MORPHINISME
Évolution. —Durée de plusieurs mois (plus d’un an même); terminaison par la guérison, la démence consécutive ou la mort par complication ou cachexie.
Traitement. — Internement; traitement de l’alcoolisme; rééducation à la convalescence.
B. — Hybrides de l’alcoolisme — J'ai vu fréquemment des cas que j’ai rangés sous cette rubrique et qui paraissent inclassables; il est difficile de faire le diagnostic sans se renseigner, à moins que des hallucinations visuelles spéciales ou d’autres signes de l’alcoolisme ne viennent mettre sur la voie.
Remarque générale sur l’alcoolisme chronique.
L’alcoolisme atteint toutes les classes, mais surtout les pauvres.
Chez les riches, les causes en sont multiples; chez les pauvres, surtout la contagion et le milieu économique.
Une des causes principales de l’attrait de l’alcool est le sentiment de bien-être qu’il suscite; le travail intellectuel est rendu plus facile, mais il est toujours de qualité inférieure. C’est comme avec tous les autres poisons de l’intelligence. Chaque fois quele malade boit, il se sent mieux, il a besoin de boire pour se remonter (état de besoin), et chaque verre qui le remonte précipite sa déchéance et augmente son envie et son besoin. Donc la guérison a pour principal obstacle la passion elle-même, comme pour toutes les intoxications volontaires.
L’alcoolisme est une des conditions prédisposantes les plus efficaces pour la tuberculose.
C’est le grand pourvoyeur des asiles et dos prisons, car la descendance de l’alcoolique est aussi tarée. On s’en rendra compte au chapitre Arriération mentale.
L’alcoolisme est une maladie sociale.
2“ Mouphinismb.
C’est l’intoxication chronique par les injections sous-cutanées de chlorhydrate de morphine.
Je ne donnerai qu’une seule et très courte observation.
Morphinomanie. Opiophagie. — U--, Agé de quarante-deux ans, comptable, consultation de la Salpêtrière le 17 mai 1911 (1).
(1) Observation rédigée par M. Guédon, externe du service.
INTOXICATIONS
L..., vient consulter pour troubles nerveux occasionnés par la morphine et l’opium.
Pendant la guerre du Tonkin en 1889, il est blessé assez grièvement à la cuisse par une balle qui lèse le fémur. Les médecins militaires lui font des piqûres de morphine pour calmer la douleur.
A dater de ce moment, le malade se pique régulièrement chaque jour et finit par s’injecter 1 gr. 50 de morphine en seule fois. Cela dure dix-sept ans. Il tente alors une cure de démorphinisation qui reste incomplète. Depuis six ans, le malade a remplacé la morphine par l’opium ; il absorbe par jour vingt pilules d’opium à 0.05 centigr.
Aujourd’hui il se plaint de ne plus avoir d’idées, de ne plus pouvoir penser. Quand on lui demande poui’quoi, il répond : « Ça ne vient plus, ma tête se
Il répond aux questions qu’on lui pose pendant une minute ou deux seulement ; il est dans l’impossibilité de raisonner plus longtemps, car il éprouve une grande fatigue et des maux de tête. Depuis onze mois il a dû cesser tout travail.
Après un instant de lecture devant moi, le malade s’arrête aux mots pour compter les lettres, puis il refuse de prolonger la lecture qui le fatigue trop. Il est en effet très congestionné. La mémoire est toujours conservée ; il peut encore compter et faire des additions très rapidement.
Depuis huit mois « le vide l’attire » ; il se demande s’il se ferait du mal en tombant. Depuis trois mois il songe à se jeter par la fenêtre et craint de faire un malheur.
11 ne voit plus les couleurs comme elles sont, il voit trouble et pas d’un seul coup ; il se demande par exemple si sa femme est là ou si elle n’y est pas. — S’il déplace un objet, il reste longtemps pour le remettre àla même place. — 11 ressent des fourmillements dans les jambes. Il estdevenu irascible et a battu sa femme.
Dès qu’il se couche, « ses yeux s’injectent de sang «, puis avant de s’endormir des idées lui viennent d’un seul coup, « en hallucinations », comme ça s’est passé il y a vingt ou trente ans. Pendant son sommeil, il a des cauchemars, il croit tomber et se réveille.
Le malade prétend avoir eu des syncopes nombreuses il y a trois ou quatre mois.
Troubles digestifs accusés.
Dès qu’il gobe un œuf, il devient « violet», dit-il.
A l’inspection on constate, depuis la partie supérieure du sternum jusqu’aux genoux, les traces innombrables d’anciens abcès.
Inégalité pupillaire ; le malade se plaint de voir des mouches volantes.
Pas d’amaigrissement des membres inférieurs. Réflexes rotuliens faibles, achilléens normaux.
Pouls rapide, irrégulier, inégal.
Tremblements flbrillaires dans tous les membres. Grande émotivité.
Pas d’impuissance. Pas de troubles génitaux.
Pleurésie en août 1910.
On devient d’autant plus facilement morphinique que l’on peut plus facilement se procurer le poison : donc on rencontre cet