‹ Éléments de statistique: comprenant les principes généraux de cette scienceChapitre 6 sur 45 · CH. I. — OBJET DE LA SCIEIHCE · texte numérisé non relu

CH. I. — OBJET DE LA SCIEIHCE

importafit service, et devint une science politique, ssociée au gouvernement de TÉtat. Ce fut, pour elle, comme une renaissance ; mais, en examinant ce qui se faisait auparavant, et ce que nous faisons aujourd'hui, il est impossible de ne pas reconnaître, à son but et à ses moyens d'exécution, la même oeuvre, exécutée par les principales nations du globe depuis la plus haute antiquité.

N'était-ce donc pas une Statistique générale, et même, quant à son objet, la plus vaste qu'on ait jamais entreprise, que ce registre, qui, après la mort de l'empereur Auguste, il y a 1830 ans, fut apporté dans le Sénat romain par son successeur, et dont il fut fait une lecture publique? « C'était, dit Tacite, un état des richesses de l'Empire , du nombre des citoyens et.des alliés portant les armes, des flottes, des tributs et autres parties du revenu public , des dépenses ordinaires et des gratifications au peuple. Auguste , ajoute l'illustre historien , avait écrit le tout de sa propre main *. »

Il ne saurait échapper à personne, qu'ici ce n'était point l'un de ces royaumes de l'Europe moderne , renfermés dans d'étroites limites et peuplés de quelques millions d'habitants seulement. L'Empire romain avait alors une étendue de 4 1 2 millions d'he^ctares ou 208,000 lieues carrées moyennes ; ce qui fait huit fois la surface de la France actuelle.

* Tacite/y^/i/i. lib. 2, 11. — « Quœ cuncta sud manu prœscrip* serai Augustus, v Saëtone,.i/i Tib. c. 21,

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Quant À sa population , des recherches spéciales nous permettent de l'élever à 83 millions d'habitants libres ou esclaves , nombre à peu près égal à la population recensée de l'Empire français et de ses dépendances en 1810.

On est étonné d'apprendre qu'un homme qui était le maître du monde connu , eût assez d'application et de talent pour exécuter la Statistique de son immense domination , et, ce qui est peut-être plus merveilleux , qu'il en eût compris, avec une perspicacité profonde, Téminente utilité pour le gouvernement de son Empire. Dans la longue suite des rois qui ont régné sur la France pendant 1 400 ans, deux seulement, sur 78, ont eu la même idée qu'Auguste ; ce sont : Louis XIV et Napoléon. L'Angleterre n'en a eu aucun.

Presque dans le même temps , l'an 2,042 avant notre ère, un prince qui régnait à l'autre extrémité de l'ancien monde , l'Empereur de la Chine, Yu, faisait dresser la Statistique de ses vastes États. D'après le témoignage du premier livre sacré de ce pays, le Chouking, qu'on a gravé tout entier sur des monuments publics, afin de prévenir l'altération de son texte , ce souverain divisa le territoire de la Chine par provinces, et en fit exécuter la Statistique, déterminant l'ordre que leur donnaient entr'elles la perfection du labourage, la supériorité des produits et la quotité de l'impôt*.

* Gaubil. De Guignes. Le Chouking.

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Il n'y a pas, dans notre Europe^ gi iière de sa civilisation, nn seul Etat dont les provinces puissent être rangées ainsi, d'après des données statistiques qui fassent connaître la prééminence de leur production ; ce qui montre que nos connaissances des choses les plus essentielles n'ont pas fait des pro • grès aussi rapides qu'on l'imagine communément. La France seule sait positivement quelle est , par départements, en quantité et en valeur, sa production agricole ordinaire ; elle apprendra, cette année, quelle est sa production industrielle dans un quart de son territoire ; mais elle est encore loin de Tacbèvement de cette dernière entreprise, qui est exposée à bien des chances.

Un autre peuple asiatique, qui a failli prendre place parmi nos aïeux, cultivait la Statistique, avec un grand succès, il y a plus de mille ans. Les Arabes, lorsqu'ils se furent emparés de l'Espagne, chargèrent leurs savants de dresser la Statistique de cette belle conquête. En 721 , El Samah, qui était Vali ou vice-roi de la Péninsule, envoya au Calife un tableau détaillé du pays, de ses côtes, de ses rivières, de ses villes,- de sa population et de ses revenus *. On trouve dans les auteurs arabes une multitude de données numériques , qui prouvent que les Maures savaient parfaitement le nombre des habitants de chaque ville, la quantité des fabriques de chaque sorte , le chiffre des ouvriers

* Conde, Histoire de la domination, etc.

qui y travaillaient, le nombre des livres des bibliothèques, et d'autres notions qu'on s'estimerait heureux d'obtenir sur nos sociétés modernes.

On conçoit qu'un peuple qui avait le génie du calcul , et à qui nous devons nos caractères numériques, ait fait, au VIII* siècle, la Statistique de l'Espagne, lorsque le plus grand monarque de l'Europe chrétienne, Charlemagne, ne savait pas écrire. On comprend encore que les Chinois, qui étaient géomètres, astronomes, chimistes, et qui possédaient, il y a trois à quatre mille ans, des sciences et des industries que nous n'avons que depuis quelques générations*, eussent déjà fait la Statistique de leur vaste Empire , quand l'Europe n'était encore qu'une région sauvage. Mais voici une race d'hommes, qui, depuis l'origine des choses, était séparée de l'ancien Monde, et qui surgit tout à coup avec ses arts libéraux , son agriculture perfectionnée, ses industries surprenantes, ses inventions qui ne doivent rien à notre hémisphère. Les deux premiers peuples de cette race nouvelle, les Mexicains et les Péruviens^ possédaient des notions étendues et variées sur la Statistique , et en

* Les Chinois avau nt, longtemps avant notre ère , la boussole, la poudre à canon, les feux d'artifice, les aérostats, l'hydraulique, la tachygraphie, la poterie émaillde, la porcelaine, la fabrication du verre , la filature et le tissage du lin et de la soie , la culture de cinq espèces de blé , six espèces d'animaux domestiques, et par-dessus tout : le travail libre, Tégalité civile et Tadmission des capacités aux emplois politiques.

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