‹ Éléments de sémiologie et clinique mentalesChapitre 49 sur 159 · STUPIDITÉ ET CONFUSION · texte numérisé non relu

STUPIDITÉ ET CONFUSION

D. — Croyez- vous avoir fait des bêtises?

R. — Oui. Je crois toujours avoir fait des bêtises (après un long temps de réflexion.).

D. — Est-ce qu’il habite Paris, votre père ?

R. — (Il cherche . pas de réponse, pui^:) . pas, moi.

D. — Où êtes-vous ici?

R. — Sais pas. Je me demande où je suis.

D. — Y a-t-il longtemps que vous êtes dans cette maison-ci?

R. — Je ne me rappelle pas.

D. — Comment êtes-vous venu à l’hôpital ?

R. — . amené à l’hôpital ?

D. — Que faites-vous toute la journée ?

R. — Je ne fais rien.

D. — A quoi pensez-vous?

R. ■ — . (pas de réponse.)

D. — Est-ce que vous croyez toujours avoir compromis votre père?

R.' — . il est ici, mon père? . Je ne sais pas.

D. — De quel pays êtes-vous?

R. — . Turin .

Quelques jours après on lui demande ;

D. — Où êtes-vous hé?

R- — A Turin . je crois. Mais je n’en suis pas sûr. Je fais des rêves : je

crois par moments que je suis Français.

Huit jours après on l’examine de nouveau.

D. — Croyez-vous qu’on va vous faire du mal?

R. — (cherche) . ici? . ici?

D. — Croyez-vous avoir déshonoré votre famille?

D. — Avez- vous beaucoup voyagé?

R. — Si.

D. — Où êtes-vous allé?

R. — . à Cannes.

D. — Vous êtes allé autre part?

R, — . Cannes.

D. — Etes-vous allé dans une autre ville?

R. — A Riarritz?

D. — A quelle époque ?

R. — En 1907.

D. — Dit-on encore que vous êtes un satyre, un voleur?

R. — . j’entends plus.

ü. — Aviez-vous entendu?

R. — . non, j’avais pas entendu.

D. — Comment savez-vous qu’on vous accusait de ça?

R. — ... l’imagination... sais pas au juste.

D. — Alors vous n’êtes plus inquiet maintenant ?

R. — Il y a des moments que je me retrouve. (1)

•(1) Réponse typique de confus qui reconstitue de temps en temps ses idées. Chaslin. — Sémiologie. 15

SÉMIOLOGIE.'

D. — Il y en a d’autres où vous êtes perdu.

R. — ... Toujours peur... moi... sais pas.

D. — Peur de quoi?

R. D’avoir fait du mal... damné ma famille... sais pas.

D. — Vous rêviez ça?

R. — Oui, je rêve.

D. — Qu’est-ce que vous rêvez?

R. — J’aurai fait des choses qui faut pas faire... l’imagination que je mefais. .. sais pas.

D. — Qu’est-ce que vous croyez avoir fait ?

R. — Ils me disent que j’ai fait des choses que c’est pas bien.

D. — Qui vous dit cela

R. — ... personne... mais c’est moi.

Cet état persiste environ trois mois sans modifications notables, puis il y a amélioration graduelle et enfin rétablissement complet. Le tout a duré environ neuf mois.

On voit que non seulement il y a stagnation intellectuelle extrême dont les conséquences sont le mutisme spontané et l’inertie spontanée motrice, avec aspect stuporeux, mais encore que, sous l’excitation de l’interrogatoire, le . malade se réveille de sa torpeur et fait effort volontaire pour faire attention aux questions, les comprendre, ce qui n’arrive pas toujours, surmonter la « confusion » de ses idées, se retrouver au milieu d’elles, reconstituer ses souvenirs, contrôler ses idées délirantes, rêve automatique chaotique, dont il doute, se réorienter enfin dans le temps et dans le monde extérieur sur lequel il fixe péniblement son attention, se réorienter même sur ses propres faits et gestes {désorientation auto-psychique de Wernicke), bref rétablir le fonctionnement normal de son intelligence, dont tous les modes étaient atteints : attention, mémoire, imagination, raisonnement, jugement, orientation, etc. Du côté émotionnel le vague règne aussi dans l’esprit du malade, et si celui-ci exprime quelques idées qui peuvent faire croire qu’il a peur, c’est avec une entière placidité qui indique bien le peu de profondeur des émotions (ce qui est l’ordinaire, à moins qu’un délire de rêve intense ne vienne se joindre à la confusion) et qui a aussi pour conséquence la docilité du confus. Enfin,, pour y revenir et y insister,la mimique de Mir — était typique. La stupeur était incomplète, interrompue par des tentatives d’expression révélant les efforts intellectuels infructueux, l’état d’incertitude intellectuelle où il se trouvait. Ce mélange ne peut être exprimé que par la double expression : égarement et stupidité.

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