‹ Éléments de sociologieChapitre 10 sur 79 · ORIGINE DE LA FAMILLE · texte numérisé non relu

ORIGINE DE LA FAMILLE

que l’on est plus près de les perdre. De plus, en avançant en âge, le cœur se dessèche. Donc vous soumettez la foi, l’enthousiasme, la générosité aux calculs, à l’égoïsme, au scepticisme. Enfin, la société d’aujourd’hui est en immense progrès intellectuel, et même en progrès moral relatif, sinon absolu, et nos mœurs obligent la nouvelle génération instruite, régénérée dans une certaine mesure, à l'esprit grave, aux saines préoccupations, à s’incliner, et avec respect encore, devant la génération ignorante, futile, intellectuellement délabrée qui l’a précédée. Il faut le remarquer, cet assujettissement des fils à leurs parents n’est pas du tout une conception inhérente à la nature même de Ia famille. Sans aller jusqu'aux sauvages qui mangent leur père devenu trop vieux, nous avons encore en France maintes provinces où le père, agriculteur, dès que l’âge a engourdi ses muscles ou obscurci son intelligence, cède à ses fils la direction de sa ferme ou de sa propriété. Cela n'atteint en rien le respect dû à ceux qui vous ont mis au monde, mais, c’est tout autre chose de respecter quelqu'un ou de lui donner l'autorité sur sa propre conduite. Du reste, la pratique est ici en désaccord avec la théorie, et je connais bon nombre d’apôtres de la famille qui, tout en réclamant pour l’ancêtre une autorité sans limite, n’ont jamais pensé à lui obéir en quoi que ce soit, depuis qu'ils ont atteint la majorité. |

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fl n’est pas besoin de sortir de France pour trouver des modifications à l’autorité paternelle. Dans certaines classes, le fils jusqu’à sa mort est un enfant devant son père. Dois-je ajouter que ces classes là ne peuvent guère être en progrès? Tenir un homme en lisière jusqu’à sa cinquantième année, ce n’est pas le moyen de le rendre agile et fort dans le combat de la vie! C’est le

forcer à la timidité, à la défiance de soi-même; c’est en faire un inutile, et en vérité ce n’est que dans les castes où l’on a le moyen de ne rien faire et de ne rien produire, que l’on trouve cette soumission dont l'hypocrisie est le seul palliatif. Dans d’autres familles, on tient avec une sévérité de fer les enfants jusqu’à l'âge d'homme, et tout d’un coup on leur lâche la bride. Heureusement pour ces familles que le ressort individuel s’est prodigieusement affaibli et que les passions, ces moteurs de la vie, ne trouvent œuère de secours dans nos organismes épuisés. Comme c’est le cas pour la généralité des jeunes gens, ils arrivent à la ville ou est située la Faculté, et y trouvent une liberté absolue, pas même contrôlée par l’opinion publique qui ne les connaît pas, au sortir de la discipline de fer qui est la douce règle de notre mère l'Université. La constatation la plus désolante, c’est que peu font de grandes folies. Ils se contentent d'oublier ce qu’ils savent dans les longues journées oisives, d’affaiblir encore leur corps et leur esprit dans des débauches bêtes, de ne jamais ennoblir leur cerveau par un peu de cet idéal qui est la grandeur de notre race, et de compléter ce système d'entrainement par l'absorption en masse, vers la fin de l’année scolaire, des manuels expressément composés pour faire des licenciés en droit avec les plus belles nullités de notre beau pays. Lorsqu'ils reviennent chez eux, cette liberté à outrance à effacé l'empreinte mauvaise laissée par la torture universitaire. Ceci a annulé cela ; de ces deux systèmes d'éducation contraires il reste... rien du tout. Lorsqu'ils sont déjà notaires, avocats, architectes, souvent époux et pères de famille, ces messieurs commencent à apprendre leur métier d'homme, à moins qu'ils ne se bornent à rester toute leur vie des imbéciles. Bien peu de pères ont eu le courage, la témérité de se confier davantage aux enfants qu'ils avaient créés et qu'ils ne pouvaient se résoudre à croire pourvus de mauvais instincts. Dès

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