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CHAPITRE VII

LMMAGIN ATION

SoMMURE. — V Imagination reprodiiclwe.

Augmentation. — Se confond avec les troubles de la mémoire, les illusions et les hallucinations. „■

Dmmuft'on.— Dans les états d’affaiblissement passagers ou durables de 1 mtebigence, dans la neurasthénie où elle est reconnue du malade.

Pei'version. — &6 confond avec les erreurs de mémoire et aussi avec certaines perversions de l’imagination constructive.

L'Imagination constructive. (1)

Augmentation. - Exemple au début d’une P. G., dans la folie circulaire légère.

Diminution. — Dans la neurasthénie, reconnue par le malade. Dans les délires où il y a trouble général de l’intelligence; exemples dans la démence de la folie discordante, dans la P. G., dans la démence sénile, etc. Dans les folies systématiques, l’imagination est plutôt distraite.

Faiblesse de l'Imagination. — CAiaz les arriérés. Différence chez les normaux suivant le genre d’imagination.

Perversion de l'Imagination. — Rapports avec le faux souvenir. Passage insensible do cette perversion à l’idée délirante proprement dite, qui n’on est qu’un cas particulier. Exemples chez différents malades. Rapport avec le mensonge. Les idées délirantes forment un chapitre à part à cause de leur importance.

Dette perversion se manifeste aussi dans les écrits, dessins, projets, objets, instruments bizarres, collections, etc.

Langages spéciaux. — 1» Langage symbolique. C’est une variété spéciale importante. Exemple chez des fous systémati([uos, chez des déséquilibrés. Rapport avec la poésie symboliste. Passage insensible au langage automatique.

2” Langage inventé, un exemple.

5» Mots fabriqués, néologismes, dans la folie systématique. Grande importance sémiologique. Ne pas confondre avec le langage de perroquet. Mots de défense ou superstitieux dans la folie systématique et les obsessions, ordinairement signe de débilité mentale coexistante, de chronicité.

Mensonge. — Exemple chez un déséquilibré, chez un débile, chez une folle morale. Importance pratique considérable. Simulation, rapports avec l’hystérie. Dissimulation,

Imagination reproductive.

Augmentation. — Cela se confond d’une part avec les troubles de la mémoire et d’autre part avec les hallucinations et la tendance à ces troubles.

(1) Je laisse de côté ce qui touche au génie, ainsi que les cas d’augmentation

SÉMIOLOGIE.

Diminution. — Le neurasthénique Lub..., s’est aperçu à un moment donné de son existence qu’il avait beaucoup de peine à se représenter visuellement les rues d’un quartier qu’il connaît bien et où il se dirige sans peine.

Il y avait là une diminution de l’imagination, de la vision mentale, en rapport avec une crise de neurasthe'nie.

Il peut en être de même pour les autres catégories d’images et cela peut arriver dans tous les états d’affaiblissement momentanés ou durables de l’intelligence.

Perversion. — Cela se confond avec les erreurs de mémoire (Voyez plus haut) et aussi insensiblement avec certaines perversions de l’imagination constructive.

Imagination constructive.

Augmentation. — J'ai déjà cité l’exemple d’un homme, D..., distingué dans sa profession, mais qui n’avait jamais produit beaucoup de travaux. D... put (out d’un coup composer un ouvrage qui, de l’aveu des connaisseurs, méritait les suffrages. Peu de temps après, il mourait de paralysie générale.

11 est permis de voir dans l’augmentation de l’imagination constructive aboutissant à la confection d’un livre, l’influence de l’excitation tout à fait commençante de la maladie. Cela est rare, c’est l’inertie qui est la règle ou bien l’augmentation accompagnée de perversions (voyez plus bas).

Il paraît qu’un médecin aliéniste célèbre du siècle dernier était légèrement circulaire. Ses travaux seraient dus à l’excitation de la période maniaque. Tout le monde connaît des gens qui ne travaillent que par périodes; actuellement on appelle ces cas de la « cyclothymie », ce qui n’a pas grande importance (voyez un exemple de ce genre à l’article excitation, p. S9).

Diminution. — Ba...(p. 91), qui a une crise de neurasthénie, se plaint de la diminution de son aptitude au travail. Les idées ne lui viennent pas, dit-il, comme autrefois : les projets de travaux sont ébauchés, lentement, péniblement.

11 y a là plutôt ralentissement, difficulté, que diminution de l’imagination.

C’est un exemple qui fait comprendre ce qui se passe dans les degrés plus intenses, que j’ai cités plus haut, de dépression intel-

physiologique, mais provoqués par différents procédés banals, usage d'àlcool, g^bsinthe, café, etc., ou étranges, tels que pieds mis dans la glace, etc.

IMAGINATION

lectuelle par obstacle avec ou sans incohérence ; le travail intellectuel est impossible ou très pénible et l’imagination constructive normale impossible ou très amoindrie; elle est d’ailleurs aussi généralement pervertie. Je n’insiste pas: il en est de même dans les autres troubles mentaux aigus, surtout là où il y a délire de rêve, où le fonctionnement intellectuel est gêné en bloc.

Scho..., ancien peintre, élève des Beaux-Arts, est tombé dans la démence terminale de la folie discordante; son activité intellectuelle n’est pas totalement suspendue. 11 dessine encore. Mais ses dessins manquent des plus élémentaires notions de perspective. 11 se tire mieux de la copie servile, ayant conserve encore une certaine habileté manuelle et technique.

Lom..., paralytique général, dont l’activité intellectuelle était grande, ne fait plus les recherches mécaniques ni les inventions qui l’occupaient autrefois • il rumine une invention absurde que j’exposerai plus loin.

Le père Coh..., dément sénile, a été autrefois un dessinateur industriel habile, mais il n’est plus que l’ombre de lui-même; il relait sans cesse les mêmes dessins par copie.

Il en est de même dans toutes les autres formes de démence.

Dans mon service de Bicêtre, la plupart des persécutés étaient incapables de travailler, sauf à des travaux tout à fait automatiques. Le Docteur Séglas m’a cité le fait d’un de ses malades de la ville, employé dans une compagnie de chemin de fer, qui continua longtemps ses occupations malgré que ses ennemis l’électrisassent et lui fissent subir les tourments ordinaires des persécutés, mais ces occupations étaient un pur travail de scribe, partant sans imagination. Dans les formes à délire partiel intense, l’imagination est plutôt rftsümïYe, occupée par les idées délirantes, qu’afiaiblic.

Faiblesse de l’imagination. — Les idiots, les imbéciles, les arriérés, sont au-dessous de la moyenne pour 1 imagination. Tout le monde connaît d’ailleurs des gens normaux qui n ont pas d’imagination sur tel ou tel pomt. C’est qu’il n’y a pas une imagination, mais des imaginations abstraite, concrète, mathématique, scientifique, etc.

Perversion de l’imagination. — Un livre, dont je ne veux pas . donner le titre, et qui en est à sa troisième édition, est tout entier consacré à démontrer que le principe du monde « est un couple positif et négatif, mâle et femelle, uni pour creer et assurer à perpétuité la conservation de l’énergie ainsi que son évolution par la répétition de son double principe . Bref, l’univers est un grand

SÉMIOLOGIE.

couple dynamique mâle et femelle, de force et de matière, dont l’acte générateur repose en entier sur la contradiction. » Si on lit ce livre, on y trouve dépensée une quantité d’imagination considérable en apparence, mais que je ne puis m’empêcher de trouver tout au moins complètement erronée. C’est ici un système du monde. Mais que de systèmes philosophiques, sociaux, S(ûentifiques, ou plus simplement mécaniques, que de productions littéraires, poétiques, artistiques, dont jepourrais donner de multiples exemples (1) ne sont que le fruit d’une imagination pervertie et msuf fi santé, pareille à celle-ci. Ces erreurs d’imagination sont très voisines de la normale et ressemblent par plusieurs côtés aux théologies et aux métaphysiques les plus officielles. Mais celles-ci ne peuvent être considérées comme le résultat d’un trouble pathologique, seulement comnm les reliquats d’un mode dépenser, dépassé aujourd hui, survivances de l’enfance de l’humanité, et comparables à ces survivances enfantines qui existent parfois dans l’esprit d’un adulte (2).

Ysa... est un alcoolique, sénile et artério-scléreus, gâteux de.temps à autre, mais qui ne l’este jamais couché. 11 a des idées de grandeur passée ; et une haute opinion de lui-même. A l’appui, il raconte un épisode de sa vie antérieure qui dénote une imagination déréglée analogue à celle des pseudo-souvenirs, des rêves, etc. 11 prétend qu’il a épousé la fille d’un éditeur important de Paris; la famille, assemblée toute entière exprès, a assisté à la consommation du mariage, pour bien s’assurer de visu de cet accomplissement. Il cci’it des pièces de vers, des comédies qui révèlent la perversion de l’imagination (et son affaiblissement aussi), toujours en activité. Il était autrefois artiste sculpteur sur bois, littérateur, etc., etc. Il a mené une vie de désordre, fréquentant aussi les cabarets artistiques, les ateliers de peinture et ayant manifesté toute sa vie des goûts assez intellectuels. Il prétend qu’il a été le secrétaire de Taine et qu il a traduit pour celui-ci tous les livres anglais nécessaires au fameux ouvrage sur la littérature anglaise. Il aurait séjourné dix ans à Londres, il décrit Londres avec une précision extrême. En fait, il n’y a jamais été.

Il y a là une sorte de vantardise pathologique de grandeur avec activité déréglée de l’imagination affaiblie.

(!) Dans tout asile, il y a généralement un imbécile ou débile inventeur. 11 y avait autrefois à Bicêtre un do ces malheureux qui dessinait sans relâche des plans • de machines à mouvement perpétuel.

(2) Elles paraissent constituer un gaspillage de travail intellectuelcomparableaux gaspillages biologiques dont le travail de la reproduction est un exemple. Il y aurait, je crois, intérêt à considérer les métaphysiques et les théologies sous ce point de vue, mais ce n’est pas ici le lieu de le faire.

IMAGINATION

Lom..., paralytique général que j’ai cité plus haut, occupait une belle situationindustrielle. Depuis qu’il est atteint de sa maladie, il a fait une derniere inYcntion, mais tout il fait absurde cette fois-ci : il y a beaucoup de moineaux àBicêtre- un homme avec un fusil pourrait en tuer quatre-vingt-dix par minute En cinq minutes cela ferait quatre cent cinquante oiseaux, en un quart d’heure dix-huit cents. En une heure, soixante-douze mille. On peut mettre lient hommes avec un fusil à Sainte-Anne. Bref, on pourrait tuer sept millions deux cent mille oiseaux par jour. En les vendant 0 fr. 10 piece, cela ferait soixante-douze millions de francs par jour que l’Assistance Publique gagnerait, etc.

Il y a là quelque chose digne de remarque: la tournure d’esprit préalable a continué à se manifester, mais sous l’influence de la maladie, le' produit de l’imagination a été perverti et porte l’empreinte niaise de la démence et en même temps du délire de grandeur habituel à la P. G.

Nix..., est un vieux persécuté avec idées de grandeur que ses ennemis ont persécuté par tous les moyens classiques, mais ils ont inventé en outre ceci : Sa famille et lui sont tous des géants; ainsi lui-même a plus de deux mètres de taille normalement, mais ses ennemis réussissent par le moyen d’un mslriiment mystérieux appelé la «pompe» à le ramener à la taille qu’il présente en ce moment et qui est bien au-dessous de deux mètres.

Il faut noter particulièrement le « néologisme », mot fabrique' ou détourné de son sens, « la pompe » (Je reviendrai plus loin sur ce sujet). ... - • j'

On voit que ces perversions de l’imagination peuvent être indépendantes d’idées vraiment délirantes (dans le premier exemple); elles sont parfois si développées et si extravagantes qu’on les appellent parfois « délire d’imagination » (voyez p. loin). Elles touchent de près au mensonge, « mythomanie » de Dupré. dont on verra des exemples plus loin et d autre part aux faux souvenirs des gens qui ont perdu la mémoire et qui parfois inventent sur l’heure, inconsciemment, des récits fantastiques pour combler les lacunes de leurs souvenirs. Ces perversions peuvent toucher de près aux idées délirantes dans le second exemple, se mêler à elles dans le troisième, et enfin faire partie du système délirant dans le dernier. On peut dire alors que cette imagination travaille sur un thème délirant. C’est là l’origine de tous les délires un peu étendus, particulièrement les systématiques ; on en verra dos exemples frappants lorsque j’étudierai l’imagination vraiment

délirante, c’est à dire les idées délirantes, dans un chapitre à part, à cause de leur importance. Mais l’idée délirante n’en est pas moins une perversion de l’imagination.

Ces perversions de l’imagination se traduisent non seulement par la parole, mais aussi par les écrits, dessins, projets, objets, instruments bizarres, collections que l’on peut trouver chez les aliénés. J’en citerai des exemples à l’occasion.

Langages spéciaux. — 1° Langage symbolique. Une déviation particulière de l’imagination qui mérite d’être décrite à part est la suivante:

M'i' Pou..., vieille persécutée chronique non démente, malgré plus de cinquante-cinq ans de folie des persécutions, a un langage symbolique qui, à première vue, ferait croire à l’affaiblissement intellectuel.

« Oui, je suis incinérée, je suis réduite en cendres.

D. — Etes-vous morte maintenant ?

R. — Non, puisque je parle, mais je trouve que je suis en dehors de la mort, je préférerais être cadavérique complètement que d’être dans l’état infernal

où je suis . Je suis morte par la charge, le poids effrayant que j’ai

porté depuis trente-deux ans, soixante-quati’e ans, jours et nuits debout. — La malade explique très bien que ces trente-deux ans d’internement réels comptent double comme soixante-quatre, parce que jour et nuit elle a dû combattre contre ses ennemis.

Ce langage a donc un sens très clair, mais il est symbolique. Il est étroitement lié à des idées délirantes, puisque c’est pour mieux les exprimer que la malade invente ce langage, en manitestant une imagination verbale particulière.

Chez certains déséquilibrés, on trouve aussi quelquefais un langage symbolique spécial. Il y a des exagérations poétiques qui sont très voisines de ces cas pathologiques, principalement parmi les poètes dits symbolistes. Chez ceux-ci également on rencontre des pièces de vers qui sont réellement incompréhensibles et qui sont vraiment du langage de perroquet ou « psittacisme » (voyez plus loin).

2“ Langage INVENTÉ. — Dero..., est un dément précoce d’une forme particulière (voyez l’obs. complète). 11 a inventé un langage spécial qu’il appelle la « langue ù gulngrelot. » Il décrit des arabesques pour remplacer les lettres, en particulier la lettre H. Le langage qu’il a inventé est malheureusement très variable. Il s’occupe d’organiser un concert dans le service; ce concert s’appelle le concert des Humanistes, puis des Humahibes, enfin des Uranzites. Les acteurs ont un nom de guerre fantaisiste, mais lui-même chante en français de nombreuses chansons. Sur ses affiches de concert il reproduit ces noms fabriqués.

IMAGINATION

ainsi que sur ses écrits. Un jour qu’on lui demande des explications, il dit que le programme s’appelle pléoriam, mais il ajoute des explications qui paraissent incohérentes. Il a des idées de grandeur.

Il semble bien qu’il y ait ici un mélange d’invention par imagination et insensiblement passage à un langage automatique qui devient le langage de perroquet.

3« Mots fabriqués, néologismes. — Ver... N., est un persécuté systématique, d’ailleurs débile, qui est poursuivi par la duchesse d’A... En outre, des dames du « sexe Nicabou» l’excitent par des pensées obscènes. Ce mot a l’air de correspondre à une idée spéciale. Il détourne aussi des mots de leur sens habituel : « Les éclaireurs de la sûreté » s’occupent de ses affaires.

C’est encore là une sorte de mot fabriqué presqu’intentionnellement. Nous en avons déjà vu un exemple chez Nix, qui est soumis à la pression d’un appareil mystérieux qu’il appelle « la pompe ». Ces mots ou tournures ont certainement une signification spéciale pour l’aliéné. Ils sont peu nombreux chez chaque individu lorsqu’ils sont vraiment de ce type.

Ce langage avec « néologismes » a une importance grande: il se rencontre surtout dans la folie de persécution chronique et est par conséquent un indice précieux pour le diagnostic. Mais il est pour ainsi dire voulu dans ce cas; il ne faut pas le confondre avec le langage où il y a des mots fabriqués ou détournés de leur sens, ce qui se rencontre dans des circonstances diverses et qui fait partie du langage de perroquet (psittacisme des auteurs) et des stéréotypies verbales. 11 faut chercher si le malade met des idées sous ses mots ou non, si le mot fabriqué est voulu ou non (néologismes actif et passif de Séglas.)

Parmi ces mots fabriqués ou détournés de leur sens se trouvent ceux qui ont une valeur superstitieuse, conjuration, de défense, soit dans certaines folies systématiques, soit chez des obsédés. On en trouvera des exemples aux types cliniques. Cela indique généralement la débilité mentale coexistante.

Mensonge pathologique — { « Mythomanie» , pseudologià phantastica). — Marc... est une jeune fille de dix-neuf ans qui est placée comme bonne dans une famille ii Paris. Elle invente des histoires compliquées qui n’ont absolument rien de réel pour expliquer certaines choses insignifiantes ou même sans motif. Ainsi sa mère la conduit un dimanche à un bal de société très convenable. En revenant, sa mère lui recommande de ne pas dire qu’elle avait été à ce bal, mais qu’elle avait été simplement sa promener avec ses parents. Au

dio

SÉMIOLOGIE.

lieu de cela, elle rentre chez ses maîtres en sanglotant. On lui demande pourquoi. Elle dit qu’elle revient de chez ses parents, que son père est très malade, qu’il a failli périr la nuit dernière, qu'il étouffait, qu’on a été obligé de laisser la fenêtre ouverte toute la nuit, que le médecin appelé avait déclaré que c’était grave, etc., etc. Bref, une histoire des plus détaillées et minutieuses. Sa maîtresse, apitoyée, l’envoie le lendemain matin demander des nouvelles de son père. Elle y va et se garde bien de dire pourquoi elle vient, mais prétexte avoir oublié quelque chose. Une autre fois, dans une autre maison, pour expliquer qu’elle ne va plus voir ses parents, qu’elle a pris soudainement en grippe sous l’influence de certaines suggestions religieuses, elle raconte que ses parents sont des francs-maçons qui détestent la religion, se conduisent fort mal à son égard et même la battent. Enfin, un jour, elle a lu devant toutes les bonnes de la maison une lettre, fabriquée par elle, qu’elle disait lui avoir été adressée par sa mère. Dans cette lettre, sa mère se plaignait d’elle et déplorait que Marc... ne fût pas morte à la place de son autre fille. Non seulement cette lettre était un produit de l’imagination mensongère de Marc..., maisle détail de la sœur morte était complètement conirouvé, Marc... étant la seule fille de sa mère. C’est une jeune fille qui a toujours été nerveuse, anémique, pâle, fantasque, irritable, qui reste difficilement dans ses places, qui ne peut travailler longtemps de suite au même ouvrage. Elle sait bien lire et écrire, coud et brode très bien. Il y a quelques années, étant en pension chez des sœurs, elle a présenté du somnambulisme nocturne, que l’on a toujours cru être simulé, pour se faire renvoyer h la campagne d’où elle venait. Elle paraît devoir être facilement influençable, suggestionnable par quelqu’un qui saura « mettre le grappin » sur elle .

J’ai eu autrefois dans mon service, à. Bicôtre,un débile épileptique, Yt..., beau parleur, qui inventait les histoires les plus invraisemblables; c’est ainsi qu’il raconta un jour qu’il avait vu fleurir des fleurs en plein hiver et récolter aussi des fruits dans les environs de Paris, etc., etc.

J’ai reçu à, Bicétre, dans le service do Bourneville que je suppléais alors, une petite fille de treize ans Ku..., qui accusait son père de viol sur elle-même. Elle entrait dans des détails d’une précision effrayante. Elle était complètement vierge.

Ces mensonges pathologiques ont une importance pratique considérable. Bien des gens, et surtout des médecins, ont été victimes de récits de ce genre, gratuitement inventés. Beaucoup d’hystériques accusent leur médecin de les avoir violées ou outragées, etc. On dit maintenant que l’hystérie n’est pour rien dans ces mensonges pathologiques; c’est possible, mais„ dans la pratique, on peut bien dire que le mensonge poussé à ce degré, vraiment pathologique, se rencontre chez des débiles, imbéciles, détraqués, pervertis d’ordre divers et hystériques, enfants et adultes. D’où la règle de prudence : ne jamais examiner un enfant, une petite fille surtout, sans un témoin sûr. Un vieux monsieur de mes amis ne monte jamais dans un compartiment de chemin de

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lit

fer où se trouve une petite fille ou une jeune fille seule, de peur d’être accusé par celle-ci de tentatives malséantes. On doit se méfier en justice des témoignages d’enfants, ou même d’adultes.

Ce mensonge pathologique ne se borne pas au langage parlé ou écrit, il s’étend aussi aux actes. Il y a alors simulation, souvent de choses extraordinaires ou pathologiques, uniquement pour le plaisir, semble-t-il. Tout le monde connaît des exemples de ces faits qui touchent de près à l’hystérie ; il est, d’après Babinski fort difficile de les distinguer de celle-ci.

Je ne parle naturellement pas ici du mensonge qui a un but réel et raisonnable (voyez dissimulation, simulation).

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