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CHAPITRE VIII

PARALYSIE GÉNÉRALE (1)

Sommaire. — Période prodromique. — Parfois très lointaine.

Période de début . — Rappel des principaux signes déjà signalés ailleurs. Un nouvel exemple de perte de pudeur chez la femme. Un exemple de paralysie transi-

Périodes d'état et terminale. — Exemples de P. G. avec différents délires : Délire de grandeur classique interrompu par de courtes périodes de tristesse, excès d’absinthe. Forme circulaire de la P. G. — Délire de grandeur avec inventions. Mort en état de mal épileptiforme. — Délire hypocondriaque, tentatives de suicide.

— Délire de persécutions avec hallucinations auditives, crises épileptiformes avec paralysie et coma. — Délire do grandeur etde persécution hypocondriaque.— Irascibilité, violences, tentatives d’homicide; idées bizarres, « sénilisme ». — Délire avec idées d’auto-accusation, tristesse, tentatives de suicide, pseudo-mélancolie paralytique. — P. G. sans délire, tabes. — P. G. sans délire développée sur un ancien tabes. — P. G. surtout somatique, demi-reconnaissance de l’élat pathologique. — P. G. sans délire de longue durée. — P. G. à marche rapide.

— P. G. avec rémission, appoint alcoolique. — P. G. avec tremblement intense.

— P. G., mort avec hypothermie. — Rappel des stéréotypies motrices et verbales, de la catalepsie dans la P. G. — De ces observations résultent les caractéristiques ordinaires de ce trouble mental: démence en bloc, masque spécial, délires avec caractères spéciaux, signes physiques capitaux. Mort. Rémissions. Durée variable. La vérole est la cause de la P. G.

Difficultés du diagnostic. — Très grandes parfois. Toujours songer à la P. G. on présence d’un trouble mental, entre trente-cinq et cinquante ans surtout. L’alcool en impose souvent pour la P. G. ; un exemple oii il y a eu doute. L’alcool complique souvent la P. G. ; un exemple typique. Erreurs de diagnostic avec la syphilis cérébrale, la paralysie pseudo-bulbaire, etc.

Exposé général.

Il faudrait écrire un gros volume si Ton voulait donner tous les détails que comporte cette affection si étudiée, si fréquente, si importante par les ravages qu’elle cause dans les pays civilisés. Je me bornerai pourtant, comme pour les autres troubles mentaux, à l’essentiel. Mais j’ajouterai quelques observations où des symptômes insolites ou anormalement développés ont apporté quelque intérêt à la marche banale de l’affection, et j’insisterai sur la difficulté du diagnostic, parfois très grande.

Période prodromique. — On n^a que rarement l’occasion de la

(1) E. DiiPfiÉ, art. Paralysie générale in Traité de G. Ballet, p. 884.

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voir comme médecin d’asile. Elle peut précéder de très loin, parfois des années, le début de l’affection. C’est surtout sous la forme de neurasthénie un peu irrégulière qu’elle se présente. 11 est prudent, pour peu qu on ait de soupçon de pratiquer un examen minutieux des yeux, la ponction lombaire et la recherche de la réaction de Wassermann.

Période de début. — La plupart de mes observations concernent la période dite d’état et la période terminale de l’affection. A la période de début, qui est quelquefois fort longue, les P. G. n’entrent pas à l’asile ; on les voit dans les consultations. Je rappelle que j’ai signalé certains des aspects sous lesquels se présente cette période et certains petits signes de début les plus fréquents qui attirent l’attention de la famille. Ainsi : pseudo-neurasthénie

La perte de mémoire (p. 92);

Le vol absurde (p. 48);

La fugue (p. 51);

La perte de la politesse (p. 255) ;

La perte de la pudeur, qui mène aux attentats à la pudeur, à l’exhibitionnisme, aux attentats aux mœurs, etc. (p. 255.) — J’en citerai un exemple de plus pour montrer l’importance diagnostique de ces petits signes :

Une dame F--., qui m’a été amenée à la consultation de la Salpêtrière comme fatiguée depuis quelques jours et ayant de la peine à marcher, invitée par moi à relever ses jupes pour que je voie ses jambes pendant la marche, cette femme, dis-je, releva ses jupes sans mesure, découvrant ses organes génitaux sans le moindre embarras. Cet acte me mit immédiatement sur la voie de la paralysie générale qui, au début, n’avait encore que des signes frustes, quoique certains et suffisants pour faire effectuer le placement.

Les paralysies transitoires et à peine accusées :

Comme je rédigeais ce passage, est venu à la consultation de la Salpêtrière un homme de 36 ans, Ev..., qui se plaint lui-même de ne pouvoir travailler epuisdeux mois, parce qu’il a de temps en temps dans la journée des fourmillements dans la jambe et le bras droits, avec engourdissement et difficulté à les remuer. Ce phénomène ne dure que quelques minutes ; il éprouve de la difficulté A, parler, dit sa femme, depuis la même époque. Examiné, il présente le masque caractéristique de niaiserie inexpressive,, avec un tremblement marqué des evres et de la langue, l’achoppement accentué, le myosis avec signes d’Argyll Robertson, les signes de Wesphal et Romberg. Les signes physiques de tabes e de P. G. sont donc très marqués. En revanche, sa femme affirme qu’il n’a pas perdu la mémoire ni l’intelligence et effectivement à l’examen, d’ailleurs rapide, le côté psychique paraît assez intact encore.

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C’est là un mode de début qui peut être bien plus solennel lorsque les attaques d’hémiplégie sont fortes ou remplacées par les suivantes :

Les attaques apoplectiformes, épileptiformes, comme on le verra dans les observations suivantes d’après les renseignements fournis par les parents.

Tels sont les principaux signes de cette période, qui doivent faire reclièrcher ceux commençants de la période suivante succédant à la première par transition insensible.

Période d’état et terminale. — Les observations que je rapporte maintenant concernent des malades d’asile, c’est-à-dire se trouvant à la période d’état ou terminale de l’alfection.

Paralysie générale avec délire de grandeur classique, mais interrompu par des périodes courtes de tristesse. — Excès d’absinthe. — Cha... L.,

représentant de commerce, entré à Bicêtre le 4 août 1906, à l’âge de 45 ans.

Renseignements (fournis par la femme du malade). La mère de Ch..., est à Sainte-Anne depuis quinze ans pour délire de persécution.

11 y a deux ans, congestion cérébrale, hémiplégie droite et aphasie ayant duré deux mois. Le médecin a attribué cela à l’absinthe, le malade, représentant d’une fabrique d’absinthe, en consommant lui-même de douze à dix-huit verres par jour. Depuis cette congestion, il était agité la nuit, mais il avait repris son travail. Depuis quelque temps, sa mémoire baisse, il ne se rappelait plus le nom de safemme. Lel4juinil déclare, enrevenant d’une tournée àReims, qu’il a fait pour 2000 francs d’affaires, alors qu’il n’avait pris aucune commission. II disparaît pendant quatre jours, sans qu’on sache ce. qu’il a fait: il i-evient chez lui, mais ne va plus à sa maison de commerce.

A l’entrée. — C’est un homme gi’os, à l’aspect jovial, débonnaire et niais, qui est complètement désorienté, complètement incohérent, qui se déclare seulement satisfait sans savoir où il est. Pas de signes physiques de P. G.

10 aoitt. — Depuis deux jours le malade se lamente, dit qu’il s’ennuie, qu’il voudrait s’en aller; impossible d’en tirer rien d’autre. Aspect déprimé et triste.

27 novembre. — Légère amélioration. Le malade est satisfait. On peut obtenir quelques réponses incohérentes :

D. — Depuis combien de temps êtes-vous ici?

R. — Ma femme vient demain pour me chercher.

D. — En quelle année sommes-nous?

R. — En 18 . combien . enfin j’ai 45 ans.

D. — En quelle année êtes-vous né?

Pas de réponse.

D. — En quel mois sommes-nous?

R. — Au mois d’août.

D. — Fait-on du feu au mois d’août?

R. -- Oui.

Mais, signe important: accrocs caractéristiques dans la parole. Mange gloutonnement.

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3! décembre. — Depuis quelques jours Ch..., manifeste un délire de grandeur intense; il est riche à millions, à milliards, il a des automobiles, des châteaux. On peut soutenir avec lui une conversation, d’ailleurs absurde.

Année / 908. — Il continue à être le même, sans changement, avec une satisfaction extrême, jovial, délirant éperdument, complètement désorienté et incohérent.

On a noté les 15 et 16 septembre des expressions délirantes particulièrement extravagantes ; « J’ai trouvé plus de cent milliards de perles fines dans le Vésuve; j’en ai un milliard de l’autre côté du mur. J’ai deux ours et des lions, une vingtaine pas plus, et six hippopotames et des autruches qui pèsent soixante kilos. Avez-vous vu une fois en l’air trois ballons et un ballon dirigeable? Savez-vous combien on les a vendus? Dix-huit cent millions et hier

j’ai trouvé plus de deux milliards de costumes pour rpoi à travers les airs .

Savez-vous ma fortune? Quatre-vingt cinq milliards.» — On lui demande de prêter 10 francs, 50 francs, 100 francs. Il répond: « Oui, si vous voulez. » — On lui demande de prêter un million; il refuse : « Ah non! vous iriez faire la noce

avec! » . « Mes dents me préoccupent toujours (c’était la première fois qu’il

en parlait). Je vais mettre à la place des billes de billard. » — On lui dit que c’est un peu gros. « Je les ferai tailler » « Connaissez-vous ma fortune ? J’ai soixante-dix immeubles à Versailles, à Saint-Cyr, à Meaux, à Reims, gardés

par mes enfants . C’est l’Assistance publique qui m’accorde tout cela . J'ai

sauvé tous les enfants qui étaient dans l’incendie de Chicago. Je les envoie tous

les jours au bain de vapeur à Nanterre . J’ai des milliards, tenez, voilà le

journal qui doit le dire et j’ai des perles partout, gardées par des lions qui tirent des coups de revolver. » — On lui demande comment. « Avec leur trompe!... Oui, ça coûte cher », etc.

11 commence à maigrir, à se tenir difficilement sur ses jambes. Accrocs de la parole considérables.

30 octobre. — Il raconte qu’il s’est « baladé » hier dans son automobile et qu’il a été faire un bon dîner au bouillon Duval avec le surveillant, qu’il montre, en se tournant vers lui et en disant : « Vous étiez de la partie !» — « On a mangé de la soupe aux poteaux {sic), du melon, des poteaux, mais saignants. »

D. — Vous avez fait la fête?

b- — On ne s’est pas ennuyé hier!

D. — Et après le dîner?

b- En bécanne, du 100 à l’heure! Quand vous voudrez monter avec moi, vous verrez que je conduis du 80 à l’heure.

D. — Vous avez une belle fortune ?

b. — 60 milliards.

D. — Qui les garde ?

b- — • Des poteaux.

D. — Et les ours ?

b. — Ah! mais si !

3 janvier 1909. — Depuis le mois de novembre. Ch... ne peut plus se tenir sur ses jambes, il a maigri; il bredouille de plus en plus, mais quand on passe devant son lit, il sourit avec satisfaction, déclarant qu’il est très content ; il continue à être milliardaire. Aujourd’hui, léger ictus apoplectiforme.

6 janvier 1909. — 11 ne possède plus rien, il n’a plus de millions, plus de milliards. Il se plaint d’avoir froid dans son lit. Il envie le sort de son voisin plus heureux que lui, qui est plus couvert, car ce voisin a sur son lit un million de couvertures.

9 janvier :

D. — Comment ça va, monsieur Ch...?

R. — Pas fort, la nourriture chez nous n’est pas bonne.

D. — Mais avec vos milliards ?

R. — Oh 1 je n’ai pas tant que cela, je n’ai que 400 francs à peine ; je n ai jamais eu de milliards.

D. — Vous avez l’air tiâste.

R. — La nourriture ne me plaît plus.

D. — Vous pourriez vous payer un déjeuner au restaurant, à 3 fr. 23?

R. — Je n’ai pas les moyens de me payer cela 1

n. — Vous avez bien pourtant encore une automobile ?

R. — Je n’en ai plus.

D. — Vous en aviez combien?

R. — Une dizaine, non, deux; deux petits cerfs et un petit poteau.

D. — Vous aviez des chasses?

R. — Tout cela est coffré.

U. — Vous êtes pourtant milliardaire?

R. — Dans le temps jadis, il y a dix ans.

D. — Vous êtes ruiné ? Qui a mangé votre fortune ?

D. — Comment?

R. — Ohl je n’en sais rien.

On avait levé Ch... qui est assis près de son lit pendant ce dialogue, la figure triste, la tête basse et regardant par terre, les mains sur les genoux. Il parle lentement et d’une façon monotone en bredouillant. .

D. — Êtes-vous fort?

R. — Dans le temps oui, mais maintenant on me met en bas.

D. — Pourriez-vous soulever un kilo ?

R. — Oui, à peine.

D. — Mais vous êtes bien portant ?

R. — Non, je ne me porte pas bien.

Fin janvier. — Le malade est de nouveau satisfait et riche comme auparavant. Ne se lève plus du tout, l’affection fait des progrès.

9 juin 1909 — Même état, mais gâtisme intermittent. Toujours pas désigné d’Ârgyll Robertson. On a jugé inutile de faire une ponction lombaire.

30 octobre 1909. — Actuellement il est levé; il circule, un peu maigri; il milliarde plus que jamais.

On remarquera chez ce malade diverses particularités. L’alcool, et ici sous sa pire forme, l’absinthe, est, comme cela arrive très fréquemment, une cause adjuvante du développement de la P. G. L’attaque d’hémiplégie et d’aphasie ayant duré deux mois est rare. Ellea précédé de deux ans environ l’apparition de la période d’état :

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donc ici une longue période de début. Puis Ch..., se remet à travailler, mais la mémoire commence à baisser. Il y a une fugue. A l’entrée il y a alternatives rapides de contentement et de tristesse, ce qui arrive souvent, appelées quelquefois forme circulaire de la P. G. La démence est profonde, la perte de jugement considérable, puisque le malade ne reconnaît pas le mois d’août et croit qu’il est normal de faire du feu. Je n’ai pas insisté et n’insiste pas ici sur cette démence sur laquelle j’ai déjà attiré l’attention du lecteur dans la sémiologie. Il devra se rapporter à ce chapitre pour bien se pénétrer du caractère total, « en bloc », de cette démence, si important pour le diagnostic dans les cas douteux. D’ailleurs l’ensemble des observations rendra la chose frappante et l’observation de Mar. . . (voyez plus loin) l’éclairciraencore mieux, puisque à cause de la longueur peu commune de l’affection, je me suis préoccupé chez ce malade d’étudier à fond, pour cause de diagnostic, le niveau mental.

Le délire de grandeur est chez Ch... d’une magnifique extravagance; il est mobile, diffus, incohérent et contradictoire à souhait pour satisfaire à la formule de J. Falret. Une idée hypocondriaque s’y mêle (les dents...), teintée de grandeur. Faux souvenir et néologisme incompréhensible (poteau), idées passagères de ruine avec contraste de grandeur (le voisin qui a un million de couvertures sur son lit) complètent ce riche délire. On remarquera une phrase assez caractéristique : « ma femmevientdemainpourme chercher. y) Beaucoup de P. G. annoncent aussi parfois au médecin, pendant plusieurs jours de suite, qu’ils sortiront le lendemain. Les signes physiques, en dehors du hredouillement très net, sontpeu marqués. Mais, comme on voit, l’affaiblissement, l’impossibilité de se tenir sur les jambes a fait des progrès assez lents, coupés par des rémissions. En décembre 1909, quand j’ai quitté le service, il n’était pas encore mort, bienquephysiquementtrèsdéchu.On notera enfin l’âge de l’apparition, 43 ans, qui est l’âge classique, et la durée, qui a été au moins de cinq ans. Quant à la syphilis, il n’a pas été possible de la retrouver d’après les renseignements fournis.

P. G. — Délire de grandeur avec invention. — Mort en état de mal épileptiforme. — Loin..., représentant de commerce, entré à Bicêtre le 4 avril 1907 à l’âge de 49 ans.

Renseignements (fournis par la femme). Père et un grand-père morts de paralysie. — Marié à 27 ans et demi. Très excentrique, très dépensier, empruntait à 50 p. 100; a entrepris mille choses dans le commerce et l’industrie qui

n’ont pas réussi; inventeur chimérique. Ruiné finalement lui et sa famille. — Il J a un an perte de connaissance pendant une minute. Le 8 septembre 1906, ictus ^ suivi d’hémiplégie qui a duré quatre mois. Il y a six mois la femme du malade remarque que L..., perd la mémoire, égare ses papiers d’affaires, se trompe de rue. n a dû être remercié par son patron. Depuis quelque temps il fait des scènes à sa femme, se met en colère pour rien. Il dit qu’il est le maître du monde et archi-millionnaire.

A l’entrée. — Accrocs nets de la parole. Inégalité pupillaire, tremblement, satisfaction marquée; il « millionne ». Il est orienté parfaitement.

tO avril :

D. — Bonjour, monsieur?

R. — Bonjour, monsieur.

D. — Comment ça va-t-il ?

R. — Très bien, très bien, très bien, très bien ; ma femme et mes enfants sont fous; ils sont dans un état critique.

D. — Pouvez-vous les soigner?

R. — Très bien.

D. — Avez-vous l’argent nécessaire?

R. — Je l’aurai.

D. — Vous avez des millions?

R. — Pas maintenant. Maisjeles aurai; un homme peut tuer 90 oiseaux par minute.

D. — Combien ça fait-il par heure ?

R. — Ça fait 90x60 (le malade prend un crayon et fait la multiplication) ça fait 5 400 à l’heure, en dix heures 54 000 et dix hommes 5 400 000. A 10 cenlimes ça fait 54 millions.

D. — A quoi servent tous ces oiseaux?

R. ^ Vous les vendez et vous aurez l’argent pour les pauvres.

f 7 avril. — Donne de nouveaux détails sur son projet de chasse aux moineaux. Il essaie de calculer. En partant de 1800 dans un quart d’heure, il calcule que dans une heure on peut abattre 72 millions de pierrots; il fait le calcul par écrit en additionnant correctement quatre nombres égaux à 1800; il trouve 7 200, ce qui est exact, mais il ajoute aussitôt quatre zéros, ce qui fait 72 millions. « On peut mettre 600 hommes avec un fusil à Sainte-Anne ; cela fera, à 0 fr. 10, 72 millions de francs par jour. » — « On peut aller il la mer ramasser des moules, des coquillages, cela fera des milliards et on fera le trust universel. »

Pendant tout l’été il continue à rabècher ces inventions. Il écrit de nombreux mémoires avec une orthographe parfaite et une écriture peu tremblée et peu déformée, sauf à de très rares endroits. Il explique comment on pourra faire la chasse aux oiseaux dans la première cour du service :

« Problème des oiseaux.

«c Essais définitifs.

« Ne gênant pas le personnel qui sera relégué contre la bibliothèque « et pourra assister aux hécatombes sans inconvénients, on peut même leur « confier le ramassage des oiseaux. Il n’y a aucun danger, toute la partie du « côté valide étant dégagée, les hommes ayant à traverser la cour pourront « le faire en traversant les salles, rien à craindre comme accident, etc.».

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Dans d’autres écrits, il proteste contre son internement et déclare que sa femme et ses enfants sont fous ; ils l’empêchent de mettre la dernière main à cette invention qui sera « la solution jugée et mise au point de tous les problèmes sociaux, moraux, humains, humanitaires, religieux, indiscutables. »

1 ! septembre. — Le malade baisse intellectuellement. Il a ses poches pleines de cailloux, et il explique que chacun pourra être vendu 100 francs ii titre de talisman lorsqu’il aurait écrit une devise dessus.

13 septembre. — Allume des feux dans la cour avec des paquets de vieux journaux. Il roule ses lacets de souliers en forme de cigares et les met dans sa poche après les avoir allumés. •

26 octobre. — Mort en état de mal épileptiforme.

J’ai redonné ici cette observation, bien que j’aie cite' déjà brièvement le délire, parce que, en outre de cette invention paraissant liée aux dispositions antérieures du malade, il y a des pertes de connaissance apoplecti formes avec hémiplégie et convulsions dont la dernière a été mortelle ; c’est une des terminaisons de la P. G. On verra plus loin comment ces accidents peuvent évoluer lorsqu’ils guérissent.

P. G. — Délire hypocondriaque. — Tentative de suicide. — Tou... A., mécanicien, entré à Bicêtre le 22 octobre 1908, à Tâge de 38 ans.

Renseignements (fournis par la belle-sœur) — Au mois de juin a commencé à être malade, chez celle-ci; il refusait de manger. Mais sa maîtresse a trouvé qu’il avait donné des signes de dérangement cérébral au moins deux ans auparavant ; il se plaignait aussi de maux de tête, comme des barres au front. — Chez sa belle-sœur, il manifesta des idées de suicide et essaya de se jeter par la fenêtre la veille de son entrée à Sainte-Anne; ce même jour il aurait eu pendant une heure une attaque de paralysie. Il parlait toujours, paraît-il, des pertes d’argent.

A l’entrée. — Achoppement dans la parole, myosis, signe d’Argyll. Réflexe patellaires très exagérés. Écriture typique, gribouillée, dont il est content; pas de désorientation. Propos niais démentiels. Aspect satisfait. Très mauvais état physique.

2 novembre. — T..., refuse les aliments ; le lait qu’il absorbe forme un fromage dans l’estomac; il faudrait un lavage pour traverser ce fromage et le faire partir.

7 nowemôre.— L’estomac est bon, mais resserré, les intestins sont bouchés.

Le cerveau est vide. .< A Sainte-Anne, je buvais de la gentiane, ce qui me faisait du bien » .

1 6 novembre. — S’alimente régulièrement.

f 0 décembre. — Il déclare que les intestins sont bouchés et qu’aucune nourriture ne peut passer. Grande difficulté pour le faire manger. Escarre sacrée, œdeme des jambes, paralysie vésicale et diarrhée. Cachexie rapide.

•/7 décembre. — Amaigrissement considérable. Mort.

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Comme on le voit le malade avait présente d abord de la satisfaction malgré son état de cachexie profonde, car il est entré à la période terminale. Cette cachexie est la terminaison naturelle, pourrait-on dire, du P. G. On noteéa l’escarre. Chez les malades bien soignés, elle ne doit se produire que tout à fait à la fin. L’état de satisfaction n’avait pas débuté il y a longtemps, puisque quelques jours avant l’entrée Tou... avait fait une tentative de suicide, tentative qui prouve qu’un P. G. doit toujours être surveillé. Elle a été vite remplacée par des préoccupations hypocondriaques évoluant vers la . négation. Comme signes physiques : achoppement caractéristique, myosis, signe d’Argyll Robertson. L’écriture était l’écriture typique du paralytique que je mentionnerai plus loin en détails.

P. G. — Délire de persécution avec hallucinations auditives. — Crises épileptiformes avec paralysie et coma. — P..., comptable, entré à Bicétre le 8 octobre 1908, îi l’âge de 31 ans.

Antécédents et renseignements (donnés par la femme ). — La lemme a fait une fausse couche un an après le mariage, à 8 mois et demi. Un enfant de 3 ans très nerveux. D’ailleurs la syphilis a été avouée par le mari qui l’a contractée à 18 ans et l’a à peine soignée. P... a bu beaucoup de vin et d’absinthe. 11 travaillait autrefois pour la Société des sommeliers. Depuis cinq ans il est comptable aux galeries X.... Depuis un an il a des bourdonnements d’oreille et fait des excès génitaux, lui très froid d’ordinaire avec sa femme. Il y a quelques mois, il se plaint d’avoir été traité de voleur par un employé de son magasin et d’être la risée du bureau ù. ce sujet. Il va rejoindre sa femme en Lorraine et prétend avoir été suivi depuis Paris. 11 est persécuté par ce collègue qui a donné de mauvais renseignemets sur lui. 11 revient prendre son travail et se plaint d’avoir été renvoyé trois fois du magasin (ce qui est faux). Le médecin ordonne deux mois de campagne. Avant de partir, il prend une voiture et fait le tour de toutes les gares pour dépister les suiveurs. 11 fait à sa femme des querelles continuelles; il est jaloux et prétend qu’elle a des rapports anormaux avec tous les gens qui lui en veulentà lui, P..,.. Il entend continuellement des gens qui lui parlent de ses affaires. Il se perd, met ses vêtements àl’envers; il croit qu’il joue â la Bourse et qu’il a des millions dans l'armoire et sous le lit.

A l’entrée. — Embarras marqué de la parole ; inégalité pupillaire, mydriase droite. Grande paresse des réactions pupillaires. Réflexes inférieurs forts. Etat démentiel caractéristique.

17 otobre 1908. — On a noté que depuis l’entrée, P... croit avoir entendu des personnes lui parlant par le plafond ; elles lui offrent 100 000 francs pour monter une affaire, mais il préfère refuser et rester ici où il se trouve bien.

3 novembre. — A l’étage au-dessus des personnes l’injurient ; elles n’ont pas mangé depuis deux jours : le petit garçon du malade est séquestré avec eux et se ferait « enc . par le rabbin. »

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D. — Votre petit garçon ?

R. — On lui a coupé la tête pour le nettoyer. On lui a enfoncé un tampon de ouaté dans la gorge ; je ne l’ai pas yu, mais je l’ai entendu dire.

D. — On va la lui recoller ?

R. — Je ne sais pas . ils la lui ont recollée ce matin.

D. — Comment.

R. -- En recousant les nerfs principaux.

D. — Comment ?

R. — Je ne l’ai jamais vu réussir en Allemagne non plus . Ma femme et

ma belle-sœur aussi on leur a coupé la tête. Ds viennent à deux heures du matin. C’est par le téléphone qu’on m’a dit cela. Tout cela a été payé par X > qui tient des hommes emprisonnés ici, etc.

On lui dit d’écouter les voix du plafond; il se recueille, écoute. 11 marmotte à VOIX basse quelque chose et dit : « Ils me disent de jouer -at^nant dans la quatrième. » ° °

D. — Pourquoi parlez-vous ? Vous parlez à voix basse?

R. — C’est parce que la machine marche.

D. — Quelle machine?

R. — Le rayon rouge.

Après être resté fixe et immobile et remué les lèvres comme s’il parlait il ajoute : « Je me débarrasserai ce soir de tous ceux-h\. »

vv uuo ixiiuiuiia uu iiujimras.

même; les hallucinations paraissent

- uicii.,uiaic esi eu voie ue C

ïulsives ontbeaucoup diminué et sont cantonnées i

Chaslin. — Sémiologie

doigts de la main gauche;

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à cette date le signe de Kernig, qui n’a pas été recherché au cours de la- crise, est trouvé nettement positif.

« Le 15 mai, vers 3 heures de l’après-midi, B..., a une nouvelle crise, à type d’épilepsie vraie, toujours sans morsure de lalangue, et qui n’a laissé après elle aucun trouble de la conscience ni de la motilité; une seconde crise tout à lait analogue a eu lieu dans la nuit du 15 au 16.

« 7 juin. — A partir du 16 mai, P... est revenu à son état antérieui-; il ne présente plus de secousses convulsives; l’hémiplégie a complètement disparu, ne laissant comme trace qa’un certain degré d’incoordination des mouvements du membre supérieur gauche, incoordination qui persiste encore actuellement (7 juin ). Enfin, le signe de Kernig a diminué progressivemeut pour disparaître totalement au début de juin.

« Latempératm-e a atteint 38°, le 10 mai, puis est redescendue progressivement à 37”. »

Il y a à remarquer chez P... la syphilis avouée, l’alcool, le début par l’excitation érotique et la jalousie. Le malade s’est perdu dans les rues, ce qui est si fréquent. Malgré les idées de persécution, il y a des idées de richesses qui reparaissent de temps à autre. Son délire est tout à fait absurde (une fois P... entré à Bicêtre), tandis que, d’après les renseignements, il paraissait au début assez systématisé, ce qui aurait pu donner lieu à une erreur de diagnostic. On notera les idées de machines spéciales, le néologisme, « le rayon rouge » , qui s’accorde bien avec les idées de persécution et les hallucinations auditives nettes. La démence était typique sous le délire. Comme signes physiques, outre l’aspect : une grosse inégalité pupillaire (ce n’est que dans ce cas-là qu’elle peut avoir de la valeur), la paresse pupillaire à la lumière, enfin l’achoppement spécial.

Les attaques épileptiformes, si fréquentes dans la P. G., ont été accompagnées ici de paralysies passagères qui peuvent exister aussi à part ; il peut y avoir seulement des attaques apoplectiformes. Le signe de Kernig indique bien une poussée meningitique temporaire. 11 faut avoir soin de rechercher la température qui aide fort au pronostic.

P. G. — Délire de grandeur. — Délire de persécution hypocondriaque. Far..., 45 ans, entré à Bicêtre le 28 janvier, mort le 9 octobre 1909.

Pas de renseignements. Le malade est dément ; signes physiques nets , délire hypocondriaque et de grandeur : « J’ai arraché peut-être aujourd hui cinq cent chancres de l’estomac; j’ai un estomac! Je bois quatre bouteilles de

Bordeaux, des grogs . des agents m’ont coupé la lèvre, parce qu’ils savaient

que je devais gagner beaucoup d’argent aux courses, aller jusqu’aux millions, peut-être 20 millions.... Les boulangers veulent me nommer à Versailles

PARALYSIE GÉNÉRALE. 4^9

pour remplacer le député assassin, plus assassin que l’assassin lui-même » 6fevner. - Il a rédigé un discours sous le nom de M. P... de Castillon ou dans un charabia e avec une écriture typiques, il parle de socialisme’ d idéal social et humanitaire. ucidiisme,

22 avril. ^ n dit qu’il j a des machines électriques en dessous des cellules qui lui envoient de l’électricité et le tripotent. - De ce tripotage il est rémZ un chancre rongeur sous le filet de la verge et il faut 5e la petiTe po id blanche pour le guérir. ^ pimme

Ce dehre de persécution continue; on note de nouveaux détails.

5 juin 1909. — Se dit importuné toutes les nuits par des <c machinations » qui lui detaquent les dents, lui dévissent la tête, et la font tournertelîe

ültPs^Ptrn i «gaiement atteints, on les lui retire des or¬

bites, etc. On lui fait entendre des musiques étranges.

Cette nuit on l’aurait obligé de gâter dans son lit, sans qu’il put rien faire poui s en empecher. — A effectivement gâté cette nuit / juin 1909 :

D. — Que vous est-il arrivé ?

^'1 ~ ^«gardez comme M. C... m’a arrangé : il m’a enlevé les dents et mon nez tombe dans ma bouche. Il m’a dit : « Je te ferai crever de faim. »

U. On vous a soutire aussi votre sperme et votre sang 9

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