‹ Éléments de sémiologie et clinique mentalesChapitre 40 sur 159 · IMPRESSION DU RÉEL · texte numérisé non relu

IMPRESSION DU RÉEL

SoMMAiiiE. — Altération des idées des « moi » du maiade sous la forme d’idées délirantes. Atteinte partielle par la possession. Impression directe du femps; impression du monde extérieur, impression générale ou « cœnesthésie » du corps. Sensation de dépersonnalisation. Un exemple.

Impression' d' étrangeté de mots, d’objets, de parties du corps. Exemples. Ces impressions paraissent être un trouble de \ impression du réel.

Nous avons vu que l’aliéné peut ne plus savoir évaluer le temps, ni reconnaître l’endroit où il se trouve. Nous avons vu que le monde extérieur, le milieu social, son corps, peuvent lui apparaître sous un jour spécial, grâce aux erreurs de jugement que constituent les idées délirantes. Mais l’idée qu’il se fait de son « moi » le plus intime peut aussi être soumise à l’influence d’un faux jugement. En réalité, on se fait plusieurs idées du moi correspondant à certains aspects sous lesquels on le considère, idées du « moi social », du « moi propriétaire », ou, si je puis dire du « moi capitaliste », « du moi corporel », et enfin de ce moi intime, un peu fusion de tous les autres, reliquat abstrait des émotions, des sentiments et sensations corporelles ordinaires de l’individu. Nous avons vu des exemples d’altérations de ces différents moi subjectifs sous le nom d’idées délirantes, par exemple pour le premier, chez le malade qui se croit amiral, général, empereur, président delà République; pour ledeuxième, chez celui qui se croit riche ou ruiné; pour le troisième, chezl’hypocondriaque et chez le négateur qui a des parties du corps malades ou supprimées. Quant au mof le plus intime, il est évident que c est une grave erreur de jugement porté sur lui que de se croire mort comme le font certains malades (p. 165). Une atteinte partielle lui est portée par la demi-possession et la possession : la

SÉMIOLOGIE.

pensée du malade est prise, ses ennemis lisent dans sa pensée ou le font parler. C’est là ce qu’on appelle parfois les troubles de la personnalité, expression qu’il vaut peut-être mieux réserver pour les véritables alternances ou coexistences de personnalités (voyez p. 192), puisque ceux-là ne sont guère que des alterations de l’idée du moi, du jugement porté par le malade sur lui-même.

Si la désorientation dans le temps est simplement 1 incapacité de mesurer le temps ou plutôt de suivre la mesure du temps faite par des moyens extérieurs à nous, il y a probablement, à côte, des troubles plus profonds qui portent sur le « sentiment, » /’« impression » du lui-même, comme le montrent l’intoxi¬

cation par le haschich et certains rêves. Si la désorientation dans le monde extérieur tient à ce que le malade n’a pas pu suivre le changement de lieux ou méconnaît l’endroit où il se trouve, par suite de différents troubles intellectuels, il y a aussi probablement à côté un trouble plus profond, portant sur/’ « impression » du monde extérieur comme nous allons le voir plus bas. Enfin si les notions diverses concernant les « moi » du malade peuvent être altérées, si les notions les plus banales et fondamentales, comme celles d’àge, de sexe, de nom, de profession, peuvent être perverties ou perdues, il semble aussi que certaines erreurs aussi profondes, comme de se croire transformé, possédé, double (1), mais surtout de se croire mort, reposent sur un trouble du sentiment intime du corps que l’on appelle aussi « cœnesLhésie », impression générale du corps, fusion suprême des sensations internes, et qui est le fond sur lequel se projettent toutes les modifications de notre conscience. Le sentiment du monde extérieur et le sentiment intime sont étroitement liés comme le montrent les troubles accusés p irfois par certains psychasthéniques ou même passagèrement par des personnes normales, et dont voici un exemple :

IC Sensation de dépersonnausation(2). — Survient en général assez brusquement. Tout d’un coup on ne se reconnaît plus, on a perdu la notion de ce qu’est

(t)Biss.... dont j’ai déjàparlé, page 182, asouventau réveil une impression bizarrer « Quand je m'éveille, dit-il, il me semble souvent que nous sommes deux en moi (sic)-, ça ne dure qu’une seconde ». Ce malade est pou observateur de lui-mérne. quoique psychasthénique, et il est impossible d’avoir plus d’explications sur cette impression.

(2) Je dois cette note à l’obligeance do M. May, interne dos hôpitaux, grâce au-

Page 1