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CHAPITRE PREMIER

Le sentiment du devoir pourrait bien n'être que la perception de ce que l’on se doit à soi-même. L'idée de morale, au contraire nous enseigne, nous précise ce que nous devons à autrui. En tout cas, la langue vulgaire fait de la morale la base des jugements qu’elle porte en disant « Cela est mal », ou, « Cela est bien ». Où prend-elle ses racines? — Evidemment si l’on demandait à la très grande majorité en vertu de quoi elle prononce ses arrêts, elle serait fort embarrassée de répondre. Ce ne sont pas seulement les femmes qui nous diraient : « C’est bien, parce que c’est bien. » — Mais ces idées, innées aujourd’hui, ont eu une origine, une base. Lorsqu'il en est autrement, la sociologie trouve son rôle le plus utile à combattre des jugements qui ne sont que des préjugés.

Les théories de la morale sont innombrables. Sans parler de celles qu'enseignent les manuels de collèges, nous trouvons la morale religieuse, la morale consentie, et, plus près de la Science, la morale contractuelle et la morale sociologique.

Sans nous préoccuper de celles où l’étude n’a rien à voir, nous voyons dans la morale contractuelle une sorte de vice originel, de pétition de principe. Expliquer toutes les obligations qui incombent à l’homme par le respect dû au contrat ne suffit, peut-être pas, si l’on ne dit pas la source d’où provient la nécessité de ce respect, et, si on la fait dériver de ce qu'elle est indispensable à l'existence de la société, pourquoi ne pas conserver ce principe de nécessité commune pour en motiver nos devoirs ? De plus, les partisans de la morale contractuelle reconnaissent, les premiers, que celle-ci n’a d’action que dans un temps très court après le contrat. Et, certainement, les héritiers des générations qui l’ont consenti obéissent à des raisons d’un ordre moins abstrait.

Je voudrais ici profiter d’une très subtile et très exacte dissertation sur le mariage, qui m'a été envoyée, voilà de longues années, par une femme dont le cœur égalait le talent. Sans partager toutes les idées qu’elle émet, j’adopte ses conclusions et nous y trouverons les éléments du vrai droit coactif, de la vraie morale.

En vérité, c’est de l’adultère qu'elle traite, c’est-à-dire d’une infraction à la loi du mariage. Voici ce qu'elle en dit : Pour l’homme, en tant qu’auteur principal, on peut dire que, lorsqu'il est passager et occasionnel, l’adultère n’est pas une faute grave. S'il est durable, il est aussi blämable que toutes les dissipations qui amènent le mari à gaspiller au-dehors son temps et ses ressources. Ce qui le rend coupable, c’est la douleur de la pauvre abandonnée. Dans ce cas, c’est un dommage direct. Je ne juge l’adultère que pris en soi.

Elaguons d’abord les cas où la sentence n’est pas douteuse. La femme qui devient adultère par légèreté, par vice, par intérêt, par ennui ne mérite aucune pitié. Elle a prêté un serment solennel. Elle s’en joue. Elle est coupable,

Mais voici une pauvre créature que l’on a mariée à seize ans. La brutalité du mari a commencé la deuxième semaine du mariage, ses infidélités la deuxième année. Le lit conjugal reste solitaire, et, ce qui est pire, la maison conjugale. S'il y revient, c'est afin d’épancher son humeur mauvaise, de satisfaire ses instincts de tyrannie que ses maîtresses l’obligent à réfréner. En cette femme, il n’est pas une fibre qui ne soit affamée d'affection. Elle a besoin d’être aimée et plus encore d’aimer elle-même. Ce qu’elle voudrait, c’est le maître doux et fort devant qui elle puisse s’incliner. Les années passent, elle voit que tout espoir du bonheur entrevu va s’évanouir. Un jour elle rencontre celui qui personnifie ses désirs. À peine l’a-t-il vue deux fois qu'il l'aime. Oh! qu'il l’aime trop, pour le lui dire, mais elle le sait si bien! Il est à ses côtés, d’un regard elle le mettrait à ses genoux. Il est libre et peut lui donner à la fois sa vie et son amour. A-t-elle le droit de les accepter ?

La question religieuse n’a pas d'importance ici. Cette femme, telle que je la suppose ne demande avis qu’à sa conscience et lui pose cette question : « Quel mal fais-je ? »

La possibilité d’une grossesse frauduleuse ne saurait l’arrêter. Si elle avait quelque poids les femmes stériles et celles qui imitent la fille d’Auguste, Non tollo vectorem nisi navi plena, seraient autorisées à tout. L’honneur du mari a été donné en garde à l'épouse, mais comment serait-il souillé par une faute ignorée de tous ? Et, d’ailleurs la raison peut-elle admettre que le déshonneur provienne de là, avant qu'il soit démontré que c'est une faute ?

Elle a prêté serment, c’est vrai, mais l'engagement est bilatéral. Le mari s'était engagé à la protéger, à l'aimer. L’accomplissement de son vœu, à elle, ne lui serait possible, que si son mari était là pour la soutenir aux heures dé défaillances morales et

d'abandon physique. En l’outrageant, en l’isolant il l’a déliée de tous ses devoirs vis-à-vis de lui. D'ailleurs il ignorera toujours cette faute qu’elle veut commettre et pourquoi renoncerait-elle au bonheur qu'il n’a pas voulu lui donner ?

Enfin, il la trompe, lui, et nul ne l’en blâme. D'où vient donc cette différence entre l’appréciation de deux faits exactement semblables ?

Malgré tout, à cette infortunée on pourrait dire: Oui, vous seriez coupable. Qu'importe d’où provient la différence de gravité des deux fautes, elle existe! Dès votre enfance, vous avez été élevée à placer dans la chasteté votre droit à l'estime, votre titre au respect. Mesurez l’eflort qu’il vous faudra faire pour vous donner et vous verrez que ce n’est pas là un acte banal, dépourvu d'importance. Le consentement général, à notre époque, sur notre continent, fait de l’adultère de la femme une déchéance. Sans motif, je le veux bien, mais cela est. Si vous le commettez, cette déchéance vous frappera.. Vous la cacherez ? Alors vous la mériterez en l’évitant. Le bon accueil de vos pairs vous le volerait. Ce n’est que par une hypocrisie de tous les jours que vous garderez votre place dans la société. Voilà où est le crime. Tous les actes ici-bas où nous sommes tous solidaires, doivent se juger à deux points de vue : en eux-mêmes et au point de vue social. En soi, l'adultère ne contrevient pas à la loi naturelle, mais il attente à la base même de la société, il porte en lui-même sa condamnation puisqu'il oblige son auteur à une dissimulation constante.

Que l’on ne voie pas, dans ce qui précède, un plaidoyer en faveur de l’adultère mais que l’on reconnaisse les véritables bases de la vraie morale. Que dit-elle? Que l'erreur de l’homme et la faiblesse de la femme ont une gravité incomparablement différente. Pourtant le contrat est le même, et les conséquences directes de la

faute peuvent être les mêmes dans des circonstances données. Donc, ni le principe contractuel, ni la théorie de l’équité ne peuvent être invoqués ici. Que reste-t-il comme explication et comme justification de cette différence ? Le consentement général qui n’est aussi respecté que parce qu'il est l'interprète de l’utilité générale.

De deux choses l’une, ou la femme adultère proclame ouvertement qu’elle a rompu avec les devoirs communément acceptés et, dans ce cas, elle reconnaît se soustraire aux obligations de famille, aux fonctions de compagne qui sont le rôle de la femme dans la société actuelle, où elle cache sa faute et elle attaque directement cette nécessité où nous sommes tous de ne rien faire en le dissimulant puisque c’est là fausser la portée sociale de tous nos actes.

Comme mon éminente correspondante, je parle de l’adultère pris en soi et je laisse de côté la loi de chasteté qui cependant se trouve forcément violée en même temps que le contrat matrimonial. |

Nous trouvons donc, comme élément constitutif de la faute, l’oubli d’une nécessité collective, et, à un degré moindre, la dérision d’une convention sociale. N'oublions pas, en effet, que, d'accord avec tous les sociologistes, nous avons reconnu l’obligation pour chacun de faire ce que les autres ne pourraient faire si lui ne le faisait pas. La femme adultère se trouve en face d’un dilemme : ou bien elle entraînera en sa faveur l'approbation publique, elle portera un sérieux dommage tant aux femmes qui au prix de bien des souffrances, ont toujours pratiqué leurs devoirs qu’à la société pour laquelle l'exercice de ces devoirs est une nécessité originelle : ou bien elle encourra et acceptera le mépris général, et c’est là une faute absolue, car ce n’est pas un

droit pour nous que de nous avilir, car nous portons à la commu- nauté un dommage réel en enlevant la valeur morale à un de ses membres, fut-ce nous-même, et ‘enfin la femme coupable a toujours des gens qui sont solidaires d’elle et qui se trouvent diminués aux yeux d'autrui sans qu'il y ait de leur faute. Or, s’il est un principe nécessaire, c’est qu'aucun ne puisse souffrir que de sa propre faute ; s’il tombait en désuétude, ce serait, à courte échéance, l’abdication de toute dignité personnelle et le retour à l’âge où la force était le seul régulateur.

Cet exemple peut s'appliquer à toutes les actions que la loi pénale ne punit pas, mais que tout le monde est d'accord pour déclarer mauvaises. Il devient aisé de préciser ce qui caractérise l’immoralité au point de vue du sociologiste. Il ne le sera pas moins d’en faire dériver la théorie de la justice pénale et, sans entrer dans l’application, d'examiner le droit de punir.

Si, dans l’exercice de nos facultés, nous empêchons autrui d’user des siennes, nous agissons mal puisque nous portons atteinte au droit qu’a la société d’être servie par lui comme par nous, à son droit d'agir sans être entravé. Lorsque nous attaquons sa sécurité ou sa propriété, nous empêchons l'association d’atteindre son but qui est de les garantir. — Dans ces deux cas, le pouvoir coactif nous contraint à cesser ces actes délictueux, soit par les lois civiles, soit par les lois pénales. — La conscience publique, en même temps qu'elle a délégué à des magistrats la fonction judiciaire, semble avoir abdiqué son rôle de juge et réservé sa sévérité pour les actes que ne visent pas les peines qu’elle a consenties. — Nous venons d’en voir un exemple dans l’adultère. Mais nous en trouvons de plus concluants encore dans ce que l’on appelle l'honneur.

George Sand s’étonnait avec une surprenante naïveté que l'honneur fut si différent dans ce qu’il impose aux hommes et ce qu'il ordonne aux femmes. Cette différence est pourtant bien naturelle. Les deux sexes ont des fonctions parfaitement diverses et l’honneur ayant pour but l’accomplissement idéal de ces fonctions, il devait forcément varier ses exigences avec le résultat désiré.

Sur les bancs de l’école, au régiment, à l’atelier on peut diviser en trois groupes les sujets soumis à la règle commune. Les uns s’acquittent de leur devoir avec toute l’assiduité, le courage et la patience dont ils sont capables. Les autres font tout leur possible pour ne rien faire du tout. Au milieu, une partie fait juste assez pour éviter la férule, la salle de police, le renvoi. La règle et le règlement sont limités dans leur action. Ils ne peuvent atteindre que des faits matériels et ne peuvent envisager le plus ou moins de cœur que l’on met à l'ouvrage , comme l’on dit. — ÎT importe pourtant d'arriver à ce que la plus large fraction des travailleurs ne persiste pas à donner juste assez de travail pour éviter le chàtiment. Sous l’empire de cette nécessité, il s’est formé une sorte de règle morale qui, en accordant l'estime et la considération à celui qui travaille autrement que par crainte du fouet, l’en récompense, d'ores et déjà, en l'appelant : un bon élève, un bon soldat, un bon ouvrier.

Transportez cela dans la société civilisée et vous aurez l’origine de l'honneur et de ses dérivés.

Les lois civile et pénale sont surtout prohibitives. Même dans le sens négatif, elles ne peuvent imposer certaines choses sans devenir puériles, et d’ailleurs, comment prévoieraient-elles les innombrables cas qui se présentent chaque jour? L’intention leur échappe, ne tombe dans leur domaine que lorsqu'il y a déjà une certaine matérialité d'exécution. Entre le point où commence la

fraude et celui où elle est assez grosse pour que la loi la saisisse, il y à comme une zone neutre où se réfugieraient toutes les demihonnêtetés si l'honneur ne les y pourchassait.

C’est tellement vrai, l'honneur a si vraiment cette origine et cette mission, qu'il cesse de juger là où les gendarmes arrivent, ou s’il le fait, ce n’est que pour contresigner sans la lire, la sentence du magistrat.

Comme conséquence, ses arrêts sont d'autant plus prompts et d'autant plus rigoureux que le délit est moins sujet aux peines légales. C’est d’une logique parfaite. Créé pour réprimer des fraudes

. qui se jouent des lois, il peut être indulgent si ces lois trouvent un biais pour les punir, mais sous peine de cesser d’être, il doit se montrer impitoyable pour celles qui, sans lui, auraient l’impunité.

Voyez les dettes. On n’est pas déshonoré si l’on ne paie pas une dette reconnue par les tribunaux. Il était inutile de protéger par la morale publique une créance qui l’est bien assez par les huissiers. Mais on perd l'estime générale si l’on omet de payer une dette de jeu, une dette sur parole. L'intérêt général est engagé, en eflet, à éviter que le prêteur doive exiger toutes sortes de formalités s’il veut être sûr du remboursement.

C’est, en un mot, une sorte de loi supplétive mais si admirablement construite qu’elle se moule sur l’autre pour en remplir les vides et pour ne pas laisser de trace où puisse passer l’improbité.

La condamnation du mensonge vient de la même origine. Les rouages sociaux absorberaient, et au-delà, toute la force de la machine s’il fallait contrôler chaque affirmation avant de faire fonds sur elle. La loi pénale ne peut l’atteindre que dans l’infime minorité des cas. L'homme vient avec une échelle graduée et se

charge de réprimer ce qui est si naturel chez l'enfant et chez le sauvage.

On ne saurait s'étonner que cette force, née de la société existante , en serve les intérêts plutôt que ceux d’une société idéale. Quand il prescrit le duel, par exemple, le penseur peut s’affliger qu’une telle exigence soit obéie, mais il est contraint d'admirer la force d’un sentiment social qui pousse l'individu à risquer sa vie. Et s’il dépendait de ce penseur d’empêcher tous les duels, il y réfléchirait à deux fois. Il est nécessaire que l’individu soit respecté, à l’abri des outrages, pour qu’il puisse accomplir sa tâche, quelle qu’elle soit. Le duel est aux tribunaux ce que l'honneur est aux lois. IL prévoit ces offenses intangibles, immatérielles que les juges ne sauraient punir, sinon d’une peine dérisoire, eux qui ne connaissent guère que des intérêts réels. Mais même enne trouvant aucune base sérieuse aux lois de l'honneur, il demeurerait certain que l’on doit en surveiller l'exécution. On ne les oublie pas sans mensonge, ce qui est déjà l'indice d’un niveau moral assez bas. Ceux qui s’en affranchissent valent donc peu et ont autant d'avantages dans le combat pour la vie, sur leurs semblables plus honnêtes, qu’un tricheur sur les joueurs loyaux. Qu'on les batte en brèche, par le livre et la parole, rien de mieux, mais qu'on s’y soumette jusqu’à leur abrogation. Elles sont le ciment social qui enveloppe en les renforçant les liens que les lois établissent entre les hommes. Supprimez-les et ces liens se rouilleront et tomberont en poussière au premier ébranlement.

Il trouve les mêmes bornes que les lois et l'opinion. Loin d’être bienfaisant, il est funeste s’il veut régir les actes purement individuels. Destiné à protéger autrui contre nos empiétements, contre les quasi-délits de notre expansion personnelle, il est sans motifs de s’ingérer dans ce qui ne regarde que nous. On l’a dit plus haut : L’oubli de nos intérêts personnels amènera plus vite la disparition d’un être mal fait pour la vie collective, si cet oubli est

réel, mais il n'appartient à personne de croire à une diminution de ma dignité, tant que je ne manquerai à aucune de mes obli-

gations bi-latérales.

La valeur morale de chaque homme semble devoir exclusivement provenir de ses capacités et de ses actes. Il n’en est pas absolument ainsi. La langue usuelle nous en avertit lorsque nous voyons, dans les faits divers, que tel scélérat a deshonoré sa famille, si digne jusque-là ; que telle jeune dévergondée a jeté la honte dans un foyer respectable. C’est une des conséquences obligées de la solidarité familiale. Considérée par l'équité, elle se justifie par la compensation que lui donne la gloire d’un grand homme rejaillissant sur les siens. La sociologie ne peut qu'y applaudir. Elle rend tangibles les lois de l’honneur. Si je suis plein de penchants mauvais, d’appétits destructeurs, il est possible que la crainte d’être mésestimé par des gens que je ne connais pas, qui ne viendront pas me le dire, ne me soit qu’un frein médiocre. Au contraire, je ne puis m'empêcher de redouter les reproches de mon père, les larmes de mes enfants et même, à moins d’être vraiment vicié, je serai à l’avance retenu par cette pensée de porter un dommage irréparable à ceux qui me doivent la vie ou à ceux qui me l'ont donnée.

Grandement utile, on le voit, comme frein aux mauvaises pro- pensions, la solidarité familiale l’est presque autant comme ressort pour les saines ambitions. Je ne parle que de la solidarité de considération ; celle des intérêts matériels a déjà été examinée. La satisfaction, absolument personnelle, de se voir applaudi et estimé, loué même, ne paierait qu'imparfaitement les sacrifices qui en sont le prix, si elle ne se multipliait par le nombre de ceux qui nous sont étroitement liés. La gloire n’en-

chanterait pas ses élus au point dese faire acquérir par des supplices s'ils ne pouvaient la léguer à leurs enfants ou aux vieux parents dont elle enchante les derniers jours.

Aussi liée à l'intérêt général que la famille l’est à la société, cette solidarité dépasse son but si elle élargit trop son action. Rendre le cousin responsable, dans quelle mesure que ce soit, de la déchéance du cousin, c’est diminuer sa valeur sans compensation et manquer à la loi d’équité à l'heure actuelle. D'ailleurs la trop grande extension de cette solidarité est moins à craindre que l’oubli où souvent on la tient.

Ce ne sont pas seulement les artistes de tout temps qui ont fait de la Justice une divinité objective, presque matérielle. Les partisans de l’idée contractuelle en font l’inspiratrice, la créatrice même de tous les droits. Les partisans de la Providence voient en elle un principe émané de Dieu, un don par Lui imposé à l'Humanité. On l’a assez rarement définie avec exactitude.

Les chrétiens la font tenir à peu près toute entière dans cette phrase qu'ils appellent le symbole du droit naturel : « Ne fais pas à autrui Ce que tu ne voudrais pas qu'on te fit à toi-même ».

La morale contractuelle la limite à l’observance des clauses du contrat.

[l est nécessaire d'étudier de près ces deux idées de la justice, où toutes les autres rentrent plus ou moins exactement — avant d'exposer de notre mieux la théorie sociologique de la justice.

Comme on le voit par l'énoncé même de son Credo, la justice chrétienne est surtout négative. Cela seul démontrerait son insuffisance. Ve pas faire, c'est souvent causer un tort aussi grand à autrui que celui qu'amène le « faire » et j'appuierais ma pensée par des exemples s’il n’était pas évident qu'il y a là

surtout confusion de mots. Nous n’avons pas que des devoirs négatifs ou plutôt, ceux-ci ne diffèrent pas de nos devoirs positifs. Le changement du signe « (plus) » en signe « (moins) » n’empêche pas la réalité de la quantité qu'il précède. Il n’altère que sa destination.

En outre, cette loi crée autant de lois qu’il y a d'êtres qui lui sont soumis, autant de justices qu'il existe de cas que la justice doit régler. Dans certaines matières, elle est évidente. Celle du vol, par exemple. Personne ne consent à être volé, puisque, alors, il n’y à plus vol mais donation.

D'autres fois, elle est obscure. Don Juan aime Zerline, Zerline ne demande qu’à devenir la maîtresse de don Juan. Pourquoi ne la prendrait-il pas ? Invoquer les droits des parents de cette évaporée, v’est compliquer la question et mettre en opposition le droit de Zerline à perdre sa vertu et celui de ses parents à ce qu'elle la garde. Enfin, elle peut ne pas avoir de famille et vous serez forcés de faire intervenir la loi divine ou la morale, deux excellentes choses, mais qui n’ont rien à voir à la justice.

Souvent même, cette justice [à n’est plus juste du tout. Les habitants de l'Océanie ne demandaient pas du tout que l’on vint changer leur civilisation et détruire leur antique religion. On l’a fait. Ils s’en trouveront bien plus tard, les autres nations en retirent déjà des avantages. Mais l’on a violé directement la lettre et l'esprit de l’axiome chrétien.

On les néglige plus encore en emprisonnant un voleur ou en décapitant un assassin. On ne l’observe pas davantage en chargeant d'impôts tous les commerçants de Paris pour une Bourse de Commerce où n'iront jamais que certaines catégories d’imposés.

Pour unifier cette loi, pour la soustraire à l'interprétation dela partie passive, on prétend sous-entendre qu’elle ne s’applique

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