‹ Éléments de statistique: comprenant les principes généraux de cette scienceChapitre 5 sur 45 · CH. I. — OBJET DE LA SCIENCE · texte numérisé non relu

CH. I. — OBJET DE LA SCIENCE

imposa le nom qu'elle porte aujourdlmi dans toute l'Europe.

C'est une étrange confusion que de dater l'origine des sciences de l'époque à laquelle un nom leur fut donné. L'Économie politique n'est ainsi appelée que depuis Quesnay et ses disciples. Est-ce à dire qu'elle n'existe que depuis 60 à 80 ans, et qu'une foule de philosophes et d'hommes d'État de la Grèce et de Borne n'étaient pas des Économistes éminents? La Technologie existait a\aut le Déluge * ; et le nom spécial qu'elle a reçu, de nos jours, ne nous autorise point à nous en approprier l'invention. La Géologie était jadis une cosmogonie mythique, enveloppée de symboles et de ténèbres. Pendant le xvnr siècle, les savants, qui la cultivaient, effrayés du sort de Galilée, lui donnèrent le titre circonspect de Théorie de la terre. Celui qu'elle porte aujourd'hui annonce hardiment qu'elle prétend, comme Prométhée, dérober le secret de l'origine des choses. Quoi qu'il en soit, son objet n'a point changé, et c'est toujours la même science sous un nom nouveau.

Il en est ainsi de la Statistique; elle apparaît dès les premiers âges du monde, et prend place dans le plus ancien de tous les livres: le Pentateuque, sous l'appellation expressive d'Ârithmi, — Les nombres. — Pendant trois a quatre mille ans , on exécute dans les différentes régions du globe ses utiles opérations, sans chercher à leur donner un nom col-

* Genèse iv, 22.

leetif j qui eu indique le but commun. Enfin, en Angleterre, en 1 669, on reproduit sans en savoir, ou du moins sans en reconnaître rantériorité mémorable, la dénomination que lui avaient imposée les Hébreux, ou plutôt celle qu'ils avaient empruntée aux Égyptiens ainsi que leurs autres connaissances. Dès lors, TEurope adopta, pour l'exprimer, le nom d'Arithmétique politique, et commença à la cultiver. Mais, il faut l'avouer, ce n'était encore qu'une science de professeur, mal recommandée au pouvoir. Le savant Bushing, emporté par sou zèle pour la Statistique, ayant demandé à Frédéric II quelques chiffres pour ses travaux, le roi lui répondit qu'il ne l'empêchait pas de publier ceux qu'il s'était procurés, mais qu'il ne lui en donnerait point. Il fallut, pour faire pénétrer la science dans les régions du Pouvoir, et pour la populariser, l'influence de la France, qui, entraînée vers les études économiques par sa révolution, imprima un mouvement général aux esprits, dans la direction des mathématiques appliquées. Ce fut elle qui tira de l'oubli ce nom de Statistique, vieux seulement d'un siècle et déjà ignoré *. On venait de reconstruire la société sur d'autres bases, avec d'autres matériaux, il fallait bien soumettre au calcul les effets de cette audacieuse expérience, ainsi que les forces nouvelles qu'on en avait obtenues. La Statistique rendit cet

* Formé du latin : Statujf , état« situation, condition des choses.

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