‹ Éléments de sémiologie et clinique mentalesChapitre 77 sur 159 · URÉMIE · texte numérisé non relu

URÉMIE

cinatoire ou excitation et impulsion que présentent parfois les coureurs à bicyclette à la fin de leur course en arrivant au but. Il s’agit là d’un véritable empoisonnement par les matériaux de désassimilation fabriqués en excès.

3° Urémie.

Ver. . . W., sculpteur, 78 ans, entré à Bicêtre le 19 mai 1909.

Renseignements fournis par la famille (1). Il s’agit d’un homme de 78 ans, grand et i-obuste, qui a toujours joui d’une excellente santé et dont le passé pathologique est tout à fait nul.

Actuellement, le malade paraît être surtout un prostatique. Depuis longtemps déjà il présente de la fréquence des mictions avec urine sentant souvent mauvais à l’émission. Le début des accidents aigus remonte au mardi 11 mai; à cette date, le malade a présenté des phénomènes à la fois de somnolence et d’agitation; il restait assoupi sur son lit la plus grande partie de la journée, puis, par moments, cherchait à se lever et à aller et venir dans la chambre ; il voyait autour de lui des gens mal intentionnés et a présenté également du bavardage. Il aurait eu en même temps des accès de fièvre vespéraux, mais la température n’a pas été prise. Un médecin appelé a constaté à cette date la présence d’une très légère quantité d’albumine. Le malade a été mis alors au régime lacté exclusif.

Le mercredi 12, au soir, est apparu un accès de rétention d’urine qui durait encore le vendredi et a nécessité le transport du malade à l’hôpital Necker salle Vulpian.

Là, le malade aurait été très agité, se levant la nuit, parlant à voix haute et allant secouer le lit de ses voisins; aussi a-t-il été mis à la camisole de force, puis transféré à Sainte-Anne le 17 mai.

Là il paraît avoir été plus calme, mais délirant encore; il a dit aux membres de sa famille venus pour le voir :

« J’ai été dans un pays, et dans ce pays j’avais des dettes, et on m’a poursuivi avec des agents et des gendarmes.»

Ver... est transporté à Bicêtre, le 19 mai.

20 mai.— Examen mental. — Le malade est extrêmement calme, comprend bien les questions qu’on lui pose et y répond exactement, mais avec une certaine lenteur.

11 est parfaitement orienté et répond avec précision aux questions posées sur son nom, son adresse, son âge, la date et le lieu de sa naissance. Il sait qu’il est à Bicêtre et que Bicêtre est un hospice d’aliénés. Quand on lui demande s il n’est pas étonné d’être dans un hospice d’aliénés, il répond que non, parce qu il avait un peu perdu la tête les jours derniers.

Interrogé sur les raisons qui l’ont fait amener à Bicêtre, il se montre extrêmement peu précis, et les faits qui se sont passés depuis le début de sa maladie lui sont presque entièrement sortis de la mémoire. Il sait qu’il a d abord été soigné dans un hôpital, Necker ou Laënnec, il ne peut préciser, mais dit être

(1) Observation rédigée par M. May, interne du service.

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entré pour un ulcère variqueux ; il se rappelle vaguement avoir eu de la rétention d’m'ine, mais ne sait plus exactement quand, et ne peut dire s’il y a un lien entre cette rétention et son entrée à l’hèpital.

11 se rappelle fort bien avoir été attaché sur un lit, mais il y mêle une idée délirante, car il croit que cela a été concerté par des camarades d’atelier pour lui jouer un tour; pourtant cette idée délirante ne paraît pas très tenace.

D. — En êtes-vous sûr?

K. — Je le crois, mais je ne pourrais pas l’affirmer; pour en être sûi’, il faudrait que j’en cause avec ma femme.

I). — Mais n’étiez-vous pas un peu agité quand on vous a attaché?

H. — Oui, je n’avais pas toute ma tête.

1). Et ne croyez-vous pas que c’est simplement parce que vous étiez agité qu’on vous a attaché?

R, — C’est possible aussi. Je ne pourrai le savoir que quand j’aurai vu ma femme.

11 parait avoir eu également des hallucinations auditives, car on lui a dit, prétend-il, que sa femme et son fils étaient en prison, ou bienà l’hôpital, il ne sait plus exactement.

Il se rappelle avoir été ensuite mené à Sainte-Anne, mais est incapable de dire de quelle façon. Par contre, à partir de son transfert à Sainte-Anne, ses souvenirs redeviennent beaucoup plus précis. Il sait être resté deux jours à cet Asile, puis avoir été amené à Bicêtre en voiture; mais il ne sait plus exactement s’il est arrivé à Bicêtre le 19 dans la matinée ou dans la soirée.

Ces événements récents mis à part, sa mémoire est bonne dans l’ensemble. Ses connaissances scolaires sont conservées ; les calculs proposés sur les quatre opérations sont exactement faits ; il résout correctement l’équation :

De même, il répond exactement aux questions posées sur les capitales des principaux pays de l’Europe, sur les grandes villes de la Belgique. La suite des mois et des jours est correctement dite dans les deux sens.

Sa mémoire s’altère un peu à mesure qu’il s’agit de faits plus récents. En ce qui concerne la guerre de 1870 (bataille de Sedan, nom de Bazaine), il a besoin d’être mis sur la voie; mais alors les souvenirs lui reviennent exactement, et il raconte notamment avec détail les événements du 4 septembre, à Paris, auquels il a assisté. — Sa liste des présidents de la République est correcte pour les premiers, mais le nom des plus récents échappe souvent au malade qui, pourtant, les reconnaît très bien lorsqu’on les lui dit.

En ce qui concerne enfin les idées délirantes, on a déjà signalé son interprétation des faits qui l’amènent à l’hospice.

Examen somatique. — Cœur vibrant; deuxième bruit un peu claqué; ni souffle, ni bruit de galop.

Urines claires, avec un peu d’albumine.

Réflexes rotuliens faibles.

Pupilles normales.

Ulcère variqueux à la jambe droite.

Pas de signes d’alcoolisme chronique : le malade n’a pas de pituites matinales ni de cauchemars à caractères spéciaux. Il affirme d’ailleurs avoir toujours été très sobre, renseignements qui sont confirmés par sa famille.. >

AUTO-INTOXICATIONS DIVERSES

Quelques jours après, il est revenu tout à fait à son état habituel, qui est celui d’un vieillard de soixante-dix-huit ans, ayant seulement au point de vue mental la mémoire naturellement un peu affaiblie, et somatiquement ayant une vieille prostate et un rein défectueux.

3 juin 1909. — Quelques phénomènes d’amnésie. Le malade ne peut plusretrouver sans aide le nom de l’hospice de Bicêtre.

11 dit qu’il lui arrive souvent de ne pas retrouver le nom de personnes qu’il connaît très bien.

Le malade, dit qu’au début de son délire, il se rappelle avoir eu deux rêvesde révolution ; il voyait un char plein de révolutionnaires et on commettait de nombreuses atrocités.

Q juin. —11 sort complètement guéri de ce petit accès d’auto-intoxication.

Ces cas sont trè.'i fréquents chez les vieillards qui deviennent très facilement confus et rêvassent à l’occasion d’une cause minime, toxique ou auto-toxique. D’oi'i la bonne règle de toujoursexaminer les urines d’un vieillard qui délire.

Stupidité, confusion, délire de rêve avec ou sans excitation intellectuelle, avec ou sans catatonie, bref les signes les plus habituels des intoxications ou infections sont ceux de l’urémie. 11 est parfois très difficile de faire le diagnostic même avec les signesphysiques : accès épileptiformes, albumine dans l’urine, œdèmes,, bruit de galop, artério-sclérose, accès de dyspnée urémique, respiration de Cheyne-Stokes, rétrécissement pupillaire. . . , car on peut confondre surtout avec : le délire épileptique, le delirium tremens.

C’est par la prédominance nette des signes de néphrite qu’on fera le diagnostic.

4° Lésions cardiaques.

Chez les aortiques on décrit souvent de l’irritabilité, des changements d’humeur, chez les mitraux de l’apathie, de la somnolence avec ou sans angoisse ; mais c’est surtout dans \asystohe que l’on peut voir des troubles marqués par suite de l’asphyxie. Je me rappelle avoir vu, il y a bien longtemps, à Necker, quand j’y étais externe, de malheureux asystoliques avec délire de rêve et confusion, car c’est sous cette forme que se présente avant tout le trouble mental, délire par insuffisance de l’irrigation sanguine cérébrale amenant l’axphyxie. S’il est facile de faire le diagnostic dans ce dernier cas, vu les symptômescorporels frappants qu’on a sous les yeux, il est encore plus ■facile de ne pas songer à mettre sur le compte de lésions cardiaques cachées tel ou tel trouble mental peu caractérisé. D’où la

AUTO-INTOXICATIONS

conclusion qu’il faut toujours examiner somatiquement les malades mentaux qui pre'sentent un délire de rêve ou un délire peu précis, « flou ».

5° Diabète.

Ici encore le rêve et la confusion dominent, mais le trouble mental peut aller jusqu’au coma mortel. Les signes du diabète sont à rechercher soigneusement, principalement l’odeur d’acétone de l’haleine qui aide singulièrement à mettre sur la voie du diagnostic.

6° Cachexie cancébeuse.

A la fin de la période cachectique, on voit souvent survenir de la confusion avec somnolence.

7° Goitre exophtalmique.

J’ai entendu le professeur Potain dire que le goitre exophtalmique représentait, grossie, l’expression de lacolère. Il y a du vrai dans cette formule : le basedowien est irritable au plus haut point, fantasque, colère, anxieux, bref un émotif extrêmement exagéré avec phénomènes vaso-moteurs marqués. Il peut s’y joindre l’insomnie, l’excitation constante, des hallucinations variées, etc., mais surtout il y a coexistence très fréquente de V hystérie. Il se montre parfois un délire hallucinatoire avec plus ou moins de confusion (?) qu’il est difficile de distinguer du délire hallucinatoire hystérique, si tant est qu’il en soit réellement différent.

Je me contente de signaler qu’il y a aussi des troubles mentaux liés aux syndromes hypophysaire (acromégalie, gigantisme) et surrénaux (maladie d’Addison, obésité, etc.).

8° MvxœDÈME. Crétinisme.

Ce sont des troubles dus à l’insuffisance thyroïdienne.

Je renvoie au chapitre Arriération mentale (p. 496) pour le myxœdème infantile. Je signale seulement le myxœdème acquis o/iém^ofre par ablation du corps thyroïde qui est rare. Le myxœdème des adultes est dû à différentes causes qui altèrent la glande

AUTO-INTOXICATION DIVERSES

thyroïde. II y a affaiblissement intellectuel et grande ressemblance, mutatis mutandis, avec le myxœdème infantile.

Le crétinisme est un myxœdème avec goitre, endémique dans certaines vallées de montagnes élevées. On ne sait pas au juste à quoi attribuer cette dégénérescence goitreuse amenant secondairement un défaut de secrétion interne du corps tyroide.

9“ Insolation. Coup de chaleur.

Ces troubles physiques peuvent se traduire psychiquement par le coma ou par des troubles mentaux, délire hallucinatoire, confusion, dont le diagnostic est difficile en l’absence de renseignements étiologiques. Il est probable qu’il s’agit là de troubles des « humeurs » .

Chaslin, — Sémiologie.

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