‹ Éléments de sémiologie et clinique mentalesChapitre 82 sur 159 · TRAUMATISME. CHOC ÉMOTIONNEL · texte numérisé non relu

TRAUMATISME. CHOC ÉMOTIONNEL

Sommaire. — Traumatisme. — assez disparates. Une observation de délire incohérent traumatique suivi de perte du souvenir. Une observation plus complexe où il y a d’abord choc émotionnel, puis choc physique : confusion et neurasthénie, idées de suicide. Rappel d'un cas de perte de souvenir après pendaison. Un exemple de démence traumatique chez un épileptique. Ainsi, délire incohérent, coma, confusion, pertes variées des souvenirs, démence, neurasthénie, ou hystérie, déséquilibre mental, folie morale, voire même épilepsie ou migraine peuvent suivre le traumatisme. Pseudo-paralysie générale traumatique. Hybrides. Types occasionnels. Description schématique impossible. Diagnostic difficile sans renseignements. Pronostic difficile.

Choc émotionnel. — Souvent lié au traumatisme, mais peut se présenter h part. Semble donner comme types cliniques surtout la neurasthénie et l’hystérie. Prédisposition. Peut-on rattacher directement ces types au choc? Un exemple spécial de stupeur qui semble bien liée au choc, chez un névropathe.

Traumatisme.

Si les troubles mentaux toxiques et infectieux se montrent, dans la très grande majorité des cas, sous des formes assez typiques, les traumatismes (comme les auto-intoxications) ne donnent pas toujours au clinicien la même satisfaction, même en restreignant strictement leur domaine aux troubles qui les suivent immédiatement, et même encberchant à découvrir la pathogénie exacte de ceux-ci. Aussi ne fournirai-je que quelques exemples.

Voici d’abord une auto-observation que j’ai pu recueillir, grâce à l’obligeance de M. André Collin, interne des hôpitaux, de la bouche même de la personne à qui était arrivé l’accident, M. Vor...

Dàlire(?) traumatique avec excitation incohérente. — Le ... juin 1897. — « Au COUTS d’une promenade en voiture, le cheval, lancé très vite, manqua des quatre pieds et je fus précipité environ à 3 mètres au-devant de la tête de l’animal. Je tombai sur la partie droite du corps, la tôle ayant porté la première sur la partie droite du front et sur la joue droite.

« La perte de connaissance fut immédiate au dire des témoins; j’ai appris par la suite que le cheval se releva, me piétina, et que la voiture me passa sur la jambe.

TRAUMATISME

« Les témoins m’apprirent d’autre part que je restai deux heures évanoui chez un marchand de vins, puis que je prononçai quelques mots sans suite dont je n’ai gardé aucun souvenir et que, malgré les remontrances qui me lurent faites, je voulus au bout de peu de temps remonter en voiture et repartir.

« Je relis la route qui me ramenait chez moi sans aucun souvenir du chemin parcouru, long de 10 kilomètres environ et assez accidenté. Il paraît, puisqu’ aucun accident nouveau n’est survenu, que je conduisais bien mon cheval, très vif et encore très apeuré.

« A deux kilomètres de chez moi, je rencontrai un domestique de la maison revenant à pied et je lui offris, paraît-il, une place dans la voiture. Voyant mon trouble, il me proposa de conduire, mais je refusai. Il me rappela ces détails par la suite et me dit qu’il fut surpris tout le long de la route de l’incohérence de mes propos et néanmoins de la précision avec laquelle je guidais mon cheval dans une route très passagère.

« Sitôt rentré, on me fit coucher, malgré ma résistance et mon besoin d’activité qui me sollicitait à retourner faire une promenade il cheval.

« A 7 h. 1/2 je me levai pour dîner; je commençais à me reconnaître. Ayant conservé le souvenir.du moment qui précéda immédiatement ma chute, et même de la réflexion que je fis : « Cette fois-ci je vais avoir un accident mortel », je ne fus pas étonné du pansement que je portais. A la fin du repas, je récupérai tout à fait mes facultés. Mais je ressentais une très grande fatigue qui persista et qui m’obligea à garder le lit les deux jours suivants.

«. Quant à la période écoulée entre la réflexion ci-dessus et le moment où je me levai pour le dîner, elle reste complètement en dehors de mes souvenirs. Les détails que j’ai rapportés m’ont été donnés par les différents témoins de l’accident, par ceux qui m’ont vu sur là route et chez mol. »

Ce cas est très typique. Il y a eu évidemment après la perte de connaissance du premier moment un certain degré de confusion avec excitation, mais conservation automatique de la faculté de conduire. Le trouble très court se termina brusquement et fut suivi de perte du souvenir. C’est une tranche de vie enlevée de la «conscience personnelle » de M. Vor...

Le malade suivant est beaucoup plus complexe.

Confusion mentale traumatique. Choc émotionnel; névropathie ; suicide.

Que... Eug. âgé de 23 ans, serrurier, vient à la consultation de la Salpêtrière le 15 octobre 1910, amené par une parente. Il a l’air soucieux et un peu égaré ; l’aspect à part cela ne dénote rien d’anormal. A l’interrogatoire, il répond mal, il a l’air réticent et sa tante ayant dit qu’il avait fait deux tentatives de suicide, il a l’air ennuyé et prétend ne rien se rappeler ; invité à raconter ce qu’il sait [de ce qui lui est arrivé, il le fait avec beaucoup d’hésitation et en ayant l’air de chercher péniblement à rassembler ses souvenirs. Son récit est très embrouillé et très vague. Sa parente affirme qu’il a perdu la mémoire et qu’il ne sait plus bien ce qu’il fait ; mais elle fait elle-même un récit tellement peu précis des événements qu’il est impossible de savoir exactement la nature

TRAUMATISME

de 1 affection présentée par son neveu, d’autant plus que celui-ci avoue se sentir malade de la tête et être venu en pleine connaissance de cause pour prendre une consultation.

Le 17 octobre il est revu. Il dit se mieux souvenir de ce qui lui est ari’ivé, et il raconte la succession des faits, mais en faisant de très grands efforts de mémoire qui n’empêchent pas que la reconstitution qu’il donne, bien que plus précise que la première fois, soit inexacte et même contradictoire, comme on le voit en la comparant aux renseignements,, enfin complets, de la tante. 11 se rappelle qu’après l’annonce de la mort de sa mère qui lui a été faite en avril, alors qu’il était à M..., maréchal des logis dans un régiment d’artillerie, il a éprouvé un choc à l’estomac à la suite duquel il a été énervé, agité ; il est’ entré à l’hôpital militaire où il a été traité pour dyspepsie neurasthénique ; il était hanté par le souvenir de sa mère; puis, revenu à Paris, ensuite il P... chez son père, dans la maison où était morte sa mère, il a fait une tentative de suicide avec son revolver qu’on lui a arraché des mains. 11 ne dit pas très exactement ce qu’il a fait après, mais il continue à être agité, énervé, avec insomnie, jusqu au moment où il repart pour M... afin d’être désarmé fin septembre. — 11 revientà P..., etlii il faitune nouvelle tentative de suicidedont il ne sait que ce qu on lui a dit, dont il ne se rappelle rien, pas plus les circonstances préliminaires que les suites. Il sait seulement qu’il s’est retrouvé à l’hôpital de Saint-Germain. Il ne conserve qu’un souvenir vague de la fin de son séjour dans celui-ci. 11 y a environ huit jours qu’il en est sorti pour venir habiter Paris chez une tante.

11 se plaint d’avoir perdu la mémoire, ce qui est exact, et de ne plus bien se retrouver dans bien des choses. 11 craint de rester dans cet état. Ainsi il ne peut se rappeler les noms ni les figures de ses collègues, les sous-officiers de son régiment; il sait bien que la succession des événements telle qu’il nous l’a racontée n’est qu’approximative et c’est avee peine qu’il est parvenu à nous la donner telle quelle. Cependant, la scène où on lui a appris la mort de sa mère est très présente à son esprit. Il a remarqué que ces temps derniers, jouant au billard, il n’arrivait pas à compter les points et il croyait souvent que son partenaire jouait avec sa propre bille. Le malade sait le jour et le mois, et 1 année, mais il se croit le 8 au lieu du 17. Cependant il retient facilement pour un moment des séries de chiffres et l’épreuve dite de Ziehen est bonne ; il récite aussi à peu près textuellement des phrases relatant des faits divers.

Sa tante nous donne des renseignements importants. D’abord une autre tante (une sœur de la mère) s’est suicidée à cinquante-quatre ans. La mère du malade est morte d’un cancer. Lejeune homme, ti'ès nerveux et émotif, mais intelligent et instruit,'avait une très bonne mémoire. 11 aimait beaucoup sa mère qui le gùtait. Depuis avril jusqu’à sa dernière tentative de suicide, il était triste et nerveux, ne tenant pas en place, mais il avait toute sa mémoire et aucun des troubles actuels. La dernière tentative a été faite a P... (non à Paris) avec une canne à épée que le malade s’est enfoncée de 12centimètres dans la poitrine. 11 est resté deux heures sans connaissance. Puis il fut transporté à l’hôpital de Saint-Germain où il est resté trois semaines, plus troublé que maintenant. A sa sortie, le médecin consulté le considérait comme tout à fait fou et bon à envoyer à Sainte-Anne.

Le 19, il a meilleure physionomie. Plus gai et plus ouvert, il se félicite d’aller Chaslin. — Sémiologie. 24

TRAUMATISME

mieux ;il dit que la mémoire lui revient, qu’il retrouve lesnoms de sescamades durégiment. Onlui donne un traitement. Onne le revoit que le lOnovembre.

Il se plaint d’être retombé, de ne pas dormir, d’avoir des cafards, d avoir des idées de suicidé par crainte de rester dans cet état, de plus pouvoir rien taire. Sa tante nous apprend que cette rechute est apparue à la suite d ennuis que lui cause la situation de son père, abandonné par sa femme de ménage et désormais seul à la campagne. Effectivement, le malade très affecté se demande toute la jom’née ce que son père va devenir. Il est tout découragé et hanté par les idées desuicide.il dit être retombé comme la première fois ; on l’engage îi entrer à Bicêtre.

2 décembre. — Le malade revient. Il n’a pas voulu entrer à Bicêtre; il a essayé de travailler, mais il ne se rappelait pas ce que ses patrons lui commandaient. 11 ne se rappelle pas bien quand il est venu pour la dernière fois et il dit toujours n’avoir plus de mémoire. Toujours hanté par l’idée du suicide. On lui conseilla de nouveau d’entrer à Bicêtre pour se faire soigner. Le malade n’a plus donné de ses nouvelles et n’est pas entré à Bicêtre. Sa famille, très faible vis-à-vis de lui et peu intelligente, n’était pas capable de Ty décider.

Donc, chez ce jeune homme, prédisposé par son émotivité antérieure et par son hérédité (suicide), il y a d’abord un choc moral qui amène un état de névropathie au cours duquel il tente de se suicider. La deuxième tentative de suicide avec choc physique amène une perte de connaissance, suivie de confusion mentale très nette, puisque j’en ai encore constaté les traces, avec perte des souvenirs remontant avant le choc (antérograde), perte du pouvoir actuel d’acquisition et diminution de la capacité d’attention. Cet état disparaissait très lentement, mais était entretenu par la préoccupation du malade et le manque de soins intelligents ; c’étaiL en somme, de la neurasthénie, mais avec idées de suicide.

Je rappelle k cette occasion l’observation de Gil... (p. 97) qui à la suite d’une pendaison, eut de la perte des souvenirs, comblée en partie par une fausse réminiscence.

Voici maintenant l’observation très résumée d’un malade qui est tombé dans la démence à la suite d’un violent traumatisme crânien avec fracture du crâne.

Démence traumatique. - Sau...T., est un épileptique aux crises pas très fréquentes (une moyenne de 7 à 8 par mois), avec quelques paroxysmes psychiques caractérisés par de l’agitation très marquée pendant quelques jours Ancien comptable chez un architecte, et ayant conservé toute son intelligence, d était, depuis son entrée en 1892, dans le service des epileptiques de Bicêtre, employé aux écritures du service et au ménage du surveillant. 11 s’acquittait fort bien de ces tâches. En 1897, à la suite d’une querelle avec un épileptique très violent, il reçut de celui-ci un coup de bâton qui détermina une Iracture

TRAUMATISME

(lu crâne et une vaste plaie. Celle-ci suppura pendant quatre mois avec élimination d’esquilles. A sa sortie de l’infirmerie il n’était plus le même et était devenu incapable d’exécuter les mêmes travaux que précédemment; il ne trouvait plus ses mots et avait perdu la mémoire; bref il était devenu dément.

Quand je le vis pour la première fois, en 1898, on pouvait constater une cicatrice profonde du cuir chevelu dans la région occipitale. Aucune trace de paralysie ni de lésion nerveuse, sauf une dilatation énorme de la pupille gauche, complètement insensible à la lumière, sans lésion du foijd de l’œil ; l’état démentiel profond n’a pas permis de déterminer si l’acuité visuelle était diminuée, mais le malade ne paraissait nullement gêné dans ses mouvements.

Sau..., reste souvent couché etne s’occupe absolument à rien, sauf àengloutir sa nourriture qu’il prend lui-même ; il gâte de temps en temps. Par moments il a des crises d’agitation avec actes de violence ; il semble avoir des hallucinations et il lance à la tête des autres malades et des infirmiers ses ustensiles, son assiette ou ses affaires; il est prudent de ne pas l’interroger ces jours-là. Dans l’intervalle il a, surtout quand on le fait lever, des allures grotesques et bizarres. Sa mimique est très expressive, mais souvent caricaturale ; il a une élévation constante des paupières supérieures découvrant le blanc au-dessus de l’iris, ce qui lui donne un aspect étrange (œil du fou). Quand il marche, il fait de grandes enjambées, allant en chemise et nu-pieds aux cabinets, ou pour se précipiter à table. On est obligé de l’habiller, de le guider, bien qu’il reconnaisse sa salle et son lit. 11 ne comprend pas généralement les questions qu’on lui adresse et ne répond que quelques mots incohérents; il reconnaît les objets usuels, comme onle volt à lamanière dont il les prend et les manie. Il n’a pas d’aphasie proprement dite, car il nomme un grand nombre de ces objets; il écrit d’une façon tout à fait démentielle son nom et des mots qu’on lui dicte, faisant des fioritures et écrivant ces mots dans un coin de la page sans aucune direction, les lettres courant les unes après les autres comme elles peuvent. En somme, démence extrême, très rapidement installée d’après les renseignements que j’ai eus.

Il y a chez ce malade très certainement une lésion fort grossière du cerveau, suite de ce traumatisme. Il est bien évident que cette lésion n’est pas comparable à celles plus fines qui peuvent se séparer, et il n’est pas étonnant que la déchéance soit irrémédiable et profonde. Elle a été rapide, tandis que la démence épileptique s’installe beaucoup plus lentement.

Ainsi donc les troubles mentaux du traumatisme peuvent être du délire incohérent^ de la confusion, de la démence. Cette conlusion peut constituer une sorte d’état second, très ressemblant aussi à certains délires épileptiques, et se terminer brusquement, avec, comme conséquence, la perte du souvenir de l’accès, ou au contraire se terminer lentement et entraîner une perte du souvenir moins tranchée. On peut aussi avoir seulement le coma (car il faut faire entrer le coma parmi les troubles mentaux traumati-

TRAUMATISME

ques importants), parfois d’une durée infiniment courte, pouvant être suivi d’unejoer^e de souvenir « rétro§çrade », s’étendant aux circonstances mêmes qui ont précédé l’accident, ou « antérograde » , ou encore « rétro-antérograde » suivant les cas (voyez au chap. Mémoire, p. 95). Mais ce n'est pas tout : les états de neurasthénie et d’hystérie traumatiques, qui avaient été très étudiés, en particulier par Charcot, sont plus fréquents que jamais avec la loi sur les accidents du travail et, bien que la simulation y ait une grande part, on ne peut nier qu’ils existent, tant la neurasthénie que l’hystérie. On a mentionné des états de névropathie, de déséquilibre mental, de folie morale développés à la suite de traumatisme, c’est-à-dire ces états peu classables que nous sommes pourtant bien cliniquement obligés d’admettre. Enfin la migraine, comme j’en ai vu un cas, et l’épilepsie, peuvent aussi se manifester. On a même décrit des cas de paralysie générale traumatique, qui n’est bien entendu qu’une « pseudo »,à moins que ce ne soit une véritable P. G. développée à l’occasion du traumatisme. Il n’est pas, après tout, étonnant que le traumatisme puisse produire par lui-même, non compris les circonstances où il n’est qu’une cause provocatrice et ceux où le trouble est hybride, que le traumatisme, dis-je, puisse produire tant d’états d’apparences différentes, puisque chaque traumatisme diffère en intensité, direction, mécanisme et, par suite, en lésions. Aussi est-il difficile de faire une description schématique et de savoir, sauf pour les casde confusion plus ou moins hallucinatoire et quelques autres types, liés soit aune lésion délimitée comme l’épilepsie, soit à un état de fatigue chronique du système nerveux, ce qui appartient en propre aux types traumatiques, et ce qui appartient aux types développés à l’occasion de ce traumatisme ou aux hybrides. De plus, le traumatisme s’accompagne souvent de choe émotionnel qui renforce l’action du choc physique. Enfin la difficulté augmente encore si l’on considère les éloignés du trauma¬

tisme. Cela explique que le diagnostic soit souvent impossible à faire en l’absence de commémoratifs et que le pronostic ne puisse guère être établi sinon par la marche même du trouble, lorsqu’on a pu suivre l’évolution un certain temps. Quant au traitement, il est purement symptomatique.

CHOC ÉMOTIONNEL

Choc émotionnel.

A côté du traumatisme physique, on peut décrire un traumatisme moral (qui peut, comme je lai dit, compliquer aussi le choc phychique) dont les conséquences mentales sont aussi diverses et entremêlées, si bien qu’une description schématique est impossible. Il semble bien que les types cliniques les plus ordinaires soient surtout la neurasthénie et l’hystérie. Sont-ce des manifestations vraiment liées au choc ou seulement suscitées occasionnellement par lui? On peut remarquer en faveur de la première interprétation que neurasthénie et hystérie paraissent être liées toutes deux à une « fatigue » des centres nerveux, un « épuisement chronique », et alors on peut dire de ces états ce que j’ai ditàpropos de la confusion dans le délire d’épuisement (p. 362). Il faut ajouter que ce sont surtout les chocs répétés, les émotions fréquentes qui amènent la dépression neurasthénique ou l’hystérie. Je crois qu’on peut admettre la neurasthénie et l’hystérie acquises ou faire intervenir la prédisposition (chose très vague) ; pourtant il est certain, par exemple dans le cas de Eug. Que..., que celle-ci joue un rôle. Ce malade est devenu névropathe, déséquilibré, d’abord à l’annonce de la mort de sa mère, mais il avait toujours été émotif et sa tante s’était suicidée. De telle sorte que, encore plus pour le choc émotionnel que pour le traumatisme physique, il est souvent difficile de décrire un type ou des types « choc émotionnel». L’observation suivante prête ainsi à discussion, car on peut se demander s’il s’agit d’hystérie ou de stupeur causée vrai ment par le choc chez un individu très névropathe (somnambulisme dans l’enfance); pourtant j’ai cru pouvoir la rattacher au choc, et effectivement le malade a guéri spontanément par le repos seul dans le service; les accidents hystériques ont aussi ordinairement besoin pour se dévelepper d’une incubation qui paraît avoir manqué. Je ne m’étendrai pas plus longuement sur ce sujet dont je reparlerai brièvement au chap. Hystérie et je relate maintenant cette observation de stupeur par choc émotionnel qui me parait intéressante. C’est pour cela que je la donne in extenso.

Stupeur par suite de choc émotionnel. — Névropathie. — Bot..., Alfred François, 30 ans, employé de bureau, entré à Bicêtre le 9 novembre 1909. Renseignements fournis par la femme.

En avril 1903, le malade souffrait de l’estomae. Digestions diiriciles,;

TRAUMATISME

oppression; douleurs de la gorge, constipation. Grand amaigrissement.

Somnambulisme dans l’enfance.

Service militaire dans l’infanterie.

Pas d’accès antérieurs. Pas d’antécédents héréditaires.

Le malade est employé de bureau. Le 21 octobre au soir, le malade a très peu mangé; vers minuit il s’est réveillé en disant qu’il étouffait et qu il avait une sensation de strangulation; à 2 heures et demie, nouveau réveil, cette fois avec agitation; mouvements désordonnés, regard fixe. Il a couru après sa femme et descendu l’escalier en criant ; « Je vous salue, Marie ». Il était croyant et allait à la messe tous les dimanches. Les agents l’ont arrêté dans la rue. 11 en aurait blessé un. A Sainte-Anne, le malade n a pas reconnu sa femme dans les premières visites; ensuite il paraît l’avoir reconnue, mais ne lui a pas parlé.

On obtient de sa femme des renseignements supplémentaires.

Pas d’excès de boisson.

Le malade a été enfant de chœur ; puis il chantait à l’église. 11 est des Côtesdu-Nord et a été toujours été très religieux.

Depuis sa maladie d’estomac, le malade s’énervait particulièremeut, surtout dans les longues conversations. Au cours de sa maladie, il était très déprimé et se croyait poitrinaire; pendant cette période, il avait un tic paraissant dû à. une obstruction nasale, et ayant disparu au bout de deux ou trois jours.

Surmenage dans les derniers temps qui ont précédé l’accès. En raison de ses fatigues, le malade dormait mal et son appétit avait diminué. 11 déclarait que le téléphone le fatiguait et que, lorsqu’il rentrait le soir, il avait la tête en bouillie.

10 novembre 1909. - Le malade entre à petits pas et un peu saccadés, s’assied et soulève sa casquette.

D. — Vous êtes M. B...?

Pas de réponse.

D. — Votre petit nom?

R. — Alfred . (après une pause.)

D. — Votre âge?

Pas de réponse. — Le malade tourne la tête et regarde fixement vers la fenêtre comme s’il entendait ou voyait quelque chose.

On lève le hras gauche du malade et on étend son bras droit; il demeure aans cette position, la tête levée, les yeux au plafond; toutefois, il ne reste pas complètement immobile et fait quelques mouvements des mains. Au bout de quelques minutes il abaisse son bras gaucheet élève son bras droit, et reste de nouveau ainsi, le poing droit fermé, la main gauche étendue. Cette position n’est d’ailleurs pas absolument constante et par intervalle le malade change un peu celle de ses bras. Au bout de quelques minutes, il les laisse retomber et reste les mains aux genoux, la tête tantôt baissée, tantôt levée vers le plafond avec un aspect de fatigue.

On met au malade toujours assis les deux bras en avant, les mains appuyées l’une à l'autre, et on étend sa jambe droite qu’on élève. Le malade reste ainsi sans bouger; au bout de quelques minutes, il regarde sa jambe, la baisse, puis au moment où elle va toucher le sol, il reprend la position primitive qu’il conserve sans bouger. Par intervalle, il soupire, ferme les yeux puis les rouvre.

CHOC ÉMOTIONNEL

Battements de paupières très rapides. Le malade tourne de temps en temps la tête, à droite et à gauche. La position est interrompue par nous au bout de dix minutes environ.

D. — Levez-vous, M. B...

Le malade se lève.

D. — Voulez-vous ôter votre casquette ?

Le malade l’ôte.

D. — Voulez-vous lever le bras droit et ouvrir la bouche?

Il se lève, ouvre la bouche, mais reste ainsi un moment ; puis il ferme la bouche pour avaler sa salive, et la rouvre de nouveau. 11 respire profondément. Au bout de deux minutes, il ferme la bouche, mais reste le bras en l’air.

D. — Retournez-vous!

Le malade se retourne en gardant le bras levé.

D, — Marchez jusqu’à, la chaise. Revenez en arrière sans vous retourner.

Le malade obéit, le bras toujours levé.

D. — Pourquoi ne répondez-vous pas? Vous pouvez parler. Quand êtes-vous arrivé ici ?

Pas de réponse.

D. — Répétez ma question.

Pas de réponse. ^

Sensibilité conservée, mais paraissant diminuée. Pupilles dilatées. Elles réagissent à la lumière, mais après s’être contractées elles se dilatent de nouveau. Aspect complet de stupeur.

Réflexes plutôt forts.

Pouls à 100.

D. — Répétez ce que je vais vous dire : je suis M. B.. .

Le malade répète.

D. — Quel âge avez-vous? Répétez.

Le malade répète après un silence.

D. — Eh bien! répondez : quel âge avez-vous?

R. — Trente et un ans.

D. — Où êtes-vous né?

D. — Quel métier faites-vous?

R. — Employé de bureau.

D. — Comment vous portez-vous?

R. — Bien.

D. — Voyez-vous quelque chose d’extraordinaire ?

R. — Oui; sur ma conscience; je ne puis le dire que devant Dieu.

D. — Avez-vous quelque chose à vous reprocher?

R. — Oui et non.

D. — Est-ce que Dieu vous a apparu ?

R. — Non.

D. — Vous a-t-il parlé ?

R. - Non.

D- — Vous à-t-il inspiré?

R. — Oui.

D. — Qu’cst-ce qu’il vous a

inspiré ?

TRAUMATISME

R. — La prière (après un silence.)

D. — Vous a-t-il donné une mission?

R. — Non.

D. — Vous n’êtes pas appelé à, être un saint?

R. — Je ne le prétends pas.

D. — Pourquoi la -prière?

R. — Parce que je crois en Dieu.

D. — Le diable vous a-t-il tenté?

Pas de réponse.

D. — Qu’est ce qui vous préoccupe en ce moment?

R. — J’ai peur de me tromper.

D. — En quoi faisant?

R. — Par paroles.

D. — Savez-vous où vous êtes ?

R. — Dans la maison de Dieu.

D. — Vous êtes marié?

R. — Oui.

D. — Quand avez-vous vu votre femme?

R. — Hier.

D. — Où cela?

R. — Ici même.

D. — Date actuelle?

Pas de réponse.

Pendant tout cet interrogatoire, le malade respire vite, fort et profondément. Le pouls est à 100. A un moment donné, le malade rote et dit : « Pardon. » D. — Avez vous commis quelque chose que vous n’auriez pas dù ?

R. — Vous connaissez ma pensée.

12 novembre 1909. — Le malade entre d’une façon rapide, salue et s’assied. D. — Comment ça va aujourd’hui ?

R. — Ça va.

D. — Savez-vous où vous êtes ?

Pas de réponse.

Même altitude cataleptique que l’avant- veille, les bras étendus en avant, la jambe droite étendue et levée. L’épreuve est interrompue par nous au bout de dix minutes. Le malade paraît d’ailleurs se fatiguer plus vite que la dernière fois; dans les cinq dernières minutes, sa jambe tremble, en même temps que son visage se contracte et prend une certaine expression d’effort et de fatigue.

Quand on lui pose des questions, il ne répond rien ; il regarde son interlocuteur d’une façon fixe, et ses paupière battent continuellement.

D. — Tirez la langue. Levez le bras droit.

Le malade obéit.

Persistance des attitudes.

D. — Tenez le bras horizontalement en avant. Ecartez les doigts.

Le malade obéit.

D — Mettez votre pouce gauche sur votre nez.

Le màlade met d’abord le pouce droit, puis corrige et met le pouce gauche. On adresse au malade de nombreuses questions qui restent toutes sans réponses.

CHOC ÉMOTIONNEL

D. — Enlevez votre veste et votre chemise.

Le malade obéit rapidement ; il se rhabille ensuite spontanément et en se dépêchant.

D. — Je vous remercie ; vous pouvez vous i-etirer.

Le malade cherche sa casquette qu’il ne trouve pas ; puis il sort rapidement.

novembre 1909. — Répond à la première question tout de suite, ü. — Comment allez-vous?

R. — Bien.

D. — Qu’avez vous mangé ?

R. (après hésitation) — Pain et lait.

Reconnaît sa femme, l’embrasse, mais sans se lever, gardant l’aspect flgé et répond difficilement à ses questions :

D. — Veux-tu des confitures ?

R. — Si tu veux.

D. — Veux-tu que Marie vienne te voir ?

R. — Ça m’est égal.

D. — Pourquoi ne me parlais-tu pas dimanche ?

Pas de réponse.

D. — Tu n’es pas fâché avec moi ?

R. — Oh non !

D. — Veux-tu me dire quelque chose à moi seule ?

Pas de réponse.

S’obstine à ne plus rien lui répondre ; aspect indifférent à tout ce qui l’entoure.

Soupire quand sa femme l’embrasse à plusieurs reprises pour partir; mai refuse de l’embrasser. Ne la regarde même pas sortir.

D. — Êtes- vous satisfait d’avoir vu votre femme ?

Pas de réponse.

D. ■— Vous pouvez vous retirer.

Sort rapidement sans saluer ni regarder personne.

19 novembre 1909.

D. — Comment ça va?

R. — Ça va bien.

D. — Depuis quand êtes-vous ici ?

R. — Neuf, dix jours.

D. — Pourquoi êtes-vous ici ?

~ Parce qu’on m’j a amené. J’ai eu une histoire à C . que vous

connaissez sans doute. J’ai eu peur dans la nuit; j’avais au magasin des chicanes avec un employé; et ensortant du magasin j’ai cru le voir monter dans une auto et j’ai eu peur qu’il aille faire du mal à ma femme et à mon enfant.

J ai essayé de le devancer. Je suis arrivé préoccupé, me suis couché, et n’ai rien voulu dire à ma femme. J’ai voulu dire une prière, mais ma gorge était serrée. Et dans la nuit j’ai été pris d’un serrement à la gorge, je me suis débattu et vous savez le reste.

— Vous n’avez pas reconnu votre femme, l’autre jour.

R- — Si, mais j’étais vexé qu’on me conduise ici.

D. — Savez-vous où vous êtes ici ?

R. — Oui, chez des aliénés. Je ne comprends rien à mon cas.

TRAUMATISME

D. Croyez- vous vraiment que cet homme qui vous poursuivait ait voulu

vous faire du mal ?

R. — Je ne sais pas. Je me le suis peut-être figuré. Quand j’ai été amené, je ne me figurais pas être chez des aliénés, Et je me rappelle très bien ce que vous m’avez demandé : si je croyais en Dieu, 'etc. Oui, je suis catholique, et je suis la doctrine du Christ, mais je ne suis pas plus inspiré qué les autres.

D. — Vous n’avez jamais été malade?

R. —'Non.

D. — Vous ne buviez pas?

R. — Non, jamais.

D. — Depuis quand êtes-vous revenu à votre naturel?

R. — Oh ! je ne voulais pas parler, voilà tout !

20 novembre 4909.

D. — Êtes-vous convaincu que ce que vous avez fait était d’un esprit un peu troublé ?

R. — Ça provient de la frayeur que j’ai eue.

D. — Mais cette frayeur elle-même n’était-elle pas imaginaire?

R. — J’avais à mon point de vue des raisons de croire que cet homme pouvait m’en vouloir, car il faisait mal son service et je l’avais menacé de le faire renvoyer. Peut-être me suis-je trompé. Je voudrais bien partir, car j’ai peur de perdre ma place.

D. — Buvez-vous?

R. — Non, jamais d’alcool, ni de petit verre. Un verre de vin à chaque repas.

D. — Pas de maladies avant votre internement?

R. — Jamais.

On le met au troisième degré.

D. — Quand je vous ai fait rester les bras étendus, cela vous fatiguait-il ?

R. — Non.

D. — Voulez-vous rester en ce moment le bras et la jambe étendus le plus longtemps possible.’

L’immobilité n’est pas absolue ; le malade parle pendant ce temps et explique qu’il est en très bon état et qu’il se rappelle très bien ce qu’on lui a dit et fait faire aux précédents examens. 11 reste à peine cinq minutes le bras et la jambe tendus.

22 novembre 1909. — La femme du malade, qui a vu son mari la veille, raconte que celui-ci lui a donné des détails très pi’écis et très minutieux sur ce qui s’est passé au moment de sa crise et de son arrestation, précisant la place qu’occupaient les gens, les propos tenus par les agents qui l’ont arrêté etc. :

Le malade a toujours été d’un tempérament émoi if et inquiet;

24 novembre 1909. — Le malade est venu dire au surveillant qu’ayant lu sur le journal que dix cambriolages avaient été accomplis à G..;; il craignait que ce soit « une bande organisée, dans un but de vengeance, des francsmaçons. »

25 novembre 1909.

D. — Gomment ça va ?

R. — Très bien, je suis très calme.

D. — Êtes-vous rassuré pour votre femme?

CHOC ÉMOTIONNEL

R. - Oh oui !

D. — Vous craignez les francs-maçons, je crois?

R, — C’est-à-dire que je ne comprends pas leur théorie; mais je ne les crois pas capables de faire du mal.

D. — Mais voyons, vous avez vu cet homme qui vous en voulait partir en auto?

R. — J’ai cru voir l’auto, et comme il a pris la rue de Villiers, j’ai cru qu’il allait chez moi. Mais j’ai pu me tromper ; et j’ai eu peur dans la nuit.

D. — Vous aviez souvent peur la nuit ?

R. — Non; cette nuit-là seulement j’ai eu peur.

D. — Comment expliquez-vous que vous restiez immobile et silencieux quand on vous interrogeait ?

R. — Je croyais que vous étiez juge et je ne voulais rien dire, car je croyais que vous aviez mon dossier.

D. — Vous avez dit que vous ne parliez pas parce que vous aviez peur d’accuser quelqu’un. •

R. — Oh non! mais je n’avais pas confiance en vous. Je vous croyais des juges et je ne voulais pas parler.

D. — Ce n’est pas Dieu qui vous a défendu de parler?

R. — Non, la religion du Christ dit au contraire d’être aimable et poli.

D. — Vous ne croyez pas avoir perdu la tête?

R. — Pas du tout. J’ai eu seulement une frayeur.

D. — Vous trouvez tout naturel d’être resté immobile ?

R. — Oui, vu la façon brutale dont j’ai été amené. J’ai besoin absolument de sortir et d’aller travailler.

16 décembre 1909. — Aspect tout à fait normal. Le malade a engraissé de 10 kilogrammes.

11 raconte qu’au cours de sa période de stupeur, il se rendait compte de ce qui l’entourait. 11 obéissait passivement à ce qu’on lui disait, avec cette seule idée qu’il était en punition et que, par suite, il n’avait rien à dire de façon à être sûr de ne pas se tromper. « Du moment que je ne me reprochais rien, je trouvais que je n’avais rien à répondre.»

Lettre du malade B..., en date du !"■ décembre 1909, adressée à M. D..., chef de service aux magasins de ..., Paris.

« Hospice de Bicêtre, le 1“'' décembre 1909.

<c Monsieur D...

« Je suis un peu en retard à venir vous donner des nouvelles de ma santé, qui fort heureusement, s’améliore de jour en jour; la cause de ce retard, la voici : j’ai tenu à vous dire à peu près la date à laquelle je serai capable de reprendre mon travail.

» Je pourrais le faire dès maintenant, mais d’après l’avis du. médecin, je reste encore comme convalescent, une quinzaine de jours tout au plus. Depuis quinze jours déjà, je ne garde plus le lit; je mange bien; je dors très bien aussi, et j’ai tout à fait confiance que cela va continuer.

« Je me suis ennuyé beaucoup les premiers jours, surtout en songeant que

TRAUMATISME

c’était la police qui m’avait emmené et que, certainement ce fait seul, pouvait produire un mauvais effet auprès de l’administration.

A ce sujet, Monsieur D..., dans le cas où vous auriez été mal renseigné, je me permets de vous dire ce qui m’est arrivé réellement. J’ai dit mal renseigné et avec raison, car mon épouse n’a su que ces jours derniers, les ennuis que j’ai éprouvés, les jours qui ont précédé ma chute définitive.

« La veille que j’ai été emmené c’est-à-dire le 19 octobre, j’ai eu avec M. F..., quelques explications qui m’ont quelque peu contrarié, et je l’ai pris à cœur, parce que j’avais à faire à un homme intelligent, et que, en réalité moi je ne lui voulais que du bien.

« Je me permettais même d’être plus sévère à son égard, car ayant travaillé pendant un an à côté de lui, je le connaissais pour un homme sérieux, et travailleur, je voulais qu’il continue.

« Le jour où vous f avez désigné pour la vérification, j’ai remarqué beaucoup de nonchalance, ce qui ne me plaisait pas du tout. Comme vous le savez. Monsieur D.... le travail ne m’effrayait pas, mais je voulais que ceux qui se trouvaient sous mes ordres, travaillent consciencieusement aussi.

(( Pour en finir, M. F.... m’a déclaré l’après-midi, très nettement, qu’il était fixé sur mes intentions : que j’en voulais à son pain, ce qui n’était pas possible puisque, si vous vous en souvenez quelque temps avant l’augmentation j’avais parlé en sa faveur, en même temps qu’en la faveur de S... et C...

« Donc lui enlever ces idées de la tête n’était pas chose facile et je l’ai considéré comme butté, et même comme ennemi. Le hasard a voulu que le soir en sortant, à l’instant où je montais à bicyclette, j’ai cru i-emarquer M. F... montant dans une auto-place et suivant la même direction que moi. J’ai donc suivi cette voiture jusqu’à la porte d’A..., et là je gagne du temps, pendant que l’auto restait à l’octroi. Ce qui n’a pas été long, puisque cette môme voiture est arrivée à ma hauteur rue du B. . ., et en arrivant au cimetière de L... la voilure en question s’arrête dans un chemin où les cochers ou conducteurs ne passent jamais en venant remiser ; je suis bien convaincu que ce n’est qu’une coïncidence, mais j’ai été tout de même effrayé, pas pour moi, mais pourmon épouse et mon enfant, et très inquiet le soir, je n’ai pas mangé, mais, sans dire pourquoi. La nuit, j’ai eu une grande frayeur en pensant à ce qui m’était arrivé la veille. Voilà mon histoire. Monsieur D...., excusez-moi, si je suis un peu long, c’est un soulagement pour moi de vous dire la vérité le plus exactement possible.

«Dire que je n’ai pas été malade, ce seraitmentir, il y avait longtemps, près d’un an même, que je ne pouvais plus reprendre le dessus au contraire, je savais parfaitement bien que je perdais des forces de plus en plus, mais sans m’en plaindre à personne même pas à mon épouse.

« J’étais donc au moment où l’on m’a emmené, très fatigué, anémié à l’extrême, par suite du long séjour dans les sous-sols.

« Ceux qui m’ont vu la nuit du 19 octobre et qui ne connaissaient pas mes antécédents au point de vue santé, ont dit bien vite : C’est de la folie. J’en étais même un peu contrarié, et puis je me suis remonté le moral. Je savais très bien que ne faisant aucun excès, puisque je n’étais pas un buveur, c’était unpeu de patience qu’il me fallait et puis ils pourraient voir que je n’étais pas plus fou qu’eux.

CHOC ÉMOTIONNEL

« J’étais mécontent avec M. J..., chef des courses qui à mon avis, avait été chercher la police et, paraît-il ce n’est pas lui mais n’importe qui, il-m’a rendu un grand service.

«J’ai été ainsi forcé de me reposer, repos sans lequel je ne pouvais pas me guérir.

« Je vous le répète, je suis tout à fait bien maintenant. Il y a bien longtemps que je n’avais été aussi solide. L’estomac surtout va très bien. J’ai espoir Monsiem’ D... que vous voudrez bien me laisser faire mon même travail et dans le cas où vous m’auriez remplacé comme chef de groupe, je tiendrais quand même à retourner avec vous. Inutile de vous dire que j’espère bien que vous serez satisfait de mes services, comme par le passé.

« Veuillez recevoir, Monsieur D..., ma meilleure poignée de mains, et l’assurance de mon profond respect.

Signé : A. B...)

Page 1