à plusieurs reprises. Depuis il réagit plutôt violemment comme un persécuté ordinaire.

L’ hypocondriaque Pri... a des craintes de mourir, elle va devenir tuberculeuse, ses enfants sont aussi condamnés ; elle préfère mourir avant ; elle va acheter du charbon et de la digitale qne l’on saisit il temps pour arrêter la tentative.

Rob..., /ÔM wj/stique, entend une voix d’ange qui lui ordonne de se jeter sous un train. 11 obéit sans hésiter et laisse son avant-bras gauche sous la locomotive.

Le foie discordant dément précoce... Pon a fait au début de son affection des tentatives de suicide ; il s’est tiré un coup de pistolet dans le cou et s est tailladé un poignet. Il prétendait que des voix le poussaient à se suicider et il leur a cédé après deux jours de fugue dans la campagne.

On voit que la tendance au suicide peut se développer partout où il y aune émotion triste, une frayeur ouïe tædium vüæ. Chez l’alcoolique, le prétexte peut en être l’hallucination terrifiante; chez le mélancolique ou l’auto-accusateur, la crainte ou la conviction de la déchéance. Enfin cette tendance peut se présenter chez des débiles ou des déséquilibrés pour des causes futiles ou vraiment insignifiantes, insuffisantes chez tout homme sain pour amener une

résolution aussi grave que le suicide. L’impulsion dans ces cas est difficilement explicable psychologiquement. Elle peut revetir une forme obsédante comme chez Gou.... On admet généralement aue l’obsession dite consciente du suicide ne s’accompagne pas de réalisation, sauf s’il y a complication. Chez Gou.., l’alcoolisme et peut-être l’épilepsie ont été l’appoint qui a permis au malade d’effectuer de vraies tentatives. Nous verrons aux types cliniuues d’autres faits de suicide obsédant. Quant au cas de R..., le fou mystique, il est un peu différent; car il a obéi à une hallucination (Voyez le cbap. Hallucinations).

Hérédité de la tendance au suicide. - J’ai eu, il y a bien longlemps, l^ccasion de voir un jeune homme, M..., légèrement déprime et hante par des idees de suicide. Il était surveillé étroitement par un ami et soumis ,i. un liailemcnt hydrothérapique. On craignait d’autant plus qu’il ne mît son projet a execution que son père s’était suicide, mais lui-même, le fils, l’ignorait.

Je cite ce cas pour insister sur l’extrême importance de riiérédité dans la genèse de la tendance au suicide. La mélancolique Vir..., est aussi un bon exemple.

Contagion de la tendance au suicide. — Le débite Mag... M. s est suicide dans mon service sous l’empire d’une impulsion. , „ . • ,

Quelques jours après, Thu... (déjà cité,p. 42) en ''

dire qu^l avait déjà ces idées, mais l’exemple de l’autre à déclanché la tendance latente.

Chez les débiles, arriérésou imbéciles, la contagion est facile, même en l’absence de toute disposition préalable.

Ces faits de contagion du suicide sontbien connus et fort importants, ainsi que les suicides collectifs par misère ou par amoui, dont les journaux donnent souvent des exemples.

Suicide et Chez certains mélancoliques, la crainte

de voir leurs enfants perdus conduit au meurtre de ceux-ci en même temps que le malade se suicide. Certains autres tuent alm qu’on les condamne à mort, n’ayant pas le courage de se suicider. C’est un suicide détourné.

Persistance de la tendance au suicide. — J’ai connu aulrelois un homme 1res éminent, R..., ayantdes malformations des organes génitaux çl) cl anormal dans

(1) On sait comme Timpuissance et les malformations et mutilations des organe.-, génitaux ont dé retentissement sur le ton général de 1 honimi;.

SÉMIOLOGIE.

les sentiments sexuels, car la vue et l’idée des organes féminins ne lui inspiraient que du dégoût (il était probablement complètement frigide), qui était, malgré son intelligence, un caractère faible et qui s’était laissé entraîner par un ami dans une impasse morale. Hanté par le désir du suicide, on avait réussi à le détourner de l’acte pendant fort longtemps. Mais chez ce dégoûté de l’existence et de lui-même, le désir était resté vivace et il reparut plus fort que jamais nu moment où une situation qu’il convoitait depuis longtemps lui fut offerte . L'obstination de son désir l’emporta sur toutes les précautions et la surveillance continuelle dont il était l’objet, et il se donna la mort devant son compagnon sans que celui-ci pût l’en empêcher.

Ce cas et celui du vieux Thu... montrent toute la ténacité, la ruse que certains de ces malades emploient pour arriver à leurs lins. On doit en être prévenu.

Tentatives enfantines de suicide. — Ter... absorbe beaucoup de vin et se grise fréquemment . si bien qu’il est alcoolique et ivrogne en même temps. Un soir il rentre ivre, poursuit sa femme pour la battre. Celle-ci se réfugie chez des voisins, a une crise de nerfs et tombe sans connaissance. Le mari épouvanté dit qu’il veut se pendre, se jeter à l’eau ; il s’enfuit, suivi par sa femme qui a repris ses sens. 11 rentre avant elle dans leur chambre et là se pend : « J’étais accroché, nous dit-il, au-dessus de la porte d’entrée de mon logement avec une corde de la grosseur d’un crayon ; mais la corde n’avait pas marqué sur le cou; je reposais encore sur le sol par le bout des pieds. Je suis resté comme cela trois ou quatre minutes. Je ne sais pas si j’avais fait un nœud coulant. » Sa femme revient, appelle les voisins, et on l’emmène à la préfecture.

Voilà une tentative enfantine de suicide, ce qui se produit encore assez souvent chez les ivrognes, les débiles, les affaiblis intellectuels et même chez les mélancoliques. Il semble que chez ceux-ci l'aboulie empêche de prendre les vrais moyens. Pourtant, au moment du « raptus » (Voyez l’obs. Vau...), ils peuvent réellement faire des tentatives dangereuses.

Simulation du suicide. — Sco... est un vieil ouvrier de soixante et un ans qui, ne travaillant plus depuis longtemps, est dans la misère. A bout de ressources, il met le feu à des papiers accumulés dans sa chambre. On l’arrête et un rapport d’urgence le déclare atteint d’affaiblissement sénile avec dépression mélancolique. En réalité, il a faitune tentative simulée, comme il l’avoue, pour attirer l’attention sur sa misère, tentative assez enfantine, ce qui tient à un léger degré d’affaiblissement intellectuel sénile. C’est donc un suicide simulé .

Il faut toujours penser à la possibilité de la simulation.

Instinct de reproduction (1). — U érotisme et la salacité sont fréquents dans une foule d’affections.

(1)11 est impossible ici de conserver la distinction classique entre l'augmenta-

,1... est un vieillard de plus de soixante-dix ans, qui a conservé en apparence toute sa vigueur intellectuelle; pourtant il a baissé pour ceux qui le connaissent bien. Jusqu’à quel point a-t-il conservé sa vigueur sexuelle, c’est dilBcile à dire. Quoi qu’il en soit, cet homme, d’aspect respectable, court les prostituées de bas étage et se fait voler par elles.

C’est dans des cas pareils qu’ont lieu des captations d’héritage, qui défrayent ensuite la clironique scandaleuse et aboutissent devant la justice. Cela est très fréquent dans tous les cas d’affaiblissement mental, quelle qu’en soit l’origine.

La jeune B ... était une circulaire que j’ai vue autrefois dans le service de Falret à la Salpêtrière. Dans ses périodes d’excitation, elle tenait des propos érotiques, se frottait contre les hommes qu’elle rencontrait et cherchait à les provoquer.

Il en est de même chez beaucoup d’imbéciles, d’arriérées ou de démentes. Les hommes ne leur cèdent en rien.

\J onanisme est extrêmement fréquent chez les hommes ou les femmes pensionnaires des asiles.

La passion amoureuse peut atteindre dans quelques cas une intensité que l’on peut appeler pathologiques. Les romanciers en donnent de nombreux exemples pris sur le vif et tout le monde en connaît.

\] impuissance et la frigidité se rencontrent d'une façon constante ou inconstante chez des névropathes et détraqués, mais elles s’accompagnent souvent de déviations anormales. Au début des affections mentales, surtout de la P. G., il peut y avoir frigidité plus ou moins complète. On sait que dans le tabes cette complication existe souvent.

Outrages à la pudeur. Exhibitionnisme. Perte de la pudeur. — En dehors des imbéciles, des déséquilibrés et des vieillards, ce sont les paralytiques généraux qui se livrent à ces actes avec la plus grande fréquence. Tout individu adulte, qui sans raison d’ivresse est accusé d’attentat à la pudeur, d’exhibitionnisme, ou manifeste (surtout la femme) une perte de pudeur insolite, surtout lorsque le fait est accompli dans des conditions particulièrement niaises, doit être soupçonné avant tout de paralysie générale (Voyez au chap. P. G. un cas oùle diagnostic a pu être porté presque d’emblée grâce à un fait de ce genre).

tion, la diminution et la perversion de cet instinct déjà capricieux à l’état normal, mais dont le trouble pathologique confond pêle-mêle tous les modes d’altération.

SÉMIOLOGIE.

Perversions sexuelles . — L’onanisme est très frequent et n a qu’une importance secondaire. On le rencontre dans beaucoup d’états d’affaiblissement et d’excitation intellectuelle, chez beaucoup d’enfants anormaux et surtout chez les malades renfermés, ainsi que je l’ai dit.

Pédérastie. Tribadisme. — Très fréquents dans les pensions, collèges ou lycées d’internes et les agglomérations d’hommes privés do femmes, ou réciproquement. — Ce sont surtout les débiles et imbéciles qui, dans les asiles, se livrent à ces actes répréhensibles.

inversion réelle congénitale. — C'est une anomalie constitutionnelle qui peut exister presque seule, mais qui est généralement accompagnée d’autres symptômes de déséquilibre mental (Voyez aux types cliniques). L’homme est attiré par l’homme et la femme par la femme dès l’enfance.

Les perversions sexuelles'oro^revaexA. dites sont du même ordre (en dehors de celles acquises par vicef. Les principales sont le sadisme (du nom du marquis de Sade qui en était atteint), excitation voluptueuse par la cruauté ; le masochisme, du nom du romancier Sacher-Masoch, excitation voluptueuse par les sévices subis (l’inverse du précédent); Xa fétichisme, dans lequel la jouissance sexuelle est liée à la contemplation ou au souvenir de certains objets féminins ou parties du corps féminin (1) ou même complètement indifférents, etc., etc.

Amour mystique . Platonisme. — Je renvoie à 1 article des idées érotiques pour en trouver un exemple.

Instinct de la propriété. — Avarice. — C’est une passion qui rentre dans les anomalies des déséquilibrés. On en trouvera un nxemple plus loin.

Prodigalité. — Elle est fréquente chez les déséquilibrés, les circulaires dans la période maniaque; au début de la paralysie générale.

Kleptomanie. — Je renvoie à l’article Impulsions.

YoP — Accompli dans des circonstances absurdes, il dénote un atfaiblissement intellectuel, surtout la paralysie générale. Raisonné, il se rencontre chez les anti-sociaux ou extra-sociaux, les criminels, les cambrioleurs, etc.

Chiffonnage. — C’est un bon signe de démence dans les asiles.

(I) G. Belot, un romancier disparu maintenant, avait fait une étude d’un cas de ce genre dans La bouche de .!/“• X.

Le malade ramasse tout ce qu'il peut, bourre ses poches d’ordures, de pierres, de bouts de papier, de cailloux, etc. Ce signe se rencontre aussi dans certains cas à la période maniaque de la folie intermittente ou circulaire (voyez l’exemple de Met...).

Passion des collections. — Poussée à l’extrême, c’est une anomalie qui peut se rencontrer chez les déséquilibrés et n’a pas grande importance.

Sentiments exprimés par l’activité journalière (1). — L’augmentation et l’extension pures de cette activité sont rares; pourtant, tout au début de la P. G., cela arrive quelquefois.

J’ai connu, il y a quelques années, un homme distingué, mais peu actif, D. . . ; au commencement de la paralysie généi-ale qui l’a emporté rapidement, il avait composé un ouvrage ne portant nullement la marque de la maladie ; au contraire, car ce livre a eu du succès dans les milieux compétents.

La diminution et le rétrécissement de cette activité sont plus fréquents au début de bien des affections. L’impossibilité de l’exercer est la conséquence de presque toutes les affections mentales confirmées. La paresse, l’indifférence sentimentale est fréquente dans l’hébéphrénie (voyez l’obs. de Arj..., p. 33) et se trouve chez beaucoup de déséquilibrés qui ne sont, comme on dit, bons à rien.

La perversion est encore plus fréquente en combinaison avec les autres éléments. C’est ainsi que des alcooliques chroniques, des paralytiques généraux deviennent joueurs effrénés, tandis qu’ils négligent leur profession ou travaillent d’une façon désordonnée. En dehors de cela, chez bien des déséquilibrés, on peut voir aussi une incohérence dans les occupations ou une passion désordonnée pour le jeu, les courses, le sport, qui entraînent parfois la dation d’un conseil judiciaire.

Vagabondage. — J’ai reçu plusieurs fois dans mon service de vieux vagabonds, la plupart du temps à la fois débiles, instables, alcooliques et miséreux, qui sont venus y mourir. Ce sont des gens incapables de s’adaptera la vie régulière actuelle, qui vont de ville en ville, de porte en porte, et qui préfèrent à tout cette existence errante et misérable. Ils se rapprochent beaucoup de ces

(1)11 est très difïîcile de classer méthodiquement les différents instincts, tendances et sentiments qui se manifestent par ce qu’on appelle d’un terme vague l’activité journalière, depuis l’instinct de faire mouvoir ses muscles jusqu’à l’intérêt pour la science. Mais, en somme, le fond en est le besoin d’occupation réglée, mentale et physique, ressenti par tout individu sain.

Ghaslin. — Sémiologie. 4

SÉMIOLOGIE.

instables qui oscillent entre la prison et l’asile et dont je donnerai des exemples plus loin.

Fugues (1). — L’importance pratique de cet acte est très grande.

Magn. .. est, malgré ses vingt-quatre ans, déjà un alcoolique chronique, car il a bu très jeune. C’est sa troisième entrée dans les asiles. Bien quil vienne à Bicêtre, transféré d’un asile de la Seine où il a séjourné quelque temps, il a encore des restes de son rêve alcoolique subaigu. « Je ne vais pas bien, je souffre du côté; j’ai reçu un coup de couteau d’une jeune fille qui avait un masque de toile, je ne la connais pas ; je ne sais pourquoi ; il y avait deux couteaux, c’est mon père qui les a. Au dépôt, on a essayé de me violer; c’était peut-être une femme de mœurs légères, je ne sais pas. » Ces idées délirantes sont vagues ; il est à peu près orienté. C’est d’ailleurs un débile. Il est agité, violent, et a cherché à se sauver par la porte en bousculant le portier. Cet état dure environ depuis six semaines, lorsqu’il s’évade en grimpant après un tuyau de descente de gouttière ; il va chez ses parents au Kremlin-Bicêtre même, et demande impérativement à sa mère de lui donner du café et du vin ; puis, après avoir bu, il brandit la bouteille d’un air menaçant et obtient ses vêtements de sa mère effrayée. Il part aussitôt à Châtillon chez un de ses cousins qui signale téléphoniquement son évasion àBicêtre. L’hospice envoie immédiatement la voiture avec des infirmiers, mais le malade était déjà repai’ti. Vers dix heures du soir, il reparut chez ses parents d’où il fut ramené à l’hospice. Interrogé sur les motifs de cette escapade, il répondit assez vaguement qu’il avait éprouvé le besoin de se promener et de ne pas rester à Bicêtre ; il continue à être agité et violent, conservant toujours ses vagues idées de persécution, reliquat de son rêve. Enfin, au bout de quatre mois de séjour, il se clarifie complètement, reconnaît avoir été malade et que la jeune fille masquée était seulement dans son imagination.

Loy... (déjà cité) part de chez lui en état de rêve confusionnel; il erre plusieurs jours dans cet état de demi-conscience où tout lui paraît transformé (voyez plus loin), et il finit par se retrouver à Bicêtre, conservant un souvenir de son rêve mais point des lieux où il a passé.

Ro... a des accès d’épilepsie. A la suite de certains de ces accès, il fait des fugues dont il ne conserve aucun souvenir. C’est ainsi que plusieurs fois il a pris le train étant chez lui, et, arrivé à destination, il se trouvait tout étonné de se voir dans un pays inconnu. Ce cas est curieux, parce qu’il se complique d’autres particularités qui auraient pu faire croire à la simulation de ces fugues, ce qui n’avait pas lieu, je le crois, du moins. C’est ainsi que Ro..., peu scrupuleux, se trouvant à Nantes, à la suite d’une fugue, s’est fait passer pour un officier en bourgois et s’est fait promener toute une journée par le cocher d’un break régimentaire. Il avait d’ailleurs un chapelet qui guérissait tous les maux et une sorte d’amulette au fond d’une blague à tabac. C’est lui-même qui a avoué le tour qu’il a joué à Nantes. Dans quel état était-il au juste à ce moment et l’alcool y avait-il une part, il est impossible de le savoir.

(t) A. JoppROT et R. Depoüv, Fugues et vagabondage. Etude clinique et psychologique. Paris, 1909.

Gue paralytique général, perd la mémoire depuis un an. Sa famille raconte uu’il s’échappe de chez lui et erre dans Paris, faisant souvent des emplettes qu’il perd en route, ou se faisant véhiculer en voiture pour de longues courses absurdes. C’est ainsi qu’à une de ces courses il est pris par la police et amene au dépôt.

Il y a des déments, surtout des déments séniles, qui fuient de chez eux sans que l’on sache bien pourquoi et qu’on retrouve perdus dans les rues de Paris.

Foc est un enfant arriéré du service des enfants de Bicêtre, qai de temps en temps est pris du désir irrésistible de s’en aller ; il s’est sauvé maintes fois Passé aux adultes dans mon service, il manifeste à de certains moments des idées de snicide. U semble bien que c’est dans ces moments-làque le désir de s’évader, de se trouver ailleurs, le prenne. Depuis environ un an il est très amélioré et comme transformé ; il travaille régulièrement, a grandi et enforci beaucoup et ne s’explique plus scs anciennes tendances aux fugues et au

Un autre enfant de quinze ans et demi. Ami. . . , vu à la consultation de la Salpêtrière, en retard physiquement et intellectuellement, fait des fugues depuis l’àge de trois ans, à peu près quatre ou cinq par an. A sa dermerc, il file à Versailles et ne rentre que le lendemain matin après avoir marché toute la journée et toute la nuit. Il avait, dit-il, depuis longtemps l’envie de voir le Musée de Versailles, mais quand il y est arrivé, le musée était ferme. Il n’a pas mangé, étant sans le sou, car il ne vole pas. Il se rappelle parfaitement tous les détails de sa fugue.

Les fugues de cette sorte sont très fréquentes chez les enfants ■déséquilibrés, arriérés, débiles, névropathes ; mais il faut remarquer que dans un certain nombre de cas le milieu familial 'pavaXl jouer un rôle. J’ai vubeaucoup d’enfants faisant des fugues avoir une belle-mère ou un beau-père. De telle sorte que, si la fugue vraiment pathologique existe, il y a aussi une fugue qui paraît normale, exécutée de guerre lasse par un enfant en butte à des tracasseries. Il va sans dire que plus celui-ci sera déséquilibré et plus il y aura de chances pour qu’il fuie.

J’ai déjà parlé à l’article Suicide de ce malade Gou... (p. 43), qui racontait comment il avait pris le train pour se fuir lui-même, sous 1 influence de 1 angoisse obsédante avec tendance au suicide.

On a vu, à l’article Dipsomanie (p. 40), cet individu Hui. . . qui filait droit devant lui, probablement dans un accès de manie intermittente légère.

J’ai cité aussi le fou discordant ou dément précoce Pon.... (p. 44), qui a fini par des tentatives de suicide bizarres une fugue où il avait erré dans la campagne pendant deux jours.

SÉMIOLOGIE.

Toutes ces fugues sont faites sous une influence qu’il est difficile d’expliquer psychologiquement (explique-t-on d’ailleurs le suicide ?) ; on peut dire que c’est un besoin pathologique de déplacement, une impulsion soudaine (voyez ce mot), ou, au contraire, un projet médité, comme souvent chez les enfants chez lesquels l’impulsivité naturelle est renforcée par l’absence de discernement, ou chez les déments une idée de promenade intempestive, anormale à cause de l’affaiblissement intellectuel, etc. La fugue peut être encore une sorte de raptus sous l’intluence de l’angoisse, de la colère, etc.

A côté d’elles, sont ces fugues faites sous l’empire d’idées délirantes ou d’hallucinations dont le type est donné par l’alcoolique délirant comme Bar..., qui fuit sous l’influence de la peur occasionnée par des liallucinations. L’épileptique en peut faire autant, demême quele délirant infectieux (voyezl’obs. de M^'XXX) ou le confus. L’hystérique peut fuir, sous l’empire d’une idée ou d’une hallucination. Le fou persécuté systématique le fait très souvent au début de son affection; il fuit son logement pour échapper aux persécutions (voyez Jo... p. 662) et erre quelquefois au hasard ou dans une direction déterminée, même à l’étranger. En somme, sous cette forme-là, la fugue est unacte logique relié au délire. Maisn’est-ce pas par l’intermédiaire d’une émotion ou d’un sentiment et n’y a-t-il pas des dégradations insensibles entre cette fugue logique, le « raptus » et l’impulsion?

Je ne parle pas ici des fugues sous l’influence de la passion, surtout amoureuse. Elles ne peuvent guère être considérées comme pathologiques, bien qu’elles révèlent le plus souvent au moins un tempérament névropathique tout près du déséquilibre mental-

On remarquera la réunion fréquente du suicide, et aussi parfois du crime, avec la fugue.

Souvenir de la fugue. — Gomme la fugue se relie au trouble mental, il s’ensuit qu’elle peut, comme celui-ci, disparaître totalement, une fois terminée, de lamémoiredu malade. Il suffira de renvoyer au chapitre Mémoire (p. 8.3); mais, au point de vue pratique et médico-légal, la connaissance de la perte de souvenir totale ou partielle a une grande importance, car la première se rencontre avant tout dans l’épilepsie et parfois l’hystérie (avec ses caractères spéciaux), la seconde aussi dans ces troubles et dans les démences.

On devra penser à la simulation possible de l’oubli de la

INSTINCTS, SENTIMENTS, PASSIONS ET ACTES. fugue, surtout chez les militaires en prévention de conseil de o-uerre pour désertion.

Valeur sémiologique. — Je viens de montrer assez au long que la fugue peut se rencontrer partout. Cependant, suivant 1 âge, on doit songer avant tout à telle ou telle affection ; ainsi :

Chez l’enfant : au déséquilibre, à l’arriération mentale (la fugue est ordinairement répétée) '.^rechercher le milieu familial mauvais î)

Chez l’adolescent : à riiébéphréme ;

Chez l’adulte : à l’épilepsie (fugue ordinairement répétée); à l’alcoolisme (délirant ou démentiel); à la P. G. ;

Chez le vieillard : a la démence sénile.

Sentiments familiaux.— La plupart du temps, ils sont diminués ou abolis, ou remplacés parfois par la haine ou la jalousie.

Sentiments suscités par l’entourage immédiat physique et social Nostalgie. - Ce sentiment triste ne se trouve plus guère que chez les Bretons et disparaît devant les mœurs nouvelles. 11 n’a pas d’importance pathologique.

Sentiments suscités par les rapports avec autrui, avec la société. — Ces sentiments et leurs nuances sont très nombreux et leurs altérations se rencontrent dans presque toutes les formes d’affections mentales. Je ne citerai ici, et que d’un mot seulement sous forme de tableau, les principaux d’entre eux. J’y ai réuni une partie de ceux que j’ai déjà étudiés. Donner des exemples, saut pourquelqueS:uns, m’entraînerait trop loin et serait superflu. Mais la constatation de certains de ces sentiments est parfois très utile au point de vue du diagnostic, bien qu’ils ne soient pas absolument pathognomoniques. Il en est ainsi de :

La politesse enfanline.

L’obséquiosité .

Le sans-gêne .

L’impudeur ,

Du débile et de l’arriéré.

De l’épileptique et du débile.

Du maniaque.

Du paralytique général.

Du dément.

De l’idiot.

La générosité, la bienveillance (en paroles) . Du paralytique général.

La philanthropie exagérée . .

La « zoophilie » exagéi’ée . ( Du déséquilibré.

La misanthropie . )

L égoïsme malveillant (querelles, violences) . . . Du maniaque circulaire.

SÉMIOLOGIE.

L’égoïsme soupçonneux et vindicatif. . .

La haine (vengeance, meiu-tro) .

La kaine (procès, etc.) .

La perversité (violences, calomnie, lourberies, mensonges) .

L’indifférence absorbée .

Le détachement .

L’envie .

La jalousie (ordinairement sexuelle). . .

L’hypocrisie .

L’ambition .

La timidité .

La vanité .

Ln douceur, la résignation .

La docilité. .

L’opposition .

L’enlétcment .

La réserve défensive .

L’humeur contrastante . . . .

Le négativisme .

Etc., Etc.

Du persécuté.

Du persécuté raisonneur.

Du persécuté raisonneur, du maniaque raisonneur, du fou moral et de certains déséquilibrés et hystériques.

Du mélancolique;

De l’hypocondriaque.

Du dément.

Du déséquilibré.

De l’alcoolique, du déséquilibré, de l’hystérique, de certains fous persécutés.

De l’imbécile.

Du déséquilibré et du fou moral.

Du déséquilibré.

Du « mégalomane » ;

Du dément:

Du débile.

Du mélancolique .

Du confus.

De l’anxieux.

De l’arriéré, du déséquilibré, du dément, surtout sénile.

Du foumoral, de l’enfant pervers, de l’hystérique.

Du jeune névropathe.

Du catatonique.

Remarque sur la vanité du « mégalomane ». — N..., un malade que j ai vu .autrefois à Bicêtre, dément avec [idées de grandeur (probablement ancien alcoolique), montrait avec satisfaction un bouton de culotte (|ui, disait-il, était une médaille de l’xVcadémie française, car il était poète et noii’cissait de pseudovers extravagants des liasses de bouts de papiers informes.

J’ai connu aussi un malade qui s’affublait d’un dolman réformé d’artilleur, d’un vieux képi et qui était constellé de décorations en papier et en ferblanc. le tout pour montrer au public les charges importantes qu’il occupait.

Dans ces cas, Ja vanité du malade saute aux yeux (j ai déjà parlé de la vanité, p. 23).

Remarques sur les sentiments d’opposition et de a négativismes : l’opposition, l’entêtement, la réserve défensive, l’humeur « contrastante », le négativisme ou humeur négative. — Tous ces sentiments, exprimés par des mots différents, paraissent pourtant être seulement des nuances d’un sentiment de protection, de défense

contre l’intrusion étrangère dans la personnalité du malade ou de ranornml, intrusion qui est désagréable pour différentes raisons.

L’anxieux mélancolique ou l’angoissé neurasthénique sent son état de malaise s’accroître sous l’influence de rinterrogatoire ou des actes commandés; \\ s’ oppose à ce qu’on veut lui faire faire afin

de rester tranquille (user de douceur avec lui).

L’arriéré, le débile, le déséquilibré, le dément (senile, paralytique général, etc.) est à la fois borné et souvent plein de suffisance congénitale ou acquise. 11 n’a de conseils a recevom de personne! et il fait à sa guise, envers et contre tous, des bêtises ou des sottises (user d’adresse avec lui).

L’hystérique, qui a ses secrets sentimentaux, se tient sur la réserve défensive quand on veut pénétrer dans son for intérieur et s’échappe souvent par des mensonges, des paroles évasives, a côté ou à tort et à travers (« Vorbeireden » des Allemands, « syndrome de Ganser ») (user de persuasion). 11 y a là une certaine différence au fond avec la réticence du persécuté qui ne veut pas avouer son délire, soit par habileté (pour sortir de l’asile), soit par orgueil. Le pervers ne veut pas avouer de peur d’être puni ou d’avoir des ennuis, ou pour jouer un bon tour, ou par insolence (user de patience).

Chez certains enfants, il y a une tendance presque automatique à faire le contraire de ce que l’on demande. Il s’agit générakment de nerveux, de névropathes, de futurs déséquilibres. Un de mes amis présentait dans sa jeunesse ce caractère spécial à un haut degré. On lui offrait un gâteau dont il avait envie, il le refusait; on lui donnait un conseil ou un ordre, il faisait l’opposé. 11 semble bien qu’il y ait là l’analogue de l’association par contraste (user de patience et laisser faire le temps I)

Marg..., cette jeune hébéplirénique dont je pai-lcrai plus loin, manifestait pendant une certaine période un négativisme acharné : on la menait aux T\ .-O., elle retenait ses matières avec obstination; on la ramenait a son ht, e e gâtait immédiatement. Elle se raidissait quand on voulait la lever et quelle était couchée, quand on voulait la coucher lorsqu’elle était levee. Elle se détournait quand on voulait la faire manger et mangeait une fois que 1 infirmière avait le dos tourné. Quand on voulait lui faire oavrir la bouche, elle' la serrait, et restait obstinément muette quand on l’interrogeait, e c. C’étaient des luttes continuelles pour la- tenir propre, la faire manger, 1 ha-

Dumn..., en état dé stupeur catatonique (voyez lï Stupeur p. 219), tantôt présente de la catalepsie, de la flexibilité cireuse, tantôt s oppose à tous es mou

SÉMIOLOGIE.

vemenls et même ébauche les mouvements opposés à ceux qu’on veut lui faire faire. Il se détourne de la nourriture placée devant lui pour la prendre dès qu’on s’éloigne.

Delo... (voyez l’observation complète), vieux dément précoce, à la fin d’un interrogatoire où il avait répondu assez sensément, donne des réponses incohérentes et manifeste d’une façon non équivoque que cette conversation l’en . nuie. Ces réponses paraissaient bien être d’une incohérence voulue pour se débarrasser de l’examen ( « Vorbeireden » ).

Pat..., catatonique (voyez l’observation complète), refuse, péremptoirement, d’obéir aux ordres donnés :

D. — Levez cette jambe, monsieur P... !

R. — Je n’ai pas à, la lever I

D. — Essayez de lever la jambe

R. — Je vous dis non, monsieur...

Ces fragments d’observations, qui concernent tous quatre des folies discordantes ou démences précoces, me paraissent montrer que le fond du négativisme, même quand il se manifeste dans l’état de stupeur par des mouvements « négatifs » (au sens algébrique du mot), est toujours de ne pas aimera être ennuyé. Le dément précoce aime la paix, comme disait à peu près Pat... et il défend cette paix comme il peut, par la parole, par les actes aussi bien que parle mutisme et les attitudes. Les différentes nuances apparentes du sentiment négateur proviennent probablement de l’expression plus ou moins complète, suivant l’état d’ensemble du malade, qu’il soit dément précoce, dément, hystérique, déséquilibré, ou ce qu’on voudra. Aussi peut-on appeler tous ces sentiments énumérés plus haut du terme général ; humeur négative. Elle peut s’exprimer par :

La parole.

Évasive,

Volontairement mensongère,

A tort et à travers, « à côté »,

Moqueuse, etc. (complication chez les lous moraux, les

persécutés), Nulle, mutisme.

Le dérobement, La fuite, etc..

Les gestes.

Nuis, l'immobilité.

« Fermée ».

Et même par I ng l’ennui, de la mauvaise humeur (même chez les la mimique... ( fous discordants).

INSTINCTS, SENTIMENTS, PASSIONS ET ACTES. a‘

Sentiments en rapport avec l’abstrait et l’idéal. — Sentiments religieux (1) . — Le mysticisme, quandil atteint une intensité patholoffique s’accompagne ordinairement d’idées et de troubles sensoriels divers dont je parle aux autres chapitres de la sémiologie. La folie mystique proprement dite est un type assez net de folie systématisée.

Quant aux apôtres, ascètes, fanatiques plus ou moins persécuteurs, ils se rapprochent beaucoup des fous mystiques, des persécutés et des raisonnants ou raisonneurs, lis tiennent une assez grande place parmi ces déséquilibrés, détraqués névropathes et psychopathes qui forment ce qu’on a appelé le border land

of insanity. , , ■ .

Sentiments politiques et moraux. — On peut ranger dans la meme catégorie les fanatiques politiques actifs, régicides, révolutionnaires, anarchistes, les politiques idéalistes, inventeurs sociaux, pamphlétaires, les moralistes réformateurs.

Sentiments liés a la littérature, a l’art et a la science. Il en est de même encore pour les décadents, symbolistes, esthètes, peintres extraordinaires, inventeurs de systèmes scientifiques et philosophiques, découvreurs de la quadrature du cercle, du mouvement perpétuel, astrologues, chiromanciens convaincus, etc. .

Chez tous ces individus, le sentiment intense excite 1 imagination et peut donner naissance, non seulement au « delire d’imagination )),mais aussi à de véritables idées délirantes que j’étudie ailleurs.

Quant à la perte de ces sentiments ou à leur perversion sous l’influence de la folie, elle est aussi très fréquente, le champ de ces sentiments actifs normaux se rétrécissant dans les troubles mentaux, comme l’avons vu pour les sentiments moins abstraits.

(l)Le complexus appelé sentiment religieux est encore très mal connu ; il serait utile de l’étudier en psychologie dite normale.

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