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CHAPITRE IX

SYPHILIS CÉRÉBRALE (1

Sommaire.- Rappel du côté» infectieux»de lasypliilis. Syphilis cérébrale avec «rosses

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«vnHpnmt' H Vague et mcohereiit. Un exemple exceptionnel sous la forme de syndrome de Korsakoff sans iaux-souvenirs. Ces exemples montrent au’il va

^^eZwf'dVlabes^ persécution avec tabes; interprétation délirante des troubles

J ai dtya touche en passant à une partie de ce sujet à propos du dehre infectieux en discutant l’observation de Q... Ce cô/é infectieux de la syphilis est encore trop mal connu pour que je m’y appesantisse. Ici je ne m’occuperai que des troubles mentaux liés a la syphilis grosses lésions cérébrales tertiaires, qui partant de cotés se rapprochent de la paralysie générale, si bien que parfois il est difficile de distinguer l’une de l’autre, soit cliniquement soit même postmortem.

Je renvoie au chapitre Arriérations pour les syphilis cérébrales infantiles (voyez p. 491).

Voici d’abord un cas qui a été pris par des confrères des plus compétents pour de la paralysie générale.

..., essinateur, 34 ans a son entrée à Bicêtre, le d4 juin 1903. gneZrpTrt difficile d’avoir des rensei-

“le ’ln T' y complaisance,

aouoie au début, a été très agité et très violent; malgré cela sa femme l’au

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formes et embar a *** gâteux avec délire de grandeur, accès épilepti-

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gâteux. Peu de temps avant son entrée à Bicêtre, il aurait, étant amélioré,

t) Régis, Précis, p. 731. E. Dcpré, Traité de G. Ballet,^. 1223.

SYPHILIS CÉRÉBRALE

l'ait une fugue jusqu’à Nice où sa femme a pu le retrouver. Il a été considéré, dit sa femme, comme atteint de paralysie générale par tous les médecins qui l'ont vu; effectivement les certificats que j’ai pu consulter portent ce diagnostic. Il paraît qu’à son entrée dans le service il était dans le même état mental que maintenant, mais qu’il traînait un peu plus la jambe et était plus apathique.

Le malade est un homme grand et fort qui a un aspect un peu « endormi » , mais qui n'a en aucune façon le masque du P. G. Il se tient de la façon la plus correcte et se laisse examiner avec la meilleure volonté du monde. Aucun signe de paralysie générale : pas de troubles de la parole, à peine un léger tremblement de la langue seule, pas de tremblement des lèvres, ni des membres. Pas de troubles ataxif ormes quelconques. Il y a seulement un peu de traînement de la jambe gauche quand le malade marche; il s’aide d’une canne. Réflexes rotuliens exagérés à droite; achilléens normaux; normaux aux membres supérieurs; cutanés normaux. Signe de Babinski à gauche. Pas de trépidation épilepto'ide. Pas de troubles de la sensibilité. Aux yeux, légère dilatation pupillaire gauche. Réflexe lumineux normal à gauche ; à droite extrêmement faible. Réflexe accommodatif normal. Surdité datant de l’enfance à |auche. Bruit aortique dangereux. Pas d’autres signes physiques.

Au point de vue mental, R... paraît « éteint », autant qu’on ,en peut juger lorsqu’on ne connaît pas son état avant la maladie. Mais, en outre, ilyaquelques particularités intéressantes. Il se rappelle très bien sa vie antérieure jusqu’à il y a sept ans environ. C’est ainsi qu’il donne la date et le lieu de sa naissance (en Bohème), des détails circonstanciés sur sa venue à Paris, les maisons où il a travaillé comme dessinateur. 11 dit qu’il a toujours habité la rive droite et qu’il connaît peu la rive gauche. Il avoue avoir eu la syphilis à 21 ans et s’être fait soigner au Midi par le docteur Humbert avec des pilutes, du sirop de Gibert et de l’iodure pendant quatre ans. Il n’aurait pas eu d’accident jusqu’à l’époque de son mariage, contracté à l’âge de 26 ans. Il n’a pas eu d’enfant et sa femme n’a pas fait de fausse couebe. Il se rappelle l’Exposition de 1900. Pourtant c’est vers cette époque qu’il a commencé à être malade ; il a vu double et le docteur T... lui a fait des piqûres de biiodure. Il avoue qu’il y a cinq ans ou cinq ans et demi, il perdait la mémoire, ne pouvait plus faire de compositions décoratives ; puis il fut obligé de s’aliter pour des douleurs de jambes et il resta, dit-il, couché chez lui pendant dix-huit mois. Mais il nie énergiquement êti’e entré dans un autre asile qu’ici et sa fuite à Nice lui est également complètement inconnue. Il y a là une lacune qui porte sur plusieurs années, et non reconnue par le malade. A part cela, il ne paraît pas pour la mémoire actuelle notablement affaibli ; il se rappelle bien tous ses faits et gestes à l’intérieur de l’hospice, etc. La seule chose qui marque un affaiblissement intellectuel est l’indifférence avec laquelle il accepte son séjour; sa femme qui veut divorcer vient le voir régulièrement et il accepte aussi volontiers ces visites et ce projet contradictoires. D’autre part, il s’occupe de dessiner des meubles, mais il n’a plus, d’après les renseignements que j’ai obtenus, l’imagination nécessaire pour composer. Enûn il demande, s’il est possible, à passer dans les divisions des vieillards.

La ponction lombaire faite à deux reprises a révélé une lymphocytose presque normale.

SYPHILIS CÉRÉBRALE

Depuis le janvier 1906 jusqu’au 30 octobre 1907, laps de temps pendant lequel j’ai suivi le malade, l’état mental est resté le même, mais la marche est devenue de plus en plus facile, bien que le malade ait pris l’habitude d’avoir toujours une canne. R. est passé aux vieillards en octobre 1907. Grâce à 1 amitié du professeur P. Marie, j’ai eu des nouvelles du malade jusqu’en décembre 1909. A cette date, l’état était le même; une ponction lombaire a révélé une lymphocytose absolument normale, mais une réaction de Wassermann positive.

En somme, je ne pouvais devant ces symptômes hésiter au début qu’entre la syphilis cérébrale et une P. G. avec rémission. Mais il est exceptionnel qu’une rémission dure autant et soit aussi complète tant somatiquement qu’intellectuellement et, d’autre part, une lésion localisée, même minime mais persistante, comme celle que présentait R..., se rencontre rarement dans la P. G. ; force me fut de me rallier au diagnostic syphilis cérébrale. L’absence de lymphocytose va bien avec la disparition des troubles tumultueux des premières années. Il y a guérison (sans traitement) avec léger déficit intellectuel (Heilung mit Defect des Allemands). Mais cette observation prouve que la syphilis cérébrale peut simuler la P. G. à s’y méprendre, ce qui est fort instructif. Malheureusement je n’ai pas connu le malade dès le début ; c’est là une lacune des plus regrettables de mon observation.

Les deux malades suivants Ont aussi été guéris relativement, mais après traitement et avec reliquat de lésions localisées'. L’affection a bien été prise pour ce qu’elle était.

Syphilis cérébrale améliorée avec lésions localisées et reliquats : difficultés de la parole, aphasie modérée. — Octobre 4909. — Le malade Bru... vient consulter du dehors. (Il n’a pu être vu que deux fois rapidement.)

Le malade a été paralysé il y a neuf ans à l’âge de 42 ans. Paralysie droite survenant tout d’un coup.

Le malade était fondeur. Pas de coliques de plomb. Pas d’excès de boisson, ni de maladies vénériennes avouées.

Malade traité chez le professeur Gaucher par des piqûres pendant deux ans’, avec, dit B..., une amélioration. Depuis, il a été soigné par l’iodure de potassium. V.

Chez M. Gaucher, le malade est resté six mois dans un état très grave, presque dans le coma; il a reçu du benzoate de mercure à raison d’une piqûre" par jour, à dose très forte au début, puis diminuant progressivement. Ce traitement avait produit une amélioration considérable.

Paralysie faciale droite à type inférieur. La face est déviée à gauche dans tpute sa moitié inférieure; la langue est déviée, le voile du palais paraît normal bien que le malade déclare avaler parfois de travers. Par contre les. mouvements du front et des yeux sont normaux.

SYPHILIS CÉRÉBRALE

Pas de paralysie des membres supérieurs ni des membres inférieurs. La marche est normale, il n’y a pas de diminution de la force musculaire du côté droit et le malade accomplit facilement même des actes délicats comme celui de boutonner ses bottines. Les réflexes ne sont exagérés ni aux membre supérieurs ni aux membres inférieurs. Pupilles égales. Pas d’Argyll.

Le malade a une très grosse difficulté d’élocution, caractérisée par un empâtement général avec escamotage de certaines syllabes, qui, au premier abord, rappelle l’embarras de la parole d’un paralytique général avancé. En outre, il a de la difficulté à trouver ses mots; ces phénomènes aphasiques apparaissent surtout au bout de quelque temps d’interrogatoire, alors que le malade est fatigué ; la première syllabe du mot lui fait alors en général retrouver le mot tout entier.

Le malade lit sans difficulté et se rappelle bien ce qu’il a lu.

L’écriture est au contraire très défectueuse; dans ce trouble graphique on peut mettre en évidence deux éléments : dans certains cas le malade ne peut écrire un mot parce qu’il ne sait plus comment s’écrit ce mot et n’arrive pas à l’épeler; dans d’autres cas il ne peut écrire un mot qu’il épelle correctement.

Les calculs simples sont effectués convenablement.

Dans l’ensemble, le malade paraît légèrement affaibli; il a des crises de larmes quand il ne trouve pas un mot ou n’arrive pas à l’écrire. Cependant il est bien orienté et sa mémoire paraît bonne en gros; l’épreuve des trois papiers est aisément effectuée.

Ponction lombaire le 8 novembre. Quelques rares lymphocytoses.

Chez cet homme, le début, il y a neuf ans, avait été marqué par une paralysie droite, qui a rétrocédé sous l’influence du traitement et n’a laissé que la paralysie faciale et l’aphasie légère après elle. Donc la localisation était énorme, accompagnant un trouble mental très profond, mais peu comparable à celui d’une P. G.

Syphilis cérébrale améliorée. Hémiplégie droite et aphasie persistantes. — Pro.,., marchand de vins, âgé de 40 ans, entré à Bicêtre le 27 décembre 1905.

Renseignements donnés par son oncle. — Malade depuis le 18 septembre 1904. n eut une congestion à cette époque, resta sans connaissance et demeura paralysé du côté droit. Depuis, il a aussi perdu l’usage de la parole : ne prononçait d’abord aucun mot, puis s’en rappela quelques-uns. Actuellement, il ne sait que quelques mots, mais, quand on dit un mot devant lui, il le répète facilement.

Ilfuttraité chez lui par le docteur Babinski, qui le Ht envoyer à la campagne. 11 eut à certains moments des attaques de rage, accès de colère, cherchait à frapper autour de lui. Par moments, paraît avoir des visions, semble avoir peur : « on dirait qu’il voit quelque chose ».

Ne cherchait pas à s’en aller de chez lui. Parfois aussi a des attaques; tombe comme mort. Cela dure de dix à quinze minutes, puis il se met à crier. Il perd connaisance, reste immobile sur le lit, a des secousses des bras; à la fin il est abattu, endormi. Il y a déjà deux ou trois ans, a déjà eu en petit des attaques de nerfs assez comparables à cela. En avait souvent; depuis son attaque il. en a parfois quatre ou cinq par semaine.

SYPHILIS CÉRÉBRALE

Marié depuis treize ans. Sa femme a eu deux fausses couches, pas d’enfants vivants.

Aurait eu la syphilis (à 22 ou 23 ans). S’était incomplètement traité.

Buvait (il tenait un comptoir de marchand de vins à Paris).

D’après sa femme, il buvait beaucoup avant son mariage. Au début de son mariage était exalté, avait des accès de violente colère, de furem-. La nuit il sursautait dans son lit, avait des visions, des cauchemars. Depuis 1900, il est « comme tout à fait fou ». Se mettait en colère à propos de rien, était irritable, méfiant.

Les crises de nerfs qu’il avait le prenaient comme un malaise. 11 en avait comme cela depuis un an ou dix-huit mois avant son attaque. Actuellement il est tout à fait enfant et devient de plus en plus méchant. A conservé quelques mots qu’il répète. 11 ne sait pas trouver ses mots, mais répète facilement ceux qu’on lui dit.

L’été il se promenait un peu en compagnie de sa femme. 11 revenait bien chez lui.

Les attaques de colère étaient très fortes. Aurait tout brisé.

Mange gloutonnement. Un peu sale. N’a pas grand soin de lui.

Comme antécédents ; son père était alcoolique. La mère est morte jeune. Un frère, très robuste, boit beaucoup, est très méchant.

Se portait bien dans son enfance.

La syphilis a été traitée par des injections de mercure (calomel).

On lui a fait des piqûres pendant trois mois (tous les cinq jours).

De plus on lui fait de l’Inésol et des frictions d’onguent napolitain tous les jours.

Sa femme lui faisait aussi des piqûres de morphine (quatre à six par jour) pour le calmer.

Examiné le 29 décembre 1903.

Signes physiques :

Yeux : inégalité pupillaire (à droite : plus grande) ;

Signe d’Argyll Robertson;

Cercle sénile, accentué surtout en haut;

Un peu de ptosis droit.

Langue déviée légèrement à droite.

Tremblement fibrillaire des lèvres en masse.

Troubles moteurs: pas de Romberg. Diminution de la contractilité musculaire à droite; marche difficilement ; lajambe droite traîne ; il fauche un peu; pas de steppage.

Réflexes rotulien; aboli à gauche, un peu fort à droite.

Réflexes palmaire et olécrânien droits forts.

Pieds : clonus à droite. Pas de Babinski.

Troubles trophiques : nuis.

Troubles de la sensibilité : Un peu d’hyposthénie à droite.

Etat mental : Calme, tranquille. Ne paraît pas excité. Ne dit que « pays »

« feignant ». Comprend tout ce qu’on lui dit, reconnait assez bien les objets, et peut les prendre quand on le lui demande, mais se trompe souvent. De plus ne peut dire leur nom, mais le répète quand on le lui dit.

-20 janvier '1905. — Il se plaint de vives douleurs dans lajambe et le bras

SYPHILIS CÉRÉBRALE

droits. Il fait signe avec la main gauche que tout son côté droit a été paralysé. Il paraît conscient de sa situation, se lamente et laisse entendre qu’il est sûr de sa mort prochaine. Comprend parfaitement bien tout ce qu’on lui dit et exécute chaque ordre qu’on lui donne. La motilité paraît un peu revenue du côté paralysé, mais l’aphasie reste au même degré : ne peut spontanément dire que « pays, feignant, oui » . Répète bien les mots qu’on lui dit.

A partir de ce moment son état est absolument stationnaire . Il a des crises épileptiformes de temps en temps, mais qui paraissent pourtant devenir moins fréquentes.

Il est proposé pour passer aux divisions d’incurables de l’hospice.

Le malade suivant, tout en étant porteur de lésions circons^ «rites, a pre'senté un délire à aspect démentiel qui se rapprocliait par certains côtés de celui de la paralysie générale.

Syphilis cérébrale. — Délire incohérent. — Signes de lésions localisées.— Thé..., magasinier, entré à Bicêtreleô juillet 1904 à l’âge de 43 ans, transféré •à Nanterre le 12 août 1909.

Antécédents {fournis par la femme de Thé...) — Antécédents héréditaires inconnus. A fait de bonnes études, a déserté du service militaire belge. Il a deux enfants bien portants. Pas de fausses couches de la femme. — Sobre, pas buveur, jamais de maladie.

En 1901, il reçoit sur la nuque un bloc de fonte. Deux mois après la vue du malade baisse. Il va consulter M. Abadie qui lui fait des injections intraveineuses de cyanure de mercure. Ce traitement n’amène qu’une amélioration momentanée. Depuis ce moment le caractère de Thé... s’assombrit; il devient jaloux, cherche à se suicider; il a pris un rasoir et s’est fait une entaille au cou. Idées de persécution vagues, pas d’hallucinations de la vue ni de l’ouïe, (d’après sa femme) ; pourtant, une nuit, le malade aurait vu le bon Dieu. Excitation génésique pendant un mois.

7 juillet. — Le malade est complètement aveugle; les pupilles sont insensibles à la lumière. Il y a du strabisme interne de l’œil droit. Les réflexes des membres sont très exagérés. A part cela, Thé... paraît seulement très légèrement affaibli intellectuellement; il à des idées de persécution très vagues, si bien que je fais un certificat d’attente.

10 juillet. — Ponction lombaire. Lymphocytose très abondante. A partir de ce moment il est examiné de temps en temps, parce que si le niveau mental paraît peu affaibli, en revanche il y a à de certains intervalles des manifestations délirantes incohérentes et absurdes qui attirent l’attention. C’est ainsi que :

Le 27 août il raconte qu’il a rêvé. « J’ai rêvé que j’étais Napoléon et que j’ai renversé le pape. Je ne peux m’expliquer pourquoi, quand je change une pièce de vingt sous, on me rend des sous avec l’efTigie de Napoléon et jamais celle de la République. »

D. — Y a-t-il là un rapport avec votre rêve ?

R. — Monsieur, je ne sais pas; j’ai rêvé, mais je crois que je n’y suis pour rien dans la guerre avec l’Allemagne .

SYPHILIS CÉRÉBRALE

‘ D. — Croyez-vous que ce soit quelqu’un qui vous suggère ces idées?

R. — Quelque chose qui opère sur moi.

D . — Quoi ? l’électricité ?

R. — Je ne sais pas; je sens parfois un tressaillement.

18 décembre. — Il ressent, dit-11, des élancements dans les yeux, comme un grelot, attribués vaguement à un « on » sur lequel on n’obtient pas de renseignements» Je croyais que je descendais de Napoléon, je n’ensuis pas sûr. »

. J’ai 33 lettres dans mon nom, j’ai 45 ans, je suis né en -1863, je pèse

76 kilos, » etc.

23 décembre. — Il se plaint qu’on veuille le supprimer, c’est la calotte et le régime impérial ; il sera mort avant le printemps. Il est obligé de tirer la chaîne du réservoir des W. -C. pour empêcher qu’on jette des barres de fer par terre.

29 mai 1909. — 11 se plaint d’être électrisé la nuit et tient des propos incohérents à propos de la chaîne du réservoir des W.-C. qu’on l’oblige k tirer.

Peu à peu ces idées de persécution et de grandeur ont disparu. Il n’est resté que l’affaiblissement intellectuel, assez peu marqué pour que Thé... pût être proposé pour Nanterre où il a fini par être transféré.

Ainsi ce malade qui avait été traité très énergiquement par 'le mercure, sans résultat, avant son entrée, s’est amélioré graduellement sans nouveau traitement, du moins les troubles mentaux, car la cécité et le strabisme n’ont pas changé. Au point de vue mental, 1 affaiblissement intellectuel n’était pas très marqué, le malade se comportant raisonnablement dans le service, mais le délire incohérent, absurde, vague, de persécution et de grandeur, avait un cachet qui aurait pu faire songer à la P. G. si la mimique n’avait été intelligente. De plus, ce délire avait bien plutôt la teinte d’un délire de rêve, très analogue à celui que l’on rencontre chez certains vieillards affaiblis, et d’autre part « les yeux qui étaient comme des grelots », c’était une idée hypocondriaque analogue à celles que l’on rencontre parfois dans certains délires chez les tabétiques, où les lésions servent d’amorces aux idées délirantes.

Voici maintenant une observation où la syphilis cérébrale s’est présentée sous la forme rare de syndrome de Korsakoff (voyez p. 259) sans faux-souvenirs (f).

Syphilis cérébrale avec syndrome de Korsakoff sans faux-souvenir. — Lac..., âgé de soixante et un ans, ayant exercé pendant longtemps la profession d’ouvrier typographe, entre à Bicêtre le 29 août 1906.

(1) Cette observation a été publiée ; Çhaslin et Portocalis, Un cas de syphilis cérébrale avec syndrome de Korsakoff à forme amnésique pure, Journal de psychnl. norm. etpatk., juillet-août 1908, 5» année, N» 4.

SYPHILIS CÉRÉBRALE

Nous n’avons eu sur les antécédents personnels du malade que quelques renseignements qui nous ont été fournis pat les amis de ce dernier. Mais ces renseignements sont importants :

L... contracte, étant jeune, vers quinze ans, la syphilis (le malade se rappelle bien l’avoireue). Le médecin qui le soignait, il y a quelques années, lui aurait fait des piqûres. L... aimait à faire bonne chère et se donnait commeun bon vivant. II n’aurait jamais présenté ni colique de plomb ni paralysie. Il était marié, père de deux enfants, et séparé ou divorcé de sa femme.

Au mois de décembre 1904, L... aurait eu un premier ictus apoplectiforme. A la suite, ses amis constatent un affaiblissement très marqué de la mémoire ; le malade inscrit sur un carnet tout ce qu’il lui est utile de se rappeler. Cet affaiblissement conscient va en croissant et inquiète beaucoup le malade.

Le 20 août 1906, nouvel ictus. Deux jours plus tard le malade perd de nouveau connaissance et est amené à la Charité, où, après un séjour de quelques jours et vu sa turbulence (î), on l’envoie à Sainte-Anne et de là à Bicêtre.

L’attitude et la tenue de L... sont correctes, la physionomie gaie et insouciante, sauf par intervalles où L... devient triste, préoccupé, par retour sur lui-même, de son état de santé.

Dès le début de la conversation d’examen, le lendemain de l’entrée, on s’aperçoit que le trouble mental porte sur la mémoire.

D. — Bonjour, Monsieur.

R. Bonjour, Monsieur, mais je ne suis pas un halluciné.

D. — Comment vous appelez-vous?

D. — Quel âge avez-vous ?

R. — Je suis de 1845.

D. — Oui, mais quel âge avez-vous?

R. — Je ne sais pas; en quelle année sommes-nous? C’est une absence, mais je ne suis pas un maboule pourtant I (Le malade cherche un journal

pour trouver la date.).... Nous sommes au xix» siècle, en 1800 . en

4370 . en 1900 . mais même plus ; c’est donc pour ça qu’on m’a amené

ici . je suis donc atteint d’aliénation mentale!

R. — Je ne sais pas, je suis à . mettez moi donc sur la voie . oh 1

décidément je suis donc atteint d’aliénation mentale? (le malade se met à pleurer.)

D. Voyons, Monsieur, comment êtes-vous venu ici?

R. — Ici, je n’en sais rien.

D. — Depuis combien de temps êtes-vous ici ?

R. — Quarante huit-heures, trois jours (le malade est entré la veille au soir) . non, décidément, je pers la tête.

D. — Pourquoi êtes-vous venu ici?

R. — Je ne sais pas, je suis donc fou?

D. — Où étiez-vous avant de venir ici?

R. — Chez moi.

D. — Où ça?

R. — Oh! je ne sais pas, j’ai oublié, voyons c’est-il bête çà, pourtant j ai bien un domicile.

SYPHILIS CÉRÉBRALE

D. — Oui, vous habitiez rue R...

R. —Ah! oui, rue R...

Quelques secondes après, on demande au malade d’indiquer l’adresse de son domicile, il l’a déjà oubliée.

On peut, pour toutes les questions, essayer d’exciter le pouvoir d’acquisition du malade, celui-ci est incapable de retenir un fait, une date, le nom d’un édifice.

Toutes les conversations suivantes ressemblent pour le fond à celle-ci et l’état n’ayant pas sensiblement varié jusqu’à la mort de L..., nous résumerons les constatations successivement faites, ainsi qu’il suit.

11 y a amnésie généralisée très étendue, à la fois actuelle ou continue, et rétrospective (rétrograde); mais il n’y a pas d’aphasie. Si l’on examine la mémoire du malade au point de vue du pouvoir de la fixation des idées, on constate que ce pouvoir est complètement aboli.

Exemple :

D. — Où habitez-vous ?

R. — Je ne sais pas, j’ai oublié, pourtant j’ai bien un domicile.

1). — Vous habitiez rue R...

R. — Ah! oui, rue R...

Quelques secondes après on demande de nouveau au malade l’adresse de sa dernière demeure ; non seulement il ne s’en souvient plus, mais ignore également que quelque temps auparavant on venait de lui poser la même question.

Autre exemple:

On lui montre une carte postale représentant l’avenue des Ghamps-Élysées. Le malade prétend que c’est l’avenue de l’Étoile ; à cinq ou six reprises ditîérentes on lui montre la même carte postale, il oublie cependant toujours la rectification qu’on vient de lui faire et répond constamment : ça c’est l’avenue de l’Étoile !

Les deux exemples précédents montrent que la capacité d’acquisition mnémonique est nulle. Le malade ne peut retenir non seulement des phrases, mais même un seul nom, une seule date, un seul mot qu’on lui indique. Ajoutons également que la durée de conservation est nulle et cela, même si on lui fait répéter ou écrire plusieurs fois de suite le même mot, si on essaye une rééducation.

Peut-on, chez le malade L.. ., attribuer ce manque d’aquisition mnémonique à un défaut de perception, comme cela s’observe au cours de la confusion mentale, par exemple? Non, car on se rend compte très facilement que le malade fixe son attention sans difficulté apparente et comprend immédiatement et sans effort les questions qu’on lui pose. 11 reconnaît les objets, s’en sert sans difficulté et les nomme sans hésitation. 11 fait des efforts, mais infructueux, pour retenir. Par exemple, on montre au malade un bon sur lequel est notée la date du 8 septembre 1906; le malade tâche d’apprendre cette date et, de peur de l’oublier, la répète continuellement à voix basse. Au bout d’un instant cette date est oubliée totalement.

La désorientation dans le temps est complète ainsi que dans le monde extérieur, comme nous l’avons vu plus haut : le malade ne reconnaît pas les salles ni son lit.

Chasiin. — Sémiologie. 29

450 SYPHILIS CÉRÉBRALE

Il ne reconnaît pas certaines personnes, le chef de service, les iniernes, ou le surveillanl, mais il reconnaît et nomme ses ainis quand ceux-ci viennent le voir 11 oublie d’ailleurs immédiatement après leur visite et leur existence.

Le malade a non seulement perdu la capacité d’acquishion mnémonique actuelle, mais aussi un grand nombre des résultats anterieurs acquis G tt perte du pouvoir d’évocation des souvenirs est loin detre systeniaUsee à une période de la vie du malade; elle porte sur presque tou e son existence S, Lus les faits récents sont complètement oubliés, il ne reste, des laits anciens, dans la mémoire du malade, que quelques vestiges qu il puisse evoquei , es mieux conservés sont ceux de la première enfance de L. ..

Exemple :

D. — Comment vous appelez-vous?

D. — Quel âge avez-vous?

R. — Je suis de 1845.

ü. — Eb bien, quel âge avez-vous? „ , i

R. — Je ne sais pas : au fait en quelle année sommes-nous? etc. (Voyez plus

haut.)

O, — Quel metier exerciez-vous?

R. — Ma foi.... au fait, c’est vrai, quel était mon métier.

D. Vous étiez compositeur typographe.

R. — Ah ! mais oui, que je suis bête.

D. — Etes-vous marié ? (il était marié.)

R. — Mais au fait avec qui donc suis-je marié?

D. — Combien d’enfants avez-vous?

R. — Je crois deux (exact).

D. — Comment s’appellent-ils ?

R. Oh ! je ne sais pas ; je crois Camille (exact) et ma foi, j ai oublie le nom de ma fille.

D. — Où êtes- vous né?

R. — A Paris, rue de Seine, 31.

D. — Où avez- vous été à l’école ?

R. Rue des Marais-Saint-Gcrmain, 13, actuellement rue Visconli.

D. — Avez-vous fait votre première communion?

R. — Oui, à Montrouge.

D. — Avez-vous poursuivi vos études après ?

R. Oui, je suis entré à Turgot.

D. — Et après, où avez-vous été en apprentissage ?

Le malade cite quelques noms de patrons, mais ne peut préciser ni eui adresse, ni le temps qu’il est resté chez eux : c< Je suis entré chez W... comme ouvrier, mais je ne suis pas sur; je dois y être resté un an. «

Le malade dit ne plus se souvenir de rien à partir de 1804 (L... avait d cette époque 19 ans). Hp

Le fait est, ainsi que nous l’avons constaté précédemment, que le nom ses enfants, leur êge, leur existence même, ne sont évoqués qu’avec un sentiment de doute sur l’exactitude de ces souvenirs.

R. - N’ai-je pas aussi une fille? 11 me semble que j’avais une hile.... Je suis vraiment atteint d’aliénation mentale, j’ai la mémoire infidèle.

SYPHILIS CÉRÉBRALË.

4oi

Le souvenir des faits généraux est également gravement altéré;

IL — Vous souvenez-vous de la guerre ?

R. - Oui, j’étais caporal au 84- j’ai servi aussi la Commune.

1). — Quels sont les faits saillants dont vous vous souvenez; les barricades les incendies, l’entrée des Versaillais ?

R. - Je ne me souviens de rien; je me rappelle seulement que j’étais assis a la maison, auprès de ma mère, et qu’on disait qu’ils fouillaient partout Lorsque j’ai vu que ça chauffait, je me suis retiré.

Le souvenir des connaissances spéciales est conservé pour certaines d’ entre elles, altéré pour d’autres.

La lecture est facile. L’écriture dictée, spontanée, copiée, est correcte. Le malade sait faire exactement des additions, des soustractions et des multiplica- Rons, etc. 11 dessine de mémoire la carte géographique delà France et y indique les villes principales.

Maisles mémoires visuelles et topographiques sont très affaiblies; par exemple, les rues et aspects de Pans, les directions à suivre dans Paris, ne sont plus évoqués ou très incomplètement. Pas de surdité verbale. Pas d’aphasie amnésique proprement dite.

La mémoire des habitudes manuelles est assez conservée; L... est conduit aux atehei-s de typographie de l’hospice de Bicétre ; il s’est mis aussitôt à composer correctement et très rapidement. 11 a cependant sauté tout un alinéa Le lendemain on lui demande :

U. — Qu’avez-vous fait hier après-midi ?

R. — Je ne me souviens pas.

D. — Avez-vous composé ?

R. — Non, ça c’est mon métier, je me serais certainement souvenu.

Nous avons constaté qu’un grand nombre de faits sont complètement rayés e la mémoire du malade, d’autres au contraire existent, mais endormis, et ne sont plus évoqués; le malade a perdu non pas les images mnémoniques mais le pouvoir d évoquer ces images. ^

Ainsi il est incapable de donner son adresse rue R.... 57, mais si on la lui n-onlie eciite, il dit immédiatement : « ça c’est mon adresse. » Il ne peut dire 11 ''r ^^u •• « c’est mon ami. «

iéroni c’ n de Marie, il

seLemenls T^ prenom de ma femme », ce qui est inexact d’après les reniement souvenirs évoqués artificiel-

L... ne présente que quelques très rares illusions de la mémoire et encore — pa,„ées de doute : il affirme cependant une fois avoir étT bouscuTle mt rq tandis qu il s agit en réalité des piqûres qu’on lui a faites. Ces illusions de à vè forme du « déjè vu : « 11 me semble que je suis

er eu!, iV"' ^ 11 a faitaussi quelques

rre r de econnaissance au début : c’est ainsi qu’il a cru un jour voir sa femme dans le service, et c’était la surveillante, voir sa fille et c’était une 11 eiràrer" P"^> demandait si cela était bien certain,

allemand appelé confabulation par les auteur.s

réd^ de fa^ ffue L... ne comble pas par des

de fantaisie, des faux souvenirs, les lacunes de sa mémoire. Cela ne lui

452 SYPHILIS CÉRÉBRALE

est jamais arrivé. Il n-,y a eu qu’une fois où il a manifesté quelque chose qui se rapproche de loin de ce symptôme : il a reçu la visite d’un ami ; l’un de nous lui demande s’ilareçuune visite, et L... dit que non. «Mais comment s’appelle cette personne? » « Cette personne, dit L..., je n’en sais rien, c’est peut-etre un

Italien. » , r ,

Le malade L... a pleinement conscience de son état et se rend parfaitement compte que sa mémoire est très affaiblie.

D. — Comment ça va?

R. — Mal.

D. — Qu’est-ce qui va mal? Le cœur? l’estomac?

R. — Non, tout va bien de ce côté-là.

D. — Et la mémoire?

R. — Ah ! c’est ça, c’est la mémoire qui ne va pas.

Un autre jour on a fait lire au malade une ligne dans un journal ; au bout de deux minutes il a tout oublié et si on insiste pour qu’il s’en souvienne, il

répond : . i-, ,

« Je ne sais plus, non, je ne me souviens plus, inutile d’insister, mutile de réfléchir, je ne me souviendrai plus. »

Le malade juge d’ailleurs que pour qu’il ait perdu la mémoire, il faut que sa raison soit fortement ébranlée ; la phrase : « Je suis atteint d aliénation mentale, je suis maboule », revient régulièrement et à maintes reprises au cours de chaque interrogatoire.

« J’ai peur, a-t-il dit à un moment où il était amélioré, que la mémoire me revienne et qu’elle s’en aille aussitôt après. » Un jour où on lui demandait d’écrire ce à quoi il pensait, il écrit : « C’est malheureux, mais je suis atteint dans une certaine mesure d’aliénation mentale. »

Cette conscience de son état mental provoque chez le malade une émotion bien compréhensible; des crises de larmes éclatent, surtout quand L... se voit dans l’impossibilité d’évoquer des souvenirs en rapport avec sa vie de famille.

Le malade est cependant loin d’avoir « perdu la raison », sa conversation n’est pas celle d’un dément. 11 raisonne comme un homme de sa condition et paraît même à certains moments manifester une intelligence assez vive. Nous avons essayé à plusieurs reprises de juger de son degré d’intelligence en lui soumettant des textes relevés sur le livre de Toulouse et Piéron (si toutefois cela est possible par ces moyens). On lui montre le banc en équilibre instable. 11 répond aussitôt : « Mais le banc va tomber. » On lui montre deux gravures presque identiques ; il s’aperçoit très rapidement qu’il manque un arbre dans l’une d’elles. On lui fait lire la phrase suivante :

Un homme armé d’un poignard tua le brigand d’un seul coup de leu.

Le malade s’écrie en riant : « Oh! mais c’est impossible! »

On propose au malade le syllogisme suivant :

Le mensonge est un vice.

Or tout vice est haïssable.

11 prend la plume cl écrit :

« Donc il faut haïr le mensonge. »

11 apporte la plus grande attention à tous ces exercices.

Certes, tous ces. exemples qu’on pourrait multiplier n’indiquent pas qae L...

SYPHILIS CÉRÉBRALE

soit doué d’une intelligence supérieure ; ils montrent que le malade a un degré d’intelligence de beaucoup supérieur à celui d’un dément.

Si nous poussons l’examen plus loin, nous constatons que le malade ne présente aucun autre trouble mental surajouté, aucun délire.

En dehors des accès de tristesse et de larmes provoqués par la constatation de ses oublis, il est plutôt insouciant, d’aspect « bon vivant », comme il l’a toujours été, paraît-il.

Sa conduite dans le service est correcte pour autant que le permettent les lacunes de sa mémoire. Le malade ne s’intéresse pas à grand chose, flâne dans les cours en chantonnant et ne demande pas à s’occuper. Mais ce qui est tout à fait frappant, c’est que malgré cette perte de la mémoire, il a l’air de s’habituer au service, à être interrogé, etc., comme si des souvenirs inconscients agissaient dans une certaine mesure.

Les troubles moteurs sont nuis : la marche régulière : pas de paralysie ; pas de signe de névrite périphérique ; pas de tremblement des lèvres ou de la langue ou des membres; pas d’embarras de la parole.

La sensibilité est légèrement émoussée, surtout du côté droit.

Les réflexes, exagérés à droite.

Signe de Babinski double, mais surtout à droite.

Pas de clonus du pied.

Les troubles vaso-moteurs sont nuis.

Less phincters fonctionnent normalement.

Surdité à gauche, légère (datant de l’enfance, paraît-il).

Pas d’inégalité pupillaire, les pupilles réagissent à la lumière, un peu lentement cependant.

Pas de liseré de Burton.

La langue est fendillée. Rien d’autre à signaler dans l’appareil de la digestion.

Ni sucre, ni albumine.

Le cœur et les vaisseaux, les poumons sont normaux.

Température normale.

Poids : 68 kilogrammes, à peu près constant.

La ponction lombaire donne une lymphocytose abondante.

Pas d’hypertension du liquide céphalo-rachidien. Liquide légèrement trouble. Evolution de la maladie — Du 28 août au 13 septembre, l’état du malade reste stationnaire; c’est toujours le même état mental, le même état physique.

A cette date on soumet le malade aux injections de biodure de mercure eii solution huileuse à 0 gr., 005; en augmentant de 0 gr., 005 tous les jours on atteint ainsi rapidement la dose de 0 gr., 05 de mercure à laquelle on s’est maintenu pendant tout le cours du traitement. Sous l’influence de ces injections, il semble survenir une légère amélioration.

Le malade se souvient qu’on lui a fait une piqûre le matin, qu’on est venu le voir la veille, qu’il est à Bicêtre ; il se rappelle la date de son mariage, etc. Pendant plusieurs jours il porte un journal dans sa poche pour y lire la date Malheureusement cette amélioration ne persiste pas longtemps : le 28 septembre on s’aperçoit que l’état mental baisse et, en outre, à celte époque apparaissent quelques troubles nouveaux : le malade gâte, ramasse les débris que laissent les autres malades dans leurs assiettes et les mange, etc., etc.

SYPHILIS CÉRÉBRALE

On cesse le traitement mercuriel.

Le 10 octobre on soumet le malade au traitement ioduré.

On commence par 3 grammes d’iodure de sodium par jour jusqu à concurrence de 10 grammes, dose à laquelle on s’est maintenu jusqu’au 14 novembre.

A cette date, le malade a présenté des signes d’intolérance assez accusés, pâleur, amaigrissement, qui ont nécessité la suppression de l’iodure.

L’état du malade ne se modifie guère jusqu’au 14 décembre.

Dans la nuit du 14 au 1.3, le malade ])résenle un ictus apopleetiforme et tombe dans le coma.

De 2 heures du malin à 1 heure et demie du soir, 41 accès épileptiformes. Mort le 15 décembre, en étal de mal.

On remarquera la forme insolite de cette syphilis cérdbrale, le signe de Babinski double, enfin l’apparition au bout de 45 ans de durée de cette dernière manifestation de la vérole. J’ai donné cette observation avec tous ses détails fort longs, pour montrer comment dans certains cas exceptionnels on est obligé d’examiner les troubles de la mémoire dans ses éléments multiples.

Symptômes. — Ces observations éclairent en partie les notions principales que l’on doit avoir sur la syphilis cerebrale et qui sont les suivantes :

1“ 11 y a toujours des signes de Usions nerveuses localisées, très souvent irréparables (en tous cas plus durables que dans la P. G). Il y a fréquemment des attaques épileptiformes.

2° Ces lésions sont très variables ; paralysie des membres, de de la face, des yeux, lésions du nerf optique, cécité, etc. Le signe d’Argyll Robertson peut manquer. La lymphocytose est un signe capital, mais non pathognomonique-, je veux dire par là qu’il se rencontre dans d'autres affections para-syphilitiques, le tabes, la P. G. et les méningites.

3° Les troubles mentaux sont très divers.

D’abord, ils peuvent manquer totalement. C’est ainsi qu un malade que j’ai eu dans le service des épileptiques de Bicêtre n’en avait pas; il présentait seulement une hémiplégie gauche avec contracture et accès d'épilepsie généralisée. Il avait été soigné au Midi et je lui ai injecté en plusieurs séries du calomel à haute dose sans aucun résultat.

Ils peuvent être voisins du coma, de la stupidité la plus intense avec ou sans excitation incohérente; apparaître sous forme de con-

SYPHILIS CKHÉDRALE.

fusion, de neurasthénie psychir/ue, de démence plus ou moins marquée.

Ils peuvent s’accompagner d'aÿoAasi’e comme chez Bru... et Pro... dont on a lu l’histoire. Chez un autre malade, Weh..., où la syphilis cérébrale était apparue sur un fond d’alcoolisme chronique, il y avait un état de confusion tellement typique qu’au début on avait cru à de la confusion post-épileptique, d'autant plus qu’il y avait eu attaque épileptiforme avant l’entrée à Bicêtre. Cet état dissipé a laissé paraître une aphasie incomplète qui s’est améliorée légèrement. Puis le malade a été perdu de vue.

Le délire peut exister et être très variable, très comparable à celui de la P. G. ou, tout en étant incohérent, avoir plutôt une teinte de rêve ou revêtir une autre forme.

Enfin, les troubles mentaux peuvent prendre l’aspect du syndrome de Korsakoff plus ou moins pur.

Diagnostic. — Si les symptômes physiques ne sont pas très apparents, on peut prendre la syphilis cérébrale pour tous les troubles mentaux, mais surtout ceux où il y a stupidité, confusion, délire de rêve. On devra donc soigneusement rechercher les signes physiques, pour peu que l’on soupçonne la syphilis et spécialement le signe d’Argyll Robertson et la lymphocytose.

Avec l’épilepsie tardive : penser toujours à rechercher la syphilis derrière la convulsion apparaissant après 30 ans.

Avec la paralysie générale i se rappeler que :

1° Les signes localisés sont bien plus permanents dans la syphilis cérébrale ;

2° Les paralysies oculaires apparaissent avant tout dans la syphilis cérébrale ;

3° Les troubles de la parole dans la syphilis ne sont pas si caractéristiques; il v a empâtement plutôt qu’achoppement ou bredouillement;

4“ L’aphasie proprement dite, plus ou moins grave, est très rare dans la P. G. et ne dure pas ;

S° 11 y a souvent des signes de compression dans la syphilis cérébrale ;

6° S’il y a amélioration (due au traitement ou non), celle ci est graduelle et parfois bien plus complète que la rémission du P. G.

7“ Le traitement agit parfois favorablement sur la syphilis cérébrale et au contraire toujours très défavorablement sur la P. G.

456 SYPHILIS CÉRÉBRALE

Avec l’alcoolisme chronique : Lymphocytose, signe d Argyll Robertson, traitement comme pierre de touche.

Avec la démence organique par lésions artérielles : Rechercher la syphilis et surtont la lymphocytose, le signe d’ Argyll, enfin l’âge, car la syphilis cérébrale peut apparaître bien plus tôt que cette démence organique.

Avec les tumeurs cérébrales: Chercher les signes de la verole, mais il peut y avoir lymphocytose dans les deux affections. Essayer le traitement.

Avec les autres formes de démence, je n’insiste pas.

Pronostic. — Ordinairement grave.

Terminaisons. — La guérison complète; la guérison incomplète; la mort.

Traitement. — Souvent inefficace.

Huile grise, injections de calomel à haute dose, frictions intensives, iodure à haute dose (1).

Prophylaxie de la syphilis. — Traitement prolongé au début et dans le cours de celle-ci.

Appendice

Délire de persécution avec tabes.

Il y a des cas rares où le tabes s’accompagne d’un délire de persécution plus ou moins bien systématisé, dont les idées délirantes et les hallucinations ont pourpoint de départ des douleurs fulgurantes réelles, les paresthésies sensitives et sensorielle, l’atrophie papillaire, etc.

Un certain nombre de vieux tabétiques présentent à la fin un affaiblissement mental plus ou moins accentué.

(1) N’ayant pas l’expérience du nouveau médicament dit « 606 », je ne l’indique que sous toute réserve .

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