‹ Éléments de statistique: comprenant les principes généraux de cette scienceChapitre 7 sur 45 · CH. 1. — OBJET DE LA SCIENCE · texte numérisé non relu

CH. 1. — OBJET DE LA SCIENCE

faisaient des applications usuelles auK besoins de leur pays et à la politique de leur gouvernement « L'Empereur du Mexique, Montezuma, dit Fliistorien Herrera, avait cent grandes villes ^ppitaies d'autant de provinces dont il recevait les tributs et où il avait des gouverneurs et des garnisons. » — « Il connaissait parfaitement , ajoute Cortès dans la première de ses lettres à Charles-Quint, Tétat des finances de son Empire , et il l'avait tracé , avec beaucoup d'autres choses, en caractères distincts et intelligibles dans des registres peints*. »

A l'autre extrémité de ce vaste continent de l'Amérique, qui occupe l'un des deux hémisphères du globe et s'étend pour ainsi dire d'un pôle à l'autre, étaient les Péruviens , qui , confinés entre la haute chaîne des Andes et le grand Océan , n'avaient encore communiqué avec aucun peuple civilisé , lorsque Pizarre découvrit leur Empire et le subjugua. Ce pays nouveau , qui ne tenait ses traditions d'aucun autre, possédait une Statistique aussi complexe que la meilleure que nous ayons aujourd'hui. Et cej)endant, ce peuple n'avait j)our moyens d'écrire et de calculer que des cordons de différentes couleurs, noués et combinés diversement. Garcilasso de la Véga et les autres historiens de la conquête rapportent que les Péruviens se servaient de ces cordons, nommés Quipos dans leur langue, pour faire et con-

• Herrera. 1. 7, c. 7. Hcni. Corlè«. Eeit, 1». p. 33. Joseph AcoAta, 1. 6, c. 8.

server les comptes les plus compliqués et les plus étendus. Ils en faisaient usage pour connaître la population par localités, par sexes, par âges et même suivant les conditions civiles ; — pour constater le nombre des naissances et des décès ; — pour énumérer les gens de guerre de chaque province , les munitions, les approvisionnements et les autres éléments de l'administration civile et militaire; détails numériques qui n'ont encore été recueillis que dans une partie des États de l'Europe du X) X'' siècle *.

Ces exemples et beaucoup d'autres que nous exposerons ailleurs, prouvent incontestablement que la Statistique existe de temps immémorial, quoiqu'elle soit restée une science sans nom, de même que l'Économie politique, la Zoologie, la Géologie et tant d'autres connaissances humaines du premier ordre. C'est parce qu'elle est une nécessité publique de tous les siècles et de tous les pays que ses opérations principales sont pratiquées depuis trois à quatre mille ans par les principaux peuples civilisés du globe.

Cependant, il faut le reconnaître, on s'est presque toujours servi de cette science empiriquement, l'appliquant selon le besoin des occurrences, sans la définir, sans limiter ses attributions, sans classer, selon leurs affinités, les objets qu'elle embrasse, et sans rechercher quelle méthode elle doit suivre ; — quelles opérations composent ses investigations; — quels moyens lui sont départis pour constater par

* Garcilasso, lib. C, c. 8.

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des chiffres, chaque fait social, qui importe aux intérêts du pays ; — quelle disposition et quel enchaînement de termes numériques rendent plus évidente dans ses tableaux , la certitude des choses ; — quelles épreuves peuvent faire distinguer dans ses matériaux les chiffres vrais des chiffres défectueux ou trompeurs; — quels avantages lui sont donnés par l'usage du langage des chiffres et celui des analyses numériques introduits dans les transactions civiles, administratives et politiques ; — quelles erreurs sont mêlées à ses vérités, et comment on peut se défendre d'être trompé par cette alliance; — quels obstacles sont suscités à ses travaux par Tignorance, qui lui nuit encore moins quand elle la décrie que lorsqu'elle prétend la seconder ; — par l'incurie dont ses exigences troublent le repos; — par les intérêts qui s'alarment de ses lumières ; — par l'esprit de système, qui mesure à faux poids ses appréciations; — et par mille circonstances fortuites qui s'opposent au succès de ses opérations, ou qui, tout au moins, les rendent laborieuses et pénibles.

Ces questions devant donner par leur solution les éléments constitutifs delà science, il est vraisemblable de croire qu'elles ont été examinées, approfondies et résolues dès longtemps, et que si l'antiquité ne s'en est })as occupée, du moins notre siècle investigateur en a fait l'objet de ses recherches. Ce serait une grande erreur que d'imaginer qu'il en est ainsi. Ces questions n'ont pas même été posées; et jusqu'à présent on a presque toujours considéré la Statistique comme une science qui se révèle in-

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tuitivement à des adeptes, au lieu de la reconnaître pour une science qui, comme les autres connaissances humaines, ne s'acquiert que par l'étude, la pratique et l'enseignement. On s'est trompé sur son origine; on l'a définie incomplètement; on n'a point décrit le système de ses opérations; on n'a jamais soumis ses méthodes à une critique éclairée ; enfin, ses éléments épars n'ont pas encore été rassemblés , énumérés et groupés rationnellement comme l'exigent les lois de la logique.

Un devoir officiel nous a prescrit de remplir, autant du moins qu'il est en notre pouvoir, ces lacunes nuisibles aux progrès et aux applications de la science. C'est pour y satisfaire que nous avons tracé les pages suivantes, en nous prévalant de l'expérience que nous ont donnée quarante ans de travaux statistiques , exécutés par les ordres de l'autorité publique, pour le service du pays. *.

Nous nous sommes proposé personnellement , dans ce travail :

D'éviter aux jeunes statisticiens l'incertitude de la route qu'ils doivent choisir dans leurs premières entreprises ;

De stimuler le zèle de ceux qui , habitant quelque ville du dernier ordre, ou même des communes rurales , croient n'y pouvoir produire aucun travail statistique, tandis qu'ils ont à leur disposition les archives du lieu, les registres de l'état civil, les mercuriales des marchés et autres documents dont les chifires sont dignes d'intérêt;

* Voir la note à la fin du volume.

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