‹ Éléments de sémiologie et clinique mentalesChapitre 56 sur 159 · SYNDROME DE KORSAKOFF. PUÉRILISME · texte numérisé non relu

SYNDROME DE KORSAKOFF. PUÉRILISME

de quoi s’acheter des poupées; elle en a trois, deux grandes et une petite, très chères. Elle a constamment sur sa table la petite poupée, un enfant qui vient de naître, couché dans une boîte en guise de berceau. Elle arrange ellemême les vêtements de ces poupées. Endehors de son travail et de ses jeux enfantins, elle lit beaucoup de livres, surtout d’histoire, et comme elle a bonne mémoire, elle sait assez de choses, bien qu’elle ait eu une instiniction primaire rudimentaire; elle lit couramment et explique bien ce qu’elle lit, ainsi que les images de journaux amusants qu’on lui montre, mais son écriture est très défeetueuse. Elle n’a plus d’attaques ni aucune manifestation hystérique, mais elle se met dans de violentes colères qui durent fort longtemps: elle se promène alors en gesticulant dans la cour et ne veut pas rentrer à l’atelier. En 190.3, après une de ces colères, consécutive à une réprimande de la surveillante, elle a escaladé le mur du chemin de fer d’Orléans ; voulait se placer sous un train pour rejoindre sa grand’mère « qu’elle a vu mettre en bière a. Elle est très jalouse, très susceptible, très âpre au gain. A part cela, elle se eonduit i-aisonnablement et ne demande aucunement sa sortie. Elle bégaie un peu et parle avec des élans comme un enfant. Elle montre ses poupées avec orgueil et en parle constamment. Elle avait eu auparavant des oiseaux « qu’elle aimait autant que sa grand’mère ». Quand on cherche pourquoi et depuis quand elle joue ainsi à la poupée, elle répond (elle est enfant assistée et il n’y a pas de renseignements sur elle), qu’elle y a toujours joué, même à 18 ans, quand elle était placée comme bonne; elle voulait toujours avoir dix ans, se reportant au temps passé où elle vivait avec sa grand’mère qui l’a élevée jusqu’à sa mort. — En somme, elle donne l’impression d’une enfant relativement intelligente, capricieuse, difficile, gâtée; elle se complaît dans ce rôle sans ignorer son âge qu’elle sait exactement. C’est une fille de 30 ans somatiquement (elle est bien réglée, mais, parait-il, d’après ce qu’elle dit elle-même, elle l’a été tardivement), qui en a 12 ou 13 pour la maturité intellectuelle. 11 est à noter qu’elle n’aime pas les hommes, ainsi qu’elle l’a dit à la surveillante ; elle ne sc masturbe pas et n’a pas de perversions sexuelles. Elle court après tous ceux ou celles qui passent dans te service pour leur montrer ses poupées. Quand elle juge qu’elle a assez travaillé, elle se promène dans la cour en se eom'onnant de feuilles et en « faisant la grenouille » ; elle chante un refrain : « il pleut, ça mouille, c’est la fête à la grenouille ». Il y a quelques années, elle avait élevé un moineau qui est mort et qu’elle a pleuré « autant que sa grand’mère ».

Voilà une manifestation de puérilisme bien net, pour emprunter l’expression de Dupré, mais qui paraît être sous la forme d’un défaut de développement. C’est une espèce spéciale d’arriération intellectuelle. On peut pourtant se demander jusqu’à quel point l’hystérie n’entre pas en jeu. Or, Giq... ne parle pas comme un enfant, elle sait parfaitement son âge et toute son histoire; ce n’est pas comme dans le délire hystérique où le malade est retransporté à son enfance, parle et agit comme il le faisait quand il était enfant. Il semble donc bien ici que l’hystérie n’intervient pas. C’est seulement de l’infantilisme mental.

SÉMIOLOGIE.

On peut rencontrer des états qui ûmulent celui-ci, et plus ou moins bien développés, dans d’autres types cliniques. Ainsi dans les délires infectieux, « l’enfantillage » peut être très marqué (voyez l’observ. de Niz...). dans les tumeurs cérébrales, dans les démences, surtout la démence sénile où le vieillard peut même se croire retourné à l’enfance, dans l’hystérie où le délire de rêve peut ramener la malade à revivre son enfance comme je viens de le dire (voir l’observ. de V... L.); c’est une curiosité psychopathologique qui n’a pas d’importance sémiologique ni pratique.

Sénilisme. — A l’opposé de ces faits se trouve celui d’un P. G. que je citerai plus loin, On... J., qui se vieillissait et croyait être un vieillard. Je me borne à signaler ce petit point amusant.

Neurasthénie. — L’état mental du neurasthénique sans obsession, ordinaire, se rencontre à peu près au début de la P. G., parfois de la démence artérielle ou sénile, après le traumatisme, etc. Aussi pourrait-t-on en faire un syndrome tout comme de la confusion qui en est très proche parente. Mais il suffit d’être prévenu de la double signification du mot neurasthénie, et je renvoie au chapitre Neurasthénie et obsessions.

Folie morale. — On décrit des cas de folie morale après les traumatismes, on décrit une variété de folie morale sous le nom de caractère épileptique (voyezplusloin) . Alors, peut-être devrait-on la considérer comme un syndrome? J’en parlerai surtout au Déséquilibre mental.

Hystérie. — Pourrait-on considérer l’hystérie comme un symdrome? Je renvoie au chapitre qui en traite, où le lecteur verra qu’il est aussi difficile de répondre à cette question qu’à beaucoup d’autres touchant cette singulière forme de trouble mental.

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