CHAPITRE VII
ÉPILEPSIE (1)
Sommaire. - La classification tranchée des troubles mentaux épileptiques est un peu
ioTroulîetpermanents. - Dus à la cause de l’épilepsie. Idiotie, arriération. Caractère épileptique : sorte de folie morale très fréquente. Humeur hypocondriaque: fausse hypocondrie. „ . j
2» Troubles iés cl l’accès. — Troubles prémonitoires. Aura. Perte de connaissance. Automatisme psychique de l’accès anormal. Sommeil consécutif. Confu sion. Coma de l’état de mal. Troubles consécutifs.
3" Équivalents psychiques. Délire épileptique. - Des exemples : stupidité épileptique ; délire de persécution épileptique et fugues; délire mystique épileptique , délire épileptique prolongé.
Exposé général du délire épileptique. . , r./ ■ -i
4» Démence épileptique. - Démence épileptique simple. Démence epileptique avec ralentissement psychique et moteur, stupidité chronique : cest la (forme caractéristique. Démence infantile avec lésions des faisceaux pyramidaux, type flasque, type spasmodique de Jules Voisin.
Exposé général de la démence épileptique. . , „ , . , . ..r.,:
implications. - Turbulence infantile. Appartient-elle exclusivement à 1 épilepsie ? Alcoolisme, débilité mentale, folie systématique. Deux exemples de folie systématique, dont un sujet à discussion. Un exemple de démence juvénile chez une épileptique avec aspect de «démence précoce ». Qu’est-ce au juste . Quels rapports y a-Uil entre la démence précoce vraie de Morel, la folie discordante etlépi-
Je ne décrirai pas les accès épileptiques convulsifs, normaux ou anormaux, incomplets, avortés, les vertiges et absences que je suppose connus (2), mais seulement les troubles mentaux de l’épilepsie, dite faussement essentielle, puisqu’il y a des lésions. Mais il ne s’agit pas ici d’épilepsie vraiment jacksonienne, ni des
(U I’h. Ghaslin et Louis Rousseau, art. Épilepsie, in Traité des maladies de len fance (de Granclier et Gomby). 2« éd., t. IV, p. 242. - Jules Voisin, L’Epilepsie,
(2) Consulter: Féré, Épilepsie, Collection Léauté, 1893; — Ghaslin et Rousseau,
art. cité. j , •
.Je donnerai dans la III" partie un schéma pour noter les formes de la crise con-
Oii trouvera des descriptions d’accès dans quelques-unes des observations qui offrent aussi quelques particularités au point de vue de la durée ou de 1 âge de l’épilepsie, etc. Je rapporterai en passant un cas curieux d’hérédité épileptique vu à la consultation de la Salpêtrière : le fils, la mère, la tante, la grand mère étaient atteints d’épilepsie.
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épilepsies aiguës, éclampsie, urémie, etc. Il me paraît utile d’employer une classification schématique, qui sépare d’une façon tranchée des troubles mentaux qui ne le sont pas tant que cela ; c’est ainsi, entre autres, que les troubles liés aux accès se confondent souvent avec ceux dits équivalents psychiques de la crise convulsive, indépendante des accès. Car tantôt c’est à la suite d’accès que se déclare le trouble, tantôt des accès le jalonnent ou le terminent. Ces troubles ne se rencontrent pas chez tous les épileptiques. Beaucoup de ces malades peuvent ne présenter que des troubles immédiatement sous la dépendance de l’accès convulsif.
^ Arriération mentale.
C Troubles permanents. . . < Caractère épileptique.
( Pseudo-hypocondrie.
2" Troubles liés aux accès :
Avant .
Pendant ,
Prémonitoires.
Troubles du caractère.
Aura.
Perte de connaissance.
lÉpilepsie dite ambulatoire et autres épilepsies anormales.
I Sommeil.
\ Stupidité et confusion.
. j Troubles du caractère consécu-
( tifs.
3° Equivalents psychiques ou délires épileptiques.
4° Démence épileptique.
3° Complications.
1° Troubles permanents de l’épilepsie.
Arriération. — Beaucoup d’épileptiques ont des accès dus à des lésions très grossières du cerveau, lésions qui entraînent en même temps l’idiotie ou l’arriération mentale. Quelques-uns sont des hémiplégiques spasmodiques infantiles. Je renvoie au chapitre Arriération pour la description de l’état mental.
Caractère épileptique. — La plupart des épileptiques d’asiles ne sont pas très intelligents, mais ils le sont parfois suffisamment pour qu’une tare intellectuelle spéciale qui les frappe sou-
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vent, je veux parler du caractère épileptique, apparaisse de façon à attirer l’attention comme trouble à part.
Mit..., est, dans le service spécial de Bicêtre, un insupportable personnage . Grand et fort, il ne tolère de la part de ses camarades aucune atteinte à ce qu’il considère comme ses droits: lui est tout et les autres rien! Vient-on par hasard à le heurter, même légèrement, il se met dans une violente colère et tombe à coups de poing sur le coupable, fùt-ce un idiot ou un vieillard pacifique. Il agonise d’injures ceux qui lui déplaisent, leur envoie des coups de pied et vient se plaindre ensuite des sévices qu’il a soi-disant subis, mentant avec effronterie et détaillant ses misères avec une prolixité intarissable. Ce sont des récriminations et des querelles incessantes. Mais, en revanche, il est aussi mielleux et obséquieux envers ceux dont il attend quelque chose qu’il est insolent avec les autres. C’est très i-arement qu’il est de bonne humeur: habituellement il ne décolère pas, sauf quand il combine ses petits stratagèmes pour capter les faveurs d’un malade qui a de l’argent; il cherche il terroriser les idiots et les faibles et à leur extorquer quelque chose. On est obligé de le soumettre à une sm-veillance incessante et même de temps en temps de l’isoler, car la vie pour les autres malades n’cst pas supportable. Quand il revient de cellule, il est poli, convenable, tolérant pendant quelques jours, car il se tient. Mais à bref délai il recommence ses incartades. Il ne s’occupe à rien dans le service; on a été obligé de le renvoyer des différents ateliers où il jetait le trouble soit par son humeur querelleuse, soit par ses refus de travailler, le travail cessant de lui plaire au bout de quelques jours.
C’est là le type du caractère épileptique, espèce de folie morale qui est toujours plus ou moins marquée chez tous les épileptiques en général. Il arrive aussi qu’une certaine religiosité grossière s’y mêle.
Pseudo-hypocondrie. — Beaucoup d’épileptiques ont une humeur d’apparence hypocondriaque. Ils viennent se plaindre fréquemment de douleurs variées ; ils digèrent mal, ont ceci ou cela, etc... Chez quelques-uns, cela remplace presque le caractère épileptique. Il me paraît que cela est dû à des excitations sensitives, car Y épileptique est en réalité un malade permanent avec des paroxysmes. C’est là l’hypocondrie épileptique qui paraît être une fausse hypocondrie, puisqu’il y a des sensations réelles. C’est analogue à la fausse hypocondrie des neurasthéniques.
2° Troubles liés à l’accès.
Troubles prémonitoires. — 11 est inutile de donner des exemples. Chez un certain nombre de malades, quelques jours à quelques heures avant l’accès, l’humeur change. Le malade devient
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plus ag'ité ou plus sombre, tatillon ou méfiant, etc.., ou il a une allure particulière, faisant presque toujours les mêmes choses à chaque accès. De sorte que l’infirmier expérimenté se trouve averti de l’imminence de l’accès convulsif.
Aura. — Immédiatement avant l’accès, ce sont des sensations anormales, hallucinations de divers sens, rêve plus ou moins compliqué, phrases toujours les mêmes, etc., qui amènent la convulsion.
Perte de connaissance. — Automatisme psychique de l’accès anormal. — Dans le vertige, il y a une sensation d’éblouissement ou de vertige ; dans l’absence, laperte de connaissance est de quelques secondes à peine. Le malade suspend ses mouvements ou les continue automatiquement. Dans l’accès, laperte de connaissance dure un peu plus longtemps. Elle peut dans les accès incomplets ou anormaux être remplacée par un état de rêve avec confusion, excitation automatique et agitation, par de l’angoisse plus ou moins « consciente », la terreur Ou la colère, etc. Il y a presque toujours perte du souvenir des auras et de l’automatisme psycliique de l’accès. On trouvera plus loin la description d’un accès de ce genre. Mais les troubles les plus frappants sont ceux de Vépilepsie procursive où l’automatisme revêt un caractère bien coordonné, puisque dans certains cas le malade, tout en courant, évite les obstacles.
Sommeil consécutif. — Confusion. — Coma de l’état de mal. — A la suite de l’accès, beaucoup de malades tombent dans un sommeil profond qui dure de quelques minutes à quelques heures. D’autres ont delà confusion ou de la stupidité. Cela a lieu particulièrement à la suite de nombreux accès : j’en ai donné un exemple tout à fait frappant (p. 218) comme type de stupidité (l’alcoolisme dans ce cas-là a été un puissant adjuvant). On en trouvera un autre plus loin.
Dans l’état de mal, le coma persiste entre les accès et même après, jusqu’à la mort quand elle arrive. S’il y a guérison, le coma fait place graduellement à une confusion qui dure un certain temps.
Troubles du caractère consécutifs. — Ils sont analogues à ceux antérieurs. Mais ils passent insensiblement aux troubles mentaux caractérisés, tout à fait semblables à ceux dits équivalents.
CH.4SUN. — Sémiologie.
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3° Equivalents psychiques, délire épileptique.
Il est impossible de donner une description d’ensemble, car il n’y a rien de plus varié qu’un équivalent psychique. Yoici d abord des échantillons de ces équivalents :
Stupidité épileptique chez un épileptique tardif. — Ast..., 63 ans, entré à Bicêtre le 2 juillet 1905.
Antécédents. — (Renseignements fournis par le malade.) Père, pas de renseignements. Mère morte à 60 ans(?). Deux sœurs plus âgées dont l’une a eu des accès d’épilepsie depuis l’âge de 50 ans.
A... n’a pas fait de maladies étant enfant; n’a pas eu de convulsions, pas d’accidents. A fait sept ans de service en Afrique (pas de syphilis, pas d’absinthe, pas d’alcool).
A 59 ans a reçu des coups de pied de cheval dans la poitrine.
A 60 ans, début des accès épileptiques par des accès d’automatisme nocturne ambulatoire, comme du « somnambulisme. » Pas de cauchemars, pas de céphalées, pas de secousses. Deux mois après, le malade a de vrais accès, accès nocturnes avec morsure de la langue, émission d’urine dans le lit. Pas d accès psychiques à ce moment, pas de violences. Est soigné chez lui avec du bromure.
Le /'■■ août 1905, on note que dans le mois de son entrée il a eu sept accès et deux vertiges constatés. Voici une description d’accès parle veilleur de nuit. Au moment de l’accès, le malade est endormi ; l’accès a été précédé pendant dix minutes environ d’un cauchemar où le malade parlait à haute et intelligible voix, avec quelques grognements. Couché sur le dos, la rigidité du corps, est peu prononcée, égale des deux côtés ; les yeux sont fermés. Le visage n est pas contracturé. Pas de pâleur de la face. Secousses peu fortes, se bornant aux membres supérieurs. Ronflement assez lort. Une assez grande quantité d’écume sanguinolente s’échappe de la bouche. Le ronflement a duré cinq minutes. Le malade ne se réveille pas. Pas de miction ni autres évacuations. Durée totale : neuf minutes.
17 octobre 1903. — A... a eu hier un accès; un accès et deux vertiges, aujourd’hui. S’est légèrement mordu la langue aux deux accès. A la suite de ce dernier accès, le malade reste obnubilé; il interpelle violemment ses voisins, de lit et veut les frapper. Se plaint de céphalée violente. Ne sait où il est ni les. dates.
Le 18, A... est moins violent, mais toujours désorienté. Il se croit à l’Ecole militaire, s’informe s’il n’était pas « saoul » hier. Tout le corps lui fait mal. Il ne sent plus sa tôte.
Le /9 au matin, le malade se lève et descend dans la cour sans savoir où il est. Ce n’est que peu à peu qu’il revient à lui.
22 octobre. — Après deux accès le 19 et le 20, grande confusion pendant deux jours.
/S novembre et 20 novembre 1905. — Accès de colère contre des malades, qu’il frappe brutalement.
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31 janvier 1 906 - (A partir de cette date, les renseignements sont de mon collègue Nageotte qui a pris le service.) OEdème des membres inférieurs. Pression sanguine 27, 28. Traitement ; laxatif quotidien. Purgatif hebdomadaire. Lait.
djMiWet — Actes de violence.
n juin 1907. — A eu une série d’accès. Il est complètement désorienté et confus. 11 a commencé par être très agité et menaçant. U a Pair égaré et inquiet. 11 regarde autour de lui avec méfiance, il demande pourquoi il est ici qu’est-cc que c’est que cette salle, qu’est-ce qu’il a fait pour être ici etc
11 ignore son prénom, le nom de sa femme; il ignore son âge, l’a date de sa naissance; il dit qu’il sait qu’il est vieux, mais qu’il ne peut pas préciseril sait qu’il tombe : « 11 paraît que je tombe, » dit-il.
Chez A..., la stupidité profonde paraît consécutive à l’accès. On remarquera qu’il a eu des accès nocturnes ambulatoires, que l’accès noté par le veilleur a été précédé d’un cauchemar, enfin que, malgré la confusion, la violence se manifeste. Ce qui est bien comitial. Aussi n’y a-t-il rien de plus dangereux qu’un épileptique dit aliéné, soit pour lui, soit pour les autres. Un professeur d’anglais que j’ai eu dans mon service avait assommé son père dans un de ses accès; il ne conservait de cet acte qu’un vague souvenir ; il se rapi pelait seulement que son père lui avait montré des dents extraordinaires, ce qui l’avait saisi de terreur. Un autre de mes malades, dans un accès extrêmement court, s’était entaillé d’un nombre prodii gieux de coups de rasoir. Le nombre de plaies est un bon signe médico-légal dans les cas de crime ou de suicide pour reconnaître l’épilepsie.
Délire épileptique avec prédominance de confusion. — Got... Louis, journalier, entré à Bicêtre le 9 novembre 1901, à l’âge de 20 ans.
Renseignements (fournis par le père.) Père et mère bien portants. La mère est alcoolique. Pas de maladies nerveuses dans la famille. Première crise à l’âge de 11 ans; puis pas de crises jusqu’à 17 ans, où elles reprennent avec fréquence la nuit. Il travaillait d’abord comme broyeur, puis comme cordonnier.
Il entre d’abord à Villejuif en 1900 et est transféré à Bicêtre le 9 novembre
C’est un garçon robuste, la figure pleine, l’air fort peu intelligent, qui a des accès fréquents, souvent nocturnes, rarement des vertiges, mais surtout des paroxysmes psychiques précédés ou non d’accès convulsifs et durant deux heures à une semaine. Ce qu’il y a de frappant chez lui, c’est la transfoi-mation subite de la physionomie au moment de l’accès psychique. Il a les « traits tirés », amaigris, l’air égaré; il ne répond le plus souvent pas aux questions, ou, s’il y répond, c’est avec peine, avec lenteur, en embarbouillant ses paroles, à voix basse et avec effort, dans les moments où il est calme et où on peut fixer relativement son attention; il est désorienté et ne sait ni où il est, ni ce qui lui arrive. Dans les moments d’agitation, il grimpe sur son lit, en santé,’
ggg ÉPILEPSIE.
se promène en chemise dans la salle d’isolement et joue volontiers du poing, si on le force à se recoucher, le tout sans mot dire; ou bien à l^gitation se mêle de l’excitation intellectuelle; c’est alors qu’il crie, siffle, rit, chante, parle sans trêve. Dans une de ces crises, moins intense, il a écrit plusieurs pages de phrases complètement incohérentes, mais où on ne pouvait trouver trace d’idées délirantes. Une autre fois il a manifesté quelques idees de grandem-, il dit qu’il a reçu les confidences de Napoléon I« pour sauver la France qu il aura de ce fait beaucoup de « pognon ». Ne paraît pas avoir jamais d hallucinations ni d’idées hypocondriaques ou mystiques. En somme, c’est avant tout une confusion extrême qui est la caractéristique de ses paroxysmes psychiques, le p us souvent accompagnée d’excitation automatique ou d’agitation; mais tous les accès ne sont pas absolument pareils, contrairement à ce qu’on dit souvent. G., manifeste quelquefois des idées de grandeur. Une autre particularité qu d présente, ce sont des crises de salivation, « sialorrhée», qui precedent ou suivent de quelques jours les accès psychiques. „ ,
Délire épileptique avec idées de persécution. - Fugues. -Gar... G., charron 27 ans, entré à Bicêtre le 26 février 1891 .
Antécédents. - Le père, âgé de 70 ans, a des calculs de la vessie. Très irritable de caractère. ...
Mère morte il y a neuf ans à 53 ans, en démence (?) Maltraitée par son mari, était très hypocondriaque. Un grand-père mort à 83 ans, soldat longtemps, avait la médaille militaire. Un oncle très emporté. Un Irere de 23 ans bien portant. Une sœur de 28 ans, bien portante, mariée, a deux hiles dont l’une a eu des convulsions en naissant.
Le malade fut chétif, mais n’eut aucune maladie aiguë. 11 toussait facilement et fut traité à Thuile de foie de morue et au quinquina. Pas de convulsions, pas d’incontinence d’urine. — Longtemps maltraite par son pere. Commence à travailler au charronnage dès 12 ans. Toujours sombre de caractère, appelé som-nois par son père. A 18 ans, il aurait eu déjà quelques vertiges. Otite moyenne avec suppuration et surdité consécutive de 1 oreille, soignée parle docteur Boucheron. Soldat au 2= pontonniers à Angers. En faisant un pont de bateaux, il est pris d’un accès, il tombe â l’eau. Retiré, il reste deux jours sans connaissance, un mois à l’hôpital. Réformé, il rentre chez lui. Au bout de quatre mois, nouvel accès. 11 vient à Paris; les accès se rapprochent, quelquefois subintrants au nombre de 5, 6 ou 7. Traitement bromuré. L’accès n’était pas précédé d’aura. Le malade tombe sans connaissance sur le côté, ne pousse pas de cri, ne se mord pas toujours la langue. Un quart d’heure d’obnubilation. Puis il se relève et va dormir, conservant pendant quelques jours de la lourdeur de tête et quelques vertiges. 11 y a deux ans, il commence l’accès par un cri, écumait et se mordait la langue ; accès tous les quinze jours.
Examen somatique. — Faciès pâle et fatigué ; le malade est maigre. Oreilles asymétriques, la gauche plus évasée que la droite. Voûte palatine très ogivale. Dents mal implantées, mais en bon état. Apophyses lémuriennes très prononcées. Pli fessier gauche abaissé et moins prononcé que le droit. La pointe du coccyx est redressée en arrière et en haut, formant la limite inférieure d’une sorte de petite valve de un centimètre environ de haut, trace d’un arrêt de développement de la colonne vertébrale et du canal
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médullaire. Celte difformité n’empêche pas la station assise, mais au régiment le malade était gêné pour l’équitation. Touffe de poils abondants au niveau du coccyx.
Pas d’éruption sur le corps. A la poitrine, légère matité du sommet droit en avant et en arrière. Rien à l’auscultation. Autres organes normaux. Testicules normaux, mais petits.
Supination impossible, les coudes étant placés le long du corps. Mouvements isolés de la phalangette du pouce difficiles à exécuter.
G... est peu intelligent, indifférent, mais colère. Instruction primaire. Assez bon ouvrier charron.
Années 1891, 4892 . 4898. — Accès peu fréquents, variant de 15 à 30
par an. Traitement bromuré mal accepté et pris très irrégulièrement. — Tous ces renseignements sont empruntés à l’observation qui m’a été transmise par mes collègues Féré et Séglas, mes prédécesseurs dans le service des épileptiques. On n’y relève pas trace que G... aurait eu des accès psychiques.
Du 4 au 43décembre 4900. — G... a, contrairement àson habitude, huitaccès et neuf vertiges; il reste à la suite vague et un peu « perdu » ; du 11 au 12, pendant la nuit, il a été agité, on a été obligé de le faire recoucher. Il ne veut pas rester à l’infirmerie ; le 12 à midi, il est parti travailler; une heure après il sort (habillé avec des vêtements civils à lui qu’il mettait pour travailler) portant une scie et donnant comme prétexte à la porte qu’il avait à travailler chez son père . Il n’est arrivé chez ce dernier que le 13 au matin et a été ramené par sa belle-sœur. A son retour il raconta qu’il avait passé par l’avenue de Bicôtre, qu’il y avait pris un verre de vin ; puis suivi de grandes rues dont il ne se souvenait pas bien. Quant au reste de ses faits et gestes pendant le restant du jour et de la nuit, il n’en subsiste pas trace dans sa mémoire.
49 octobre 4904. — A la visite du matin, le maladeest très agité, il profère des menaces contre le chef de service : « On lui a fait prendre la veille un médicament qui lui en a fait rendre long comme le bras. » Il est conduit à la Sûreté. Deux jours après, plus calme.
Le 2b octobre il fait des excuses au chef de service au sujet des menaces qu’il a proférées, disant qu’il ne l’aurait pas fait si on lui avait dit auparavant que le médicament qu’on lui donnait était destiné à guérir sa maladie. 11 est calme, mais pas complètement normal.
Le 28 octobre, rétabli; travaille. Vague souvenir de son accès.
3 décembre 4904. — Il a eu la veille un accès; n’a pas dormi; le matin il accuse un malade, très calme poui’tant, de lui avoir mis une pommade sur la lèvre inférieure. Il va lui faire son affaire, il n’a pas dormi de la nuit, il en a assez, il va lui f... un coup sur la g..., et son pied dans le c... L’accès psychique se termine par un aceès convulsif après lequel le malade revient à son état habituel.
Nombreux accès psychiques dans les années suivantes, avec agitation, violences, idées de persécution ; une fois, dans la période suivant Taccès, tentativé de mutilation, il voulait se couper la verge avec son couteau. Dans un de ces accès, agit comme s’il travaillait dans l’atelier de charron, il va et vient, examine les objets, prend des mesures, etc.
A chacun de ces troubles mentaux la physionomie de G... est changée, il paraît plus maigre que d’habitude, les traits sont tirés, il a l’air préoccupé.
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parfois inquiet ou agressif, ou se met en colère en proférant des menaces avec des gestes violents. Si bien qu’on pouvait, avant même de l’interroger, savoir s’il était en état de délire épileptique ou non, rien qu’a sa physionomie. Ces accès ne durent que quelques jours. G... a un vague souvenir des idées délirantes et des actes constituant ces accès.
On remarquera le grand développement des stigmates dits de dégénérescence, auxquels Féré attachait une grande importance ; la fugue avec un vague souvenir; les autres accès avec idées de persécution et sans trace de confusion, la tentative de mutilation, l’accès à forme de rêve somnambulique.
Délire épileptique mystique. — Math..., sans profession, 21 ans, entré à Bicêtre le 46 juillet 1897, dans la section des épileptiques.
Nègre (père hlanc), dehaute stature, bien musclé, hémiplégie gauche légère, double cataracte légère, physionomie peu intelligente. Niveau mental faible. Epileptique depuis l’àge de 12 ou 13 ans. Depuis qu’il est dans le service, accès et vertiges nombreux. 11 commence à avoir des troubles mentaux en 1901. Ils deviennent de plus en plus fréquents. En voici un exemple : le 26 février 1905, api'ès quelques accès rapprochés les jours précédents, le malade change d’allure et de physionomie; il se met fréquemment à genoux, joint les mains et marmotte des prières; le 27, il est agité, on le met au bain prolongé ; je le vois dans la baignoire ; il n’est nullement confus, il est orienté et reconnaît tout le monde. Il voit Dieu : « c’est dans l’air comme une buée. » a Tenez, dit-il, le voilà qui me regarde ! » Je lui demande de me décrire ce qu’il voit, il me répond : « Dieu, c’est la nature ! c’estl’alr 1 c’est tout ! » Le 28, il est moins agité ; mais ses idées mystiques persistent; il a un secret, le secret de la nature qu’il ne peut dévoiler à personne sous peine de bouleversement dans Paris, sa mère et lui sont les seules personnes connaissant « le secret ».., 11 est puni pour ses fautes de jeunesse, et il faut qu’il ait obtenu son pardon avant le l"' mai. Le 2 mars, il dit qu’il est le remplaçant du Christ. 11 demande à travailler. « Il ne faut pas croire que je suis fou, ajoute-t-il, parce que j’ai ces idées-là dans la tête, je sais très bien ce que je dis et ce n’est pas une raison parce que j’ai un secret qu’on doit m’empêcher de travailler. Je ferai un coup de ma tête si on ne veut pas que je retourne à mon travail. » Au bout de quelques jours disparition graduelle du trouble mental. Vague conscience de son accès. J’ai constaté plusieurs accès à peu près semblables comme allure, mais de durée beaucoup plus longue, presque subintrants.
M... est donc un épileptique mystique et, naturellement, avec hallucinations visuelles; on le comparera avec Sauv... (p.23) qui avait des attitudes extatiques. On doit toujours rechercher l’épilepsie en cas de délire mystique de courte durée.
Délire épileptique prolongé. — Lev..., 25 ans, tailleur, entré à Bicêtre une première fois du 6 au 8 janvier, rentré le 5 février 1904.
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Antécédents. — (Foui-nis par une cousine.)
Père ivrogne et alcoolique, décédé à 47 ans.
Mère, nerveuse, morte à 50 ans de tumeur abdominale.
Une sœur morte de tuberculose à 28 ans.
Un frère très nerveux, marié, avec deux enfants en bonne santé.
Le malade aurait joui d’une bonne santé jusqu’à 10 ans. A cet âge-là, il. est jeté à l’eau par son père qui a une crise de délire alcoolique. Le malade était « tout noir » quand on le sortit de l’eau et il resta plus de deux heures avant de revenir à lui. Un mois après, premier accès d’épilepsie. Les accès se succèdent irrégulièrement jusqu’à l'âge de 19 ans. Cessation de 19 à 22 ans. A partir de cet âge ils reprennent et deviennent de plus en plus fréquents, surtout depuis son mariage à 24 ans. Dans ces derniers temps, il avait jusqu’à cinq accès par semaine et quelquefois trois dans la même journée. Il n’aurait jamais eu de troubles mentaux (d’après la femme du malade).
Dans le service, le taux des accès est moins fréquent. On essaye le régime déchloruré.
29 mars. — Changement de physionomie; pupilles extrêmement dilatées; aspect plus pâle et inquiet; il pleure, il veut voir sa femme et supplie qu’on jui écrive n’importe quoi. Il est légèrement égaré et ses idées semblent « floues, v Le 30, même état ; il présente au surveillant, pour être envoyé à sa femme, du papier et des enveloppes où il n’a rien écrit. La nuit, se lamente : il a peur qu’on ne l’accuse d’avoir frappé un voisin qu’un autre a réellement bousculé.
Le 31, L..., dit qu’il a vu des cochons sous les lits, qu’il y a des machines électriques et que le dessous des lits est illuminé. Sa femme vient le voir; il veut avoir des rapports avec elle devant tout le monde; il fait des propositions à la surveillante. Très jaloux, il reproche à sa femme de s’être livrée à un infirmier du service (qu’elle ne connaît même pas).
Les jours suivants, continuation de cet état vague, confus et incohérent.
4 mai. — Revenu à l’état normal. Ne parait avoir qu’un vague souvenir de son état anormal. On le remet au régime ordinaire.
9 novembre. — Le malade, étant au chauffoir, a été frappé à la partie postérieure de la tête par une balle de tennis qui avait traversé un carreau de fenêtre. Pas de plaie, mais le malade, surpris, s’est affalé par terre. On l’amène aussitôt nu médecin. L..., est pâle, les pupilles dilatées; il a 88 pulsations, il est effrayé et ne se rend pas bien compte de ce qui lui est arrivé. Pas de troubles intellectuels marqués.
Le lendemain il a un accès convulsif.
A partir de ce moment, il est très troublé, il pleure, il dit qu’on répète ses paroles et ses pensées. Mais il est très vague dans ses explications.
R. — Voulez-vous savoir? Eh bien, c’est parce que dans le chauffoir j’ai reçu une balle, je suis tombé, on dit que c’est l’interne avec son fusil qui tire sur les moineaux.
D. — Croyez- vous qu’on vous guette?
R. — Je ne dirai plus rien. (Il a l’air effrayé.)
D. — De quoi avez-vous peur ?
R. — Mais pourquoi la question qu’on répète?
Il a l’attitude hallucinatoire auditive, il pleure et se désole à cause de la question répétée.
ÉPILEPSIE
D. — Quelle question?
R. — Celle qui fait que je suis tombé.
Impossible d’avoir une explication précise. novembre:
D. — Vous êtes condamné à mort?
R. — Oui, j’en suis sûr.
De nouveau, attitude hallucinatoire.
R. — Je n’ai rien à me reprocher, je ne suis coupable de rien.
Mêmes réponses vagues au sujet de la « question » .
f 6 novembre :
R. — C’est toujours la question. Je ne sais vraiment pas pourquoi on me fait tout cela.
Il est très confus dans ces idées, bien qu’orienté parfaitement.
17 novembre :
R. — Cette fois, je l’ai vu ce qui se passe à Ricôtre, dans le Petit Parisien.
L... regarde autour de lui avec suspicion. Il montre dans le journal un article intitulé « Sépultures militaires », il lit à haute voix; sa voix tremble, il pleure. Après bien des questions on finit par comprendre que dans cet article il croit voir une allusion à son enterrement dans le cimetière de Bagneux.
18 novembre. — L... voit dans un journal illustré un article sur les morts qui en remplacent d'autres dans les cimetières. On finit par comprendre qu’il se ci’oit condamné il mort pour faire l’office de remplaçant. C’est l’Assistance ou le gouvernement qui organise cette entreprise; on l’assassinera en wagon, etc. A l’appui, il montre un autre article sur les morts de Port-Arthur. « C’est à l’Assistance publique qu’on achète les malades pour la veille où l’avant-veille de la Toussaint. » Son délire est flou, il n’arrive pas à le préciser, mais il a l’air effrayé et il pleure, et quand on lui fait remarquer que la Toussaint est passée, il ne répond rien, mais se désole.
21 novembre. — Il croit qu’on fait des expériences sur lui et sur les autres malades.
Les jours suivants, continuation des mêmes idées vagues, émises toujours avec incertitude et difficulté. Il y a des moments où il est plus calme, tranquille et d'autres où il pleure et se désole.
3 décembre. — Croit toujours qu’on va le tuer, mais sans donner des explications comme précédemment.
Il interprète dans le sens de son délire les propos des malades. Un de ceuxci a vu en rêve Deibler et Ta raconté à L... que ça a renforcé dans ses craintes.
L... croit avoir entendu la nuit une machine électrique qui « donne la chaleur dans la salle. »
7 décembre. — Je veux le faire déshabiller pour examiner sa peau. Il pâlit extrêmement et est pris d’une terreur intense.
17 décembre. — Il revient à l’état normal. 11 ne se rappelle pas ses idées délirantes; il ne se rappelle que son passage à la salle d’isolement il y a huit jours (où on Ta mis pour que la nuit il n’entende pas les propos des autres malades). 11 sait seulement qu’il croyait qu’.on allait le tuer; il sait qu’il a reçu à la tête une balle de tennis, mais ni quand, ni où.
22 mars 1905. — Physionomie changée. Pupilles dilatées. Craintif; dit qu’il a peur, sans donner d’explications. Légère confusion dans les idées; ne
ÉPILEPSIE
sait plus exactement quand sa femme est venue le voir. Il a de la peine à prononcer certains mots qu’il embarbouillé. A eu deux accès le 22 et le 23.
■15 avril 1905. — Cet état de crainte et de vague cobfusion s’est terminé aujourd’hui graduellement.
9 juin. —28 juin. — Troublé de nouveau; toujours avec le même aspect mental flou; mais il est plus incohérent dans ses paroles; craintes vagues d’empoisonnement avec inquiétude.
23novembre. — Recommence à être trèstroublé. Très grandes craintes d’être tué; interpi'étations délirantes multiples dans cette même direction délirante. Sa femme veut le faire disparaître pour se marier avec un infirmier. Il prétend en sortant de table qu’on ne lui a pas donné à manger depuis huit jours; lorsqu’on lui offre un morceau de pain, il refuse en disant qu’il mangera comme les autres. Lorsqu’il boit, il goûte plusieurs fois à la boisson d’un air inquiet et soupçonneux.
Mes notes s’arrêtent à ce moment.
A part la crainte qu’a presque toujours manifestée ce malade et ses idées de persécution fantastiques, ses idées érotiques et autres, ce qu’il y a de plus intéressant c’est la longue durée des accès : 35, 38, 23, 19 jours. Ce n’est donc pas seulement quelques jours que peuvent durer les paroxysmes mentaux, comme il est dit généralement. On remarquera aussi qu’à différentes reprises on a essayé le régime sans sel. Quelle action ce régime a-t-il eu sur ees accès, il est impossible de le dire. Quant aux rapports de ces accès avec les accès convulsifs, ils étaient des plus variables. C’est bien ici ce qu’on appelle l’équivalent, bien qu’il puisse s’accompagner d’accès. Le malade n’était pas vraiment confus, mais il avait un aspect intellectuel « flou », ce qui est pourtant un premier degré de confusion; il convient d’ajouter qu’il était par ailleurs très peu intelligent.
Exposé général des équivalents psychiques. Délire épileptique.
C’est un trouble passager de l’esprit lié à l’épilepsie, mais pas forcément à l’accès convulsif lui-môme,'etdontil est impossible de donner une description générale, car ses aspects sont des plus changeants, tous les symptômes (ou presque) pouvant s’y rencontrer mélangés à dose variable. Il faut toujours avoir présent à l’esprit que :
Le délire épileptique donne les exemples les plus intenses do confusion et de stupidité ;
Le délire épileptique se rencontre sans aucune trace de confusion ou de stupidité.
Entre ces deux extrêmes, il y a tous les intermédiaires possibles, accompagnés de presque tous les autres symptômes possibles.
ÉPILEPSIE
■ L’équivalent psychique est souvent caractérisé par des impulsions, plus violentes et plus dangereuses que dans n’importe quel autre trouble mental, homicide ou suicide, avec manifestations ^acharnement, impulsions érotiques, etc.
Il y a souvent des idées mystiques avec hallucinations visuelles.
Le délire est rarement systématique. Il y a toujours au début un changement dans Y aspect extérieur et la physiononne ■du malade. Pendant l’accès psychique, surtout après les accès ■convulsifs, dans la forme stupide, il y a souvent des signes physiques : tremblement des lèvres, de la langue, difficulté de la prononciation, tremblement des paupières et des membres, incertitude de la démarche, parfois incapacité de se tenir debout, inégalité et dilatation pupillaires, trahissant « l’épuisement » (voyez
On peut distinguer différentes formes approximatives :
Forme stupide ou confuse (le plus souvent après les accès ou les séries d’accès), véritable épuisement, avec ou sans agitation ou excitation automatique.
Forme à délire de rêve avec ou sans confusion.
Forme avec impulsion au déplacement, fugue, le plus souvent sans confusion et avec idées délirantes réduites à leur minimum.
Forme avec idées de persécution ou hypocondriaques, etc., avec ou sans hallucinations, avec colères épouvantables, actes de violence, homicide ou suicide, incendies.
Forme dépressive, pseudo-mélancolie, avec anxiété, craintes, ressemblant assez au délire de persécution alcoolique.
Forme mystique avec hallucinations visuelles plus ou moins nettes et nombreuses ; idées de grandeur, etc.
Le début est le plus souvent très brusque et la fin aussi. Pourtant il y a des fins graduelles.
La durée varie de quelques heures à plusieurs jours et jusqu’à plusieurs semaines.
La marche est continue le plus souvent, mais elle peut être paroxystique ou même rémittente; l’équivalent psychique peut se dérouler sans aucune manifestation convulsive, ou au contraire apparaître après, être accompagné ou terminé par elles.
U oubli consécutif, ni constant ni toujours absolu, peut s’étendre parfois à une période précédant ou suivant l’accès psychique.
Le diagnostic, si on n’a pas de renseignements ou si on ne constate pas d’accès convulsif, est difficile. On devra rechercher
ÉPILEPSIE
soigneusement tout ce qui peut faire soupçonner l’accès e'pileptique convulsif :
Très grande asymétrie et laideur de la face (fréquentes chez les épileptiques) ;
Morsures de la langue, des joues, cicatrices;
Ecchymoses sous-conjonctivales de la face, du cou. Signe de Babinski. Myoœdème ;
Tremblement, dilatation pupillaire (pas pathognomonique, tant s’en faut, mais fréquente immédiatement après un accès).
Au point de vue mental, il faut se souvenir des caractères indiqués plus haut comme étant plutôt épileptiques que dépendant d’autres troubles.
Le diagnostic doit être fait d’abord avec tous les troubles mentaux où il y a stupidité, confusion, délire de rêve, c’est-à-dire les troubles mentaux liés aux :
Intoxications^ surtout l’alcoolisme (hallucinations visuelles spéciales, tremblement spécial, fièvre possible, albumine plus fréquente qu’après un accès convulsif épileptique) ;
Infections (signes somatiques) ;
Auto-intoxications (signes somatiques) ;
Épuisement par d’autres causes (parfois impossible);
Traumatisme (signes physiques ; quelquefois très difficile) ;
Puis avec les délires de confusion passagers surajoutés aux démences :
P. G. (Signes physiques. Ponction lombaire);
Démence organique (aspect spécial; signes physiques; artériosclérose);
Démence sénile. Il s’agit ici plutôt d’accès d’auto-intoxication chez un dément sénile ou artério-scléreux ; rechercher les causes : vessie, rein, avant tout.
Enfin avec les folies aiguës (ordinairement mieux systématisées à moins qu’il n’y ait agitation ou excitation, mais alors beaucoup moins de violences en général) ;
Les accès de manie (diagnostic parfois très difficile s’il y a colère) ou de mélancolie (aspect plus uniforme).
Si on ne peut voir le malade qu’une fois, il ne faudra pas oublier le diagnostic avec :
Les folies chroniques systématiques (système) ;
Les folies discordantes (beaucoup plus d’indifférence, stéréotypies, etc) ;
ÉPILEPSIE
L’hystérie (plus théâtrale ou absurde; moins de violence).
Certains délires de rêve plus ou moins systématisés chez des déséquilibrés.
Si on peut voir évoluer l’accès psychique, la considération, de sa durée éliminera les troubles chroniques ; plus il sera court, plus il y aura de chances qu’il soit épileptique.
Plus il sera mystique, étant court, plus il y aura de chances qu’il soit épileptique. Pourtant il y aura parfois une difficulté à cause des délires de rêves systématisés des mystiques et de larelij2;iosité fréquente de l’épileptique.
Si l’accès psychique est enté sur de la démence épileptique, il sera souvent impossible de faire le diagnostic.
Au total, ce diagnostic est difficile; il n’est certain que lorsqu’on sait qu’il y a épilepsie (et encore prendre garde aux coexistences d’autres délires avec l’épilepsie!)
Le pronostic (de l’accès psychique) est bon, sauf accident. Les accès psychiques stupides fréquents doivent faire craindre la démence.
Traitement. — Séjour au lit, isolement, internement. Ne jamais oublier que l’épileptique peut être très dangereux.
4° Démence épileptique.
Il y a, je crois, plusieurs formes de démence épileptique, mais dont l’étude est encore peu avancée. Je me contenterai de donner quelques exemples :
Démence épileptique simple. — Die..., 53 ans, ancienne domestique de côuvent, entrée à la Salpêtrière le 10 novembre 1887.
33 mars 4910. — Je n’ai aucun renseignement sur ses antécédents, je sais seulement qu’elle était domestique dans un couvent d’où, à cause de ses accès, elle est passée à la Salpêtrière. Elle est, d’après le personnel, depuis cinq pu six ans dans l’état où on la voit aujourd’hui, après avoir subi un affaiblissement mental graduel.
D. — Votre nom ?
R. — Barbe Anna Die...
D. — Votre ùge?
H. — Je dois avoir trente-cinq ans.
D. — Date de naissance ?
R. — Je ne me rappelle plus bien.
D. — Date actuelle?
D. — Quel mois sommes-nous?
DÉMENCE ÉPILEPTIQUE
R. — Un jeudi, le 17 octobre; mes sœurs demeurent rue Roquépine au 16, et puis mon père a eu sa retraite.
D. — Quel mois sommes-nous?
R. Vers le 23 avril.
D. — Date d’entrée.
R. — Je ne me rappelle pas au juste . Je suis née le 14septembre. Je suis
entrée le 17 octobre.
D. — Vous avez encore vos parents?
R. — J’étais avec ma mère, j’avais encore deux sœurs avec moi.
D. — Vous êtes d’Alsace.
R. — Oui, Colmar et Strasbourg, département du Haut-Rhin. Mon père était sous-lieutenant de lanciers.
D. — Avez-vous été à l’école?
R. — J’ai été dans une pension. Ma mère est décédée il y a à peu près un an (inexact).
D. — Vous avez été dans un couvent?
R. — Les sœurs garde-malades : les servantes du Sacré-Cœur de Jésus.
D. — Où était ce couvent?
R. — A S..., dans la rue de l’Église.
D. — Avez-vous prononcé vos vœux?
R. — De chasteté, de pauvreté et d’obéissance; trois mois et puis six mois novice et puis on est sœur professe.
D. — Avez-vous été sœur professe ?
R. — J’étais pour l’être.
D. — Qu’est-ce que vous faisiez dans le couvent?
R. — Recevoir..... des adorations . Dieu en trois personnes . rendre le
hommages qui sont dus . à votre divinité. Je sais beaucoup parler comme
çà. Mon père partait à neuf heure? et puis il rentrait ù midi. Nous avions six locataires. Et ma sœur habitait près du ministère de l’Intérieur, etc .
Elle est incapable de réciter le Credo et le Pater. Elle bafouille quelques mots de prière en latin qu’elle termine en disant :
— Anges, amen, guten Abend, good morning, bonjour, bonsoir, etc.
Elle dit parfois des mots tronqués; ainsi elle dit ; « La route démentale », pour départementale.
Suite des mois correcte; une fois arrivée à décembre, elle continue automatiquement ; Janvier, février, etc.
Incapable de les dire à rebours.