‹ Éléments de sémiologie et clinique mentalesChapitre 79 sur 159 · L- — Vous n’êfcs pas comptable · texte numérisé non relu

L- — Vous n’êfcs pas comptable

INFECTIONS

R. — Non.

D. — Hier, qu’avez-vous fait ?

R. — Rien du tout.

D. — Et il y a huit jours ?

R. — Tout le temps.

D. — Tirez la langue.

Le malade tire la langue, puis dit :

R. — C’est le médecin qui me Ta mis.

D. — Pourquoi?

R. — Parce que je suis tombé.

D. — Quand ?

R. — ^ Il y a quelque temps.

D. — Vous êtes content d’être ici ?

R. — J’étais .

D. — Où étiez- vous ?

R. — Chez Sport.

D. — Qui ça, Sport ?

R. — Dans les peaux.

D. — Vous êtes marié ?

R. — Oui.

D. — Vous avez des enfants ?

R. — Un.

D. — Où demeure-t-il ?

R. — Rue B..., 23.

J), — Est-ce que vous êtes malade ?

R. — Un peu.

D. — Où ça ?

R. — Des troubles dans la tête.

D. — Qu’est-ce que vous sentez dans la tête ?

R. — Parce que je suis tombé.

D. — - Vous avez maigri ces temps-ci ?

R. — Beaucoup.

D. — Depuis combien de temps ?

R. — Il y a quelque temps.

D. — Est-ce que vous avez de la peine à rassembler vos idées ?

R. — Oui.

D. — Vous ne comprenez pas bien ce que je vous demande Y

Pas de réponse.

P. — Vous avez envie de dormir ?

R. — Oui. ; , ,

Pas d’idées délirantes d’aucune sorte. Les réponses sont arraches au malaae qui répond par monosyllabes le plus souvent avec un certain effort, dun air indifférent, sans regarder son interlocutem-. •

2 septembre. — Le malade a un accès d’agitation qui se traduit par des mouvements désordonnés: il se lève de son lit, déchire son pansement, se fait des égratignures, s’arrache les cheveux; celadm-e environ une demi-heure, au bout de laquelle il retombe dans son indifférence.

D. — Qu’avez-vous fait ?

DÉLIRES INFECTIEUX

R. — J’ai arraché mon pansement.

1). — Pourquoi ?

K. — Dans un moment de folie.

D. — Qu’ avez-vous eu tout à l’heure ?

R. — Un mouvement nerveux.

R. — Au soignement.

D. — Quand avez- vous vu votre femme ?

R. — Je ne sais pas (elle est venue le matin même).

D. — Elle n’est pas venue ce matin avec votre petite fille?

R. — Si.

D. — Comment trouvez-vous votre petite fille?

R. — Elle est très gentille avec son petit pignon dans les cheveux.

Le malade fait toutes ces réponses avec indifférence et comme négligemment, en fermant les yeux ou en regardant de divers côtés, mais jamais son interlocuteur.

Ponction lombaire : pas de lymphocytose.

4 septembre. — Le malade paraît mieux. 11 sait qu’il est dans le service depuis 6 jours.

D. — A quoi pensez-vous?

R. — A des troubles de l’esprit.

D. — Quels sont ces troubles?

R. — J’ai de la peine à ramasser les idées. J’ai des troubles dans la mémoire.

On constate de l’albumine dans les urines.

septembre. — Depuis le 4, à plusieurs reprises il a des périodes d’agitations comme la première notée; dans une de ces périodes, il arrache de nouveau le pansement et on constate que la plaie est presque guérie. L’état physique reste le même, sauf que l’amaigrissement augmente, malgré les 3 litres de lait que prend le malade et le repos au lit. Dans l’intervalle de ces accès d’agitation qu’il désigne lui-même comme « crisesde folie», il semble amélioré, donnant avec précision des détails sur son passé.

Il vient d’avoir un accès d’agitation, et, cette fois, il est biep éveillé et demande. « Qu’est-ce que vous écrivez lA? » en nous regardant écrire. Il raconte que tout à l’heure il était excité et s’est cogné la tête. Pourtant on lui demande :

D. — Quel métier faisiez-vous ?

R. — Je ne sais pas. Tribun rue des J..., 46.

D. — Depuis combien de temps en êtes-vous parti?

R. — Il y a lontemps.

D. — Savez-vous où vous êtes ici ?

R. — Bien placé.

D. — Comment cela s’appelle-t-il ici?

R. — Je ne sais pas.

Ace moment, 10 heures sonnent. Le malade dit entendre sonner et lit bien 10 heures à la montre qu’on lui présente.

23 septembre. — Le malade est repesé ; P. 40 kilos.

29 octobre. — L’état resté le même jusqu’alors s’aggrave. Il prend diffici-

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.ISO

lement son lait. Il n’y a toujours pas de fièvre. Le pouls faiblit. Injection d’huile camphrée.

3 novembre. — Mort. Autopsie refusée.

11 y a ici de la stupidité avec accès d’agitation, sans délire, état somatique grave et terminaison mortelle par cachexie, qui me paraissent pouvoir être rapportés à une infection plutôt qu’à une intoxication; mais cela n’est pas sûr, je le répète. D’ailleurs, entre les deux, il y a des liens étroits.

Démence infectieuse. — Le délire infectieux que je vais maintenant rapporter a eu une autre terminaison, à savoir la démence.

Q..., Auguste, 35 ans, estompeur (1).

Entré à Bicêtre le 23 mai 1891.

Antécédents héréditaires. — (Renseignements fournis par son frère.)

Père mort à 42 ans, d’une affection cardiaque. Mère bien portante.

Deux enfants: l» garçon de trente-neuf ans, bien portant; 2» Auguste, notre malade.

Antécédents personnels. — Absolument rien à signaler dans son enfance et sa jeunesse. 11 a fait neuf mois de service militaire. Il y a cinq ans, il aurait eu la syphilis (plaques muqueuses dans la gorge, alopécie, éruptions cutanées, etc. ?); la même année, dans une rixe, a faitune chute sur la tête.

11 n’aurait jamais eu d’habitudes alcooliques, d’après ce qu’affirme formellementson frère; n’est pas marié, vit avec une femme, est bon ouvrier (estompeur) et n’aurait jamais été malade ; il avait pris à partir de la trentième année un certain embonpoint.

Dans le mois d’avril 1891, il aurait fait des excès sexuels, au dire de son frère qui y rattache la maladie ; il avait passé un mois entier chez sa maîtresse, en ayant eu la possibilité par suite de circonstances particulières, tandis qu’il ne faisait habituellement qu’aller la voir. Il commençait à maigrir, à être énervé, s’emportait facilement, mais, dit son frère, ne faisait pas abus de boissons ; il' dormait fort mal. C’est le 7 mai 1891, pour la première fois, qu’il s’est plaint d’être mal à son aise; il était plus loquace qu’à son habitude et avait l’air inquiet; néanmoins a continué à fréquenter l’atelier jusqu’au 19.

11 a été voir un médecin le 7.

Le dimanche 17, il a été très gai, puis s’est mis à pleurer sans motif. Depuis quelque temps déjà il se plaignait d’avoir mal à la gorge, aussi le lundi il s’achète des pastilles Géraudel. Le lendemain, il se plaint toujours de la gorge, il se sent les jambes lourdes et il craint de tomber malade, il éprouve des sensations désagréables dans l’abdomen. Le jeudi 21, il va se promener avec sa maîtresse ; il ne peut dîner ; il rentre chez lui en criant : « Je me meurs, j’étouffe, un médecin.»

Chez lui, il continue à se montrer très excité, il demande un chirurgien, disant ' qu’il avait un abcès au cou, qu’il avait très mal à la gorge, que le

(1) Une partie de cette observation figure dans mon travail: La confusion mentale primitive. — Annales médico-psychologiques, Sept.-Octobre 1892.

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sang l’ctouffait. Voyant qu’on ne l’écoutait pas, il s’est emparé d’un tire-bouton avec lequel il s’est fait une légère blessure au cou.

C’est alors qu’on l’a conduit au Dépôt, puis à Sainte-Anne et, vingt-quatre heures après, à Bicêlre.

État à Ventrée (23 mai -ISOI). — Le malade offre un tel état d’excitation intellectuelle qu’il n’est pas possible d’obtenir de lui le moindre renseignement. 11 parle ii voix basse et d’une façon indistincte, il fait avec ses mains des mouvements coordonnés qui paraissent être des mouvements professionnels. Physionomie égarée, placé en cellule, le malade ne reste pas un instant en place; de temps à autre, il s’approche du mur et paraît entendre des voix et voir des personnes auxquelles il répond, mais il est impossible de saisir le sens de ses paroles. Les mots qui reviennent le plus souvent sont ceux do « copahu, M. Murat, non, je ne veux pas. » 11 ne veut pas rester dans son lil, qu’il bouleverse continuellement.

Mai. — A la fièvre depuis son entrée ; les 25,26 et 27, comme il a près de39“, le matin, on lui applique le drap mouillé. Pupille gauche très contractée, presque punctiforme, pupille droite moyennement dilatée; toutes deux réagissent normalement à la lumière et s’accommodent aux distances. OEdème des membres inférieurs, il urine souvent dans son lit.

On ne trouve rien au cœur ni aux poumons.

Plusieurs fois on a noté que les paroles s’associent par assonnances (1).

Tremblement fibrillaire des muscles des lèvres, pas de trouble appréciable de la parole, pas de ti’ouble de la motilité, pas de signes de paralysie ou de spasme quelconque, sensibilité à la piqûre émoussée.

Pendant plusieurs jours, le malade se refuse à toucher aux aliments solides ; il boit du lait, du vin, du bouillon.

Juin. — Cet état a duré jusqu’à la mi-juin sans changer de caractère : il a maigri considérablement depuis son entrée. La fièvre, depuis le 1" juin, ne dépasse pas 38°, 3 le soir. Le malade est perdu dans son rêve (2) ; il n’est pos-

(1) Paroles prononcées par Q... le 29 mai de t h. 13 à 2 heures de l’après-midi.

«AhI nous sommes en retard (grimpe sur la fenêtre. Descend de la fenêtre, se

frotte les mains en dansant et veut m’embrasser ).

Zéro... estropié... salut... bon... ah ! je suis rasé. Oui, oui, c'est ça. Nous avons l’honneur. Veux-tu le savon, il est bon le parapluie... Ha... oui, demain matin, aprè.s l’aiguille pas de piqûre, attends.... cassez le bout... battu, content, ficelle, épatant la mère Durand c’qu’elle l’avait grand... Turlutu, chapeau pointu, coton écru.. Henri quatre.

Il en faut quatre, trois, deux, un et un partout, tout cru ha ! le client... àla vapeur... Il n’y en avait qui étaient ouvertes... bon cœur... pratique... navigue (marchant sur le matelas) ça ne plie pas comme le jambon, je suis d’aplomb. Je suis aux poids et mesures.. .Trois épiciers pourriture... ces lentilles d’abord, épinards après... moulin à vent... vat... Comme un vieux soldat, la musique il n’y a pas de danger, c’est couvert ... va-s-y... chocolat... court court... pantalon... pied au cul... fil écru, coton bas de laine... pas d'erreur... aiguille... angélique la putain... vermicelle, oseille.... ma mère est marchande de couleur, elle voulait en vendre,... chauffe le chocolat, •c’est bon du râpé... moule d’acier vase de cuivre... ça commence à sentir... tu ne

diras rien, c'est une aiguille perdue... mais non . c’est des pommes... ah ! Bagnplet.

tout seul... ça y est... vendu ».

(2) Il est impossible, on le comprend facilement, de donner une description plus exacte de son état intellectuel, puisque le malade no dit que quelques mots incohérents et qu’on ne peut obtenir de réponse.

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sible de fixer son attention que pour un instant; il ne répond d’ailleurs rien aux questions; il reste couché ou se promène dans sa cellule; il fait souvent des gestes incohérents ou il essaye de grimper aux murs capitonnés de la cellule; on saisit par ses paroles qu’il croit construire une maison; d autres fois, il répète continuellement avec ses mains les gestes que font les estompeurs. 11 y a des moments où il est très agité, il a démoli sa cellule à plusieurs reprises. A partir de cette époque, l’excitation a été interrompue de temps en temps par quelques heures de demi-lucidité, pendant lesquelles le malade répondait assez bien aux questions, se rendant compte vaguement du lieu où il était, en même temps que de son état maladif. Dort la nuit pendant plusieurs heures.

Juillet. — On note des alternatives d’agitation et de dépression; dans ce dernier état, le malade est relativement lucide, mais c’est toujours l’excitation intellectuelle Incohérente qui domine. A diverses reprises, a déchiré le capitonnage de sa cellule. — 11 n’y a plus de fièvre.

AoiU. — Est resté une fois trois jours dans son lit sans bouger; il a arraché aussi le capitonnage. Il est plus calme ; il reste sur un banc dans la cour sans bouger, ou debout, faisant des gestes automatiques, souvent de son métier, avec les mains; il répète des mots sans suite : plusieurs fois, à la visite, il a été noté qu’il répétait plusieurs fois de suite avec effort un même mot en le dénaturant, par exemple ainsi: Brillant, bayant, boyant, billant, etc. Il a le masque hébété et indifférent. Il se laisse conduire docilement.

OEdème des pieds et de la partie inférieure des jambes; mains froides et cyanosées.

Septembre. — Même état.

Octobre. — Le malade est beaucoup plus calme, mais il paraît indifférent à tout ce qui se passe autour de lui. Il ne parle jamais que quand on l’interroge et ne répond guère que des monosyllabes. Il n’a aucune notion du temps depuis lequel il est à Bicêtrc et ne paraît se souvenir de rien. 11 ne sait pas pourquoi ni comment il y est venu. Mauvaise tenue.

Janvier 1892. — Actuellement, et cela dure depuis déjà plusieurs mois, Q..., mange très bien : il a du reste engraissé d’une façon notable après avoir maigri dans les premiers jours qui ont suivi son internement.

L’état de ses pupilles est absolument le même qu’à son entrée : pupille gauche punctiforme mais contractile.

Pas d’embarras de la parole.

La force musculaire est assez bien conservée.

Les mains sont froides et cyanosées.

Avril 4892. — Q... est très tranquille; il aide à laver la vaisselle, il se croit à Sainte-Anne, il ne sait pas qu’il a été malade, il ne se rappelle pas depuis combien de temps il est dans le service ; il croit cependant que c’est depuis six ou sept ans. Reconnaît mal le médecin et le surveillant qu’il voit pourtant tous les jours et qu’il prend pour d’autres.

Sait le mois, mais se croit en 1890. Il se plaint, quand on le lui demande, de lourdeur de la tête et de perte de mémoire : il se sent la tête faible et il dit sa vue affaiblie; les calculs qu’on lui fait faire le fatiguent. Il corrige lui-même les fautes de calcul qu’il commet; il écrit correctement sous la dictée.

11 se rappelle avec peine la date de sa naissance, mais donne des détails qui

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paraissent précis sur différentes circonstances de sa vie et sur son métier. 11 reconnaît bien son frère quand celui-ci vient le voir.

Il a toujours l’inégalité et le rétrécissement pupillaires. — Aucun symptôme de paralysie générale.

Mange bien, dort bien, reconnaît mal son lit quand il se lève la nuit pour aller aux cabinets. — Urine d’ailleurs, comme depuis son entrée, de temps en temps au lit. Embonpoint notable, aspect florissant, air indifférent. Ne s’occupe à rien, sauf à laver la vaisselle.

Mai 1892. — Même état intellectuel. Pourtant aspect extériem- plus éveillé, travaille mieux; il a une tâche un peu plus compliquée dans les salles, ne peut donner aucun renseignement sur son délire qu’il ignore complètement.

Urine encore quelquefois au lit. A encore engraissé.

Poids. — 3 juin 1891 . S7'‘D,S00

17 — . 34 kil.

20 décembre 1891 . 64 kil.

20 mai 1892 . 74'<“,500

Asymétrie faciale; voûte palatine irrégulière et profonde; dents inégales, mal plantées; crâne très petit mais régulier. Les testicules sont normaux comme dimensions, mais pas comme siège ; car ils sont aux anneaux qui permettent chacun l’introduction de trois doigts; le scrotum est vide.

Dans l’observation ci-dessus, les renseignements que j’avais s’arrêtaient à la date de mai 1892. A cette date, il y avait amélioration (relative) et on pouvait encore espérer la guérison de Q... Quelque temps après, Q... sortit de Bicêtre. Il y rentra en novembre et je le retrouvai les années suivantes dans le même état <à peu près où je l’avais laissé en mai 1892; je noterai tout spécialement que Q-- - continué à faire avec ses mains les gestes de l’estompeur qu’il faisait à cette date, chose que j’avais négligé d’indiquer dans mon observation primitive. Cet état était devenu franchement de la démence, et cette démence était stationnaire, puisque, en 1899, le docteur Séglas, qui avait pris le service, put constater les mêmes signes. C’est d’après ses notes, qu’il a eu l’amabilité de me communiquer, que je résume la fin de l’observation.

Q..., n’est pas désorienté, car il sait qu’il se frdiive â'Bicêtre. Il sait la date de sa naissance — 22 novembre 1856 — mais pas l’année actuelle. Il sait son numéro de tirage aii sort, la profession de . ses parents, de divers membres de sa famille, les domiciles, rues, etc. . .

Il reconnaît les médecins, ,1e personnel, bien que les ayant baptisés d’un nom de fantaisie ou appartenant à des personnes connues autrefois (1). Faits

(I) Q... m’appelait toujours M. Berger.’

Chaslin. — Sémiologie. 23

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anciens conservés : l’École polytechnique est la première école du monde.

Troubles vaso-moteurs des extrémités.

Gestes stéréotypés (ces mômes gestes d’estompeur).

Mutilations (]’ai négligé d’indiquer dans la première observation que Q..., porte aux mains des mutilations dues à des accidents antérieurs).

Langage incohérent lorsqu’il est abandonné à lui-même.

Répond aux questions.

Comprend la valeur des mots.

Quelques phrases de langage réflexe.

Diction naturelle.

Conservation de la forme grammaticale.

6 avril 1901. — (Note du docteur Nageotte.)

Effondrement syphilitique récent du nez. Les pupilles sont petites, égales, et présentent le signe d’Argyll Robertson complet. Tremblement de la face. On constate un accroc de la parole caractéristique de la méningo-encéphahte.

11 avril. — (Note du docteur Nageotte.)

Ni tremblement, ni accrocs. Ponction lombaire : lymphocytose abondante.

27 avril. — Pupilles inégales; la gauche est très petite : signe d’Ârgdl. Perforation du voile du palais.

Janvier 1902. — La démence est complète. Q... comprend ce qu’on lui dit. mais ses réponses ne sont généralement qu’une suite de mots incompréhensibles. Toute la journée, quelque position qu’il occupe, qu’on essaie de lui parler ou non, il accomplit son ancien geste professionnel d’estompeur et agite Tun ou l’autre de ses doigts. Signe d’Argyll. Aucun accroc de la parole depuis celui qui a été constaté en 1901 une fois.

Janvier 1909. — Je revois le malade; il est constamment alité, gâteux, il marmotte des paroles incompréhensibles ; c’est la démence profonde.

Cette observation mérite d’être commentée. La première partie m’avait servi à rétablir l’existence de la confusion mentale de Delasiauve, qui comprenait les différentes espèces stupides, correspondant aux types cliniques où l’on peut rencontrer la confusion et la stupidité. J’en avais cherché l’origine, avec réserve, dans une angine dont le malade s’était plaint au début. Mais j avais éliminé l’influence de la syphilis, qui me paraissait trop ancienne (5a-ns). Faut-il donc considérer ce cas comme un délire infectieux banal versé dans la démence et compliqué tardivement, au bout de dix ans, de syphilis nerveuse (lymphocytose) et de gommes, ou, au contraire, est-ce un délire infectieux syphilitique (1), comme on en a récemment décrit, terminé par la démence syphilitique, mais celle-ci ayant une allure spéciale, puisque le signe d’Argyll n’est apparu qu’au bout de 10 ans ? La fièvre intense du début exclut la syphilis cérébrale d’emblée et ne

(1) régis Précis, p. 531.

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permet non plus de faire de la démence terminale une paralysie générale. Je pencherais vers la deuxième hypothèse comme plus simple, quoique déjà compliquée. Cette démence syphilitique simple secondaire est une méningo-encéphalite, puisqu’il ya lymphocytose; mais il y a des délires infectieux hanals qui se terminent aussi par la démence ; il est probable qu’il s’agit là de formes décrites dans ma monographie sur la confusion sous le nom de confusion à forme méningitique, dont les lésions sont devenues irréparables.

En mettant à part la stupidité, l’incohérence avec excitation, et l’agitation de la période de délire, les symptômes les plus intér ressants présentés par Q..., sont ceux de la période démentielle, l’indilférence contrastant avec une conservation intellectuelle relative et les gestes stéréotypés. Je crois que certains aliénistes n hésiteraient pas, à cause de ces signes, à ranger ce cas dans la démence précoce type Kraepelin ; Régis fait de celle-ci une confusion mentale chronique. Je ne partage pas cette manière de voir, car les cas de démence précoce de ce type que j’ai vus n’ont jamais présenté un début à allure nettement infectieuse comme celui-ci, ni de vraie confusion mentale. La stupeur du dément précoce, je l’ai assez montré à la sémiologie, n’est pas de la stupidité, n’est pas de la confusion. — Aussi je m’en tiens à ce diagnostic : délire infectieux terminé par la démence, quelle qu’en soit la cause véritable. D’ailleurs, la notion de la démence consécutive aux infections est courante dans le public et la fièvre typhoïde jouit à cet égard d’une fâcheuse réputation.

Los auteurs ont divisé les délires infectieux en délire du début, du milieu, de la fin de l'infection, et quelques-uns ont confondu aussi sous cette dénomination les délires de la convalescence. Je considère que la division ci-dessus est artificielle, mais que les délires de la convalescence doivent être compris sous le -nom de délire d’épuisement ou de confusion mentale primitive avec ceux qui naissent sous l’influence de toutes les causes d’épuisement : je reviendrai sur ce point au chapitre suivant. Je résumerai en conséquence les faits comme je les comprends ainsi qu’il suit :

Exposé général.

Le délire infectieux est un délire dont le délire fébrile n’est qu un cas particulier, et qui est lié directement à l’infection. Les déséquilibrés et les névropathes ont plus <le chance de délirer

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SOUS l’influence de l’infection que d’autres, de même que les alcoolisables sont des « détraqués ».

Signes physiques. — Très importants. Ceux des affections causales en particulier : fièvre typhoïde, grippe, rhumatisme, pneumonie, variole, érysipèle, etc. Jen’y comprends pas {a.ragequiaune allure spéciale (voyez plushas). Mais on doit y comprendre les infections chirurgicales (1) (c’est l’infection de Dupuytren) et puerpérale. Le délire des accouchées n’est d ailleurs pas un, car il peut être soit du délire infectieux (voyez plus haut, p. 332) soit simplement, quoique beaucoup plus rarement, un déliré d épuisement. Dans un certain nombre de cas, l’affection somatique est difficile à diagnostiquer, mais existe toujours et s’accompagne d’état gastrique, de fièvre quelquefois très peu intense, et le plus souvent d’albumine et de signes du côté du système nerveux; il peut y avoir encore des convulsions épileptiformes et état de mal avec hyperthermie.

Signes psychiques. — Ordinairement délire de rêve avec confusion sous-jacente, plus rarement sans confusion. Parfois confusion seule dans les formes prolongées. 11 peut s’y joindre une grande agitation avec incohérence, des stéréotypies. Il y a des cas où il y a seulement un certain degré d’incohérence avec agitation ou bien où il y a stupeur avec catalepsie (tout comme dans la catatonie). C’est Lasègue qui a vu cela le premier dans un article très curieux et parfaitement oublié; mais il n’avait pas pour les cas qu’il a décrits donné le diagnostic de délire infectieux (2). Très souvent dans ce délire de rêve, il y a des visions de morts, de revenants, etc., avec teinte de cauchemar désagréable et peurs. Souvent aussi, par moments, reconnaissance de l’état pathologique par le malade lui-même.

Évolution. — Le délire a une évolution parallèle ou relativement parallèle à l’évolution de l’infection, par conséquent peut durer de quelques jours à plusieurs semaines.

Terminaisons. — Guérison. — Mort. — Démence plus ou moins profonde.

Suites. — Perte plus ou moins complète du souvenir de l’accès.

Reliquat de délire de rêve. — Comme après le délire alcoolique (voyez plus haut).

(1) Voyez la thèse de M"»Margoliès ; Troubles psychiques conséculifs aux opérations pratiquées sur l’appareil génital de. la femme. Thèse de Paris, 1898.

(2) Voyez p. 212 en note. ’

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Diagnostic. — Avec tous les types où il y a délire de rêve et confusion. Mais la constatation des signes physiques, surtout delà lièvre, vient lever les doutes. Cependant, dans les cas où les signes physiques sont peu nets et en l’absence des commémoratifs, il est parfois difficile de distinguer le délire infectieux des délires d’intoxication alcoolique et d’auto-intoxication (d’autant plus que ceux-ci sont encore peu délimités), et du délire d’épuisement dont quelques formes traînantes peuvent peut-être être rapprochées des précédents.

Traitement. — Somatique, celui de l’infection causale.

Traitement symptomatique de l’excitation et agitation ; bains prolongés, bains froids comme dans la fièvre typhoïde.

Rage. — La description schématique précédente ne s’applique pas à la rage qui, outre les signes physiques spéciaux, spasme du pharynx et période terminale de paralysie, ne présente pas de confusion ni de délire (sauf tout à fait exceptionnellement) et est essentiellement caractérisée par le changement de caractère, les sautes brusques de l’humeur, les impulsions et l’hyperesthésie psychique et sensorielle pouvant aller jusqu’aux hallucinations.

Troubles des infections chroniques. — Il y aurait peut-être intérêt à parler des troubles mentaux qui accompagnent les infections chroniques, par exemple de la satisfection, à&V optimisme pathologiquebien connu des tuberculeux. Je ne fais qu’indiquer cedernier, qui n’a qu’une importance pratique minime bien qu’heureux pour le malade.

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