‹ Éléments de sémiologie et clinique mentalesChapitre 28 sur 159 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

LA MÉMOIRE (1

'SoMMiinF — Exagérations et faiblesses congénitales. Singularités de la mémoire. — Pour les arriérés, renvoi aux types cliniques. Mélange d’exagération et de faiblesse clicz le même individu; quelques exemples. Peu d'importance de ces variations. Grande importance parfois de savoir rechercher séparément l’état de l’acquisition, conservation, évocation, localisation des souvenirs.

J ni l normale sénile Ac la mémoire. Tendance à, la fausse réminiscence.

Exaltation générale de la mémoire dans l’excitation intellectuelle, surtout dans la manie. Vision panoramique rétrospective: un exemple.

Exaltation partielle de la mémoire. Dans la mélancolie, les folies de persécution.

■Conservation de la mémoire pendant le trouble mental. — Ne se rencontre pleinement que dans les folies systématiques (anciennes monomanies) et dans certains cas do déséquilibre mental. Dans la mélancolie la mémoire est paresseuse.

Apparitions de troubles de la mémoire dans le cours du trouble mental. — Deux exemples. Grande importance pour annoncer l’apparition de la démence, quelle qu’en soit l’origine, toxique, infectieuse, organi(£ue, vésanique.

.Affaiblissement concomitant avec d’autres troubles mentaux. — Exemples dans l’alcoolisme, les états infectieux, Tépilepsie, etc. Dans les démences toxiqHes,la P. G., organique, etc. Dans la mélancolie la mémoire est plutôt paresseuse qu’abolie. Mémoire retardée dans la neurasthénie. En somme, cet affaiblissement fait partie dos syndrômes confusion et démence. Au début de l’affection, grande importance pour le syndrôme démence surtout.

Troubles prédominants ou uniques de la mémoire. — 1° Reconnus du malade, dans la neurasthénie, dans la P. G. au début. — 2» A demi reconnus du malade, dans le syndrome de Korsakoff, au début et dans le cours de certains cas de démence épileptique, organique, sénile. — 3» Non reconnus du malade, dans la démence épileptique, la P.G. au début, la démence organique,la démence sénile. Grande valeur surtout pour le pronostic : apparition d'une démence d’emblée. Ne pas confondre avec la neurasthénie ou avec la perte de mémoire consécutive à des troubles mentaux (Voyez plus loin) .

JEertede la mémoire spéciale des mots dans l’aphasie.

Perversions et faux souvenirs. — Exemple dans la neurasthénie avec doute, dans la démence sénile au début, dans le syndrome de Korsakolï, dans la démence sénile avérée, dans la P. G. Rapports avec les rêves. Faux souvenir, délire rétrospectif dans la folie systématique .

Diagnostic. — Aspeet de pseudo-souvenir chez des incohérents. Mensonge.

Valeur sémiologique. — Penser avant tout, suivant l’âge, à la P. G., à la démence sénile, à la psychose de Korsakoff, surtout alcoolique (névrites).

(1) Dans CO chapitre je n’ai pas voulu étudier en eux-mêmes les troubles de la

memoue, ce qui est plutôt affaire de psychologie, mais seulement leur valeur sémiologique.

SÉMIOLOGIE.

AffaiUissement el erreurs de reconnaissance. — Renvoi plus loin.

Etat delà mémoire postérieurement aux troubles mentaux.

1» Souvenirs du trouble conservés. — Exemples dans la mélancolie, l’alcoolisme aigu peu intense, même l’épilepsie.

2» Souvenirs erronés. — Exemple chez un P. G. absinthiquc en rémission. Importance pratique.

3» Oubli partiel. — Exemple chez un épileptique.

4» Oubli total du trouble mental. — Exemple chez des epdeptiques.

5» Oubli portant sur une période antérieure au trouble [amnésie rétrograde). — Exemple chez un épileptique.

6» Oubli s'étendant postérieurement au trouble (amnésie antérograde). — Epilepsie. Traumatisme.

7» Oubli s'étendant avant et apj'ès le trouble [amnésie rétro-antérograde] . — Exemple chez un pendu.

Valeur sémiologique. — La perte du souvenir de l’accès du délire épileptique nest pas constante ni absolue. Importance médico-légale.

Exagérations et faiblesses congénitales de la mémoire. Singularités {Idiosyncrasies) de la mémoire.

Chez les idiots, imbéciles, arriérés, il y a une faiblesse congénitale de la mémoire sur laquelle je n’insiste pas ici; on en verra des exemples avec types cliniques. Parmi ceux-ci, il y en a qui présentent un mélange de mémoires particulières développées et de mémoires insuffisantes.

Rat..., a pu apprendre à lire, ii écrire, à compter; il sait même faire de tête des multiplications de trois chiffres par trois chiffres, et il apprend et se rappelle avec une facilité étonnante les chiffres et les dates (mémoire des dates). Mais il est incapable d’un métier quelconque. 11 a fini, il la section des Enfants de Bicêtre, par apprendre il rouler une brouette au marais, mais sous une surveillance étroite; et il n’a pu dépasser ce niveau de capacité. 11 manque de mémoire dite musculaire.

D’autres personnes, normales, présentent des phénomènes analogues, toutes proportions gardées.

Zed..., médecin, grand liseur de toutes sortes d’ouvrages philosophiques, psychologiques et littéraires, a une mémoire très faible pour les noms propres, à peu près nulle pour les dates et les chiffres. Etant au lycée, il lui était presque impossible d’apprendre par cœur les leçons de latin ou de français, exigées en classe, malgré deux heures d’efforts pour une petite page (faiblesse du pouvoir d’acquisition automatique), et, s’il parvenait à savoir sa leçon pour le moment de la classe, il l’oubliait aussitôt après (faiblesse de la conservation). Il lui est difficile de se rappeler è quel moment s’est passé tel ou tel fait (localisation dans le temps). En revanche, il se rappelle très exactement dans quel ouvrage se trouve tel ou tel passage qui l’intéresse (localisation dans l’espace), et qu’il serait incapable de réciter textuellement. 11 manque de présence d'esprit et a, comme on dit, la «mémoire de l'escalier «(faiblesse de l’évocation). U

MÉMOIRE

reconnaît bien les personnes, même quand il ne les a pas vues depuis longtemps^ mais il ne sait pas les noms (mémoire bonne pour les physionomies, mais faible pour les noms propres). Il lui est impossible de dessiner de mémoire, bien qu’il sache dessiner. Enfin s’il lit et comprend très facilement plusieurs langues étrangères, le pouvoir qu’il a de les parler est extrêmement faible en comparaison. L’évocation automatique des mots se fait mal. Zed..., a bien d’autres particularités que je ne rapporterai pas.

A... très intelligent, a une bonne mémoire générale; elle dépasse l’ordinaire sur certains points. Ainsi il peut se rappeler les dates des événements importants pour lui, même beaucoup de dates historiques, et avec la précision du nom du jour même. Il se rappelle mot pour mot de multiples conversations; il e"t un répertoire inépuisable d’anecdotes, d’historiettes vécues, toujours intéressantes.

Il est inutile de développer plus longuement ces détails. Je n’ai eu pour but en les exposant ici que de rappeler que la mémoire est multiple et diverse, qu’en réalité il y a plusieurs mémoires et que chaque mémoire doit être envisagée dans ses différents éléments constituants ; acquisition, conservation, évocation (volontaire ou non), localisation dans le temps et l’espace. Ces éléments peuvent chacun être troublés dans leur fonctionnement ou pervertis. L’examen complet de la mémoire d’un individu normal ou pathologique doit reposer sur l’étude de tous ces éléments ; mais cela rentre plutôt dans les recherches de psychologie individuelle. Il dépasse le plus souvent les besoins delà clinique journalière, pratique et terre à terre, dont je traite ici. Aussi, dans ce qui suit, lorsque je parle d affaiblissement, de trouble de la mémoire ou d’oubli, je parle surtout de révocation, parfois de l’acquisition et de la conservation, et j ai surtout en vue les souvenirs se rattachant soit à des notions importantes pour l’individu (âge, nom, date de naissance, de mariage, etc., nombre des enfants, etc., adresse, noms des patrons, etc.), soit à la vie journalière domestique, familiale, professionnelle ou sociale. Pourtant, dans certains cas, comme on le verra plus bas, on peut être amené à tenter un examen plus complet sous ce rapport (1). J’en donnerai un exemple à propos du syndrome de Korsakoff.

Involution normale sénile de la mémoire. — Elle est bien connue. Elle consiste avant tout dans la diminution de la mémoire des faits récents et la conservation des faits anciens. Il y a ten-

(I) Comme le lecteur le remarquera, j'ai modifié ici encore le mode d’exposition

SÉMIOLOGIE.

dance à la fausse réminiscence, souvent par suite d’un me'lange des rêves avec des souvenirs réels dont le vieillard ne fait plus bien la distinction. 11 y a là quelque chose qui rappelle le syndrome dit de Korsakoff.

Exaltation de la mémoire. — Exaltation générale. — Elle se rencontre dans beaucoup d’états d’excitation intellectuelle à condition que l’incohe'rence ne soit pas trop grande (voyez plus haut), mais avant tout dans la manie (voyez observ. de Met...,).

Vision panoramiqde rétrospective. — Au moment d’un accident grave, subit, devant une menace de mort imminente, il arrive parfois qu’il y a une exaltation de la mémoire, qui donne au sujet de l’accident une « vision panoramique rétrospective » de sa vie entière (pseudo-hallucinations, hallucinations panoramiques de Féré).

^ Grâce à l’obligeance de M. Colon, surveillant-chef à Bicêtre, j’ai pu observer un ancien maréchal des logis de cuirassiers Lun... qui m’a raconté ainsi qu’il suit sa vision panoramique rétrospective :

« Le soir de mon arrivée au camp de la Valbonne (Ain), — j’étais alors sousofflcier aux cuirassiers — nous allâmes, mes camarades et moi, faire une excursion aux environs du camp.

«Nous cheminions sur une colline assez élevée lorsque la nuit nous surprit. Nous étions en file indienne et j’étais en avant, lorsque voulant franchir une petite haie, je tombai brusquement dans le vide.

« Un chemin creux que l’obscurité m’avait empêché de voir coupait la colline, et les parois tombant à pic dans le chemin pouvaient avoir une hauteur de huit à dix mètres.

« Dès que je sentis le sol me manquer, j’eus une profonde angoisse, avec une sensation indéfinissable au creux de l’estomac.

«Le temps que je mis à arriver ii terre me semblait interminable, et c'est alorsquej’eus une vision rapide, mais très nette, de tout monpassé, et fis une sorte d’examen rétrospectif de conscience, m’interrogeant sur ce que j’aurais pu avoir à me reprocber.

«Je tombai le ventre sur un tas de cailloux; ma chute n’eut pas de suites graves, puisque le lendemain je partais aux manœuvres, muni d’un bandage compressif de la poitrine. »

Exaltation partielle de la mémoire. — Dans quelques cas de mélancolie et de folie de persécution il semble parfois y avoir une exaltation partielle de la mémoire; les malades fouillent dans leur passé et y retrouvent de petits faits insignifiants, qu’ils décrivent minutieusement, afin de fonder sur eux leurs idées délirantes. On

MÉMOIRE

rencontre aussi, il est vrai, dans les mêmes circonstances, une manifestation contraire, des pseudo-réminiscences (voyez plus bas)..

Au total, les exagérations, singularités et faiblesses spéciales,, congénitales, l’affaiblissement normal sénile, l’exaltation généralisée ou partielle, temporaire, de la mémoire n’ont pas grande valeur pratique par eux-mêmes. Il n’en est pas de même de la. faiblesse générale de la mémoire congénitale. Mais elle est facileà reconnaître, car elle empêche le malade d’acquérir l’instruction, ordinaire à son âge ou à son milieu social. Ce n’est qu’avec l’affaiblissement général de la mémoire, surtout celui lié à la démence qu’on pourra la confondre. Ordinairement, on peut juger rien que par le savoir actuel du patient, s’il y a eu toujours absence ou. perte de certaines notions, et, en cas de difficultés, les autressymptômes viennent aider au diagnostic.

Conservation de la mémoire dans tout le cours du troublemental (en dehors de la manie). — La constatation d’un pareil fait est très importante, car elle ne se rencontre pleinement que dans ce qu’on appelait autrefois les monomanies.

M“' Gil.... est une folle persécutée systématique que l’on trouvera citéeplus loin plusieurs fois. Elle n’a aucun trouble de la mémoire; elle se rappelle minutieusement les faits de sa vie passée et présente, qu’elle finit d’aillem-spar interpréter conformément à son délire.

M'“Pou... est une vieille persécutée chronique (voyez aux Types cliniques) qui a soixante-dix ans et qui délire depuisplus de cinquante. Elle n’apas de troubles, de la mémoire, sauf un délire rétrospectif inventé de toutes pièces, mais quia la prétention de donner des détails sur ce qui se serait passé à un âge dont, elle ne peut conserver le souvenir.

Ces détails rétrospectifs des pseudo-souvenirs ressemblent, si. l’on veut, à ceux qu’on verra décrits plus loin, mais ils sont liésici étroitement au délire et ils laissent parfaitement intacte en. dehors d’eux la vraie mémoire, ce qui n’a pas lieu dans les véritables pseudo-souvenirs (voyez plus loin) .

Lecl... est un persécuté raisonneur, qui a une mémoire prodigieuse pour tous les faits et gestes, les démêlés, les histoires sans nombre qu’il fait rentrer dans son délire.

Lab..., persécuté à interprétations, a aussi une très bonne mémoire tout comme le précédent.

Je me borne à ces exemples; je pourrais encore citer les mystiques systématiques et raisonnants, un grand nombre de détraqués, de passionnés, etc. C’est à cause de cette conservation de-

SÉMIOLOGIE.

ta mémoire (et de l’intelligence) en dehors du délire que l’on avait donné le nom de monomanies^ de délires partiels à ces troubles mentaux. La constatation en est fort importante, puisque dans certains cas embarrassants elle permet de ranger franchement le malade dans cette grande catégorie et non dans celle des délirants par cause reconnue ou dans celle des déments.

11 y a pourtant une petite restriction relative à apporter. Dans la mélancolie il arrive souvent que la mémoire esX paresseuse, difficile comme dans la neurasthénie, mais il n’y a pas là une atteinte aussi profonde, momentanée ou définitive, que dans les délires ouïes démences.

Apparition de troubles de la mémoire (affaiblissement ou plus rarement perversion) dans le cours du trouble mental.

Marg...est une jeune fille de seize ans qui, depuis longtemps, est anormale; elle présente une sorte de folie morale avec des obsessions et du doute, puis devient difficile, opposante, entêtée ; si bien qu’on est obligé de la placer dans une maison de santé. Elle n’a aucun trouble de la mémoire pendant plusieurs années; puis peu à peu sa mémoire baisse, tandis que d’autres symptômes apparaissent et elle tombe dans une démence profonde, démence vraiment précoce.

Lab... IL est un jeune apache, dont on trouvera l’observation complète plus loin, qui est arrivé à Bicôtre, venant de Fresnes, pour troubles mentaux. 11 présente un délire mal systématisé de persécution comme chez les débiles, il l’éagit violemment, il est agressif, réclame sa sortie, mais il a conservé toute sa mémoire. Au bout de deux ans sa mémoire baisse, ses propos deviennent incohérents, il fait des gestes stéréotypés, il tombe dans la démence, « démence précoce » forme de Morel (voyez cet art.).

Ces deux exemples suffisent pour montrer toute l’importance de cet affaiblissement de la mémoire qui indique la démence, l’incurabilité, la déchéance. Quelle que soit l’origine de cette démence toxique, infectieuse, organique, vésanique, lorsqu’elle succède à un autre trouble mental, en faisant partie intégrante ou non, elle s’annonce par un affaiblissement de la mémoire. — Mais il ne faut pas confondre cet affaiblissement durable et grave avec celui qui accompagne le trouble mental de cause reconnue aigu, auquel cas Userait passager et accompagné d’autres symptômes. Ce sont deux genres de perte de mémoire différents qu’il faut distinguer absolument.

Affaiblissement généralisé de la mémoire concomittant avec d’autres troubles mentaux non congénitaux, acquis.

Cet alcoolique Bast..., que j’ai déjà cité, est en état de stupidité, de confu-

MÉMOIRE

sion de rêve Nous avons vu qu’il ne peut plus répondreque par phrases incohérentes ou par l’aveu qu’il ne se souvient pas. Si on avait pu l’mterroger plus longuement, on aurait constat que la mémoire était profondément touchée, comme le reste de l’intelligence.

AU est dans son lit en état de stupidité infectieuse. On lui soutire avec difficulté des réponses lentes, difficiles, à voix basse et monotone (dépression intellectuelle). Il révèle ainsi des idées délirantes de négation, des idées hypocondriaques, mais il ne sait plus rien de son passé. Comme on insiste, il finit par répondre péniblement : « Je ne sais môme pas mon âge ! « Et comme on lui demande à quoi il pense : « A rien », répond-il. .

Ast est dans état de délire épileptique. Lui qui est à Bicetre depuis de longues années, il l’a oublié, il a oublié la date, les détails du service, il ne sait même plus son nom et il se perd dans les salles. Bref, il a un affaiblissement prodigieux de la mémoire.

On trouve des états analogues dans les troubles ti-aumatiques, les suites de choc émotionnel, etc., en un mot, dans tous les états aigus où il y a eu atteinte directe portée au cerveau.

Chez les deux déments précoces, dont j’ai rapporté 1 histoire succincte un peu plus haut, il n’est apparu d’affaiblissement de la mémoire qu’au bout d’un certain temps. Dans la folie discordante, démence précoce forme de Kraepelin, la mémoire reste bien plus longtemps intacte (sauf exception), ainsi que toute l’intelligence ; c’est le côté émotif et sentimental (voyez plus haut) qui est plus atteint, aussi appelai-je cette forme de démence précoce folie discordante, puisqu’elle n’est une vraie démence qu’assez tardivement.

Bou..., alcoolique (1), a été autrefois très bon valet de chambre dans de très grandes maisons. Industrieux, ponctuel, très habile de ses doigts, il s’est retire chez lui, a monté une auberge et, pendant six ans, a vendu du vin et des liqueurs dont il a pris une large part, comme il est d’usage. 11 n’a pas fait ses aflaires et est revenu se placer à Paris. Quelque temps avant, il avait lait une maladie assez grave de l’estomac sur laquelle je n’ai pu avoir de détails, mais attn uee îï l’alcool. Un médecin qui le connaissait auparavant a été Irappé du changement dans l’état mental de cet homme de quarante-cinq ans. Sa mémoire a prodigieusement baissé; il ne se rappelle les commissions dont on le chaire que grâce à un carnet de notes où il les inscrit ; il est plein de bonne volonté, mais il a oublié son ancien métier de valet de chambre et paraît surpris quand on lui fait remarquer les lacunes de son service ; il est devenu très vaniteux, vantard, et en même temps inquiet et craintif. En un mot il y a une déchéance assez marquée qui ne s’accentue pas, grâce â une hygiène sévèie.

(t) La déchéance alcoolique, chez cet homme, neslpas dans la règle, car habituellement elle débute par la perte des sentiments moraux, ce qui n’est pas du tout le

SÉMIOLOGIE.

Robl..., paralytique général, ignore son ftge, son adresse, la date, te lieu où il est (désorientation dans le temps et l’espîice), bien qu’il soit à Bicètre depuis plusieurs mois et qu’au début il l’ait bien su. 11 ne sait plus la date de sa naissance et il u’ost plus possible de tirer de lui aucun renseignement précis sur son passé. Il ne trace que des lettres informes. 11 a en plus un délire de grandeur des plus nets et des plus incohérents.

Hard... est un dément organique, qui marche difficilement à petits pas comme les ramollis lacunaires, et que depuis son entrée on tient au lit, car il a un mauvais aspect somatique général : il gâte. 11 a une certaine difficulté à prononcer certaines lettres. 11 a eu un ictus il y a quelques jours. 11 perd la mémoire depuis plusieurs années. 11 se dit âgé de soixante-cinq ans et né en 1861 ; pour lui on se trouve en l’année 1876, en janvier. Il a deux enfants, prétend-il, âgés de soixantedix-sept ans et de trente-trois ans. Il se fatigue vite. L’affaiblissement de la mémoire, sur lequel je n’insiste pas, s’accompagne ici d’incohérence et d’erreurs de logique énormes.

Ces états comportent donc un affaiblissement de la mémoire chronique et le plus souvent progressif. Ce sont les états de chronicité et de démence dont la cause commence à être connue et dans lesquels le cerveau est altéré assez grossièrement pour que l’autopsie le révèle, et les états de démence consécutive à la mélancolie et à la folie circulaire.

11 faut remarquer que dans la démence épileptique qui procède par poussées successives sous l’influence des accès convulsifs, et dans la P. G. où il peut y avoir des rémissions, la mémoire peut passer aussi par des phases alternées de plus grand affaiblissement et d’amélioration relative.

Cal..., ce mélancolique déjà cité plusieurs fois, a une mémoire paresseuse. La stagnation intellectuelle générale englobe la mémoire. Mais si elle est pénible, elle n’est [las abolie comme dans les états ci-dessus.

Dans la neurasthénie psychique dite psychasthénie, la mémoire n’est pas abolie; elle est seulement paresseuse; l’évocation surtout n’a pas lieu facilement; elle se produit le plus souvent trop tard (mémoire de l’escalier, mémoire « retardée» des neurasthéniques). Je vais revenir sur elle tout à l’heure.

En somme, dans ces troubles mentaux, l’affaiblissement de la mémoire est une marque importante de la lésion cérébrale aiguë ou chronique, mais ilestunpeu noyé dans les autres troubles dont l’ensemble constitue les syndromes confusion et démence. Dansce dernier il est très accentué à la fin et perd un peu de son importance au point de vue du diagnostic, tandis qu’au début il en a une considérable, comme je l’ai déjà dit plus haut pour l’alfaiblisse-

MÉMOIRE

ment de la mémoire apparaissant dans le cours du trouble mental, et, . comme je vais l’exposer plus bas, quand le trouble de la mémoire est unique ou prédominant. Le symptôme alfaiblissement de . la mémoire peut-il permettre de différencier les troubles mentaux aigusdes chroniques par son aspect quin’est pas le même chez les uns et chez les autres ? Tout seul, cela est bien difficile : la distinction du syndrome plus complexe, la confusion d’avec les états démentiels est déjà bien épineuse souvent, même avec l’aide de tous les autres signes.

Quant à l’importance du signe affaiblissement dans la mélancolie, elle est faible, lorsqu’on le considère tout seul.

Troubles prédominants ou uniques de la mémoire.

r Reconms du malade.

Vaut!... vient se plaindre liii-inême qu’il perd la mémoire: il fait des oublis pour des choses importantes ; le travail lui devient difficile et il s’inquiète ,r il n’y a pas d’autre trouble mental appréciable quand je le vois pour la première fois. Mais il y a un très léger tremblement des lèvres et un accroc dans la parole, caractéristique de la paralysie générale.

Ba... arrive un jour tout effaré me disant qu’il perd la tète. Interrogé minutieusement, il révèle pour tout symptôme qu’il perd la mémoire depuis quelque temps ; il s’inquiète d’autant plus que les calculs nécessités par sa profession lui deviennent difficiles et entraînent une grande fatigue mentale. En réalité, il ne perd pas la mémoire, mais l’évocation des souvenirs, quand il en a besoin, ne se fait plus facilement et a lieu trop tard, lorsqu’il n’est plus temps. En dehors de cela, il n’y a aucun signe d’affaiblissement intellectuel, bien qu’il soit difficile d’examiner ce malade peu habitué à l’introspection. Bar... a cinquante ans et ne les paraît pas. Aucun symptôme organique suspect. Le trouble est apparu depuis quelque temps à la suite d’une affaire qui a nécessité des travaux de chiffres et de calculs excessifs, et qui a amené un vrai surmenage.. Le repos joint à une hygiène très sévère a suffi à remettre le malade en peu de mois. C’était un neurasthénique psychique momentané.

2° A DEMI-RECONNUS PAR LE MALADE. — Dans Certains cas qui se présentent sous la forme du syndrome de Korsakoff pur (voyez, plus bas), le malade peut se plaindre spontanément qu’il perd la tête, qu’il n’a plus de mémoire, surtout quand on le met dans une situation où cette reconnaissance de son état est facile. Si j’en crois deux observations assez typiques (voyez plus loin) où les pseudo-souvenirs étaient pour ainsi dire inexistants, cette reconnaissance tiendrait précisément à cette condition particulière. Cela se comprend : le patient jouit de toute son intelligence, sauf de sa mémoire. Cela peut se présenter aussi dans la démence épileptique, organique, sénib*, etc.

92 SÉMIOLOGIE.

3° Non reconnus du malade.

La petite Delm... était assez bonne élève dans sa classe primaire, mais elle a de nombreux accès d’épilepsie. Sa maîtresse remarque depuis quelque temps qu elle perd la mémoire, ne sait plus ses leçons, devient lente, etc. C’est de la démence épileptique qui s’installe peu îi peu.

Zor... est amené par sa femme pour consulter. Il oublie tout, depuis quelque temps, et devient Incapable de travail; il a eu des reproches de son patron. Le malade concède lui-même qu’il perd la mémoire, mais, au fond, il ne le reconnaît pas vraiment, car c’est sa femme seule qui donne les renseignements nécessaires et lui ne s’inquiète aucunement de ces oublis. Pendant tout l’examen il reste immobile et indifférent sur sa chaise, la figure sans expression. Accrocs très nets dans la parole à la fin de la conversation. Donc, paralysie générale comme cause de cette perte de mémoire qui a frappé d’abord l’entourage du malade.

M"® Bru... n’est pas très âgée; elle n’a que cinquante-huit ans. Pourtant, la patronne de M™® Bru... s’aperçoit depuis quelque temps que celle-ci oublie tout; les commissions ne sont faites qu’à moitié et jamais on ne peut obtenir à temps les factures nécessaires aux comptes. En un mot, il y a affaiblissement notable de la mémoire. Le médecin consullé reconnaît un affaiblissement mental sénile prématuré. Quelques mois plus tard se produisent des incidents pathologiques plus marqués que je mentionnerai plus bas à l’occasion des faux-souvenirs.

Valeur sémiologique. — Ces exemples montrent toute l’importance de cet affaiblissement prédominant de la mémoire, qu’il soit ou non reconnu par le malade lui-même. Il s’agit de toujours penser que cela peut être l’indice d’une déchéance fatale de l’intelligence par démence « d’emblée », paralysie générale, démence organique ou démence sénile, suivant l’àge. La neurasthénie ou psychasthénie ne sera admise qu’à coup sûr et parfois le diagnostic ne pourra être fait que provisoirement. Il pourra être aussi,en l’absence de renseignements, fort difficile de distinguer ces troubles de ceux (i\xi suivent un trouble mental (voyez plus loin).

Une classe particulière de perte des souvenirs se rencontre dans l’aphasie. Gela est fort important. Mais comme, suivant . l’usage, je n’en traite pas ici, je renvoie aux Traités de Neurologie. On trouvera pourtant des exemples de ce trouble plus bas.

Perversions de la mémoire. Faux-souvenirs, paendo-réminis- CQïiCQ&iConfabulation des Allemands). A. côté de l’affaiblissement des souvenirs qui m’a seul occupé jusqu’ici, vient parfois se placer une perversion .

Mor..., neurasthénique somatique et psychique congénital, a toujours eu une < mémoire difficile, apprenant péniblement et oubliant facilement; ilavaitpour-

MÉMOIRE

tant dans sa jeunesse une mémoire exacte (1). Avec l’âge, ses dispositions au scrupule et au doute se sont accentuées ^et en même temps il s’est aperçu e L mémoire devenait plus paresseuse, mais surtout plus inexacte. 11 se trompe de numéros de maisons dans les adresses d’une façon prodigieuse et c’est il la vérification qu’il s’aperçoit de l’erreur commise. Dans les circonstances ordinaires de la vie il n’ose plus maintenant affirmer ses souvenirs quand on les conteste, ayant appris par expérience qu’il ne peut faire fond sur eux comme autrefois. ^ ■

M”' Tub..., très âgée, mais ayant conserve toutes ses faeultes, fait depuis longtemps des erreurs de mémoire fréquentes, mais pour les choses récentes seulement. Car elle a une très bonne mémoire pour des choses très anciennes, etmême pour certains faits intéressants quiremontent aune quinzaine d’années. Je ne donne pas d’exemple de ces erreurs, le cas suivant étant un exemple bien plus démonstratif par son grossissement.

jime Bru..., âgée de soixante ans, dont j’ai déjà parlé (p. 92), vieillit physiciuement mais surtout intellectuellement, et, comme je l’ai dit, sa mémoire baisse de plus en plus. Elle devient maintenant parfois irritable et supporte moins bien les querelles habituelles que lui fait son mari quand il rentre un peu ivre. Elle devient triste. Elle est préoccupée par la crainte de perdre sa place. Probablement sous l’empire de ces ennuis, elle lente de s’empoisonner avec du laudanum. Cette tentative n’eut pas de suites fâcheuses. Le mariage de son fils, décidé quelques mois après, la rend sombre de nouveau. Elle se lamente à l’idée quelle va être privée de le voir tous les jours, ce qui est inexact, puisque le jeune ménage va habiter tout près. Elle émet quelques, idées vagues de suicide, mais elle ne paraît pas avoir d’idées délirantes quelconques. Le mariage se fait et sa tristesse se dissipe. Elle travaille comme d’habitude à son ménagé et à sa basse-cour; sa mémoire ne paraît pas baisserdavantage, lorsqii'unjourilse passa le fait suivant. Elle avait été chargée de porter un vêtement à dégraisser chez le teinturier et de le rapporter une fois prêt. Ne trouvant pas ce vêtement à la place qu’il devait occuper, la patronne de M”' Bru... demande à celle-ci si elle a été le chercher. M"' Bru... l’affirme, elle dit même quelle l'a serré dans un tiroir de la commode et rapporté la note payée qu’elle achez elle. On cherche partout et onnetrouve rien. M”' Bru... ne trouve d’ailleurs pas non plus la note; elle croit qu’elle l’a égarée parmi d’autres papiers, mais soutient toujours qu’elle a été chercher le vêtement. De guerre lasse, on va voir chez le teinturier : le vêtement y était, prêt à être rapporté, la note non payée. Stupéfaction de Bru... devant cette constatation.

Voilà un exemple typique d’erreur de mémoire que l’on peut aussi appeler une illusion de la mémoire, un pseudo-souvenir.

Gon... Auguste est un vieil alcoolique qui présente le syndrome de Korsakoff typique avec névrites. On trouvera son observation plus loin au syndrome

(t) Je n'ai pas besoin de rappeler qu’une mémoire, même exacte, est toujours incomplète par certains points; l’image reproduite est toujours une simplification de la réalité et aussi par certains côtés une mémoire fausse, comme le montrent les expériences sur le témoignage.

SÉMIOLOGIE.

de Korsakoff. Je relève ici seulement que, chaque jour, il raconte qu’il vient d arriver en faisant une promenade dont il raconte tous les détails circonstanciés, et il n’est en réalité pas sorti.

C est un faux souvenir complet, quoique relativement vraisemblable encore.

M-”' Hei..., déjà citée, cette démente senilc avérée, fait des erreurs énormes de mémoire. Un jour, par exemple, elle ne veut pas se mettre à table; elle attend, dit-elle, son mari qui est sorti et elle se filche contre ses enfants trouvant inconvenant qu’ils veuillent dîner avant que le chef de la famille né soit rentré. Or, celui-ci est mort ftgé depuis de longues années. Une autre fois elle s’étonne de ne pas voir son dernier petit-fils; elle demande où il est et ■comment il se fait qu’il ne vienne pas. Or. elle n’a pas de dernier petit-fils, mais un seul, que d’ailleurs de temps en temi.s elle méconnaît et prend pour un étranger.

Ces erreurs sont plus graves que celles de M”" Bru..., car elles dépassent les choses possibles ou sont inventées de toutes pièces. Elles ressemblent fort aux jeux de l’imagination qui se produisent •dans le rêve et aux élucubrations fantaisistes de certains imbéciles. Elles passent par transition insensible dans le domaine des délires proprement dits. Les Allemands donnent à cette sorte d’erreur le nom de confabulation.

Cha.... L., paralytique général, croit tous les jours vers quaire heures qu’il vient de rentrer à la section venant des ateliers, et il ifa pas bougé; un matin, il décrit minutieusement un festin somptueux et étrange qu’il a donné hier ■au bouillon Duval; et, comme on Insiste sur des détails, il dit en se tournant vers le surveillant ; « D’ailleurs, vous le savez bien, vous en étiez ! »

C est là une « confabulation » qui est une sorfede délire rétrospectif complet. C’est un faux souvenir vraiment délirant.

Voilà donc des exemples de faux-souvenirs dont les premiers ■sont simples et presque normaux, les autres donnés pour ainsi ■dire par ordre croissant de fausseté, celle-ci dans les derniers devenant vraiment délirante. La relation avec le rêve devient do plus en plus frappante au fur et à mesure que l’on se rapproche des derniers qui constituent un rêve tout éveillé et qui probablement dans certains cas (voyez l’art. Rêve), prennent leur source dans un vrai rêve nocturne. C’est ainsi que j’ai observé des vieillards chez qui le rêve était souvent confondu avec la réalité .

Voici enfin un exemple d’un autre ordre :

MÉMOIRE. 95

>1“'= Pou..., vieille persécutée chronique, déjà citée (voyez aux Types cliniques l’observation complète), raconte que, étant enfant, en nourrice, elle a été prise sur les bras d’un homme et menée par des souterrains jusqu’à un personnage de la cour, etc.

C’est un pseudo-souvenir qui est vraiment un délire rétrospectif et ne s’accompagnant d’aucun autre trouble de mémoire. Il est fabriqué de toutes pièces comme les autres parties du délire. J’en ai déjà parlé page 87.

Diagnostic. — Une fois éliminée l’apparence de faux-souvenirs due au bavardage incohérent des déments, langage de perroquet, il faut d’abord s’assurer qu’il ne s’agit pas de mensonge, ce qui n’est pas toujours facile, puis reconnaître le degré d’invraisemblance du faux-souvenir, enfin voir si ce faux-

souvenir est délirant ou non .

Valeur sémiologique. — Si nous mettons à part le délire rétrospectif du délirant systématique, qui se reconnaît à l’ensemble, le faux-souvenir très limité se rencontre souvent dans la psychasthénie et n’y a qu’une faible valeur isolée. Quand il est suffisamment marqué, il indique toujours soit un affaiblissement intellectuel démentiel, soit un trouble passager, sans lésion forcée du reste de l’intelligence, et qui, le plus souvent, revêt la forme du syndrome de Korsakoff avec ou sans névrite périphérique, généralement par suite d’alcoolisme ou de syphilis. En somme, s’il y a des signes de démence nette avec ces faux-souvenirs, penser d’abord à la paralysie générale ou à la démence sénile (suivant l’àge), sinon rechercher les névrites, et alors c est ordinairement de l’alcoolisme chronique.

Affaiblissement et erreurs de la reconnaissance. — La plupart du temps, l’affaiblissement et les erreurs de la reconnaissance reposent sur des troubles de la mémoire, puisque reconnaître un objet c’est se souvenir de l’avoir déjà vu. Pourtant, maintes fois, la chose est plus complexe, c’est pourquoi je ferai un petit chapitre à part de ces phénomènes.

Etat de la mémoire postérieurement aux troubles mentaux.

1* Souvenirs CONSERVÉS.

Vau..., se rappelle tout ce qui s’est passé pendant ses aecès de mélancolie anxieuse, aussi bien ses idées délirantes que les faits normaux survenus.

11 en est de même de l’alcoolique qui...; celui-ci se rappelle son rêve relativement simple et coordonné et son séjour à Bicêtre.

SÉMIOLOGIE.

Math..., épileptique à paroxysmes psychiques, se souvient des propos tenus pendant ceux-ci par les personnes de son entourage et les répète exactement; il se souvient aussi de presque tout son délire, qui est généralement peu compliqué et non accompagné de grande confusion.

J’ai déjà cité un autre épileptique, Méz..., qui a un certain souvenir de son rêve pathologique et des faits normaux concomitants. C’est ainsi qu’il fait des excuses pom’ les actes de violence qu’il a commis, en disant qu’à ce moment il avait la tête perdue.

2“ Souvenirs erronés de la période pathologique.

Co..., paralytique général et absinthique, a eu pendant huit mois une période d’incohérence psychique avec excitation parfois extrême; les idées délirantes les plus absurdes de toutes sortes se succédaient kaléidoscopiquement, accompagnées parfois d’actes de violence. Il sort en rémission très marquée : il reconnaît qu’il a été malade et il se souvient d’un certain nombre de ses manifestations délirantes; cependant il accuse d’autres malades de malveillance et d'actes de violence à son égard. Dans une lettre récente, il réclame de l’argent qu’un ami lui aurait apporté.

Il y a ici erreur manifeste, car il n’a vu cet ami qu’accompagné de sa femme et il ne lui a pas été remis d’argent. On saisit toute l’importance médico-légale de ces erreurs, qui peuvent donner le change aux personnes incompétentes.

3® Oubli avec souvenir très partiel de la période du trouble mental.

Rue... tue son père dans un accès de paroxysme épileptique psychlque.il ne conserve d’autre souvenir de l’événement que celui d’un lambeau du rêve qu’il faisait : il apercevait les dents de son père horriblement déformées.

4° Oubli total, perte complète des souvenirs de la période pathologique.

Cet autre épileptique Ast.. (déjà cité) après ses accès ou indépendamment, d’eux a des paroxysmes psychiques. Il reste hébété dans son lit, délirant vaguement, mais répondant aux questions. Au bout de deux ou trois jours, il se rétablit sans conserver aucun souvenir de son accès psychique ni des phénomènes normaux qui se sont passés pendant cet accès.

Mé..., épileptique, a des accès par séries à la suite desquels il reste cinq ou six jours dans une stupidité voisine du coma. Il n’a aucun souvenir de ce qui s’est passé. Ici ce n’est pas étonnant, puisqu’il y a eu perte de connaissance presque complète.

5° Oubli de la période du trouble mental étendu a une période normale antérieure a ce trouble (« Amnésie rétograde » des auteurs). ’•

Sch... a des accès d’épilepsie. La période qui précède l’accès et pendant, laquelle il paraît normal est effacée de son souvenir après l’accès.

MÉMOIRE

Les traumatismes sont très souvent suivis d’accidents mentaux du même genre.

6° Odbi.i, perte du souvenir de la période postérieure au trouble MENTAL (« Amnésie antérograde » des auteurs).

Il arrive parfois, surtout chez les épileptiques, qu’après la crise convulsive ou le paroxysme psychique, le malade paraît revenu à la normale; il parle, agit comme d’hahitude, et pourtant une certaine partie variable de cette période, en apparence toute normale, disparaît postérieurement du souvenir. Il est évident que l’apparence a été ici trompeuse et que le patient était encore sous une influence pathologique.

On a cité des cas analogues après des traumatismes.

7“ Oubli, perte du souvenir s’étendant avant et après le trouble MENTAL (« Amnésie rétro-antérograde » des auteurs).

Gil..., est âgé de vingt et un ans. C’est un débile qui a bu, tout jeune, de l’absinthe, qui ne reste pas en place et a déjà fait plusieurs tentatives de suicide. Le 9 ou 10 février 1906, il s’étrangle ou se pend dans un chalet de nécessité, place Denfert-Rochereau. Il est transporté sans connaissance à Cochin et là il reprend ses sens. Double sillon typique sur la face extérieure du cou, cyanose de la face, turgescence de la langue, parole pâteuse et difficile pendant deux jours. Impossible d’avoir de lui des explications complètes (Renseignements dus à l’obligeance du Professeur Chauffard). Il est transféré le 12 à Sainte Anne, mais il ne sait pas pourquoi il y a été transféré. Il nie avoir été à Cochin, avoir fait une tentative de strangulation ou de pendaison. Il dit avoir perdu la mémoire. Ce même jour, il avoue au surveillant avoir fait une tentative de suicide, mais avec du cyanure; il ne peut donner aucun renseignement. Les jours suivants, même lacune dans les souvenirs; il paraît complètement indifférent à tout, mais il semble se rappeler exactement sa vie antérieure. Le 28 février il paraît plus en train, il raconte, ce qu’il avait déjà fait, ses anciennes tentatives de suicide par le charbon, par empoisonnement, ses excès de boisson, ses différentes places. On contrôle pour une partie ses dires par les renseignements fournis par la mère. — Le malade, jusqu’en mars 1907, est resté le même ; indifférent, paresseux, ne s’occupant à inen, répondant peu volontiers aux questions, menaçant quelquefois de se suicider, quand on veut l’obliger à faire quelque chose qui lui déplaît, mais il ne varie pas quand on le questionne sur sa tentative dernière : il ne se rappelle ni ce qui s’est passé avant la pendaison ou strangulation, ni le séjour à Cochin; il ne paraît se rappeler que vaguement le séjour à Sainte-Anne, mais bien celui à Bicêtre. Quand on lui demande pourquoi il a dit qu’il avait pris du cyanure, il répond que c’est une idée qui lui a passé par la tête.

C’est surtout dans les cas où il y a traumatisme que cela s’observe, parfois dans l’épilepsie sous l’influence d’un accès.

Chaslin. — Sémiologie. 7

SÉMIOLOGIE.

Valeur sémiologique. — Elle est faible. C'est pour cela que je n’ai donné que peu d’exemples, et surtout pris chez les épileptiques (on en trouvera d’autres aux types cliniques).

On a voulu faire de la perte du souvenir une caractéristique absolue de l’épilepsie; il n’en est rien, bien que cela soit le plus fréquent. Au point de vue pratique, surtout médico-légal, cela a une grandeimportance, la simulation n’étant pas toujours aisément découverte. Comme le montre aussi l’exemple de Co..., faire fond sur les souvenirs d’un aliéné est toujours dangereux. Les magistrats auraient tout intérêt à le savoir. Bien des légendes sur les mauvais traitements dans les asiles ou sur des séquestrations arbitraires n’ont d’autre fondement que ces souvenirs erronés, quand ils ne sont pas délibérément mensongers.

On peut dire d’une façon générale que plus le trouble mental prend la forme de la confusion, plus le rêve délirant est incohérent, et plus la perte du souvenir est grande. Un rêve normal n’est plus reproduisible s’il est très incohérent. Le rêve fébrile ordinaire disparaît rapidement de la mémoire, comme chacun sait.

Dans l’hystérie, on rencontre différentes pertes de mémoire qui ont une allure assez spéciale et sur lesquelles je ne puis m’étendre ici. Je renvoie au chapitre Hystérie pour en donner quelque aperçu.

Page 1