LA PERCEPTION ET LA RECONNAISSANCE
Sommaire. — Perte de la perception et de la reconnaissance dans les états de confusion et de démence. Erreurs de reconnaissance. Exemple chez un neurasthénique, avec conscience chez le malade, chez un P. G., dans la démence, dans la démence précoce, chez les fous systématiques ; mécanismes différents suivant les types cliniques .
Les illusions et hallucinations sont des erreurs de perceptions spéciales. Seront traitées à part plus loin.
Impression de déjà vu. — Exemple chez un épileptique. Exemple chez une personne normale. Importance psychologique.
Troubles de la perception et de la reconnaissance (1). — Flu... est dans un état de confusion profonde à la suite d’aecès épileptique. 11 est dans son lit, l’aspect amaigri et malade somatiquement, comme cela arrive en pareil cas. On lui parle, il tourne les yeux vers le médecin, mais il ne répond rien aux questions, on lui montre différents objets en lui demandant ce que c’est, — il ne répond rien.
Y a-t-il là absence de perception ou de reconnaissance ou absence de réaction parlée? Probablement tout à la fois.
Perte delà perception, perte de la reconnaissance. — Jen’insiste pas beaucoup sur ces états de confusion intense ou de démence ultime où le malade ne reconnaît pas ou avec peine des objets, même familiers. Cela n’a vraiment d’importance que pratiquementaupoint de vue du traitement dans les états dits de confusion (voyez ce syndrome). C’est vraiment ici un trouble de perception en donnant à ce mot un sens rapproché de celui de sensation.
Mais voici Sou..., vieux dément déjà cité, ancien serrurier, qui recoimaît bien les clefs d’un trousseau de clefs comme telles en bloc, mais est incapable de distinguer les clefs de verrou de sûreté de celles ordinaires. Quand on lui fait remarquer la différence, il ne comprend pas, bien qu’il ait perçu les détails.
(t) Percevoir est un mode spécial de reconnaître. Voilà pourquoi je traite ensemble des deux troubles, bien que psychologiquement et cliniquement il y ait à faire une différence entre eux.
SÉMIOLOGIE.
C’est un trouble profond de la reconnaissance qui est dû sans doute à la perte du pouvoir d’analyse de l’esprit aussi bien qu’à la perte de mémoire.
Hei..., déjà citée, ne reconnaît pas par moments son petit-fils qu’elle prend pour un étranger.
Voilà encore un trouble de la reconnaissance par perte des souvenirs.
Je rapporterai plus loin des observations de perte de mémoire sans démence dans le syndrsme de KorsakofF pur, où le malade ne reconnaît pas les personnes de l’asile et pas même son lit au bout de trois mois de séjour.
, Une perte partielle de la reconnaissance se rencontre dans les cécités et surdités verbales et psychiques, liées à l’aphasie ou à ce qu’on appelle l’agnoscie.
Erreurs de la reconnaissance (1). — Tout le monde peut en faire. Mais voici un exemple déjà un peu pathologique.
Ch. . . est fatigué et surmené pendant quelques J ours, il remarque le phénomène suivant: il sort dans la rue, aperçoit au loin un passant et reconnaît en lui un ami. A... ; de plus près, il s’aperçoit qu’il a fait une erreur. Quelques minutes après, ilprendun autre passant pour un amiB..., nouvelle erreur. Des erreurs analogues se reproduisirent à plusieurs reprises et pendant plusieurs jours, puis disparurent.
Les exemples suivants sont vraiment pathologiques.
J’ai été chargé autrefois par un commissaire de police de faire un certificat concernant By..., paralytique général d’un service de Bicêtre qui n’était pas le mien. J’examinai le malade en présence du commissaire. Le paralytique, bredouillant, satisfait et très dément, reconnut immédiatement à ma demande tous les assistants pour ses amis intimes et les nomma, y compris le commissaire, sur qui le fait produisit grande impression.
Un dément, par infection, Q..., dont j’ai déjà parlé, m’a pris pendant longtemps pour un monsieur Ber... de sa connaissance. Pendant plusieurs années il a conservé fidèlement cette erreur de reconnaissance.
Un autre. Pat..., catatonique, m’appelle invariablement d’un certain nom et les internes MM. X... et Y... (je ne me rappelle pas exactement ces noms.)
Ces erreurs reposent probablement en partie sur des erreurs de mémoire.
(1) On peut aussi les appeler des illusions. C’est un genre d’illusion (V. plus bas).