CHAPITRE X
Faite sociaux européens constatés par la'Statistique.
La Statistique exige des travaux difficiies^ mui-tipliés et persévérants. Une expérience séculaire prouve incontestablement que ces travaux sont indispensables à l'administration et au gouvernement des pays civilisés. C'est beaucoup sans doute qu'ils puissent servir utilement de si grands intérêts, mais s'ils ne s'appliquaient pas à d'autres objets, les préventions du vulgaire qui les regarde comme des calculs d'arithmétique politique à l'usage exclusif du Pouvoir, seraient en partie justifiées, et la science se réduirait aux opérations nécessaires pour établir les impôts, lever les contingents militaires, tarifer les marchandises importées et exportées, énumérer les cas de répression judiciaire, et supputer au budget les besoins des services publics.
L'horizon de la Statistique est beaucoup plus vaste, il embrasse une foule d'autres objets importants et variés, et son exploration peut conduire à l'acquisition des connaissances les plus essentielles aux progrès sociaux. Il faut, il est vrai, pour y parvenir, rechercher, recueillir, agrouper et interro-
ger une immense multitude de chiflres enfouis et comme perdus dans les papiers d'État, les mémoires académiques, les annales et les lois des pays étrangers, les relations des voyageurs anciens et riiodernes, enfin dans des documents sans nombre, écrits en différentes langues, et dont beaucoup sont rares ou d'un difficile accès. II faut, de plus, après avoir rassemblé ces matériaux, les classer, les choisir, les vérifier les uns par les autres, les traduire, et transformer en mesures métriques et en monnaie décimale, toutes ces mesures et ces valeurs dont l'expression varie à l'infini. £n agroupant, dans des tableaux réguliers, les nombres obtenus par ces moyens, on arrive à des résultats intéressants, curieux, authentiques, et la plupart inédits, qui permettent de traiter, avec l'étendue qu'elles méritent, les plus grandes questions d'Économie sociale.
Ces questions posées comme des problèmes de mathématiques, peuvent être résolues par la logique des chiffres, avec une certitude propre à satisfaire les esprits les plus rigoureux. Leur ensemble, quelque complexe qu'il soit, se divise naturellement en deux grands sujets d'études, qui se ramifient collatéralement.
Le premier a pour objet : l'Homme. C'est la Statistique de la Vie humaine.
Le second : les Hommes. C'est la Statistique de la Société.
On ne saurait trouver assurément aucune investigation plus digne des soins et des méditations des
pablicistes ; et nous avons désiré, depuis bien longtemps, pouvoir leur en fournir les éléments élaborés ; mais c'est une entreprise interminable. A son défaut, nous en esquisserons ici le Programme, comme un exemple des enseignements qu'on pourrait puiser dans la Statistique, traitée au point de vue élevé de la pbilosophie des sciences.
Statistique de la vie Humaine.