INTRODUCTION A
de me croire l'ennemi de ces trois grandes choses. Une fois pour toutes, je supplie le lecteur de n’en rien croire; d’abord les sentiments d’un écrivain sont indépendants des idées qu’il émet et, de plus, on peut admettre une société existant avec d'autres principes que la nôtre, mais non pas la nôtre existant hors des bases sur lesquelles elle est fondée. Je suis le premier à reconnaître que ces bases sont devenues une partie inséparable de nous-même. Un cataclysme peut survenir qui détruira le principe de propriété, le sentiment de morale, l’idée de famille ; on les retrouvera avec toute la force de leur végétation séculaire dans le plus intime de nous-même, qui leur servira de refuge. Je suis donc bien aise de déclarer cela de la façon la plus nette, et je compte profiter de la latitude, du crédit que cette déclaration me vaudra, pour exposer sans crainte, sans scrupules, les idées les plus subversives, les plus immorales, sûr qu'on ne m’accusera pas de m'en faire l’apôtre. À propos du mariage, je parlerai probablement de la possibilité d’une organisation où ce lien n’existerait pas et, cependant, comme Stuart Mill, à la première page de son ouvrage sur la Liberté, je termine cette introduction par un acte d'hommage vis-à-vis de ce que les siècles passés nous ont légué de meilleur, de cette union de l’homme et de la femme que l’on est heureux d’être spiritualiste pour croire éternelle. Si mon esprit et ma raison admettent la possibilité d’unions tempo-
raires, éphémères, je dois l’écrire, mais je réserve à mon cœur
de ne croire qu'à cette fusion de deux êtres dans un seul, qui se perpétue ici-bas dans les enfants qu'ils créent, là-haut dans une communion aussi longue que le Toujours.