CHAPITRE III
LE COURANT DES IDÉES, LE LANGAGE, LES MOUVEMENTS ET LA MIMIQUE INTELLECTUELLE
Sommaire. — L’excitation intellectuelle tire physiologique. L’excitation intellectuelle pathologique. Exemples tirés de la manie; expression de l’excitation jiar le langage et les gestes. C’est moins une accélération du cours des idées que celle do leur transformation en paroles et en actes. Rapports avec l’attention. Pure, sans autre signe intellectuel, ne se rencontre que dans la manie.
La turbulence. — Excitation très atténuée, manie très faible avec quelques particularités chez des enfants surtout épileptiques.
Le mentisme. — Excitation intellectuelle non extériorisée (moins intense), bavardage intérieur.
La surexcitation: c’est une excitation secondaire.
Excitation intellectuelle circonscrite. — Le bavardage est circonscrit; rapport avec l’anxiété et l’angoisse. Elle est secondaire.
La dépression intellectuelle. — E.xomple dans la mélancolie; expression mimique et motrice; langage. Il y a ralentissement du courant des idées, ralentissement de la transformation en paroles et en actes. Se trouve dans la neurasthénie, dans les étals de fatigue, etc. Sa manifestation dans les folies discordantes, dans les démences sénile et organique. Elle est souvent reconnue des malades. Sa différence d’avec l’inertie.
Valeur sémiologique. — Mélancolie, neurasthénie, folies discordantes, démences. La dépression intellectuelle paraît ne pas être le premier degré de la stupeur. La dépression inteliectuelie dans les états do confusion n’est peut-être pas de même nature que dans les autres formes.
L'incohérence. — L'incohérence avec excitation. Exemples dans l’alcoolisme aigu, dans l’infection; cette incoliér.enoe avec excitation intense empêche les relations avec le monde extérieur. L’incohérence avec excitation dans les folios discordantes, entremêiéc de répétitions (stéréotypies). Lincohérence avec excitation dans la P. G.
L’incohérence avec dépression. Exemple dans l’alcoolisme aigu. Elle fait partie du syndrome confusion.
L'incohérence simple. Exemple chez un dément. Se rencontre à un très faible degré dans la neurasthénie.
Définition de l’incohéi'ence. — Ses rapports avec d’autres symptômes. Symptômes implicitement contenus. Avec la reconnaissance par le malade de cet état et les autres symptômes, l’incohérence avec dépression constitue le syndrome confusion. Incohérence parlée et écrite.
Diagnostic de l’incohérence. — Ne pas la confondre avec la. pseudo-incohérence de l’excitation pure; la pseudo-incohérence par langage inapproprié, par symbolisme, par allusion aux idées délirantes, par langage de perroquet, la jargonaphasie. Rapport avec le délire incohérent.
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Valeur sémiologique. - Se rencontre clans les troubles aigus de cause reconnue e.t dans les démences. Tenir compte de tous les autres signes; se rappeler que l’incohérence avec excitation doit toujours faire craindre un état d’affaiblissement intellectuel- l’incohérence avec dépression fait partie du syndrome confusion:; plus rarement de la démence (ne pas confondre l’une avec l’autre); l’incohérence Lnnle, « calme », est démentielle.
Remarques générales sur l’excitation, la dépression, l’mcoherence. - Ce sont des troubles du courant des idées ciui perturbent toute l’intelligence. Ne sont pas du même ordre que le délire ou les hallucinations; mais coexistent fréquemment. Cette perturbation plus ou moins profonde de toute l’intelligence doit être etudiee à part dans tous ses modes. . ,
L’inertie intellectuelle. -he courant des idées stagne chez certains dements, arriérés et chez certains fous discordants avant toute démence. C'est un ralentissement simple sans que le malade semble s’en apercevoir. Ses rapports avec l’indifférence émotive et sentimentale. ...u . i ’
N’a de valeur sémiologique qu’au début des folies discordantes, et au début des démences, surtout do la P. G.
Excitation intellectuelle. — Excitation presque normale. — O. .. est par périodes dans un état d’excitation intellectuelle modérée, que scs amis ne trouvent nullement anormale. 11 y a accélération du courant des idées, ce qiii a de nombreuses conséquences : les perceptions, les associations d’idees s effectuent aisément; l’attention est prompte et durable, la mémoire plus fidèle et plus étendue, les raisonnements sont justes et faciles, les jugements rapides, le travail intellectuel est d’une plus grande activité et son niveau (dus élevé. Cet état s’accompagne d’un sentiment de bien-être, de gaieté et d’optimisme. La bienveillance naturelle de O... augmente. On s’aperçoit de cet état chez 0... a sa physionomie plus ferme et plus gaie, à son air d’assurance, à sa mimique plus accentuée, tant émotive qu’intellectuelle, et surtout à son langage plus rapide, plus fréquent, plus long, plus précis ; il fait volontiers des citations, (les plaiaanteries et même des calcmliours, scs lettres sont plus spirituelles, et il est plus expansif que d’habitude. Son activité extérieure est plus grande sans atteindre à. l’agitation proprement dite. En temps ordinaire, 0... cherche quelquefois ses mots ; dans ces périodes d’excitation, les mots lui viennent tout seuls ; il écrit mieux qu’à l’ordinaire et sans peine. Enfin, c’est une remarque (pi’il a faite sur lui-même, quand cet état atteint une certaine intensité, il s’excite en parlant et il finit par sentir comme s’il parlait automatiquement et avec une diminution du pouvoir volontaire sur sa parole qui tend à s’émanciper (sentiment d’automatisme sur lequel je reviendrai). Mais ce degré n’a été atteint que rarement. M. 0... reconnaît aussi souvent, même pendant l’accès, qu’il est plus excité qu’à l’ordinaire. Pendant ces périodes, il se porte mieux, digère mieux, supporte mieux la fatigue, dort mieux et a généralement un peu do polyurie. Je n’ai pas besoin de dire que c’est un névropathe.
C’est un état presque normal clans lequel le travail productif intellectuel augmente, mais il déborde déjà dans 1 excitation pathologique, dans les moments où il y a ce sentiment d automatisme sur, lequel j’ai attiré l’attention. Tout le monde sait, par
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expérience d’ailleurs, qu’il y a une excitation tout à fait dans les limites de la normale et qui est la condition et le résultat en même temps du travail intellectuel.
Excitation intellectuelle (pathologique.) — J’ai vu autrefois à Bicêtre un maniaque, le compagnon X..., qui pendant trois semaines a présenté un accès d’excitation franche et pure. Sa physionomie était ouverte, ses yeux brillants, la tenue en désordre ; il ne pouvait rester en place ; l’agitation était très marquée ainsi que la mimique, trop accentuée. Le langage révélait une excitation intellectuelle considérable, qui empêchait le sommeil, car le bavardage était intarrissable ; les idées défilaient les unes à la suite des autres sans arrêt (idéorrhée des auteurs), comme on le voyait par les phrases qui les traduisaient au dehors. L’attention se fixait facilement sur les choses extérieures, mais avec une instabilité telle, que chaque objet perçu changeait à chaque instant l’ordre des idées, ce qui donnait un décousu tout spécial au langage. Les souvenirs remontaient en foule du passé à la mémoire du malade (excitation de la mémoire). ,
Le langage, dans ces cas, est correct, et on pourrait suivre le cours des idées, guidé par les associations dites de ressemblance et de contiguïté et traduites immédiatement en paroles. L’incohérence qui frappe par instants dans ces cas est encore plus apparente que réelle, c’est le langage elliptique de Falret; pourtant, on note souvent une tendance à associer plutôt les mots que les idées, et ce par assonnance, comme nous le verrons plus loin. L’émotion présente est souvent la joie, mais souvent elle est très variable et c’est bien plutôt une excitabilité émotionnelle générale, changeante, passant delà joie à la tristesse, à la colère etc., avec une promptitude égale à la variation de l’idée.
La traduction au dehors de cet état d’excitation intellectuelle se fait par le langage. 11 ne s’agit pas réellementici d’une accélération du courant intellectuel, ou d’une augmentation du vrai travail intellectuel comme dans l’excitation intellectuelle normale, ou presque normale, citée plus haut. 11 y a, comme on le verra plus nettement plus bas, à propos de l’excitation avec incohérence, augmentation de la rapidité de transformation de l’idée en mot ou môme en acte et tendance à remplacer les associations supérieures par les inférieures, surtout de mots. Penser, a-t-on dit, c’est se retenir de parler et d’agir. Le maniaque (l’excité, quel qu’il soit) parle et agit, mais ne pense pas au sens élevé du terme, car il ne réfléchit pas et ne suit pas un plan; les idées lui viennent soit association, suscitées par V excitation de la mémoire qui les va
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chercher dans la profondeur de l’inconscient, soit par les sens, surtout de la vue et de l’ouïe, sous l’influence de Yinstabiüté de l’attention. Il y a extériorisation de la pensée e dégradée », pour employer un terme de physique.
Dans la manie, nous avons vu les rapports de cette excitation avec les émotions, surtout la joie ou la colère, traduites au dehors par la mimique, et avec des sentiments dont les principaux sont le sans-gène et la familiarité. 11 y a quelquefois aussi des rapports avec des idées délirantes passagères de grandeur et de différents ordres. Mais, tout cela est bien plus marqué dans les cas où cette excitation s’accompagne d’incohérence, sans que cette incohérence soit le résultat de la trop grande excitation. Il y a, en effet, des cas de manie où l’excitation extrême aboutit à l’incohérence.
Turbulence. — On rencontre aussi chez des enfants surtout épileptiques une excitation intellectuelle modérée, mais tout à fait comparable à de la manie très atténuée (avec quelques additions
spéciales). J'en parlerai au chapitre Epilepsie.
En somme, l’excitation intellectuelle pure, plus ou moins intense, dont le degré est mesuré par son expression, le bavardage, auquel il îÿ.\ii\omAveV agitation motrice, ce qui fait que son vrai nom &(iVd\iexcitatio7i psycho-motrice et verbale généralisée, automatique, l’excitation pure ne se rencontre que dans la manie ou la manie liée à la folie circulaire. Elle y paraît le résultat primitif du trouble automatique, c’est l’excitation primitive. Lorsqu’elle n’est pas pure, elle est très fréquente. Aussi doit-on toujours rechercher si elle ne s’accompagne pas d’autres signes intellectuels, le cas de beaucoup le plus important, à propos duquel je m etendrai plus longuement.
Excitation intellectuelle non extéhiomske. Mentisme. — Phi... est un neurasthénique qui, par périodes, est en proie an «. mentisme n , a la rumination intellectuelle ; c’est une rêverie où les idées défilent rapidement et sans arrêt, dune façon incoercible, tantôt pendant ses insomnies nocturnes, tantôt le matin après le réveil. 11 a remarqué, dans ce dernier ca, que souvent il avait le matin des rêves où il parlait.
Effectivement, ce mentisme s’accompagne de bavardage intérieur qui prend devant la conscience du malade une importance, une valeur plus grandes qu’à l’état normal, avec sentiment d automatisme. Le « mentisme» est un défilé d’idées que le malade rie peut fixer et sur lesquelles il ne peut par conséquent réfléchir ou plutôt à propos desquels il a une sorte de réflexion forcée ana-
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logue à la folie de doute. Parfois, quelques-unes s’arrêtent et forment unee^ctMcAe d’obsession (voyez plus loin), ou le couranttend à former une sortedetourbillon(voyezplus loin), c’est dire queces états se rapprochent insensiblement de l’obsession et du doute, dont ils seraient des variantes, étendues pour ainsi dire à ungrand ^nombre d’idées successives défilant sans arrêt. C’est comme un diminutif de l’excitation maniaque, mais reconnu patholo¬
gique par le malade lui-même et soustrait à l’influence déviatrice de l’attention externe. Cela ne se rencontre que dans la neurasthénie psychique. Dans quelques cas rares il y a ex citation psychomotrice, comme dans la manie, mais reconnue aussi par le malade lui-même. Parfois, tout se borne à ce bavardage mental, semé de temps en temps de mots chuchotés ou encore prononcés à mi-voix.
Surexcitation. — Gou... E. est un vieux persécuté qui ne parle qu’en faisant des allusions à son système délirant, si bien que son langage paraît incohérent au premier abord. De temps en temps, il s’excite, il parle plus fort à ses persécuteurs ; il gesticule avec véhémence, il se promène à grands pas dans la cour ; lorsqu’il m’aperçoit, il vient me tenir des discours de blâme, de rejiroche, pour ma conduite, avec un ton pathétique, émaillé de quelques menaces. Cette excitation est liée au délire.
Cela se rencontre extrêmement fréquemment dans tous les délires, surtout les systématisés avec ou sans hallucinations, dont la marche procède par poussées successives, quelquefois très marquées.
C’est une excitation tout à fait analogue, secondaire, qui se manifeste dans la colère (voyez le paragraphe concernant cette émotion), quoique souvent avec incohérence.
Excitation intellectuelle circonscrite. — J’ai déjà indiqué, à proposde l’angoisse, traduite par unecertaine répétition monotone, mais incessante, des mêmes mots : « Mon Dieu! mon Dieu! qu’est-ce qui va m’arriver? que vais-je devenir? />, accompagnée d’une agitation qui n’est pas celle bien plus générale delamanie.Le bavm^dag eici&sivin De même chez Vau..,
ce mélancolique anxieux, l’excitation intellectuelle faisait sans cesse repasser devant la conscience du malade les mêmes interrogations et les mêmes idées délirantes. Tels au cirque les mêmes figurants reparaissent sans cesse pour simuler un défilé d’armée, tandis que l’excitation de la manie est un vrai défilé, et même un défilé de gens ramassés au hasard. \J agitation anxieuse est éga-
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lement circonscrite à la répétition des memes actes. Cette excitation est dite secondaire, liée au trouble émotionnel. Au fond, ces distinctions de primaire et secondaire paraissent bien artificielles. Mais, il faut remarquer que cette excitation circonscrite se rapproche beaucoup de X obsession.
Dépression (Ralentissement, stagnation, arrêt intellectuel par obstacle, « inhibition » intellectuelle). — Je reprends l’exemple du mélancolique Cal...
Sansrevenirsurrexpressiondela tristesse de Cal..., sur sa dépression motrice, je remarque que sa mimique purement intellectuelle est pauvre (il y a deux raisons ici à cela, sa débilité mentale et sa mélancolie), et l’on voit que l’attention est difficile et ralentie. Son langage est non seulement émis à voix basse et monotone, mais encore lentement, comme avec des interruptions. Les phrases, fort courtes, sont correctes. En mettant à part les idées délirantes d’auto-accusation et de châtiment, le malade avoue qu’il ne sait pas à quoi il pense, il ne se rend pas compte de ce qui se passe en lui et il ne sait pas, dit-il, ce qu’il veut.
On saisit là, par l’expression que le langage nous en donne, tant dans son émission, son débit, que dans son contenu, toute la diminution de l’activité intellectuelle, le ralentissement par obstacle du courant de pensée, qui est ici en rapport étroit avec l’émotion triste (et le délire y afférent) et la diminution de l’activité volontaire (aboulie) la dépression motrice, la diminution de la transformation de l’idée en acte, bref, la difficulté à penser.
Dans la neurasthénie psychique, surtout à la suite de fatigue intellectuelle, les malades racontent ce ralentissement, cette stagnation par obstacle intellectuel. Ils disent penser, travailler plus lentement, à cause de l’effort qu'ils sont obligés de faire. Ils déclarent même parfois ne penser à rien; ils ne parlent pas, ils sont inactifs. La mémoire est paresseuse, diminuée même (voyez à Mémoire) et une vague rêvasserie les occupe à peine. Parfois même, il y a pendant quelques instants un vide do la conscience en apparence complet (voyez un exemple plus loin).
D’ailleurs, cette stagnation intellectuelle est connue de tout le monde dans la fatigue, dans le sommeil, etc., et à l’état chronique dans tous les états de dépression physique causés par des affections longues, des chagrins prolongés, des intoxications répétées, etc. Elle paraît la traduction primitive du trouble somatique. Elle correspond à la « Hemmung » des Allemands.
SÉMIOLOGIE.
Lejeune Der... Paul, atteint de démence précoce, dont ontrouveral’observation aux Tjp. clin., s’exprimait ainsi lorsqu’il était assis et qu’on l’appelait: « Oui, oui, je viens, je ne peux pas plus vite, je suis cloué. » Bien qu’il fut difficile de lui soutirer des renseignements sur la façon dont sa pensée non motrice fonctionnait, la lenteur de ses réponses toute analogue à celle de Cal..., avec voix basse et sans expression, indiquait bien une lenteur dans le courant d’idées, une dépression parallèle à « l’aboulie » manifestée ouvertement plus haut. Sa mimique, son altitude, ses mouvements « figés «complétaient bien l’ensemble expressif.
D’ailleurs, beaucoup do fous discordants dans la dépression se plaignent de celle-ci (1).
Dans les démences, on peut rencontrer aussi cet état de dépression intellectuelle, mais elle se combine si souvent avec un autre symptôme, V inertie intellectuelle (voyez plus bas),
qu’elle perd de son importance. Pourtant si elle est très marquée, devenue de la confusion ou stupidité chronique elle se rencontre surtout dans la démence épileptique typique. Jerenvoieaux articles ultérieurs.
On remarquera que les malades, mélancoliques, neurasthéniques, déments précoces, parfois même les déments, surtout séniles ou artério-scléreux, reconnaissent le ralentissement intellectuel, bien qu’il soit parfois difficile de le leur faire exprimer. La mimique, l’attitude générale du corps en flexion, le ralentissement des mouvements traduisent au dehors cette dépression intellectuelle qu’il est par suite facile de reconnaître. Souvent, chez les neurasthéniques, la dépression psychique est plus intense que son expression physique.
Diagnostic. — Cette dépression constitue, tant qu’elle est pure, même quand elle est en relation avec la douleur morale (mélancolie), un amoindrissement considérable des « facultés » intellectuelles; mais le malade reste tout de même orienté, capable de mémoire. Elle reste à ce degré dans la mélancolie etlaneurasthénie, dans bien des états somatiques chroniques de dénutrition, d’intoxication ou d’infection, et même dans la démence précoce. Mais il no faut pas la confondre avec Vinertie intellectuelle de la démence précoce, des déments ou des idiots et arriérés. Elle s’en différencie par l’expression mimique de la dépression, l’attitude en flexion, la lenteur du langage, déprimé lui aussi, et des (1) Ubstein [die Dementia prœcox und ihre Stellung zum manisch-depressiven Irresein, Urban und Sohwarzenberg, Berlin und Wion, 1907, S. 80) dit que c’est de la dépression subjective, « subjective Heramung », mais non réelle. Il me sembla que le Jeune Der... montre bien de la vraie, « objective Ilemmung.»
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mouvements sans rapidité, sans force, sans précision. L’inertie est simplement le repos, l’absence de fonctionnement rapide intellectuel et moteur; mais si on tire le malade de ce repos, il répond rapidement ou agit rapidement (voyez plus bas). On ne la confondra pas avec le syndrome confusion ou, pour être plus précis, on ne méconnaîtra pas les cas où elle se complique d’incohérence (p. 69) pour former le syndrome confusion, qui contient un autre élément, l’effort pour vaincre l’obstacle intellectuel, car alors il y a une mimique d’égarement et une gêne beaucoup plus considérable et spéciale du fonctionnement intellectuel (voyez p. 224).
Valeur sémiologique. — Combinée avec la douleur morale, elle se rencontre dans la mélancolie simple, la mélancolie avec délfte et la mélancolie intermittente ou liée à la folie circulaire. Pure, elle paraît dans la neurasthénie, les états chroniques d’affaiblissement somatique, la démence précoce au début. Dans celle-ci elle peut aussi se combiner à d’autres signes, ainsi que dans les démences : mais, dans ces dernières, de même que dans les états où le syndrome confusion se rencontre, elle perd ordinairement de sa valeur sémiologique devant l’importance des autres symptômes. Il s’en suit que, en présence de la dépression, pure de tout autre signe intellectuel, on doit avant tout songer à la mélancolie dans toutes ses formes, à la neurasthénie, enfin àla démence précoce ; maison pourra parfois se trouver très embarrassé, les atfections somatiques chroniques, la P. G. entre autres, pouvant parfois débuter par une période de dépression pure ou de pseudo-neurasthénie .
Dépression intellectuelle, stupeur, stupidité. — La mélancolie se complique parfois de stupeur (voyez p. 220), c’est-à-dire d’àrrêt des manifestations mimiques et motrices. Ce syndrome ou symptôme peut-il être considéré comme l’extrême de la dépression ? Comme on le verra, il semble qu’il y ait dans la stupeur un arrêt dans la manifestation extérieure plutôt qu’un arrêt total du cours des idées. D’autre part, peut-on dire que la dépression ait pour aboutissant la stupidité? On pourrait peut-être plutôtle soutenir, ■car la stupidité est bien l’arrêt complet, mais avec ce détour qu’elle est l’extrême limite de la confusion où il y a toujours incohérence (voyez p. 224). Ce qui ferait penser que dépression simple, comme dans la mélancolie, et stupidité ou confusion sont deux choses distinctes, c’est que la mélancolie même intense n’arrive jamais à la stupidité ni à la confusion, sauf complica- Ghaslin. — Sémiologie. o
SÉMIOLOGIE.
iio7is. Mais comme, en somme, le ralentissement intellectuel de la mélancolie et celui de la confusion, en tant que i^alentissement, ne peuvent se distinguer, je conserve le même mot pour ces deux ralentissements qui sont peut-être différents, mais que l’imperfection de nos connaissances permet de confondre. Ce sont des questions difficiles sur lesquelle je ne peux m’étendre
Incohérence. — Tout le monde connaît l’effet que la colère, la peur, l’angoisse, peuvent faire sur l’intelligence: « On perd la tête », sous l’influence de ces émotions ; on ne sait plusce que l’on pense, ce que l’on dit, ce que l’on fait souvent; que Ton soit en même temps excité, agité ou déprimé intellectuellement et affaissé.
Incohérence avec excitation. — J’utilise de nouveau Tobservation de Gard... qui m’a déjà servi à plusieurs reprises comme exemple (p. 20 et 22) et je reprends l’étude de son bavardage.. Voici un passage typique.
Gard... se met à genoux, les mains jointes, puis dit : « Voici ce que jedemande, 1, 2, 3, 4, 5, 6. »