CH. I. — OBJET DK LA SCIENCE
dans les pays où Tamour du bien public n'est pas une déception.
Tous les bons esprits reconnaissent que la Statistique est absolument nécessaire aux hommes d'État ^ aux publicistes, aux économistes , aux historiens :
1® Pour constater, dans tous ses éléments, la population du pays, source de sa puissance, de sa richesse et de sa gloire ;
2** Pour améliorer le territoire, après l'avoir exploré par des opérations qui font connaître sa fertilité, ses communications, ses moyens de défense, la salubrité et la sécurité de ses campagnes et de ses cités ;
3** Pour régler, d'après des bases assurées, l'exercice des droits civils et politiques, acquis au prix de tant de sacrifices, par la génération qui bientôt ne sera plus ;
4® Pour fixer et répartir les levées militaires, qui entretiennent les armées et garantissent l'indépendance du pays;
5® Pour établir, avec équité, les impôts, qui pourvoient aux nécessités de l'État;
6^ Pour déterminer en quantités et en valeurs la production de l'Agriculture et celle de l'Industrie, qui renouvellent sans cesse la fortune publique;
T Pour apprécier les développements du Commerce, et rediercher les conditions difficiles de sa prospérité;
8® Pour étendre ou restreindre Faction répressive de la Justice, gardienne vigilante de l'ordre social ;
O*" Pour tracer les progrès de l'Instruction publique, qui doit rendre les hommes meilleurs en les éclairant;
10° Pour guider T Administration dans les mesures sans nombre, qui, pour Tintérêt des classes inférieures, régissent les Établissements de bienfaisance et de répression ;
Enfin pour éclairer, par des vérités nouvelles ou plus exactes, une foule d'autres objets, qui surgissent chaque jour, agitent l'opinion publique, remplissent les discussions parlementaires et forment des problèmes dont la solution ne peut être donnée que par la Statistique.
Ces intérêts nombreux et puissants ne sont point départis exclusivement à notre siècle; ils appartiennent à tous les temps et à tous les pays; et pour satisfaire à ce qu'ils exigent , tous les peuples civilisés ont dû recourir depuis la plus haute antiquité aux opérations de la Statistique. Et, en effet, l'histoire des premières sociétés du globe nous montre ses opérations en pratique aux deux extrémités de l'Asie, et jusqu'au delà des mers dans les régions du nouveau Monde. Malgré d'innombrables témoignages de cette origine reculée, on s'est opiniâtre à considérer la Statistique comme une science nouvelle; on a même prétendu qu'elle avait pris naissance en Allemagne, au milieu du siècle dernier, et que ce fut un savant professeur de Gottingue, Godefried Achenwall, qui en fit la découverte en 1748. La preuve sur laquelle on se fonde est qu'il lui