‹ Éléments de statistique comprenant les principes généraux de cette science et un aperçu historique de ses progrèsChapitre 16 sur 56 · CH. VI. — ORGANISATION. I · texte numérisé non relu

CH. VI. — ORGANISATION. I

fonctionnaire subalterne, chargé spécialement de la Statistique du département, ou un Statisticien voyageur, remplissant une mission temporaire. Ces données sont aussi beaucoup meilleures, car, on sait que te Préfet a, pour les vérifier, des moyens qui manquent à tout autre. Il faut éviter, d'ailleurs, de multiplier les rouages de l'Administration et se rappeler que l'un des fléaux de la monarchie ancienne, était la multiplicité des fonctionnaires publics crées pour îles spécialités illusoires ou infimes , et le plus souvent abusant de leur pouvoir. Au lieu d'isoler la Statistique dans un bureau départemental , il est bien préférable d'en étendre les connaissances utiles , et d'en faire pratiquer usuellement les travaux par les Conseillers de Préfecture, les Sous-Préfets, les Maires, et les chefs des services administratifs détachés des ministères. Cette exigence, qui accroît le travail de chacun d'eux, fut assez mal accueillie il j a quinze ans; il y eut des réclamations tendantes à prouver que la Statistique est une spécialité qu'on n'est pas obligé de connaître. Mais ie temps a dissipé ce singulier préjugé, et, par la persistance de l'autorité supérieure à n'en pas tenir compte , il se trouve que, presque partout, les travaux statistiques sont maintenant exécutés avec régularité, exactitude et précision, par tous les fonctionnaires. L'expérience des dernières années a montré, que, d'un bout à l'autre de la France, on peut faire dresser : dans chaque commune, un ta-

bleau des cultures; — dans chaque fabrique, un bulletin industriel; — dans chaque ville, un élat îles consommations et un relevé des salaires ouvriers; — dans chaque préfecture, une multitude île tableaux sur les hôpitaux, les aliénés, les enfants trouvés , les bureaux de bienfaisance , les prisons, etc. Des étrangers, qui avaient tous les moyens de le savoir, nous ont affirmé que rien de pareil ne pourrait avoir lieu dans des pays où cependant l'instruction publique est plus étendue, et où la Statistique tient une place plus grande dans les sympathies nationales.

Beaucoup de Préfets dirigent eux-mêmes les travaux numériques qui leur sont demandes par le Gouvernement , et ils eu suivent l'exécution personnellement, avec autant de persévérance que de lumières. Soixante d'entre eux, au moins, méritent le titre de Statisticiens ; et c'est un nombre très-grand, car, les motifs qui font choisir ces administrateurs, sont fort étrangers à ces investigations scientifiques. 11 est juste de reeounaitre qu'ils sont bien supérieurs non-seulement aux Intendants de Louis XIV, mais même aux Préfets de l'Empire. H y avait cependant parmi ceux-ci des hommes éminents, tels que MM. de Chabrol et de Tournon, qui ont fait les statistiques des départements de Montenotte et de Rome. Néanmoins, on peut accorder autant d'estime aux beaux travaux exécutes récemment dans plusieurs Préfectures , et notamment dans celles du Son], de la Seine-Inférieure et de la Haute-Vienne.

ch. vi. — or r. ambition. 1 1!)

L'Allemagne, où la Statistique est populaire et appartient aux études classiques, accueille toujours sérieusement et avec intérêt ses investigations, paroc qu'elle eu connaît les difficultés cl les avantages. Chez nous, c'est tout autrement. Il y a perpétuellement quelque auteur badin qui en fait des risées, et qui invente des historiettes plaisantes pour li s dénigrer. En voici une qui fut imaginée, il y a soixante ans, pour décrier les ouvrages de tiushing; elle fut reproduite, il y a quarante ans, avec des variantes, pour nuire à ta Statistique impériale; et enfin, on l'a exhumée, l'année dernière, pour édifier le public sur la manière dont se font les Statistiques officielles. Lors des opérations préparatoires de la Statistique générale de l'Empire, le ministre Cliapsal avait mis, parmi les deux cent quarante-cinq questions, auxquelles devait répondre te Maire de chaque commune, celle du nombre des volailles et des œufs. Sans doute, la connaissance de la quantité et de la valeur de ces articles n'est pointa dédaigner ; et lariehessequelepaysen obtient, surpasse celle du revenu que donnent les impôts dans la plupart des Etats de l'Europe. Mais aucune exploration ne peut consciencieusement faire acquérir ces notions, et il fallait Être bien malheureusement inspiré, pour de mander dis chiffres qu'il était impossible de donner. I,a malignité s'empara de cette impossibilité, et, pour la faire ressortir, elle imagina une scène dans laquelle Napoléon interrogeait un Préfet sur ces nombres, et en recevait une vive répartie dont la précision rigoureuse démontrait la fausseté.

120 éléueïts dk statistique.

Cette historiette el d'autres semblables sont encore aujourd'hui répétées par des gens assez crédules pour trouver tout simple que Napoléon fit de niaises questions, et qu'il \ eût un Préfet assez osé pour v répondre par un insolent mensonge.

On a publié, à propos de la Statistique officielle de la franc», des fables aussi ridicules. L'oubli les a préservées du mépris.

II. On proposait, il y a quinze ans, eu y joignant les prédictions les plus sinistre.* contre les recherches statistiques des Préfets, une grande organisation de, ces recherches, qui auraient été faites, dans les départements , par des Statisticiens voyageurs. I.a dépense, qui était le moindre inconvénient de ee projet, le lit rejeter sans hésitation, el l'expérience d'une longue période, a prouvé complètement ifu'on pouvait mieux faire à meilleur marché. Il a surgi depuis ce temps des projets nouveaux , qui, cette fois, ont pour objet la Statistique centrale, celle qui appelle les chiffres des départements, les vérifie, les classe , les élabore et les publie. On a prétendu qu'il faudrait réunir tous ies travaux statistiques faits par plusieurs ministères, et les soumettre, quelque divers qu'ils soient , à la même direction. C'est assurément pousser bien loin la prédilection pour l'unité classique, que de vouloir lier le compte de la Justice criminelle à celui des finances, et y rattacher le rapport des Ingénieurs des Mines. Ou ne voit pas ce que la science gagnerait à cette réunion, car aucun rapport naturel n'existe entre ces différentes parties, et les publieistes, qui consultent

l'une d'elles , du sont pas ceux qui veulent étudier les autres. Par contre, on reconnaît facilement ce que l'Administration y perdrait. Ce n'est nullement pour faire de la statistique que ces travaux divers sont exécutés : c'est pour servir pratiquement à un service public dont ils sont la base, pour en montrer le développement annuel , et pour en devenir le compte rendu. Ainsi , le tableau des Douanes a pour but d'énumérer les objets soumis aux droits d'entrée et de sortie. C'est un ouvrage financier, el voilà pourquoi les économistes qui le consultent, s'irritent qu'il leur réponde aussi mal. Le tableau de la Justice criminelle est, avant tout, un rapport officiel des transactions des cours et des tribunaux, afin de constater les progrès de la criminalité et l'elIicHcite île la répression. Le compte général des finances est l'apurement d'une immense comptabilité. Enfin , le rapport des ingénieurs des mines est un inventaire de travaux publies, par nature de matières et de recette on dépense. Sans doute , ce sont bien des ouvrages de Statistique, niais ce sont auparavant des livres de comptes, et des recueils île pièces nllieielles, jusliliealives de la mission dont est chargé chacun des départements ministériels. 11 est manifeste qu'ils ne peuvent être séparés de ces départements dont ils constatent la gestion, et qu'ils ne peuvent être exécutés qu'au milieu des attributions qui en fournissent les éléments et en permettent le contrôle. D'ailleurs, en parcourant ces documents, et en voyant quelle multitude de détails ils

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économistes, et non aux hommes professionnels ,

L'opinion du public et de l'autorité étant arrêtée dès longtemps, ce projet d'organisation est resté comme non avenu, et l'on a conservé, dans toute sa

quarante-six ans, au département de l'intérieur, par Lucien Bonaparte , qui en était ministre. C'était alors un humble bureau , chargé de dresser les instructions et les circulaires dont l'envoi était prescrit par le premier Consul ; mais l'illustre Prolecteur de cette nouvelle institution ne l'oublia point dans sa haute fortune; il la fit ériger en une division du Secrétariat, dont les dépenses annuelles furent portées à :ii!,00f) francs, non comprises celles de sou personnel; il lui donna pour chef M. de Coqiiebcrt-Monlhrct , qui fut nommé baron de l'Empire et Maître des requêtes. Néanmoins, la direction de ee savant laborieux , non moins estimable par son caractère que par ses connaissances étendues et variées, — une dotation bien plus considérable qu'a aucune époque postérieure, — une correspondance sans entraves, — et la faveur d'un souverain aussi almolu que Louis XIV n'eurent aucune efficacité, l.a Statistique impériale ne pro-

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datât rien. Le rétablissement de cette Institution, en 1828, par le cabinet Martijfnae, ne fut pas plus heureux; et cependant, ;i eette dernière époque, comme à la première, la Statistique centrale fut organisée en Diwsioii. iiwr les mêmes attributions et les mêmes avantages qui lui avaient été lionnes par l'Empereur.

Cette stérilité, qui, deux fois en vingt ans, trompa l'espoir des Économistes, et lit éeliouer les desseins du tiouiei'neincut, montre qu'eu spéculant aujourd'hui sur les effets d'une organisation, on oublie les leçons de l'expérience, qui nous enseigne l'inanité de ce projet systématique, et nous apprend que, quoique parfaitement organisée, la Statistique n'en faillit pas moins deux t'ois à remplir sa mission.

C'est donc en vain que plusieurs pa vs de l'Europe se confient dans cette Panacée et croient qu'en organisant luxueusement une Statistique, ils en auront une. L'exemple de la France prouve que rien n'est moins sûr. Cependant, eomme pour ajouter encore a cette fâcheuse incertitude, quelques-uns de ces pays ont compliqué les difficultés de l'entreprise en créant des commissions permanentes, auxquelles ils ont remis le soin de tracer le plan de leur Statistique et même de l'exécuter. C'est une application inconsidérée desformes du lioimnHmeiit parlementaire a la conception et à l'élaboration des œuvres scientifiques. On avait bien vu des auteurs faire eu commun deg pièces de théâtre d'un ordre inférieur, mais personne n'avait pensé que l'histoire, l'iïcono-

mie politique, les ouvrages qui exigent une grande niiilmimn d'esprit pussent être entrepris par des sociétés en pari ici pat ion. C'est par un mode de composition tout opposé qu'oui été exécutés les meilleurs ouvrages de Statistique, en France et dans les grands États de l'Europe. Joseph Eourier n'a point eu besoin de Tinter vent ion d'une commission pour taire la Statistique du département de la Seine, qui est un chef-d'ceuvrc. M. Guerry de Champneuf n'y a point eu recours pour exécuter celle de notre justice criminelle, qui est admirée de tout le monde. Louis XIV et Napoléon n'ont point songé à ce rouage inutile et nuisible, quand, à un siècle de distance, ils ont institué la Statistique de France. En 1828 et en 1832, lors du rétablissement de cette institution, la nécessité de l'unité de direction de ses travaux n'a pas été plus mise en doute qu'elle nu l'est en Prusse, en Angleterre, en liavière, en Autriche, où jamais on n'a pensé qu'il put en être autrement.

Les faits accomplis ne parlent pas plus favorablement des commissions de statistique. Trois pays en ont adopté l'usage, la Belgique, le Piémont et l'Espagne; qu'en est-il résulté en l'espace de sept ans? deux recensements : l'un d'une ville de cent treize mille habitants, l'autre d'un Etat peuplé de trois millions d'hommes. Sans doute, ces travaux dirigés par des hommes supérieurs sont dignes d'éloges: mais, après tout, cette tache n'est que le dixième de celle du Préfet de la Seineel. du Ministre de Tinté-

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